Les fausses reliures peintes des XIIIe et XVe siècles de l’italien Icilio Federico Joni (1866 – 1946)

Amis Bibliophiles bonjour,

Lorsque l’on évoque le faux en bibliophilie, on pense généralement aux manipulations effectuées au niveau du papier, des pages, des gravures, d’un envoi, à la recomposition d’un exemplaire complet à partir de plusieurs incomplets, voire dans le cas de la reliure, à un réemboitage qui ne serait pas signalé, ou à de fausses armes… mais on pense moins souvent aux fausses reliures elles-mêmes.

Et pour cause, compte-tenu des efforts que demande une reliure d’artiste, un faux, pour être crédible aux yeux des experts, demanderait une telle expertise et une telle quantité de travail, que le retour sur investissement ne serait pas garanti. Quel serait pour le faussaire l’intérêt d’un faux demandant les mêmes qualités que celles d’un artiste du livre, avec en plus le risque de se faire démasquer. La reliure d’art est une discipline trop technique, et qui demande trop de temps pour se prêter à une contrefaçon lucrative.

Il existe pourtant un exemple récent de faux en reliure, aux frontières de la bibliophilie, ce qui explique le succès que cette entreprise de contrefaçon a rencontré.

Le faussaire, Icilio Federico Joni (1866 – 1946), est un peintre italien de la ville de Sienne. Abandonné à sa naissance et confié à l’hôpital des enfants abandonnés de Santa Maria alla Scala. Très jeune, il se passionne pour la peinture italienne du XIIIe au XVIIe siècles et il va tirer profit du développement du marché international des antiquités pour produire et vendre, à l’aide de complices, des faux d’oeuvres des peintres primitifs italiens du XIVe et XVe siècles.

Il cible particulièrement des grand collectionneurs étrangers, souvent américains, qui sont, eux et leurs experts, bluffés par la qualité des oeuvres de Joni; ainsi les collectionneurs Wilmerding et Berenson, ou le grand bibliphile américain Robert Hoe.

Si Joni réalise en effet des tableaux inspirés des maîtres italiens di Buoninsegna, Pietro Lorenzotti ou Beato Angelico par exemple, il se consacre aussi à la production de reliures peintes sur ais de bois, inspirées de celles employées sur les livres de comptes de la ville de Sienne du XIIIe au XVe siècle. Son succès et sa « crédibilité » réside dans le fait que Joni ne tente pas de reproduire les reliures de Marius Michel, Padeloup ou Le Gascon, mais capitalise bien sur son talent d’artiste peintre pour proposer ces reliures à la frontière de la bibliophilie et de l’art pictural.

De ce travail va naître une série de fausses reliures peintes, dont on connaît aujourd’hui une quinzaine d’exemplaires (cf. M. Foot, A Pair of Bookcovers of the late 19th Century by I.F. Joni, The Bookcollector, 1985).

Il faut avouer que même si l’on sait désormais qu’il s’agît de faux, leur qualité les rend très désirables.

Icilio Federico Joni avoua la supercherie dans ses mémoires parues en 1932, da Le Memorie di Un Pittore di Quadri Antichi. On imagine alors le scandale et la mine déconfite des experts et autres antiquaires qui avaient joué les intermédiaires entre les complices de Joni et les collectionneurs.L’histoire retiendra que ses toiles et reliures sont aujourd’hui très recherchées et figurent souvent dans de grands musées, la petite histoire, elle, retiendra que Joni signait ses oeuvres de l’acronyme PAICAP, littéralement Per Andare In Culo Al Prossimo, que je vous laisse le soin de traduire, mais qui est évidemment un pied de nez aux experts et aux grands amateurs.

