Portrait d’un jeune bibliophile amateur d’ouvrages d’alchimie: Baptiste

Amis Bibliophiles bonjour,
Je vous propose de retrouver aujourd’hui le portrait d’un tout jeune bibliophile, puisqu’il n’a qu’un an, selon la formule consacrée dans d’autres endroits 🙂
Bonjour Baptiste, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Bonjour, j’ai 34 ans et je suis bibliophile depuis 1 an . Mon premier contact avec les livres anciens remonte à mon enfance chez mon grand-père : il avait un bureau/bibliothèque avec beaucoup de livres anciens (surtout 19ème et début 20ème) mais aussi avec quelques ouvrages plus rare, comme l’Encyclopédie Diderot D’Alembert par exemple. Mais c’est surtout la rencontre avec un de ses amis, M.Michel de Bry, quand j’avais 20 ans, qui a déclenché mon goût pour les livres anciens. Michel de Bry était un grand bibliophile ( il a eu des ouvrages exceptionnels en sa possession et a dû s’en séparer en 1966 à une vente aux enchères). Sa « bibliothèque d’un humaniste » reste aujourd’hui le plus beau catalogue qu’il m’a été donné de voir. M de Bry était un personnage fascinant, philologue biblique, il travaillait notamment pour l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres et me racontait souvent comment il avait constitué sa bibliothèque. A l’époque je collectionnais les billets, et je me disais déjà que plus tard, moi aussi, je deviendrai bibliophile…Les budgets n’étant pas les mêmes il fallait attendre…J’ai donc revendu une partie de ma collection de billets et utilisé une partie de mon PEL pour me lancer dans la bibliophilie…

Je me suis spécialisé en alchimie et sciences occultes et je collectionne aussi bien des livres du XXème, que du XVIème. Mon tout premier livre est une rare cosmographie de Guillaume Postel, un in 32 de 1636. Depuis, j’ai réussi à me procurer un traité d’astrologie de 1635 où l’on voit, pour la première fois, le célèbre portrait de Postel coiffé du bonnet doctoral. C’est un auteur que j’aime particulièrement et je suis très heureux de déjà posséder deux de ses ouvrages. Etant passionné par l’alchimie depuis mon plus jeune âge, je suis toujours à la recherche de livre du XVIème ou du XVIIème siècle traitant de la science d’Hermès. Mais compte tenu des prix cela n’est pas toujours facile…Une de mes grandes fiertés est d’avoir réussi à me procurer « La Lumière sortant par soi même des ténèbres » en édition originale (1687) : j’ai dû casser ma tirelire mais c’est très émouvant : je possèdais déjà cet ouvrage dans la collection « Bibliotheca Hermetica », je l’ai lu il y a 10 ans et aujourd’hui j’ai l’édition originale…

J’ai aussi quelques autres ouvrages du XVIIème comme « le Texte d’Alchymie et le Songe Vert » , « le Triomphe hermétique » de Limojon St Didier, « les œuvres du Cosmopolite » et un traité hermétique rosicrucien intitulé « La Nature Dévoilée ou théorie de la Nature » (1772) : avec annotations hermétiques anciennes dans les marges et un long commentaire au verso du faux titre : extrait d’un document de la Rose+Croix…Et dernièrement j’ai réussi à dénicher l’exemplaire de Stanislas de Gaita des Clefs majeures et clavicules de Salomon d’Eliphas Levy.

