Miscellanées de Monsieur H.: luxure, chiffres et le Blog du Bibliophile a besoin de vous!

Amis Bibliophiles bonjour,
Le bibliophile se prend pour Sophie Calle, et s’inspirant de son régime chromatique, il a passé la journée à photographier une partie de sa bibliothèque par couleur. On s’occupe comme on peut! J’ai cherché un nom pour cette série de clichés, pour finalement aboutir à Luxure, pour le côté un peu débauché, un peu aguicheur et totalement assumé de ces images. Et puis Eluard, aussi, forcément, « les yeux de la luxure ont des joies secrètes ». Les bibliophiles me comprendront.
Luxure I: rougeDonc de temps en temps, une image Luxure apparaîtra sur le blog du bibliophile.
Allez, quelques nouvelles du blog en passant. Et bien, il se porte plutôt bien! Je tire totalement profit de mes journées de 36 heures pour le maintenir contre vents et marées, avec l’aide précieuse de quelques amis, qui se reconnaîtront aussi au passage et que je remercie encore une fois. Des chiffres donc! 
Le blog du bibliophile navigue à environ 40 000 pages vues par mois en moyenne depuis 6 mois. Au moment où j’écris ces lignes, le total est de 941 827 pages vues, le million devrait par conséquent être atteint avant le mois de décembre. Le premier message date du 3 mars 2007, le blog a 5 ans et 7 mois, et 1388 messages ont été postés, pour 11 026 commentaires; soit tout de même une moyenne très honorable de 8 commentaires par message, même en comptant des mois d’août plutôt déserts! 🙂
Quand on rentre dans les détails, il est intéressant de noter que certains messages ont dépassé la barre des 10 000 lecteurs! Et qu’un article a généré 115 commentaires. 321 membres reçoivent les mises à jour de façon automatique, et 1317 « amis » suivent l’actualité du blog du bibliophile sur facebook.  J’ai quasiment abandonné Google+, que j’estime trop intrusif et dont je doute de la pérennité. Et au total, plus de 8000 images ont également été publiées. (Ah oui, il y a twitter aussi).
Bon bref, jusqu’ici tout va bien, mais c’est vrai que tout ceci a vraiment un côté Sisyphe! Je tiens la rampe, même si je dois avouer qu’il est parfois difficile de concilier tout ceci avec une vie professionnelle passionnante et exigeante et une vie familiale très riche. Je ne peux ainsi pas accorder de temps au blog dans le cadre de mes journées de travail, je rentre en mode « blog », le soir, après des journées assez intenses. J’en profite pour bien vouloir prier de m’excuser tous ceux qui m’ont adressé des emails auxquels je réponds souvent avec beaucoup de retard. Le blog génère environ une vingtaine de mails chaque semaine et il n’est pas toujours simple pour moi de répondre.
Ah oui, j’ai failli oublier: j’ai besoin de vous. J’ai recensé ici un grand nombre de types de reliures (jansénistes, à la Duseuil, papillotante et j’en passe) et j’aimerais demander à chacun, s’il le veut bien, de me lister en commentaires ou de m’envoyer par email des types de reliure que j’aurais pu oublier. Un rapide copier-coller du blog donne ceci:

La reliure dos-à-dos, la reliure janséniste, la reliure en parchemin de réemploi, la reliure orientaliste, la reliure japonisante, la reliure JOTAU, les contreplats à la fanfare des grands relieurs du XIXème siècle, la reliure dite « plein or », la reliure de conservation bibliophile “second empire”, les tranches peintes ou fore-edge paintings, Boutigny et le style rocaille, les reliures d’almanachs, les reliures doublées, la gaufrure, les cuirs incisés, la reliure papillotante, la reliure à plaque / Dubuisson, la reliure à dentelle, la reliure Aldine, la reliure irradiante, la reliure allusive, la reliure à semis, la reliure à l’éventail, la reliure romantique, la reliure à la « Du Seuil », la reliure à la fanfare, la reliure en pointillé, la reliure aux armes, Thouvenin et le décor “à lacets”, la reliure mosaïquée, la reliure à la cathédrale, les reliures aux écussons, la reliure à la cire.
J’ai vraiment besoin de vous, en voyez-vous d’autres?
MerciH

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Lettre d’un candidat ou l’entrée à Bibliopolis, ou l’histoire de la bibliophilie en une centaine de vers par A. Girard.

