Les prix baissent ou « T’as trop de pognon, achète un psautier » , l’avis de Ivres de Livres

Amis Bibliophiles bonjour, La publication de l’étude de la librairie Sourget sur les prix a suscité de nombreux commentaires, voici la vision de Ivres de Livres (https://ivresdelivres.wordpress.com/), aussi pertinente qu’amusante que je relaie ici grâce à l’autorisation de son auteur:  « T’as trop de pognon ? Achète un Psautier Renaissance ! Un Psautier Renaissance, ça l’air ouf comme ça, mais c’est Sauce Bise qui le dit !… Tu sais, la boîte qui fait des enchères chères partout chez les blindés. Et y’a pas d’lézard, la banque Lazard, elle est aussi d’accord, alors… Donc, les vieux bouquins, ça rapporte plus que la coke, et ça monte plus vite que le dos jaune tu t’rends compte ! J’tiens ma science d’un doc pondu par un librairie qui est vers les Chartres, je savais pas qu’y en avait plusieurs mais bon.C’est un pote blogueur qui l’a posté là, le doc, mais juste en jbg, pas en pdf, alors j’lui ai demandé l’pdf, y’m’la filé et j’lai posé dans mon cloude, ici. Et c’truc, c’est une mise à jour d’un machin de 2008, qu’est là. J’venais d’inaugurer Fleury, ça doit être pour ça que j’lai loupé à l’époque, fait iech j’aurais pas eu besoin d’piquer des BM, j’l’aurais acheté l’psautier, et les keufs ils zauraient rien vu. Allez, j’te l’résume ce truc , la totale, tu t’la feras quand tu retourneras en cellule. Puis comme ça tu pourras compter les mots,  tu verras, y’a plein d’fois placement, investir, investissement, posséder, performance, marché, capitaux, amortissement, patrimoine, valeur, tout ça c’est bien plus cool que les moutons du film Shaun pour se mettre à roupiller. Et l’matin, tu reprends le truc, tu cherches lecture, plaisir, texte, t’auras tellement de mal  à en trouver que ça t’réveillera avant l’maton. Donc ça grimpe, ça grimpe, ça grimpe, les vieux bouquins, sauf maintenant, ça baisse, mais il paraît que ça va remonter en 2016, p’têt à cause des élections, va savoir, mais si c’est la Marine, la culture, elle va morfler ! Bon j’mégare. Ma meuf, elle dit toujours que j’fais trop dans l’discursif. Faut juste savoir par lequel on commence, de bouquin à acheter. Faut se décider. Alors j’ai fait un tableau because moi aussi j’sais en faire des tableaux à la c…  Ben en fait, y’disent pas que des conneries, chez Sauce Bise, c’est bien le Psautier qu’il faut ! Mais y’a quand même des trucs zarbis qui sont écrits dans son doc, au gus. Y parle d’une thèse qui dit que les bouquins leur valeur elle a grimpé 50 fois plus vite que la terre labourable. Ça ça doit être parce que la terre labourable tu peux pas l’emm’ner chez les suisses, mais la thèse j’voulais y pomper d’autres trucs, ben j’lai même pas trouvée sur theses.fr, c’est p’têt un fake. P’is y cite un cave de 1878 (1878, tu t’rends compte, Bonnot l’avait deux ans !) qui prétend qu’il y en a de moins en moins des beaux exemplaires, et qu’il y en aura toujours de moins en moins. C’est quand même zarbi, ct’idée, parce que visiblement y’en a encore plein pour nos fouilles. C’qui est super dans ce plan, c’est qu’ce genre de bouquins, t’as surtout pas besoin d’les lire, surtout pas ! Faut juste les garder, et tu les r’vends quand t’as envie. Et entre temps, tu seras « anobli culturellement ». Mes potes, z’en reviendront pas, j’te dis ! Et pis t’as rien à faire : « faut pas d’soin particulier ». C’est cool. J’les aurais bien mis au Port Franc d’Genève pour être tranquille, mais l’mec qui s’en occupe là-bas, l’a des ennuis en ce moment. Par contre, là où il déconne, le mec qui a pondu c’fameux doc dont on cause, c’est quand il dit que le vol bibliophilique, c’est « quasiment inconnu ». L’a jamais entendu parler de Libri, ou du pote à Berlusconi, lui. Ben bientôt y’aura moi, finalement j’vais pas les acheter ces biens culturels multiséculaires comme il dit, j’vais simplement les piquer: 1000 % de bénef, au moins !  Ivres de Livres » Retrouvez les autres posts de Ivres de Livres ici: https://ivresdelivres.wordpress.com/

La lettre du bibliophile

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La meilleure période pour être bibliophile? Sous la Révolution et au début du XIXe?

La meilleure période pour être bibliophile? Sous la Révolution et au début du XIXe?