Depuis peu je m’intéresse aussi aux ouvrages qui sont à la frontière entre l’alchimie et la chimie, je pense à Nicolas Lemery notamment (c’est Eric Zink, un lecteur du blog, qui m’a contaminé !)
Et je collectionne donc aussi les ouvrages de la collection « Bibliotheca Hermetica » : indispensable à  toute personne s’intéressant à l’alchimie…
LEUSDEN Johannes, Nouveau testament en Grec, 1688.
Plein maroquin rouge de l’époque dans une reliure à fermoirs. Provenance : Thomas Brooke avec ex librisEnfin j’aime les belles reliures : il m’arrive parfois de craquer pour une Semaine Sainte ou une Bible avec une belle reliure en maroquin ou  à la fanfare par exemple !!! …J’aime aussi prendre le temps de  faire restaurer certains ouvrages que j’achète sur internet et aller à la rencontre des relieurs (j’ai notamment rencontré M. Devauchelle peu de temps avant son décès).
Où achetez vous vos livres.? Internet, salons, libraires?
J’achète donc mes livres sur internet (e-bay, libraires) et dans les librairies spécialisées : j’ai la chance d’habiter en région parisienne et de pouvoir aller consulter les ouvrages sur place si je le souhaite. De plus, il est très agréable de rencontrer des libraires professionnels et de profiter de leurs conseils, M. Alain Marchiset (librairie l’Intersigne) et M. Eric Zinc (librairie l’Escalier des Sages) m’ ont beaucoup aidé quand j’ai commencé. J’utilise aussi les moteurs de recherche comme Via Libri ou Ilab pour trouver le meilleur rapport qualité/prix.
Lorsque le site internet est bien réalisé (description très détaillé avec plusieurs photos et où le libraire n’hésite pas à présenter franchement les défauts de ses ouvrages) je n’hésite pas. A ce propos je recommande particulièrement à vos lecteurs, le site de la librairie l’Escalier des Sages, c’est aujourd’hui le site internet le plus réussi et le plus abouti. De plus cette librairie propose des ouvrages rares à des prix très convenable (ce qui n’est pas courant !).
En revanche je n’ose pas encore aller aux ventes aux enchères, j’irai surement un jour…
Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
Les livres qui me sont particulièrement chers sont ceux écrit par mon arrière grand-père : Henri Martin Rumpf. Il a notamment écrit des ouvrages sur l’organisation familiale et individuelle aux éd Drouin (j’en ai retrouvé un récemment sur le site livre-rare-book). Il a aussi écrit un précis d’égométrie en collaboration avec Georges Muchery et sous le pseudonyme de Louis Rocha «La Lumière sous le boisseau» : un roman initiatique traitant du celtisme et du druidisme…
Beaucoup de livres me font rêver, notamment lorsque je consulte un catalogue Sourget ou le catalogue de M. De Bry par exemple. Si je devais faire un choix ce serait :
– L’exemplaire de Stanislas de Gaita des « Douze Clefs de la Philosophie » de Basile Valentin, maroquin rouge avec ex libris et annotation de Stanislas de Gaita- L’édition originale rarissime de 1618 du « Traité du Feu et du Sel » de Blaise de Vigenere- Le Camerarius : reliure-médailler de Jacob Krause (n°44 du catalogue de Bry), médailles de vermeil de Wenzel Jamnitzer, pour le bapteme de Ludovicus Camerarius, Nuremberg, 23 janvier 1573. Une merveille de bibliophilie et de numismatique !!!

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?
Une grande joie et une belle anecdote est d’avoir retrouvé un livre du catalogue De Bry, un livre de Martial de Paris sur les Arrêts d’Amours. Un grand moment d’émotion a été de coller mon ex-libris à côté du sien…

Et finalement l’Amour courtois et l’alchimie sont des thèmes très proches en fin de compte!!!
H

La lettre du bibliophile

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Une enquête du Blog du Bibliophile: de la manipulation sur les livres de valeur, ou quand certains libraires ne sont plus les meilleurs amis des bibliophiles…. ou encore les tribulations d’un exemplaire de la Divina Proportione

Une enquête du Blog du Bibliophile: de la manipulation sur les livres de valeur, ou quand certains libraires ne sont plus les meilleurs amis des bibliophiles…. ou encore les tribulations d'un exemplaire de la Divina Proportione

