Les grands livres / dans la bibliothèque du Bibliophile: La Découverte australe Par un Homme-volant, de Nicolas Restif de la Bretonne

Amis Bibliophiles bonsoir, Quand on cherche un ouvrage depuis longtemps, c’est toujours un immense plaisir de le voir rejoindre sa bibliothèque. Celui-ci en particulier… La Découverte australe Par un Homme-volant, ou Le Dédale français Nouvelle très-philosophique: Suivie de la Lettre d’un SingeRestif de la Bretonne (Nicolas-Edme)Leipzig, Et se trouve à Paris, s.d. [1781]. Quatre tomes en 2 volumes in-12, demi-chagrin bordeaux, dos orné, pièces de titre et de tomaison vertes, tranches lisses (Reliure moderne). Édition originale de ce roman utopique très recherché. Elle est illustrée de 23 jolies et curieuses figures gravées en taille-douce, dont une dépliante, lesquelles représentent l’homme-volant prenant son envol et plusieurs créatures hybrides. Ces planches ne sont pas signées. Annotations manuscrites à la plume dans la marge d’une page.   L’exemplaire est bien complet du rare faux-titre intitulé oeuvres posthumes de N, daté 1781. Plusieurs feuillets plus courts, restauration de papier sur le bord du titre du tome III et en marge de la planche dépliante. Le bord d’une des planches est replié. Tome IV, manquent le feuillet P6, correspondant aux pages 335-336, et les 3 derniers feuillets adressés au lecteur avant la table des figures.Ce roman, publié en 1781, est une œuvre foisonnante, multipliant les genres littéraires, tenant à la fois de l’utopie sociale et politique, du fantastique, de la science-fiction et du voyage de découverte. Rétif l’a fait illustrer par son dessinateur fétiche, Binet (sur lequel on sait fort peu de choses), choisissant vraisemblablement, comme à son habitude, les épisodes pour lesquels il souhaitait des gravures. Dans l’édition originale, un commentaire de Rétif accompagne d’ailleurs, le plus souvent, les illustrations.Le héros du roman, Victorin, est amoureux de Christine, qui est la fille de son seigneur : cet amour paraît donc impossible. Mais il réussit à mettre au point une machine qui lui permet de voler, grâce à un système de pédales et d’ailes articulées.
 Grâce à ce formidable instrument de pouvoir, il enlève Christine et l’emmène jusqu’au sommet d’une montagne, le « Mont-Inaccessible », auquel on ne peut accéder que par les airs. Puis, il y fait venir d’autres personnes soigneusement choisies, et fonde une société (dont Victorin et sa famille, qui possèdent le pouvoir de voler, forment l’aristocratie) où doit régner le bonheur parfait. Au bout d’une vingtaine d’années, Victorin décide de quitter sa montagne pour aller à la découverte des îles australes, afin d’y créer un vaste royaume du bonheur. La première île découverte est l’île des « Hommes de nuit », « créatures presque humaines » qui ne vivent que la nuit. Victorin y fait venir tous les membres de la colonie du « Mont-Inaccessible », et l’île est baptisée « île Christine ». Dans les années qui suivent, les hommes-volants découvrent les autres terres australes et leurs populations, constituées d’êtres étranges et fantastiques, le plus souvent créatures hybrides hommes- animaux : les Patagons (hommes géants), les hommes-ours, les hommes-chiens, les hommes-cochons… Chaque fois, les Christiniens s’emparent d’un couple d’hommes-animaux pour les éduquer selon leurs mœurs, et les croiser avec d’autres espèces afin de réduire leur part d’animalité : vaste mission de colonisation civilisatrice ! Le dernier peuple rencontré est celui des Mégapatagons, qui ont réussi à réaliser la cité rétivienne idéale : égalité des êtres, communisme, mesures natalistes… Mais Victorin, conscient que les Européens ne sont pas prêts à de pareils usages, se borne à recommander un perfectionnement des anciennes lois, en attendant le temps de la perfection.



