Les exemplaires sur grand papier de l’édition originale de Madame Bovary, de Flaubert (1857)

Amis Bibliophiles bonjour, « Tous ceux qui ont suivi les ventes de ces dernières années ont été frappés par l’ardeur toujours croissante avec laquelle les bibliophiles se disputent les éditions originales en grand papier des chefs-d’œuvre de la littérature contemporaine. » En dépit des apparences, cette citation n’est pas récente, elle date du milieu du XXe siècle. Cet engouement ne s’est pas terni avec le temps. Bien au contraire, ce qui était vrai en 1958 l’est encore plus aujourd’hui, peut-être en raison du fait que ce type d’ouvrages termine presque toujours dans un fonds inaliénable, conférant encore plus de valeur aux rares exemplaires en circulation ou en mains privées. Madame Bovary occupe une place évidente au panthéon des chefs d’oeuvre de la littérature contemporaine, et fort logiquement, ces dernières années, les amateurs s’arrachent les exemplaires de l’édition originale sur grand papier, mais également – par défaut? -, les beaux exemplaires de l’édition originale.


Mon exemplaire:

FLAUBERT, Gustave.- Madame Bovary. Moeurs de province.
Paris, Michel Lévy, 1857.
2 tomes en 1 vol. in-12° (sans les 36 pp. de catalogue de librairie in fine).
Relié par Marius Michel : plein maroquin janséniste marron, dos à 4 nerfs, doublures de maroquin rouge serti d’un filet doré et d’un cadre de maroq. marron, gardes de tissu broché dans les or et rouge, doubles gardes de papier marbré dans les tons, tranches dorées, double co uv. cons. (dos de la rel. passé). Sous étui bordé.

Édition originale de première émission, avec toutes les caractéristiques dans le texte relevées par Brun. Le nom de l’auteur est souligné d’un filet de 16 mm sur le premier plat de couverture et les seconds plats portent tous deux la particularité de la même adresse d’imprimeur au nom de Dondy-Dupré alors que le second est le plus souvent au nom de la Veuve Dondy-Dupré (l’ex. de la coll. Bouchez présentait aussi cette caractéristique, cfr Simonson, oct. 88, n° 62 ainsi que celui de la collection de Burbure, cfr Godts, juin 2006, n° 60).

# Vicaire III-721; # Carteret I-263; # Max Brun, « Contribution à l’étude des différents tirages de l’édition originale de Madame Bovary », in Le Livre et l’Estampe, 39-40, 1964, pp. 223-269 et 45-46, 1966, pp. 44-50. Cet ouvrage a fait l’objet de nombreuses recherches et les exemplaires sur grand papier de l’EO sont aujourd’hui connus et soigneusement répertoriés, à défaut d’être tous localisés. Ce travail doit en grande partie être porté au crédit d’ Auguste Lambiotte,  ancien Président de la Société des Bibliophiles de Belgique, qui a publié dans la revue de la Société, Le Livre et l’Estampe, un texte qui fait aujourd’hui référence et qui mériterait d’être mis à jour. On reconnaît ces exemplaires sur vélin fort au fait qu’ils se présentent en un seul volume (au lieu de deux). Les deux volumes furent en effet brochés à l’origine en un seul, avec une seule page de titre, les cahiers étant numérotés successivement de 1 à 28. Plutôt que de réécrire ce qui a été parfaitement énoncé par ce grand bibliophile, je vous propose de retrouver ci-dessous son formidable travail: > « La faveur exceptionnelle que rencontrent de tels livres auprès des collectionneurs d’aujourd’hui nous a poussé à inventorier les exemplaires connus à ce jour des originales en grand papier de certains chefs-d’œuvre, tels que Madame Bovary, l’Éducation Sentimentale, Trois contes, Dominique, Poèmes Saturniens, Fêtes Galantes, la Bonne Chanson, sans oublier les Fleurs du Mal.  