Lettre d'un candidat ou l'entrée à Bibliopolis, ou l'histoire de la bibliophilie en une centaine de vers par A. Girard.

Amis Bibliophiles bonjour,

Comment écrire l’histoire de la bibliophilie en une centaine de vers? Voici la lettre d’entrée d’un candidat à l’entrée à Bibliopolis, celle d’A. Girard. J’ai réalisé que ce texte n’était pas disponible sur internet, le voici.



Lettre d’un candidat ou l’entrée à Bibliopolis

L’aurore bien des fois a de ses doigts rosés
Rouvert ses portes d’or dans les cieux embrasés,
Depuis que je languis, moi, devant cette porte,
Porte de bronze, aux clous de fer, épaisse et forte.

Là, demeure un mortel très expert, dont les mains
Voluptueusement palpent les parchemins.
Son nom est Pailletos.
                                      Il règne dans l’enceinte
De Bibliopolis et garde l’arche sainte.
Le Maître a près de lui des compagnons choisis.
Moi, qui depuis des mois et mois veille ici,
J’attends que mes accents l’émeuvent, qu’il découvre
Mon mérite, m’accueille à ses côtés, et m’ouvre
La porte de son temple aux profanes fermé!
Que faire?
                 J’ai – l’esprit de désirs consumé – 
Consulté l’autre jour la sybille delphique;
Et la sybille, dans un accès horrifique,
M’a répondu par cet oracle souverain:
« La clef d’or ouvrira cette porte d’airain. »
Mon esprit flotte, esquif en proie au dur tangage;
« La clef d’or?… »
                      Si c’était la clef d’or du langage!

INVOCATION

O muse au beau front lauré,
Qui charmes le bois sacré
De l’Hélicon, et qui joues
Du luth d’or divinement,
Au point qu’un trouble charmant 
Pâlit et rougit les joues
De qui t’écoute un moment;

O Muse, accours, viens à moi,
Fais plus touchant ton émoi,
Et prête-moi l’harmonie
Qui pénètre dans les coeurs,
Et fait taire les moqueurs;
Oui, prête-moi ton génie
Pour que j’entre ici vainqueur.


LA MUSE

Me voici. Je descends du sublime empyrée
Et veux bien te prêter cette lyre dorée
             Qui charme les lions
Et construit les remparts de la ville rêver,
             Et dont se sert Orphée,
             Et dont use Amphion.

Mortel épris des vieux vélins et des des grimoires,
Où des temps disparus revivent les mémoires,
             Chante, on t’accueillera.
Chant, et, ravi des sons que la muse t’inspire
             Non sans un doux sourire,
             Pailletos t’ouvrira.

Chante les noms aimés des artistes du Livre,
In-quarto, manuscrits aux lourds fermoirs de cuivre,
              Cuirs roux gaufrés de lis,
Missels jadis gravés avec un art suprême,
              Chante la gloire même
              De Bibliopolis.

GIRARDOS

Eh bien! je chanterai, puisque l’on m’y convie,
Ceux-là qui, confiant aux signes leur esprit,
Firent le Livre, doux passe-temps de la vie
Où pour l’éternité brille le Verbe écrit.

Moines au front rasé, penchés dans vos cellules
Sur le parchemin blanc, ô bons bénédictins,
Je vous vois composant de nobles majuscules,
Avec la plume d’oie, aux horaires latins.

La lettrine en couleurs est compliquée et large;
Dessinée au trait rouge, elle éclate dans l’or
Et semble, débordant, superbe, sur la marge
Une fleur oubliée et toute fraîche encor.

Et voici Jean Fouquet, oeuvrant le livre d’Heures
Du contrôleur royal Etienne Chevalier,
Peignant Agnès Sorel qu’un léger voile effleure,
Charles VII et René, piétons et cavaliers.

Puis, voici Bourdichon pour Anne de Bretagne,
Figurant tour à tour de son subtil pinceau
La fleur, le fruit qui sur le rameau l’accompagne,
Et Jésus et les saints, et l’insecte et l’oiseau.

