Les Caractères de La Bruyère, une idée de collection…tableau synthétique d’identification des éditions originales chez Estienne Michallet

Amis Bibliophiles bonjour,

La Bruyère est sans doute le seul écrivain qui a publié un unique livre, sans que jamais son nom n’apparaisse de son vivant, et qui est encore connu du grand publique trois siècles plus tard, tant ses écrits sont intemporels. Dans tel passage votre voisin, dans tel autre votre collègue, votre épouse, votre président…ou votre miroir… le caractère de l’homme du XXIe est si proche de celui du XVIIe, surtout dans ses travers…Le Bruyère l’avait bien vu  « Dans cent ans le monde subsistera encore en son entier ; ce sera le même théâtre et les mêmes décorations, ce ne seront plus les mêmes acteurs. »  Il aurait pu écrire trois cent ans…

Portrait de La Bruyère pour l’édition grand in4 de Hochereau Paris 1765 quatrain de Boileau

J’ai commencé par acheter  la courante édition annotée par Coste en deux volumes in 12, puis trouvé une des éditions originales, puis 2, puis 3, ainsi a germé l’idée de rassembler un exemplaire de chaque édition originale des caractères imprimé par  Michallet à Paris ; qui sont au nombre de neuf. J’ai essayé de les trouver toutes en reliure et condition d’époque, seule la rare troisième édition fait exception, ne la trouvant pas depuis de nombreuses années, et étant le dernier maillon manquant, je l’ai récemment acquise reliée en maroquin XIXe., mais je ne désespère pas de la trouver un jour en reliure du temps.

Tableau de Synthèse des 9 éditons originales des caractères chez Michallet + quelques autres éditions significatives de Michallet en association avec Léonard à Bruxelles ou avec Amaulry  à Lyon parues simultanément.

Chez Michallet en noir. Chez associés de Michallet en rouge, éditions parues  simultanément aux originales parisiennes et avec accord de Michallet.

Caractéristiques communes :

Toutes les éditions parues du vivant de La Bruyère ne portent pas son nom.

Elles sont toutes au format in 12.Feuillets de 160 x 95 mm pour de belles marges pour les éditions parisiennes.

 

Mention d’édition Editeur

Année

Collation particularités
sans Michallet 1688

Titre en noir

30 feuillets non chiffrés compris titre, pages 53 a 149 caractères de Théophraste,1 faux titre, pages 153 à 360 caractères de La Bruyère sans précision du nom , 1 ffeuillet privilège

Contient 418 caractères

Privilège du 8 octobre 1887 sans précision de duré. Il n’existe pas d’exemplaire sans carton connu, la plus prestigieuse et rare. Mon exemplaire comprend 25 cartons, dont l’onglet témoin de la page d’origine est présent

1 feuillet d’errata est parfois présent, mais il comporte lui-même des erreurs et n’ai pas présent dans les premiers exemplaires.

sans Michallet et Leonard Paris Bruxelle 1688 29 feuillets titre compris, 226 pages, 1 feuillet privilège Conforme à la première édition de Paris avec tous les cartons.
Seconde Michallet 1688 30 feuillets 308 pages 1 feuillet privilège,1 feuillet blanc Les tables ne renvoient pas aux pages
sans Lyon Thomas Amaulry1688 30 feuillets 308 pages 1 feuillet privilège 1 feuillet blanc Edition faite par Amaulry en accord avec Michallet qui lui cède son privilège suivant accord fait entre eux » Amaulry étant un grand spécialiste des contrefaçons, Michallet à probablement préféré s’associer…. Pour moins perdre. Etabli d’après la seconde de Paris
troisième Michallet 1688 30 feuillets 308 pages, 1 feuillet de privilège, 1 feuillet blanc, Identique à la deuxième édition dernier état, titre cartonné en troisième édition Sans doute une des plus rares avec cette mention de troisième, c’est d’ailleurs la seule que je n’ai jamais réussi à trouver en reliure d’époque.
Quatrième Michallet 1689

 

1er titre en rouge et noir

21 feuillets titre compris, 425 pages,[4] pages de table et privilège. la pagination saute de 248 à 279 mais sans manque. Importante augmentation contient 764 caractères et de nombreuses modifications. Bien reconnaissable à son important  saut de pagination, qui vous permettra parfois de la payer peu cher ! Une incomplète complète c’est toujours bien !…

Achevé d’imprimer pour la quatrième fois le 15 février 1689

 