Nous commencerons notre travail par Madame Bovary pour célébrer le centième anniversaire de sa publication. Nous décrirons tout d’abord les exemplaires avec envoi d’auteur, en donnant des indications succinctes sur le destinataire du livre, la reliure, les ventes successives où le livre a passé. Nous mentionnerons également les exemplaires avec envoi qui ont été distribués dans la région rouennaise et dont la liste de la main de Flaubert a paru dans le Mercure de France (articles de Francis Ambrière du 15 novembre 1937 et du 1er août 1938). Cependant, certains de ces exemplaires n’ayant jamais figuré dans aucune vente, nous ne pouvons les décrire. Nous les signalons par l’indication : Liste Flaubert. Nous décrirons enfin les exemplaires sans envoi, en reliure d’époque et en reliure moderne.Ce relevé, malgré tous nos soins, peut contenir des erreurs ; il peut aussi être incomplet. Que nos lecteurs nous permettent de corriger ces imperfections, nous les en remercions d’avance. Madame Bovary — Michel Lévy frères, 1857a) Exemplaires sur vélin fort, avec envoi d’auteur.  1. Louis Bouilhet, dédicataire — Poète et auteur dramatique normand, (1821-1869), condisciple et ami de Flaubert.On a perdu la trace de cet exemplaire qui a été présenté en 1923 à un libraire de Paris. Il portait en sus de la dédicace manuscrite : « Imprimé pour Monsieur Louis Bouilhet » (voir à ce sujet le Bulletin du Bibliophile du 1er février 1923, page 109). 2. Charles Baudelaire (1821-1867).Envoi : « Au poète Baudelaire, hommage d’une profonde sympathie littéraire. Gve Flaubert ».Demi-reliure d’époque en maroquin vert foncé, tête dorée, non rogné, couverture conservée. Cette reliure a été exécutée par Lortic sur les indications de Baudelaire, et les couvertures ont été conservées, en dépit des règles de l’époque. (Voir à ce sujet l’article de Vandérem dans le Bulletin du bibliophile du 1″ mai 1927, pages 195 et 196). 3. Victor Hugo (1802-1885).Envoi : « Au maître, souvenir et hommage. Gve Flaubert ».Cet exemplaire provenant de la bibliothèque de Georges Hugo dont il porte l’ex-libris, relié en plein maroquin-grenat, cadre de 7 filets sur les plats, dos orné, tranches dorées sur témoins, couverture conservée (Chambolle-Duru), a passé successivement dans les ventes :Claude Lafontaine (1923) — 24.000 francs.Voûte (1938) n° 292 — 51.000 francs.Jarry (Blaizot) 21-22 mars 1939, n° 122 — 45.000 francs.Il contient une lette de Flaubert à Maurice Schlesinger et deux pages du manuscrit, autographes ajoutés par Paul Voûte. 4. Alfred de Vigny (1797-1863).Envoi : « À Mr de Vigny, hommage de la plus profonde admiration d’un inconnu. Gve Flaubert ».Cet exemplaire en demi-reliure d’époque maroquin brun avec coins dos orné, tête dorée, non rogné, a passé à la vente Parran en novembre 1921, où il a atteint 7.700 francs. On le retrouve dans la vente du comte Alain de Suzannet décembre 1934, n° 42 — 26.000 francs 5. Jules et Edmond de Concourt (1830-1870 et 1822-1896).Envoi « À Jules et Edmond de Goncourt, hommage de la plus haute et de la plus profonde sympathie pour leurs personnes et leurs œuvres. Gve Flaubert ». Cet exemplaire, n° 332 de la vente Goncourt d’avril 1897 — 501 francs — a été relié à l’époque en maroquin rouge filets à froid, chiffre des Goncourt à froid en forme de médaillon sur fond or, compartiments de filets à froid sur le dos, tête dorée, dentelle intérieure, non rogné. Ex-libris des Goncourt sur une feuille de garde avec cette note autographe à l’encre rouge :« Édition en un volume. Exemplaire dans lequel il a été intercalé une page du manuscrit original, à moi donnée par Mme Commanville, la nièce de Flaubert. Edmond de Goncourt ».On le retrouve en dernier lieu à la vente Barthou 1935, n » 15 — 46.000 francs. 6. George Sand (1803-1876).Envoi : « À Madame Sand, hommage d’un inconnu.Gve Flaubert ».Ce livre, en reliure du temps, a longtemps été exposé au Musée Carnavalet. 