L’oiseau rouge, ou l’énigme de la Bibliothèque Carnegie de Reims

Amis Bibliophiles bonjour,
Une fois n’est pas coutume, ce n’est ni moi, ni un lecteur du blog qui vous soumet une petite énigme, mais les services de la Bibliothèque Carnegie de Reims, qui sont également des visiteurs réguliers du blog.
Les interrogations des services de la bibliothèque portent sur un élément assez inattendu figurant à l’intérieur de l’un de leurs ouvrages: en effet, collée sur le contreplat inférieur d’un ouvrage, se trouve une pièce de carton découpé en forme d’oiseau et coloré.

Il me semble déjà avoir vu cela quelque part, mais je ne parviens pas à en retrouver la trace dans ma mémoire. Avez-vous une idée de ce que cela pourrait être?
L’ouvrage en question est le suivant:

Le Théâtre d’honneur, et de magnificence, préparé au Sacre des Roys. Auquel il est traité de l’Inauguration des Souverains ; du lieu où elle se fait, & par qui ; de la Verité de la Sainte Ampoule ; des Roys qui en ont été Sacrez ; du Couronnement des Reynes ; des Entrées Royales, & Ceremonies du Sacre ; de la Dignité de nos Roys. Par Dom Guillaume Marlot Docteur en Theologie, & grand Prieur de l’Abbaye S. Nicaise de Reims, Ordre de Saint Benoist. A Reims, Chez François Bernard, Imprimeur de Monseigneur l’Archevéque, ruë S. Etienne, au Grifon d’or. M. DC. XLIII.Reliure parchemin 17e s. Les contreplats sont en papier de remploi (peut-être incunable).Tampon Charles Givelet et ex-Libris gravé de Henri Jadart. Mention ms. du don de Givelet à Jadart en 1891. Don Louis Demaison 24 juin 1937.
Qu’en pensez-vous?
H

La lettre du bibliophile

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Lortic, le neurologue et les libraires parisiens

Lortic, le neurologue et les libraires parisiens

Amis Bibliophiles bonsoir,
Je reviens ce soir sur l’un des deux faits divers qui ont secoué le landerneau bibliophile ces derniers mois, à savoir celui du neurologue bibliomane, avec quelques détails supplémentaires.
Vous vous souvenez forcément de cet éminent neurologue suisse, appelons Julien B., qui détournait les fonds de l’hôpital dans lequel il dirigeait un service pour acquérir des ouvrages rares; les livres en question étant plutôt des ouvrages illustrés et bien reliés du 20ème siècle.
Mais peut-être ne savez vous pas que c’est notre ami Pierre-Marcelin Lortic qui est à l’origine de la perte du neurologue bibliomane? En effet, c’est lors d’un contrôle de routine effectué sur une facture reçue à l’hopital que les services comptables de l’établissement découvrîrent que des factures avaient été réglées pour un total de 260 000 euros environ au bénéfice de Lortic SA, qui n’était en fait société fictive (on admire la créativité…), destinée à encaisser à Genève les paiements effectués à un grand libraire parisien.
Malgré sa renommée internationale, qui prouve que l’on peut être à la fois un spécialiste du cerveau et perdre la raison, notre neurologue bibliomane ne pût dissimuler longtemps ses malversations et reconnu avoir élaboré ce système de fausses factures pour assouvir sa passion.
Au final, ce sont plus de 3,5 millions d’euros qui furent ainsi détournés par le bibliophile, dont on suppose qu’il était accueilli avec amitié chez les libraires. Incarcération, opprobre, caution, il est finalement sommé de s’expliquer devant la Cour: il présente ses excuses et propose qu’il remboursera intégralement toutes les parties lésées…. les chroniqueurs judiciaires présumeront qu’il avait senti le vent tourner dès 2005, en confiant à Christie’s le soin d’organiser la vente d’une partie de sa bibliothèque («Bibliothèque d’un amateur européen», vente 5443, 23 mai 2006). La vente ne rassemblera que 117 lots mais totalisera plus de 4,2 millions d’euros (http://www.christies.com/LotFinder/searchresults.aspx?intSaleID=20697#action=refine&intSaleID=20697&sid=0a2f5ba9-916f-44a4-8a10-8a83dea0a517).