Amis Bibliophiles bonjour,

Pour le bibliophile, l’amour du livre est une passion, pour d’autres il est moins question d’amour et le livre n’est qu’une marchandise comme une autre… Et lorsque cette marchandise peut potentiellement représenter une somme conséquente, et si on prend un peu l’habitude d’observer les pratiques du monde de la librairie, on découvre parfois des pratiques qui laissent un peu pantois…
Je vous propose aujourd’hui une petite enquête du Blog du Bibliophile sur les pratiques étranges d’une très grande librairie du circuit international (dont le propriétaire fût également quelque temps, c’est cocasse, l’un des garants de la probité de la librairie ancienne dans le monde, au travers son appartenance à la Lila), autour d’un livre bien connu, la Divina Proportione, dans son édition de 1509; superbe ouvrage dont une partie des illustrations est souvent attribuée à Léonard de Vinci. 
La page de titre et l’ex-libris manuscrit Barget chez Chausson – image cliquableLe 8 juin 2011, l’étude toulousaine Chausson mettait un exemplaire incomplet (79 planches sur 87, 15 planches des lettres de l’alphabet sur 23, etc.) de la Divina Proportione… par Luca Paccioli de Borgo, un bel in-folio imprimé à Venise en 1509 et relié en demi-basane du XIXe. 
En plus de quelques notes manuscrites en italien dans les marges, cet exemplaire présentait une particularité qui le rend reconnaissable, un ex-libris manuscrit « Barget régnant Louis XII roi de France » sur sa page de titre. Estimé de 7 000 à 10 000 euros, il fût finalement adjugé à un acheteur étranger pour 8 900 euros.
La description de l’ouvrage lors de la vente Chausson,
avec la mention de l’ex-libris- image cliquable
Or, à la mi-avril 2012, une très grande librairie du circuit européen proposait à un bibliophile, en avant-première de la Book Fair de New York, un bel exemplaire de la Divina Proportione, édition de 1509, relié en plein parchemin du XVIe siècle. 
Cet exemplaire présentait l’avantage d’être complet, et le libraire soulignait dans sa description que quelques feuillets restaurés avaient été lavés (une différence de papier trop importante?). Il était proposé à 150 000 euros. 
La description ne faisait part d’aucune autre marque significative concernant l’ouvrage. En fait il fallait voir le livre pour découvrir qu’il portait un ex-libris manuscrit non mentionné dans la notice sur la page de titre. Cet ex-libris, vous l’aurez deviné, était un ex-libris français, « Barget régnant Louis XII roi de France », celui-là même qui se trouvait sur l’exemplaire incomplet, relié en demi-reliure XIXe, vendu par l’étude Chausson de Toulouse le 8 juin 2011, et adjugé 8 900 euros.   
La description de l’ouvrage proposé au bibliophile en avant-première de la Book Fair, par le libraire, qui portait la page de titre  avec l’ex-libris manuscrit Barget (mais dont il n’est pas fait mention) – image cliquableUne découverte qui pose beaucoup de questions. 
D’abord, parce que je suis bibliophile avant tout, sur l’exemplaire lui-même: s’agît-il de l’exemplaire « Barget » incomplet qui aurait été complété puis réemboîté dans une reliure XVIe en parchemin? Ou, plutôt, d’un autre exemplaire incomplet relié lui en parchemin XVIe et auquel il aurait manqué au moins la page de titre? Dans les deux cas, il me semble que cette restauration, dans un sens ou l’autre, aurait méritée d’être annoncée. Ce n’est hélas pas le cas pour l’ouvrage proposé à ce bibliophile en avant-première de la Book Fair de New York il y a 3 semaines. 
Mais aussi la question des pratiques de certains libraires (certains seulement) et de la prudence qui doit être de mise sur des ouvrages importants: ouvrages réemboîtés, remontés, recomposés, feuillets, pages de titres et colophons refaits… Si les faux sont assez rares dans l’univers du livre ancien pour des raisons de coût, ils deviennent beaucoup plus tentants sur les ouvrages très importants, dont le prix final permet de considérer un « travail de restauration » tout en préservant une rentabilité intéressante. Plus tentants pour certaines personnes en tout cas. Se pose alors la question de l’éthique et la nécessité de signaler ou pas ces restaurations (les restaurateurs sérieux que je connais mentionnent les restaurations « lourdes » de ce type sur les factures, mais sont rarement dupes quant au fait que ces remarques soient conservées dans des descriptions destinées à la vente)… 
A moins qu’il ne s’agisse d’étourderie, car c’est vrai il est arrivé à chaque bibliophile, et à chaque libraire, d’oublier de façon totalement sincère quelque chose dans la description d’un ouvrage…
H

14 Commentaires

  1. la rigueur, la rigueur… le but est quand même de se faire plaisir, non ? mais ces débuts sont impressionnants, c'est vrai. La fréquentation de belles bibliothèques et bons bibliophiles, sans doute…

  2. On reconnait les vrais bibliophiles à la rigueur de leur démarche. Ici, les premiers pas ont été guidés par des confrères libraires : C'est réconfortant. Puis, souvent, l'élève dépasse le maître : C'est normal.

    Pierre [plutôt du genre bibliophile dilettante dépassé par ses clients ;-))]

  3. Bibliophilie assez élitiste, bravo pour ces choix.

    34ans, c'est bien, j'en ai 35.
    Décidément les bibliophiles se rajeunissent, ce qui est une bonne nouvelle pour notre avenir d'amateurs de livres.

    a bientot,
    yohann de ebibliophilie.com

  4. Jeune bibliophile et déjà un ex libris ? Pour ma part, c'est un pas que je n'ose pas franchir… Alors qu'en revanche je fréquente les salles de vente sans aucune appréhension depuis le début… A chacun ses jalons, et ses pudeurs, c'est cela aussi qui nous rend mutuellement riches ! Bravo pour ce beau portrait, et bonjour à vous !

    Benoît P.

  5. merci de ce portrait d'un passionné de livres d'alchimie. C'est une passion onéreuse, mais ces livres sont souvent magifiquement illustrés. Bonjour à Baptiste, et bonne chasse !

  6. Que de beaux achats en un an seulement !
    Dans le domaine des sciences occultes, je connaissais surtout la bibliothèque de Me Maurice Garçon (mais en sorcellerie, peut-être, plutôt qu'en alchimie…).

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