7. Alphonse de Lamartine (1790-1869).Envoi : « À Monsieur de Lamartine, offert par l’auteur, son tout dévoué, Gve Flaubert ». Reliure de Huser en plein maroquin rouge, doublé de même, tête et tranches dorées, couvertures conservées. 8. Sainte-Beuve (1804-1869).Envoi : « À Monsieur Sainte-Beuve, humble hommage d’un inconnu. Gve Flaubert » Cet exemplaire resté broché a passé successivement à la deuxième vente Sainte-Beuve (1870, n° 330) au prix de 40 francs mis à la vente Brivois en décembre 1920, où il a atteint 11.505 francs. Il est maintenant conservé dans la bibliothèque Jacques Doucet. 9. Jules Janin (1804-1874) — « Prince des critiques »Envoi : « À notre père en lettres, Jules Janin. Gve Flaubert ». Cet exemplaire, relié à l’époque en demi-maroquin vert, tête dorée, non rogné, a passé à la vente Jules Janin 1877 (Labitte), n° 768, au prix de 180 francs. Il a passé ensuite à la vente Noilly, mars 1886, n° 313, où il a atteint 335 francs. Noilly l’avait fait relier à nouveau par Marins Michel, et y avait inséré une suite de gravures et un portrait de Flaubert. 10. Paul de Saint-Victor (1825-1881), littérateur et critique.Envoi : « À Paul de Saint Victor, hommage de la meilleure amitié et de la plus profonde sympathie littéraire. Gve Flaubert ». Reliure d’époque en demi-maroquin rouge, compartiments de filets à froid dans le dos, tête dorée, tranche ébarbée.Cet exemplaire a été adjugé 250 francs à la vente Saint-Victor 1882 (Porquet), n° 727.Il est actuellement conservé dans la bibliothèque Smith-Lesouëf. 11. Henri Meilhac (1831-1897), auteur dramatique.Envoi : « À Henri Meilhac. Gve Flaubert ». Cet exemplaire en demi-maroquin vert, tête dorée, tranche ébarbée, a passé à la vente H. Meilhac en avril 1922 sous le n° 553, au prix de 1.400 francs. 12. Charles Asselineau (1821-1874), littérateur, critique et bibliophile.Texte de l’envoi resté inconnu.Cet exemplaire, relié à l’époque en demi-maroquin bleu non rogné, figurait sous le n° 185 dans la vente Asselineau en 1874 et a été adjugé 12 francs.Nous craignons qu’il en soit de cet exemplaire comme de celui de Louis Ulbach, dont nous parlons in fine. 13. Nadar (1820-1910), littérateur-photographe-aéronaute.Envoi : « À Nadar, avec une forte poignée de main.Gve Flaubert ». Nous ne connaissons pas la reliure de cet exemplaire. 14. Georges Bell (1825-1885), journaliste et littérateur.Envoi : « À Georges Bell, hommage d’une profonde sympathie littéraire. Gve Flaubert ». Maroquin lavallière janséniste, doublé de maroquin vert olive, un filet or, gardes de soie brochée, doubles gardes, tête dorée, non rogné, reliure de René Kieffer (catalogue Blaizot, n° 180 — janvier 1912 — 850 francs). 15. Adolphe Gaïffe, publiciste et dandy qui fut secrétaire de l’Artiste et de la Presse, puis secrétaire particulier de Solar. Un des hommes les plus beaux de sa génération et à ce titre célébré par Banville dans « Odelettes ».Envoi : « À mon ami Gaiffe. Gve Flaubert ».Vente Montgermont 5 décembre 1918, n » 137. Reliure en plein maroquin rouge janséniste, 7 filets intérieurs, tranches dorées sur témoins (Chambolle-Duru).  16. Amédée Pommier (1804-1877), poète, collaborateur de la Revue des « Deux Mondes » et de l’Artiste.Envoi : « Au poète A. Pommier, hommage d’un inconnu qui l’admire. Gve Flaubert ». Ce livre, en demi-chagrin lavallière d’époque, plats toile, dos orné, tranches jaspées, a passé à la vente Robert de Bonnières en 1922, puis à la vente Sforza en 1933 sous le n° 314. 17. Louise Colet (1810-1876), poétesse et romancière, fut successivement l’amie de Cousin, Villemain, Hugo, Alfred de Vigny, Musset, et sa liaison orageuse avec Flaubert dura de 1847 à 1855.Nous ignorons tout de l’état du volume. 