Memling, Van Eyck, d’un trait sûr, d’une touche vive
Immortalisent l’art flamand sur le vélin.
Puis des Italiens la Renaissance arrive
Et de l’enluminure apporte le déclin.

L’on taille dans le bois de menus caractères,
On les presse, enduits d’encre, à plat sur le papier,
C’est la xylographie. Enfin, sortant de terre,
L’Imprimerie avec Gutenberg va briller.

Pour envahir le monde, elle est née à Mayence.
Wolgemuth, Schongauer, vieux maîtres allemand,
Albert Dürer, au fin buron plein de vaillance,
Par elle ont reproduit leurs caprices charmants.

Venise à ce moment rayonne sur le monde,
Manuce fait régner son ancre et son Dauphin.
Après Vostre et Vérard, chez nous le livre abonde;
Dans Paris est Estienne et dans Anvers Plantin.

Au gothique pointu succède l’italique,
Les Elzevier à Leyde impriment Cicéron,
Cependant que Callot, au crayon satirique,
Précède Abraham Bosse au trait moelleux et rond.

La Régence caresse un livre maniable,
Où la vignette est due au délicat Watteau;
Cochin le fils y montre un talent agréable,
Boucher sait y graver des nymphes sans manteau.

Eisen ajoute encore aux vers de La Fontaine,
Moreau le jeune illustre et Molière et Rousseau,
Donne entre tous au livre une gloire certaine,
Et d’un siècle galant y met l’éternel sceau.

Dirai-je les Didot? La gloire du Racine?
Deveria gravant des fronts mystérieux!
Borel et les sujets macabres qu’il dessine,
Et Prudon révélant Chloé nue à nos yeux;

Meissonier façonnant des clichés impeccables,
Et Traviès et Daumier amusant le Journal,
Gavarni, caricaturiste infatigable,
Et Granville voyant l’homme dans l’animal;

Et Doré, ce Michel-Ange de la vignette,
Et l’éditeur Curmer? Et ceux-là, moins connus,
Dont le nom se déchiffre aux pages qu’on feuillette,
Dont les talents divers jusqu’à nous sont venus?

Non, je me dois encore aux belles reliures:
Soit que l’ivoire y soit patiemment taillé,
Ou que la perle y brille au milieu des dorures
Et de la riche étoffe et du cuir travaillé.

Voici les coins ferrés des évangéliaires
Vêtus de soie ou de velours ou de damas;
Les psautiers de drap d’or, livres nobiliaires
De diverse épaisseur et de divers formats.

Grolier avec amour couvre le dos des livres
De rinceaux somptueux; il décore les plats
De fleurons azurés. Le Gascon va le suivre
Et combine à son tour d’élégants entrelacs.

Et nos contemporains, quelle illustre phalange!
Trautz, Padeloup, Cuzin et Marius Michel,
Et Derome… Chacun dans mes rythmes se range,
Gruel, Lortic… Chacun répond à mon appel.

Beraldi plein d’humour, Brunet, Brivois, Uzanne
Chevauchant la chimère en vol vers l’idéal.
Leloir peignant Manon, suave courtisane,
Grasset campant les fils Aymon sur leur cheval.

Avril, Delors, Rudaux, pleins de charme et de grâce.
Rochegrosse les yeux éblouis d’Orient;
Adam, Merson fixant le passé qu’il embrasse,
Et Flammeng, et Toudouze, et Beaumont, et Le Blant.

L’inimitable Rops peint la femme charnelle,
La prêtresse d’Eros. Le crayon de  Forain
Apporte à la satire une forme nouvelle;
Vidal voit d’un autre oeil l’amour contemporain.

Bons graveurs, imprégnant vos cuivres de votre âme,
Boisson, Bida, Boilvin, Champollion, Jacquet,
Gaujean, Lalauze, tous, la gloire vous réclame.
Puis vous dont la vitrine a des trésors, Conquet,

Aimable et souriant, Ferroud, homme olympique;
Boussos, que les badaus lorgnent au boulevard;
Jouaust trop abondant, Mame l’évangélique,
Et trop vite partis!… Vous Launette et Testard!!!