 Jacques Lacarrière, dans sa préface de l’œuvre dans la collection « Bouquins », met en avant un certain nombre de points intéressants pour l’étude du roman de Rétif : – l’importance au XVIIIe siècle, dans la mouvance des Lumières, d’une littérature cédant abondamment à la manie « de vouloir à tout prix inventorier, disséquer et même appliquer sur cette terre les lois qui présideraient au bonheur humain. » – la corrélation chronologique du roman avec les récits de voyages de Cook, Bougainville ou La Pérouse, grands découvreurs, au XVIIIe siècle, de terres et de peuples encore inconnus. – le rappel, face aux descriptions des « paradis » naturels qui figurent dans La Découverte australe, d’un célèbre épisode de l’enfance de l’écrivain que celui-ci évoque dans son autobiographie, Monsieur Nicolas : sa découverte, à proximité du village où il habitait, d’un vallon isolé qui lui valut « sa première exaltation devant le spectacle d’une nature encore vierge ».


 Le petit Nicolas se déclare maître de ce royaume, puis le présente à quelques camarades, « légiférant, distribuant sanctions et récompenses et appariant les couples ». – le rôle de la machine volante comme instrument de pouvoir : « s’affranchir du sol et de la pesanteur, c’est aussi s’affranchir des lois et des contingences de la terre, acquérir pouvoir et supériorité sur tous les autres hommes, devenir un surhomme plus encore qu’un oiseau. » Seuls Victorin et sa famille restent détenteurs du privilège de voler, qui leur assure le pouvoir sur leurs sujets. « Un pas de plus dans cette voie et l’on aboutira, dans le siècle suivant, à des œuvres comme Robur le Conquérant ou Le Maître du monde de Jules Verne. » Le pouvoir que confère l’invention contraint l’inventeur « à devenir aussi un philosophe, un organisateur autant qu’un technicien. Écrite à la veille de la Révolution, La Découverte australe pressent déjà ce que sera la grande affaire du siècle à venir et sa véritable utopie : la libération possible de l’homme par les conquêtes de la technique et de la science. Restif y apparaît comme un rêveur invétéré mais un rêveur plus proche par endroits de Jules Verne et de Wells que des philosophes de son temps. » – le caractère monstrueux et inhumain de toutes les utopies qui prétendent imposer un bonheur forcé à l’être humain, par tout un système d’obligations et d’interdits touchant à chaque aspect de la vie, y compris et surtout, en matière d’amour et de rapports sexuels. La contradiction est flagrante dans le roman de Rétif : c’est pour être libre de son amour pour Christine que Victorin bâtit la cité idéale, mais dans cette cité, seuls sont libres de s’aimer librement ceux qui détiennent le pouvoir (voir le règlement de l’île Christine). Lacarrière cite un autre texte de Rétif extrait du Paysan perverti, les Statuts du bourg d’Oudun composé de la famille R*** vivant en commun, dans lequel Rétif « imagine en plein XVIIIe siècle –sous le nom de Ferme collective- ce que seront plus tard les communes populaires en Chine. Tout y est inscrit, écrit, prévu et notifié », les repas qu’il faudra servir les jours de fête, les jeux auxquels les enfants devront jouer etc. De plus, « jamais l’inégalité foncière entre hommes et femmes (au détriment de ces dernières) n’est plus visible qu’en cette communauté où rien n’est identique –même un dessert, même un jeu- entre un homme et une femme ».  – l’imagination heureuse de Rétif en ce qui concerne les espèces hybrides merveilleuses rencontrées par les hommes-volants. « Ce que découvrent Victorin et ses fils à travers les dizaines d’îles inconnues réparties dans l’archipel austral, c’est un peu la longue marche de l’humanité, une sorte de continent fossile où, à l’instar du Monde perdu de Conan Doyle ou de Caspak, monde oublié d’Edgard Rice Burroughs, l’on surprend des êtres qu’on croyait disparus ou légendaires, une sorte de laboratoire vivant où demeurent miraculeusement préservés tous les essais de la nature pour parvenir à l’homme. »  Mais il convient de noter aussi les naïvetés dans l’invention des langues parlées par chaque espèce (de l’onomatopée, au jargon petit nègre, pour finir par le français à l’envers des Mégapatagons) : « Tel serait en définitive l’humble et piteux secret des antipodes : on y  parle à l’envers tout en y pensant à l’endroit et en ce simple détail auquel Restif ne semble pas avoir prêté grande attention, réside le faux mystère de ce monde utopique. » »Cet ouvrage est l’un des plus bizarres de Restif et l’un des moins communs. Les récents progrès de l’aviation ont attiré l’attention des curieux sur ce livre que nous croyons devoir augmenter rapidement de prix. » (Cohen) « Cet ouvrage, un des plus singuliers que Restif ait écrits, est fort recherché, non seulement par les rétiviens mais aussi par des collectionneurs de livres sur les utopies et l’aéronautique. « Il est vraiment remarquable, dit Lacroix, que Restif ait porté ses recherches sur la manière de voyager dans les airs, trois ans avant la découverte des frères Montgolfier, qui firent la première expérience des aérostats au mois de juin 1783. « Il est encore remarquable, quoique personne ne l’ait signalé, que Restif, dans cet ouvrage ait prévu un véhicule pouvant rouler sans chevaux. Dans l’intérêt de la paix, il propose une association des nations européennes. Chose encore plus curieuse, Restif, anticipant la société protectrice des animaux, demande qu’on soit juste envers les animaux. » (Rive Childs). « La base du système physique développé dans cet ouvrage est qu’originairement il n’y eut qu’un seul animal et qu’un seul végétal sur notre globe. Ce sont les différences de sol et de température qui ont amené la variété des êtres et produit des animaux mixtes. La description de la machine inventée par Victorin pour s’élever dans les airs, est faite pour intéresser beaucoup de personnes. » (Monselet, Restif de la Bretonne, n°22)Pour en savoir plus:http://www.mediatheque.grand-troyes.fr/webmat/sites/default/files/services/ressources/projet_pedagogique_la_decouverte_australe.pdf.