18. Madame Sabatier (1822-1890), Aglaé Savatier, dite Apollonie Sabatier, surnommée la Présidente, immortalisée par Baudelaire.Envoi : « À l’esprit charmant, à la ravissante femme, à l’excellente amie, à notre belle, bonne, insensible Présidente, Madame Aglaé Sabatier, mince hommage de son tout dévoué. Gve Flaubert ». Reliure d’époque en demi-maroquin vert à la Bradel, dos orné de filets dorés, tranches jaspées. 19. Madame Feydeau — Polonaise, femme de Ernest Feydeau(1821-1873), homme de lettres, auteur de Fanny.Envoi : « À Madame Feydeau, humble hommage de son tout dévoué, Gve Flaubert ».Le nom du dédicataire a été en partie raturé, mais reste très lisible. Vente Lévy-Danon (12-15 novembre 1935), n° 167, prix : 5.150 francs. Demi-maroquin vert foncé, compartiments de filets à froid avec fleurons dorés, plats toile verte, tranches marbrées, reliure d’époque. 20. Madame Charles d’Harnois de Blangue (1830-1885), sœur de Madame Gustave de Maupassant.Envoi : « À Madame d’Harnois de Blangue, née Virginie Le Poittevin, cordial hommage d’un vieil ami. Gve Flaubert ».Exemplaire broché, couverture imprimée. Le dos manque en partie (catalogue Blaizot n° 249, décembre 1927). 21. Madame Le Poittevin (1793-1866), mère d’Alfred Le Poittevin, ami de jeunesse et confident de Flaubert.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 22. Laure Le Poittevin (1821-1903), fille de la précédente, mère deGuy de Maupassant et sœur de Madame d’Harnois de Blangue.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 23. Madame Flaubert (1793-1872), mère de Gustave Flaubert.Envoi : « À ma bonne mère, son vieux compagnon, Gve Flaubert ». L’envoi ci-dessus est reproduit page 80 du livre d’Albert Thibaudet : « Gustave Flaubert ».Demi-reliure de chagrin noir, dos janséniste. Cet exemplaire est conservé à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. 24. Achille Flaubert (1813-1880), chirurgien, frère de Gustave Flaubert.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 25. Mademoiselle Juliet Herbert — gouvernante de Caroline Flaubert et amie de l’écrivain.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 26. Charles Beuzeville (1812-1885), rédacteur en chef du « Journal de Rouen ».Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 27. Thomas Brière de l’Isle (1806-1872), co-propriétaire et directeur du « Journal de Rouen ».Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 28. Amédée Le Froid de Méraux (1802-1874), rédacteur au « Journal de Rouen », critique musical.Envoi : « À mon ami A. Méraux. Puissent mes phrases être aussi mélodieuses que sa musique et aussi spirituelles que sa conversation. Gve Flaubert ». Reliure de Noulhac (Catalogue Blaizot n° 193 de juin 1913). 29. André Pottier (1799-1867), conservateur de la Bibliothèque de Rouenet directeur du Musée d’Antiquités de la Seine-Inférieure.Envoi : « À mon cher et savant ami, M. Potier. Gve Flaubert ». Demi-maroquin vert foncé, tête rouge, non rogné, joint carte de visite avec quelques mots autographes. Vente Pelay 1923 (Giraud Badin) — 10.000 francs. 30. Joseph-Pierre Chassan (1800-1871), avocat au Barreau de Rouen, membre de l’Académie de Rouen et auteur, entre autres ouvrages juridiques, d’un « Traité des délits par l’écriture ».Envoi : « À M. Chassan, hommage respectueux de l’auteur.Gve Flaubert ».Demi-chagrin bleu, dos à cinq nerfs, titre poli, fleurons dorés, tranches peigne. Reliure d’époque provenant de la Librairie Ancienne et moderne Lanetin à Rouen.Catalogue Matarasso (1938) et Edouard Lœwy (1955). 31. Théodore Douvre (1798-1877), juge de paix à Rouen.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 32. Pierre Lizot (1797-1861), Président du Tribunal civil de Rouen,Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 33. Eugène Jolibois (1819-1896), avocat général à la Cour de Rouenen 1857.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 34. Georges Pouchet (1833-1894), fils du directeur du Muséum Rouennais, docteur en médecine et professeur d’anatomie au Muséum.