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Et Girardos ému devant la maison close
De Pailletos chantait. Et le nuage rose,
Et l’arbre vert debout sur le chemin, l’oiseau
Qui s’enfuit, et le vent qui courbe le roseau,
Le nid qui chante et l’eau des ruisseaux qui murmurent,
Tout l’écoutait.

                         Alors les huis de fer s’émurent,
Et l’on vit comme un père au-devant de son fils
Apparaître le Chef de Bibliopolis.


Albert Girard.

Les images sont tirées de l’exemplaire n°73 de l’édition originale et unique, imprimée pour Girard en 1896 par Chamerot et Renouard, avec les compositions de Paul Avril. Exemplaire de De Claye, relié par Carayon, avec envoi de l’auteur.


97 Commentaires

  1. Bonsoir,

    Concernant la question des différents genre de reliures, n'y avait-il pas au XVIIIème un style de reliure dit "clinquant" dont le décor était fait de feuilles d'or et d'argent découpées ?

    Merci et bravo encore pour ce beau Blog,
    Katherine

  2. Bonjour à tous.
    Un type de reliure qui, je crois, n'a pas été évoqué, est la reliure "sans couture", mode probablement le plus répandu aujourd'hui, même s'il est plus que discutable.
    On serait tenté de penser que l'invention en est récente, cependant dans le Manuel Roret de 1840, Lenormand la cite sous le nom de "reliure araphique" et précise qu'elle a excité la curiosité et l'intérêt du public à l'exposition de 1839 et qu'on ne lui a trouvé que des avantages …

    René

  3. Bonjour,

    Je rajouterais aussi au niveau des reliures (même si certaines sont trop récentes pour passionner les collectionneurs!) :
    – La reliure Bradel à plats rapportés
    – La reliure japonaise
    – La reliure extrême-orientale
    – La reliure piano
    – La reliure à cru
    – La reliure hollandaise
    – La reliure lyonnaise
    – La reliure arabe

    Si vous souhaitez des photos j'en ai aussi 😉

  4. Félicitations pour ces chiffres très élocants . J'espère qu'il vous sera possible de maintenir votre blog ouvert malgré votre temps presque toujours surchargé … En regard de votre demande voici quelques genres additionnels de reliures que vous pouvez ajouter à votre liste : la reliure d'orfèvrerie , la reliure d'étoffe ornée de broderies , la reliure à décor à entrelacs sans mosaïque , la reliure à décor à entrelacs avec mosaïques , la demi-reliure , la reliure à compartiment géométrique , la reliure à décor à encadrements de fleurons , la reliure à décor de dentelle à la plaque , la reliure à décor mosaïqué à encadrement régulier , la reliure à décor mosaïqué symétrique , la reliure à décor à mosaïque figurative , la reliure à décor floraux , la reliure ciselée , la reliure modelée , la reliure avec inscrustation , la reliure utilisant la lettre comme décor , la reliure de métal , la reliure photographique , la reliure de volutes , la reliure à décor inspiré de l'ovale , la reliure à jeux de filets , la reliure en peau humaine , la reliure surréaliste et la reliure expressive ou dite ''parlante'' qui est mon genre préféré . Salutations de Montréal : o ))
    Gilbert Saint-jean

  5. Salutations à tous

    Je suis un nouveau membre et c'est également la première fois que je m'inscrit à un blog . Je fais donc un petit essai pour voir comment fonctionne la rédaction de commentaires sur un blog …

    Au plaisir

    Gilbert Saint-Jean

  6. Bravo pour ces chiffres de fréquentation, Hugues ! Vous bénéficier de tout le travail que vous avez fait depuis 5 ans ; ce n'est que justice. Heureusement que l'idée de mettre ces articles sur papier vous est sortie de l'idée : vous en seriez au format encyclopédique ;-)) Pierre

    Je n'aurai pas dit luxure mais légitime fierté

  7. Bénissez moi mon père parce que j'ai péché…
    Sur les types de reliures et de décors, très bonne question Hugues et je me pose souvent la même. J'ai quelques réponses en préparation. Je vous en livre une, pour laquelle je ne connais guère d'exemplaire d'époque : la reliure aumônière.
    À ajouter dans la liste la reliure en trompe l'oeil "sans dos" traitée dans le billet sur l'expo Imitatio Christi.

    Lauverjat

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