Amis Bibliophiles bonjour,
Que ce soit Nodier, Vandérem ou plus récemment Daniel Désormaux (La figure du bibliomane, Librairie Nizet, 2001), la lecture d’ouvrages consacrés à l’Histoire du livre me conduit régulièrement à m’interroger sur que pouvait être la vie d’un bibliophile d’une autre époque.
Du Bibliomane de Brandt, à celui de Bury jusqu’aux jeunes bibliophiles du début du XXIe, la figure du bibliophile et les manières de pratiquer la bibliophilie ont constamment évolué au fil des siècles: rôle social de la bibliothèque au XVIIe, fonction politique de celle-ci au XVIIIe, apparition des grandes bibliothèques privées et de la bibliographie et des premiers livres « pour » bibliophiles (Baisers et autres Fermiers Généraux), grande braderie révolutionnaire, spoliations, destructions, émigration des bibliothèques, ventes borgnes, puis bibliophilie flamboyante du XIXe avec l’apparition des sociétés de bibliophiles, le livre comme objet au tournant du siècle, etc.
Mais finalement, à quel moment valait-il mieux être bibliophile? Qu’en pensez-vous?
J’ai une grande tendresse pour le XIXe, qui à mon sens opère (avec brutalité certes), le passage de l’Ancien Régime bibliophile, très corseté, à l’époque moderne, plus ouverte, plus multiple. Il fait également, dans le même temps, la synthèse des époques passées et nous a projeté dans l’époque actuelle, qui en respecte encore plus ou moins les grandes lignes.
Naturellement, tout ceci est très subjectif: jusqu’au XVIIIe, c’est le texte qui semble avoir la part belle, même si juste avant la Révolution Française, de nombreux signes, notamment dans le travail des relieurs et des imprimeurs pourraient montrer qu’au delà du texte, l’objet livre prend de l’importance.
Forcément, les années qui secouent la France à la révolution font naître de nombreux fantasmes dans l’esprit du bibliophile quand il rêve aux opportunités d’achat qui se présentèrent. Pour ceux qui ne furent pas spoliés, j’imagine cette période comme une sorte d’hallali (« mode de chasse ancestral qui consiste à poursuivre un animal sauvage avec une meute de chiens, jusqu’à sa prise éventuelle. Elle se distingue de la chasse à tir car seuls les chiens chassent, grâce à leur odorat et leur instinct naturel de prédateur. »): confiscations, saisies et ventes d’ouvrages des bibliothèques des émigrés ou des bibliothèques séculaires du clergé, livres échangés sous le manteau, trafic, et même vraies-fausses ventes à l’encan.
Abbé GrégoireDans son Premier rapport sur le vandalisme, l’Abbé Grégoire cite ainsi ces ventes dans lesquelles « la plupart des hommes choisis pour être commissaires, sont des marchands, des fripiers, qui étant par état plus capables d’apprécier les objets rares présentés aux enchères, s’assurent des bénéfices exorbitants. Pour mieux réussir, on dépareille des livres (…), et des frippons concertés savent réunir ces pièces séparées qu’ils ont acquises à bon marché. Lorsqu’ils redoutent la probité ou la concurrence de gens instruits, ils offrent de l’argent pour les engager à se retirer des ventes. on en cite une où ils assommèrent un enchérisseur ». Rien de nouveau ou presque me direz-vous!
En tant que bibliophile, on ne peut que rêver de ce festin de loups, des opportunités incroyables que cela pouvait présenter pour un acheteur aviser… et des fortunes de libraires qui ont pu se construire sur les cendres de la monarchie. 
Je possède un ouvrage ayant appartenu au baron Jérôme Pichon, dans lequel il a ajouté une note manuscrite qui confirme les paroles de Grégoire: « Ce présent exemplaire est celui des Carmes Déchaussés de Paris et ensuite de la bibliothèque du chapitre de Paris. Il fut vendu à la livre en 1811 avec toute une voiture de vieux livres à un épicier de la rue des Marmousets nommé Neveu qui le revendit à la livre aussi à un amateur inconnu. »

Tout est dit, la bibliothèque du chapitre de Paris, une vente au poids, une voiture de vieux livres (on s’étrangle en imaginant le lot!), un épicier et un inconnu… 
Cette période post-révolutionnaire, ce Far West est un moment assez unique de l’histoire bibliophilique de notre pays. Je pense parfois que c’est cet afflux de livres sur le marché qui a permis les Nodier et autres Brunet: il fallait protéger, répertorier, bibliographier… et dans le même mouvement les possibilités d’acheter (à bas prix, ou des livres oubliés depuis des siècles dans des bibliothèques, voire les deux) semblaient immenses.
Chaque bibliophile cache un carnassier, un prédateur et cette période excite fatalement mon appétit. Elle lance le siècle également. 
Pour résumer, j’aurais aimé avoir 40 ans en 1800, 45 en 1850, 50 en 1880, pour m’éteindre doucement en lisant Vandérem dans les années 1930… La bibliophilie conserve.
Et vous, quelle époque faste auriez-vous aimer vivre en tant que bibliophile?
H

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