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 35. Jean Clogenson (1785-1876), Rouennais, membre du Comité Bouilhet.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 36. Henry Barbet (1789-1875), Maire de Rouen, Président du Conseil Général, Pair de France. Intervint en faveur de Flaubert au moment du procès sur Madame Bovary.Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 37. Baron Ernest Leroy (1810-1872), préfet de la Seine-Inférieure jusqu’en 1870, il intervint en faveur de Flaubert (voir Correspondance Générale — tome IV — page 143).Envoi et état inconnus (Liste Flaubert). 38. Pruss (1822-1873), consul à Rhodes, ami d’enfance de Flaubert qui le retrouva à Rhodes, lors de son voyage en Orient en 1850 — (voir Correspondance Générale — tome II — page 354).Envoi : « À mon ami Pruss, que ce livre lui parvienne et le fasse songer à l’auteur et au pays natal. Mille bonnes tendresses.Gve Flaubert ». Reliure en maroquin rouge, trois filets sur les plats, dos orné, doublé de maroquin vert olive, cadre de cinq filets, tranches dorées (Chambolle-Duru). Vente Blaizot, 18 février 1939, n° 56. 39. Ernest Christophe (1827-1892), sculpteur, élève de Rude.Envoi : « À mon ami Christophe. Gve Flaubert ». Demi-maroquin rouge avec coins, tête dorée, ébarbé. Reliure de Amand. La dédicace à Christophe est sur un feuillet de garde.Vente Pierre Louys, 27 novembre 1930 (Giraud-Badin) — 10.800 francs. 40. Charles Abbatucoi (1792-1857), garde des Sceaux.Envoi : « À Mr Charles Abbatucoi. Hommage de son obligé, l’auteur, Gve Flaubert ». Demi-reliure d’époque en veau fauve. 41. Gustave Rouland (1831-1898), fils du Ministre de l’Instruction Publique, qui portait le même prénom, chef de Cabinet de son père, intervint activement au moment du procès Bovary (voir Correspondance Générale — tome IV — pages 140 à 151).Envoi : « À Mr Rouland. Hommage d’un compatriote. L’auteur, son tout dévoué. Gve Flaubert ».-Demi-reliure d’époque en maroquin noir, tranches peignées. 42. Alfred Baudry (1828-1884), dit « le Jeune » était le frère cadet deFrédéric Baudry, bibliothécaire de l’Arsenal et membre de l’Institut.Envoi : « À mon ami, très cher Al. Baudry, le seul qui vienne me voir dans ma solitude rustique. L’auteur indigne. Gve Flaubert ».Maroquin Lavallière, double encadrement de trois filets or et de branches avec feuilles dorées et fleurs mosaïquées, dos à cinq nerfs orné de mêmes motifs, doublé de maroquin rouge avec trois filets or et une bande dorée et mosaïquée, dentelles, gardes soie, tranche dorée sur témoins, couverture, étui (Marius Michel). Vente Léon Schück, juin 1931, n° 225 : 30.100 francs. 43. Eugène Bataille (1815-1878), Conseiller d’État, ancien ami de Napoléon III. Il l’avait accompagné en Angleterre et avait pris part à l’expédition de Boulogne.Envoi : « À E. Bataille, cordial hommage d’un ancien camarade de collège. Gve Flaubert ».Ce livre était primitivement relié par Champs, en demi-maroquin bleu ardoise, couverture et dos conservés (voir catalogue Matarasso de 1949, n° 281). Il est maintenant dans une pleine reliure doublée de P.-L. Martin.  44. Sugnet.Envoi : « Affectueux souvenir d’hospitalité. Gve Flaubert ». Cet exemplaire est en demi-chagrin grenat, filets dorés, tranches jaspées, reliure d’époque. Catalogue du libraire Ed. Lœwy (8 juin 1948, n° 318). 45. Eugène Crépet (1827-1892), homme de lettres, baudelairien, père deJacques Crépet.Envoi : « À mon ami Crépet. Gve Flaubert ».Plein maroquin rose, doublé de moire (Noulhac).  46. Destinataire inconnu.Dans le Bulletin Morgand de 1898, n° 31.047, est décrit un exemplaire sur vélin fort en demi-reliure, dos et coins maroquin brun, tête dorée, non rogné. Petite tache d’encre sur l’une des tranches du volume. Envoi autographe de l’auteur. 