Le calcul est vite fait et l’on constate que le neurologue avait bien de quoi rembourser ses victimes, il ajoutera un don de 45 ouvrages rares de sa collection vaudoise à une bibliothèque publique juste après le procès.
Il sera finalement condamné à deux ans de prison avec sursis et une forte amende. Autre chose? Oui, il cocasse de noter que Julien B. est le fils d’un original qui avait dérobé un Watteau au Louvre en 1939, en sortant simplement avec le tableau sous le bras, avant de le rendre deux mois plus tard après l’avoir restauré.
J’ai identifié au moins l’un des ouvrages de Julien B. lors d’une vente Bérès. Il pourrait être amusant de retracer son itinéraire: vendu par M. Vrain, libraire parisien, au bibliophile suisse qui y apposa son ex-libris, avant de le remettre en circulation lors de la vente Christie’s, où il sera acquis par Pibi puis remis en vente lors des ventes du siècle?
Mais dis-moi, Pierre-Marcelin, pourquoi toi, qu’es-tu allé faire dans cette galère?
H

11 Commentaires

  1. Bonjour,

    Il est surtout dommage qu'aucune trace ne soit gardée pour les chercheurs futurs (peut-être un bout de papier dans une enveloppe ??? Mais où est l'enveloppe ?).
    Comme le dit le proverbe : "Ce qui est dit s'oublie, ce qui est écrit reste"

  2. Cette histoire prouve en tout cas que les informations circulent mal ou sont mal rangées. Et un changement de poste fait souvent perdre des informations.

    Dans un autre cadre, en recherche et développement industriels, j'ai déjà vu le cas. Le responsable d'un projet s'en va, et on perd plusieurs semaines voire mois à remettre en route le projet pour comprendre ce qui a été fait car il est parti avec une partie du savoir. Quand je suis parti, j'ai du passer un mois à annoter tous mes fichiers pour être sur que derrière ça suive.

  3. Dans les dernières années 1980, j'ai examiné cet exemplaire en présence du conservateur de Carnegie, Roger Laslier, et du conservateur des archives de l'archevêché de Reims, le Père Jean Goy : nous avions conclu à une représentation maladroite, de l'époque du premier propriétaire, de l'une des "merlettes" héraldiques qui figurent aux armes de l'auteur, Guillaume Marlot.

  4. Joliment dit Nicolas.

    Jean-Paul (ou quelqu'un d'autre), si vous avez la réponse, cela intéresse les lecteurs du blog qui ne sont ni retraités, ni non retraités, ni Rémois, ni ailleurs, ni même astronomes… Bref ça intéresse tout le monde et maintenant que la question est posée ici, autant avoir la réponse ici.

    Finalement, à quoi cela servirait-il que l'information reste entre un érudit Rémois et la bibliothèque Rémoise alors que cela pourrait profiter à tout le monde?

    Vous avez la réponse Jean-Paul?

    Eric

  5. Si l'on considère les érudits comme autant de planètes, et les bibliothèques comme autant de soleils, il ne me semble pas choquant que les premiers orbitent autour des secondes.

    Et non l'inverse.

    Cela étire à l'infini le champ restreint du local pour le bonheur des habitants des contrées trop lointaines. Une bienvenue contraction de l'érudit-espace-temps.

    Nicolas

  6. Certes Jean-Paul, je vous fais toute confiance pour connaître le contexte local ; mais pourquoi se priver de l'écho que permet le blog, pour ce genre de question ? Au demeurant, si une réponse arrive, cela permettra à tous d'en être avisés… Mais il va de soi que les sus-dits érudits locaux ont tout loisir de se manifester, ici, ou ailleurs…
    Je trouve que ce type de bouteille à la mer a toute sa place ici…

    Et je serai heureux d'avoir le fin mot de l'histoire, grâce à la "publicité", au sens propre, de la réponse… 😉

  7. Cette question ne peut pas être posée par la nouvelle conservatrice qui vien d'arriver et ne connaît guère le fonds ancien de Carnegie: alors qui pose cette question, sans connaître l'existence d'érudits locaux qui pourrraient probablement résoudre le problème ?

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