Quatrième Lyon Amaulry 1689 21 feuillets titre compris, 394 pages, [6]pages table et privilège Texte de la quatrième édition parisienne
Cinquième Michallet 1690 21 feuillets 505 pages [4] pages de tables et privilège 1 erreur de pagination 31 ,32 manque sans lacune 923 caractères dont 164 nouveaux Achevé d’imprimer pour la cinquième fois le 24 mars 1690

 

sixième Michallet 1691 16 feuillets, 587 pages [4] pages de tables et privilège 1000 caractères dont 77 nouveaux Achevé d’imprimer pour la sixième fois le,1er juin 1691
Septième Michallet 1692 16 feuillets, 679 pages , [8] pages table privilège  1073 caractères Pas d’achevé d’imprimer à partir de la septième
Huitième Michallet 1694 16 feuillets , 716 pages, XLIV pages [8] pages tables et privilège  discours à l’académie française publié pour la première fois, et 1120 caractères Première parution du discours à l’académie française.
Neuvième Michallet

MDC C XV[sic]I 1716 pour 1696

16 feuillets,662 pages XLIV pages, [6] pages de table et privilège. pas d’ajout texte de la huitième. dernière édition corrigée en partie par l’auteur et paru quelques jours après son décès. Elle comporte de nombreuses fautes, à commencer par la date sur le titre MDC C XVI au lieu de MDCXCVI qui la rend bien reconnaissable.

 

Que sont les différents états d’une même édition ?

Au fur et à mesure de l’impression, La Bruyère ami très proche de Michallet apportait en permanence des corrections et des modifications à son texte, ce sont les « cartons », ces pages corrigées étaient insérées ou collées en lieu et place de la page d’origine fautive ou à améliorer, la page d’origine étant coupée et servant d’onglet. Voir l’exemple avec deux versions de la 8eme édition page 129 en premier état et même page en deuxième état, au dernier article précision de « Chez les femmes »,  cela ne change donc pas la collation de l’édition originale, mais change vraiment le signifiant..  il y aurait au minimum, 25 états différents connus sans compter des états accidentels, ce pour les 9 éditions Michallet !…

Les exemplaires en reliures d’époque sont préférables pour la bibliographie matérielle, ils sont tels que sorti de l’imprimerie, peu pressés et les cartons et onglets se voient bien. Ceux reliés en maroquin au XIXe sont souvent lavés et très fortement pressés, et il est très difficile de voir les cartons en charnière. De plus les bibliophiles du XIXe composaient parfois l’exemplaire idéal à leurs yeux à base de plusieurs volumes, ce qui brouille alors un peu plus les pistes.

Vous trouverez ci-dessous toutes les pages de titre dans l’ordre du tableau, puis comme  exemple, la comparaison de l’état 1 et état 2 de la page 129 de la huitième édition.

Pour plus d’infos sur les différents états voir Tchemerzine bibliographie des éditions originales (…)  T6 pages 307 à 329. Ou Jules Le Petit bibliographie des Editions originales françaises à partir de p 428 qui reprend les éléments de La Rochebilière.

Daniel Bayard, libraire, www.livre-luxe-book.com

 

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Un bibliophile sur le Titanic, ou le destin de Harry Elkins Widener

Un bibliophile sur le Titanic, ou le destin de Harry Elkins Widener

Amis bibliophiles bonsoir,

La nuit du 14 au 15 avril 1912 fût fatale pour environ 1500 passagers qui avaient pris place à bord du Titanic… ainsi qu’à un nombre inconnu d’ouvrages anciens dont on peut présumer qu’ils étaient précieux. Ceux-ci voyageaient en effet avec le jeune Harry Elkins Widener, 27 ans, qui était l’un des jeunes bibliophiles les plus gâtés et les plus prometteurs des débuts du XXe siècle.

Né en 1885, Harry Elkins Widener a développé très tôt un goût pour la bibliophilie, qu’il a cultivé après son passage à Harvard en 1907, et que l’immense fortune de ses parents lui a permis de développer très rapidement malgré son jeune âge Ainsi, a seulement 27 ans, il possédait (presque)… une bible de Gutenberg, comme nous le verrons ci-dessous.


Ses goûts étaient assez larges, et le portaient plutôt vers les auteurs anglo-saxons du 19ème en édition originale (Dickens, Stevenson, Brontë, etc.) sans pour autant dédaigner les grands classiques puisqu’il avait hérité d’une Bible de Gutenberg qui fait aujourd’hui la fierté de la Bibliothèque de Harvard: c’est de plus un exemplaire bien connu, qui a successivement appartenu à Pierre Henri Larcher (Paris, 1814), Lord Ashburnham (1840), dont le fils le revendît à Bernard Quaritch (1896). Peu de temps c’est Robert Hoe qui en devînt l’heureux propriétaire (il la rangeait d’ailleurs juste à côté de mon exemplaire Hoe qui porte donc des poussières de Bible de Gutenberg, sourire), puis à nouveau Quaritch avant que le grand-père de Harry Elkins Widener ne l’achète. L’exemplaire fût remis à la bibliothèque en 1944.