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Un grand livre (de la bibliophilie): le grand Meaulnes d’Alain-Fournier, et ses éditions originales.

Un grand livre (de la bibliophilie): le grand Meaulnes d'Alain-Fournier, et ses éditions originales.

Amis Bibliophiles bonsoir,
Le grand Meaulnes est l’œuvre immortelle d’Henri-Alban Fournier dit Alain-Fournier. Berrichon, l’auteur est né à La Chapelle d’Angillon le 3 octobre 1886. Il passe la plus grande partie de son enfance à Epineuil-le-Fleuriel où l’école de ses parents instituteurs existe toujours transformée en musée. Elle sert de toile de fond à son roman.

Alain-Fournier, lieutenant, meurt le 22 septembre 1914 probablement tué par les Allemands près de la Tranchées de Calonne, dans les bois de Saint-Rémy où combattra également Maurice Genevoix.
Le grand Meaulnes est publié par la NRF en pré originale de juillet à novembre 1913 (n°55 à 59). Le contrat d’édition date du 15 septembre 1913. L’E.O. paraît chez Emile Paul à Paris, 100 rue du Faubourg Saint-Honoré, en octobre, voilà cent ans. Le volume in-18 coûte 3 fr 50. Les exemplaires de l’E.O. n’ont pas de justification de tirage. Les exemplaires de l’édition courante sont sur alfa satiné. 
Le grand Meaulnes EO, cliché AJRAFLes bibliophiles distinguent cependant 300 exemplaires tirés spécialement pour l’auteur sur alfa satiné qui portent la justification au verso de la page de titre « Exemplaire tiré spécialement pour l’auteur, 000 ». 