47. Destinataire inconnu.Dans le catalogue Blaizot n° 106 de juin 1905, est décrit sous le n° 3702, un exemplaire relié par Chambolle-Duru en plein maroquin grenat, dos orné, filets sur les plats, doublé de maroquin brun, 5 filets faisant encadrement, tranches dorées. Portrait ajouté. Envoi autographe de l’auteur. 48. Marie-Antoine-Jules Senard (1800-1885), avocat de Gustave Flaubert dans le procès Bovary. Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, député en 1848, puis Président de l’Assemblée Nationale, deuxième dédicataire de Madame Bovary.Nous n’avons pu retrouver cet exemplaire malgré une enquête menée auprès des descendants de Jules Senard. Flaubert, qui n’avait pas la bosse des noms propres, orthographiait SENART, comme il écrivait POTIER pour POTTIER (voir plus haut exemplaire n° 29). Enfin nous tenons à signaler l’exemplaire de : Louis Ulbach. S’il fallait en croire Vicaire, nous devrions l’ajouter à notre liste de grands papiers. Il est en effet indiqué par Vicaire comme étant un exemplaire sur vélin fort, en demi-veau vert, filets (vente Louis Ulbach, Paris, Durel 1889). Mais si l’on se reporte au catalogue de cette vente, on lit : « 2 tomes en un volume in-12, demi-reliure veau vert, filets. Edition originale. Envoi autographe de l’auteur à M. L. Ulbach ». b) Exemplaires non dédicacés, sur vélin fort.  Nous n’avons pas trouvé trace d’exemplaire broché. En revanche, les exemplaires reliés sont assez nombreux. Nous citerons successivement les reliures d’époque et les reliures modernes. 1. Exemplaire Ludovic Halévy.Reliure d’époque en demi-maroquin à petit grain vert foncé, à coins, dos à quatre nerfs, à compartiments de filets à froid, orne d’un fleuron doré quatre fois répété, tête dorée, non rogne, étui en forme de reliure, plein maroquin vert orné de même.Cet exemplaire porte l’ex-libris de Ludovic Halévy et est entièrement non rogné. 2. Exemplaire du Prince Napoléon,Vente Rauch, mai 1952, n° 530 — 1.000 francs suisses. Reliure de l’époque en demi-chagrin violet, plats de papier marbré, tranche dorée.Cet exemplaire Dorte sur la page de titre le cachet du Prince Napoléon. Il a été endommagé par l’incendie des Tuileries. 3. Vente Poulet-Malassis — juillet 1878, n° 210 — 79 francs.Cet exemplaire primitivement relié à l’époque par Lortic père, en demi-maroquin olive, tête dorée, non rogné, a fait ensuite partie de la Bibliothèque Franchetti où il a été relié à nouveau par Lortic frères en plein maroquin rouge, dix filets dorés, dos orné, doublé de maroquin vert, gardes de moire verte, tranche dorée sur témoins.On y a inséré les illustrations de Boilvin pour l’édition Lemerre. Enfin, il a figuré sous le n° 155 de la vente Muret (1937). 4. Exemplaire Arnauldet (vente Arnauldet 1878, n° 581 — 99 francs).Il a passé ensuite à la Vente Truelle de Saint-Evron en avril 1883, où il a atteint 240 francs.Demi-reliure de Petit en maroquin orange avec coins au chiffre d’Arnauldet. La suite en deux états des eaux fortes de Boilvin a été insérée dans le volume. 5. Exemplaire en reliure d’époque en demi-maroquin vert foncé, double filet à froid sur les plats, dos orné d’encadrements de filets à froid, tranche peignée.Cet exemplaire apparaît dans le catalogue 26 de la Librairie Gallimard (1935, n° 147), puis sous le n° 2035 dans le catalogue présenté en 1956 par un groupe de libraires parisiens. 6. Exemplaire en reliure d’époque en demi-veau blond, dos orné de décors et filets à froid, pièces de titre rouge et verte, tranche lisse (catalogue Bérès, n° 34). 7. Exemplaire Philippe Burty — 1891 (Émile Paul), n° 1191 — 286 francs.Demi-maroquin rouge janséniste avec coins, tête dorée, non rogné, couverture (reliure de Amand). Cet exemplaire apparaît ensuite au Bulletin Morgand sous les n° 20842 (1892) et 25465 (1895). 