Il a particulièrement marqué le jeune Harry qui évoque la Bible dans une lettre adressée à son ami Luther Livingston, libraire à Philadelphie le 10 mars 1912, un mois avant la tragédie, dans laquelle il lui écrit qu’il va effectuer un voyage rapide vers Angleterre, à bord du Mauretania, avant de revenir avec le voyage inaugural du Titanic. Il termine sa lettre par les mots suivants: « un secret,… grand-père a acheté l’exemplaire Hoe. N’est-ce pas merveilleux? J’espérais que ce soit pour moi, mais ce n’est pas le cas! ».

La bibliophilie et l’acquisition de nouveaux ouvrages anciens était d’ailleurs l’une des raisons de son voyage en Europe. Il voyageait avec ses parents et on sait qu’il fit notamment l’acquisition d’une seconde édition des Essais de Bacon (1598). Après l’Angleterre, la famille visita la France avant de ré-embarquer pour les Etats-Unis via Cherbourg et le nouveau flambeau de la White Star Line, le Titanic.Le célèbre paquebot fit en effet escale à Cherbourg: parti de Southampton le mercredi 10 avril 1912 à midi, le nouveau palace flottant devait, quelques heures plus tard, toucher le port de Cherbourg et faire son entrée par la passe de l’ouest à 18h30. Au delà du prestige, cette escale permettait d’embarquer 274 passagers supplémentaires dont les Widener.
La famille et les domestiques occupaient les cabines de première classe C-80-82 (numéro de billet 13503, prix 211 Livres Sterling). Et le soir du drame la famille Widener participait d’ailleurs à un dîner donné par le capitaine en compagnie des passagers les plus riches.
A 23h40 le Titanic percuta un iceberg sur le flanc tribord avant de sombrer à 2h20 au large de Terre-Neuve. Entre 1 491 et 1 513 personnes périrent.
Les témoignages rapportent que Harry Widener aida sa mère à embarquer sur le canot n°4 avant de rebrousser chemin dans l’attente du départ du canot principal, ce qui décida malheureusement de son destin puisqu’il disparu avec le paquebot. L’épave fut localisée en 1985. Elle git à 3 843 mètres de profondeur à 650 km au sud-est de Terre-Neuve et fait actuellement l’objet de fouilles.


Une anecdote que Madame Widener ne confirma jamais prétend que Harry rebroussa chemin pour aller récupérer son Bacon.


Ce qui est certain en revanche, c’est que Madame Widener fît un don de 2 millions de dollars pour construire dans l’enceinte de Harvard une bibliothèque qui abriterait la collection de son fils et servirait de mémorial. Cette bibliothèque ouvrît ses portes en 1915 et existe toujours et fût conçue pour abriter 3 millions d’ouvrages sur plusieurs dizaines de kilomètres de rayonnages.
H

8 Commentaires

  1. En réponse à Marc Thibault C’est certainement la contrefaçon imprimée à Lyon d’après la 9e de Paris, dans cette contrefaçon lyonnaise il y a une clé de 22 pages sur 2 colonnes. Toutes les éditions que j’ai cité dans l’article sont les éditions reconnues par les bibliographies comme officielles, il y eu de nombreuses contrefaçons qui mériteraient aussi d’être étudiées.

  2. bonjour je possède un exemplaire de la neuvième édition qui ne correspond pas tout à fait à celle que vous décrivez ,elle est revue corrigée et augmentée,elle fait 16 460 29 pages du discours à l’académie 2 pages de tables des matières 1 page de privilège elle comporte ensuite une clef de 22 pages au dos de laquelle, c’est la dernière page, est annoncée la mort de La Bruyère Voulez vous des photos ?

    • C’est certainement la contrefaçon imprimée à Lyon d’après la 9e de Paris, dans cette contrefaçon lyonnaise il y a une clé de 22 pages sur 2 colonnes. Tchemerzine la cite page 327 T6 mais ne donne pas l’exacte collation. Toutes les éditions que j’ai cité dans l’article sont les éditions reconnues par les bibliographies comme officielles, il y eu de nombreuses contrefaçons qui mériteraient aussi d’être étudiées.

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