H

La lettre du bibliophile

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Connaissance de la reliure: la Reliure à l’éventail

Connaissance de la reliure: la Reliure à l’éventail

Amis Bibliophiles bonjour,
Pour fêter les sept ans du Blog, j’ai le plaisir de vous proposer un message sur la reliure à l’éventail.
Hugues nous avait présenté voici longtemps en quelques mots le décor à l’éventail, autrement appelé par raccourcis abusif « reliure à l’éventail ».
Il s’agit en effet d’un décor des plats, doré  aux petits fers, inscrit dans un encadrement doré « à la Du Seuil ». Au centre s’épanouit une rosace formée de pétales à terminaisons arrondies concentriques couronnés et prolongés de petits fers. Aux angles du cadre intérieur se logent quatre compositions utilisant les mêmes fers en quart de cercle qui évoquent des éventails.
Le relieur quasi mythique, Le Gascon (ou Gascon) actif dès 1622, serait à l’origine de ce décor. En fait, il semble que les relieurs italiens aient été les précurseurs à la fin du XVIe siècle. Au moins attribue-t-on  à Le Gascon les plus raffinés et les plus beaux spécimens de ce rare décor, poussé sur un beau maroquin incarnat. Raphael Esmérian possédait un exemplaire de la vulgate in-12 de 1630 ainsi orné (reproduit dans son catalogue et dans l’ouvrage de Devauchelle). Il identifiait, dans l’annexe de son catalogue,  deux autres reliures de Le Gascon à décor à l’éventail, l’une conservée à Chantilly, l’autre provenant de la vente Didot.  Le volume de Chantilly est reproduit dans l’ouvrage « Reliures françaises du XVIIIe siècle, chefs d’œuvre du musée Condé » d’Isabelle de Conihout et Pascal Ract-Madoux. Les deux auteurs en profitent pour localiser deux autres petits volumes à la Bnf et un in-4 de 1625 à la Mazarine.  La date d’exécution de ces reliures est habituellement fixée vers 1630, plutôt d’ailleurs dans les quelques années qui suivirent. 
Biblia Sacra, Bibliothèque de Chantilly
Ce décor se rencontre habituellement donc sur des volumes de petit format mais le  livre reproduit ci-dessous est un grand in-folio attribuable à Le Gascon, sur un manuscrit généalogique daté de 1634.


Ce type de décor (sans le fer à pétale arrondi)  gagna ensuite les reliures d’agonothètes. Le centre de la rosace est alors occupé par les armes du donateur. Le maroquin trop onéreux est remplacé par un veau ou une basane.  Un livre de ce type passa en vente samedi 30 mars 2014 à Versailles (N°116).  L’exemplaire ci-dessous aux armes de Thiersault (OHR 2146), conserve son ex-praemio de 1640. Le relieur est « l’imitateur de Le Gascon » identifié par Raphaël Esmerian.

En France au XVIIIe siècle on rencontre quelques reliures aux éventails en écoinçons sans la rosace au centre du plat.
Au XIXe siècle, la mode est aux décors rétrospectifs. Bozérian et Simier réinventent ce décor au moyen de grands fers à dorer à l’éventail en écoinçons. Simier utilise  un grand fer  de ce type sur une reliure mosaïquée aux armes de Marie Caroline, duchesse de Berry, (reproduite  par Devauchelle) et sur une autre reliure, au chiffre cette fois, de la même duchesse qui figura dans la collection Descamps-Scrive (catalogue romantiques N°462). Plus anecdotique, le relieur Gustave Durville de Montpellier utilise aussi ces mêmes écoinçons à l’éventail (Culot, planche 86).
Au-delà de nos frontières, en dehors de  l’Italie, ce type de décor se retrouve en Espagne au XVIIe siècle largement surchargé et en Angleterre dans une interprétation mosaïquée peu élégante.  
Une reliure à décor à l’éventail sur le site de la Bnf :http://reliures.bnf.fr/ark:/12148/cdt9x9s0/
Lauverjat

3 Commentaires

  1. Passionnant. J’ignorais tout.
    Bravo pour la nouvelle version de ce qui n’est désormais plus un blog… Un grand pas de franchi !
    Amitiés,
    Gonzalo

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