8. Exemplaire Behague (vente Behague, 1880 — 111 francs).Demi-maroquin orange à coins, dos orné, tête dorée, non rogné, reliure de Hardy. Cet exemplaire apparaît ensuite au Bulletin Morgand, n° 6719 (1881) et au répertoire Morgand n° 3079 (1882). 9. Exemplaire Charles Cousin — 1891 (Durel), n° 521 — 295 francs.Cartonnage percaline de Behrends, non rogné, lettre autographe ajoutée. 10. Bulletin Morgand — n° 10312 (1884), demi-reliure de Allô, dos et coins de maroquin rouge, tête dorée, non rogné. 11. Bulletin Morgand — n°s 24292 (1894) et 31046 (1898), demi-reliure dos et coins et maroquin brun, tête dorée, non rogné. 12. Bulletin Morgand — n° 214, de mars 1909 (500 francs), et n° 185, de mai 1914 (400 francs).Maroquin bleu janséniste, tête dorée, non rogné. Reliure de Belz-Niédrée.  13. Bulletin Morgand — n° 333, de mai 1907 (500 francs), puis n° 180, de novembre 1910 (400 francs).Cet exemplaire en demi-reliure maroquin orange à coins de Raparlier, tête dorée, non rogné, reparaît ensuite dans la vente Bosse de novembre 1918 (900 francs). Une lettre autographe de l’auteur est jointe au volume. 14. Vente Émile Müller — 1892, puis Bulletin Morgand, n° 23289 — 1893 (400 francs).Maroquin bleu janséniste, tranches dorées de Cuzin. Portrait de Flaubert ajouté. 15 Vente Eugène Paillot — 1902. Paraît d’abord au Bulletin Morgand, sous le n° 11991. 1887 (3.000 francs).Reliure de Cuzin sur brochure en maroquin brun janséniste, doublé de maroquin rouge.Cet exemplaire est orné de sept aquarelles originales d’Edmond Morin, ainsi que du frontispice et de la suite de Boilvin sur Chine. 16. Vente J. Le Petit — décembre 1917 : n° 1126 — 555 francs.Maroquin lavallière janséniste de Pagnant, tranches dorées sur témoins. Cet exemplaire est décrit également sous le n° 2391 du catalogue Blaizot, n° 84, de mai 1903. 17. Vente Octave Mirbeau — mars 1919, n° 249 — 1.005 francs.Maroquin vert foncé janséniste, doublé de maroquin rouge antique serti par un filet or, gardes de soie, doubles gardes, tranches dorées sur témoins (Marius Michel). On retrouve cet exemplaire dans la vente Charles Torley 1928, n° 304 — adjugé 7.350 francs. 18. Vente Gabriel Latombe — 17 janvier 1921 — n° 242 — 3.500 francs.Maroquin rouge, filets, dos orné, dentelles intérieures, tranches dorées sur témoins, couverture, reliure de Mercier. Cet exemplaire rapparait à la vente de Mme Heartt. (Blaizot, mars 1931) n° 185 — 27.000 francs, puis à la vente Lucien Graux (1956), n° 111, où il atteint 725.000 francs, ayant été enrichi d’autographes intéressants (plan, traité, etc.). 19. Vente Gompel — 19 avril 1921 — 1.550 francs.Maroquin chaudron foncé janséniste, dentelles intérieures, tranches dorées sur témoins, sous une enveloppe de demi-maroquin vert doublé de peau, dans un étui. Reliure de Blanchetière.  20. Vente Descamps-Scrive — 1925, n° 452 — 35.100 francs.Maroquin grenat, filets sur les plats, dos orné, doublé de maroquin rouge, jeu de filets, tranches dorées sur témoins, couverture verte complète (Marius Michel). Joint : une lettre autographe de Flaubert à un journaliste. 21. Vente Dr P. Portalier — décembre 1929 — 16.500 francs.Maroquin vert olive, encadrement de trois filets dorés, doublé de maroquin rouge, gardes de moire verte, dos orné, tranches dorées sur témoins, 1er plat de la couverture conservé, reliure de Canapé.  22. Catalogue Blaizot, n° 268, janvier 1932.Maroquin vert foncé, encadrement de filets avec motifs mosaïqués en maroquin rouge sur les plats, dos orné et mosaïqué, 5 filets intérieurs, doublure et gardes de moire, tranches dorées sur témoins, couvertures imprimées, reliure de Pagnant.  23. Vente du Président Mercier — 1937, n° 517 — 30.100 francs.Demi-maroquin bleu, coins, dos orné de Mercier, non rogné, couvertures et dos conservés. Ce livre a été enrichi de lettres et documents importants. 