Le site du libraire Camille Sourget présente un de ces exemplaires dédicacé et en profite pour rappeler la vente à Drouot de l’exemplaire avec envoi à Charles Péguy (tué lui aussi en septembre 1914) adjugé 182 861 € frais inclus le 10 juin 2011.
Le Grand Meaulnes, exemplaire sur Japon, librairie Camille SourgetIl existe également 10 exemplaires sur japon et 20 exemplaires sur hollande. Auxquels grands papiers s’ajoutent aussi quelques exemplaires pour l’auteur. Enfin six ou dix exemplaires ont été tirés sur papier vert. Tous ces exemplaires portent une justification au verso de la page de titre. Tous ces papiers spéciaux sont tirés dans un format plus grand que celui des exemplaires sur alpha (16,3 x 21 cm au lieu de 12 x 19cm) et livrés sous une couverture verte (elle est crème pour le reste de l’émission).
Des exemplaires numérotés à la suite des 300 premiers se rencontrent également, ils constituent les exemplaires de passe ou de presse.
Les spécialistes se déchirent pour identifier la date du tirage la plus précoce, en effet il semble que les grands papiers aient été tirés après le papier d’édition ordinaire. Tous ces exemplaires sont cependant rigoureusement identiques sans correction ou réimposition et appartiennent donc à la même émission. Les couvertures présentent cependant des différences. Celles des exemplaires du premier mille portent la date d’octobre 1913 et parfois de décembre 1913. Les couvertures n’auraient pas été imprimées simultanément avec le livre.
Le grand Meaulnes fut un candidat malheureux au prix Goncourt, pourtant le succès fut vite au rendez-vous, la huitième édition était tirée en mars 1914. 
Outre son roman, Alain-Fournier publia de son vivant quelques poèmes dans diverses revues, ils furent réunis sous le titre Miracles chez Gallimard en 1924 par Jacques Rivière beau-frère de l’auteur qui signa la préface.
“La maison dans la forêt”, œuvre théâtrale inachevée fut publiée sous les auspices de son neveu Alain Rivière en 1986 à Paris (édition, l’artiste). L’édition originale, in folio, en feuilles sous emboîtage toilé rouge, compte 85 exemplaires, les 41 premiers sont entièrement dessinés et peints à la main par l’artiste, Jean-Pierre Rémon, 11 sur japon et 30 sur vélin d’Arches, les 44 suivants sont tirés sur vélin d’Arches avec des “illustrations rehaussées en couleurs par l’artiste”. (Plus 100 exemplaires reproduits en noir et blanc). Curieusement cette édition est souvent ignorée des bibliographies qui ne signalent que la réédition de 1999.
La maison dans la forêt, librairie le jardin des lettres, Bourges.Enfin, un autre roman aurait pu voir le jour. En 1980, Le Cherche-midi, publia les premiers chapitres et quelques esquisses de « Colombe Blanchet ». Cette publication, à mon sens, reste du domaine de l’étude.
Aujourd’hui la Bibliothèque de Bourges entreprend la numérisation du fonds et des manuscrits d’Alain-Fournier. Elle présente une exposition à la bibliothèque des Quatre Piliers « de 1913 à 2013, le Grand Meaulnes et sa postérité » jusqu’au 14 décembre. 
Tombe d’Alain-Fournier dans la nécropole nationale de Saint-Rémy la Calonne (55)Hugues me confiait qu’il relisait toujours avec plaisir le grand Meaulnes ; quand je l’avoue aussi, on me regarde souvent avec un brin de compassion. Aujourd’hui nous sommes au moins deux !
Lauverjat
Merci Lauverjat, j’ajoute que grâce à une belle notice de la librairie le pas sage, on sait désormais, grâce à un envoi de l’auteur, qu’il faut « écrire Meaulnes (sans accent) et prononcer Mône ». La fiche de ce bel exemplaire est visible ici: http://librairie-le-pas-sage.com/meaulnes.html.
Briller en société en citant le grand Meaulnes nécessitera donc désormais de bien prononcer Mône. Il me tarde de dîner avec un académicien!
Hugues
Pour en savoir plus :http://www.association-jacques-riviere-alain-fournier.comhttp://www.mediatheque-bourges.frhttp://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/revues/document-brut-45816

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9 Commentaires

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    Daniel B.

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