24. Vente Bertaut — 26 mars 1945 (Carteret), n° 149 — 21.100 francs.Plein maroquin brun décoré de bouquets stylisés sur les plats et aux angles. Tranches dorées, reliure de Kieffer. Exemplaire défraîchi auquel ont été jointes : une enveloppe autographe adressée à Théodore de Banville et des notes autographes de Flaubert. 25. Vente Giraud-Badin — 21 décembre 1950, n° 23 — 190.000 francs.Maroquin mosaïqué doublé de Chambolle-Duru, tranches dorées sur témoins, couverture doublée et un peu restaurée.Exemplaire orné d’une suite sur Chine de Boilvin, une suite avant lettre sur Japon de Fourcé, deux portraits de 11 aquarelles originales de Coindre.  Conclusion: Pour résumer cette énumération, parfois un peu monotone, nous dirons qu’à priori le nombre d’exemplaires décrits, soit 47 avec envoi et 25 sans envoi, montre l’inexactitude du chiffre de 50 vélin fort avancé par tous les bibliographes : Vicaire, Carteret et Dumesnil. Ce chiffre n’était au fond que la reproduction d’une affirmation de Noilly. La maison Calmann-Lévy, que nous avons interrogée à ce sujet, n’a pas retrouvé dans les archives de Michel Lévy de documents probants. Quant au traité passé entre Flaubert et Michel Lévy le 24 décembre 1856, il était très large, puisque moyennant la somme globale de 800 francs il donnait le droit à l’éditeur, pour cinq ans, de publier Madame Bovary comme il le jugera préférable. Nous pouvons donc dire qu’il y a eu vraisemblablement 50 exemplaires sur vélin fort mis à la disposition de l’auteur, tandis qu’au moins 25 autres étaient vendus en librairie. Ce chiffre de 75 exemplaires sur grand papier est surprenant chez un débutant. Fernand Vandérem, dans une de ses chroniques du Bulletin du Bibliophile, intitulée « Le problème des grands papiers », écrivait : « Commercialement, pour la plupart des éditeurs, le grand papier ne compte pas, n’existe pas. On accorde quelques exemplaires sur grand papier aux auteurs tout à fait arrivés, pour leur faire plaisir. Mais c’est une faveur qu’on refuse d’office aux débutants. Les premiers ouvrages de Zola, de Daudet, de Loti, de Maupassant, de France, entre autres n’obtiennent qu’un tirage sur ordinaire et l’éditeur hausserait les épaules si ces écrivains obscurs lui parlaient de hollandes ou de japons. Peu à peu cependant, l’usage s’introduit en librairie d’accorder à tous les auteurs quelques exemplaires sur hollande, cinq, dix, quinze vingt-cinq au plus ».  Du reste, Flaubert, pour Salammbô, comme pour l’Éducation Sentimentale, n’a reçu que vingt-cinq exemplaires sur hollande (il le souligne dans plusieurs de ses envois) et l’inventaire que nous sommes en train d’établir pour ces deux livres, montre combien moins nombreux sont les exemplaires dédicacés. Nous souhaitons à ce sujet que nos lecteurs nous viennent en aide, et nous communiquent les descriptions de tous les exemplaires sur hollande, de Salammbô et de l’Éducation Sentimentale dont ils auraient connaissance. Nous tenons à rendre hommage à l’amabilité et à la compétence de tous ceux, bibliophiles, libraires et bibliothécaires, qui ont bien voulu nous renseigner et nous conseiller, et plus particulièrement : Mlle Marie Dormoy, conservateur honoraire de la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet ; Mlle Madeleine Charageat, conservateur adjoint au Musée Carnavalet ; Mlle Gabrielle Leleu, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque de Rouen ; M. Jacques Toutain-Revel, président des Amis de Flaubert ; M. René Dumesnil, le marquis du Bourg de Bozas, M. Robert Despreschins, M. Robert von Hirsch, le marquis de Montmort, M. Charles Vander Elst, M. Jacques Suffel, bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale ; les libraires Georges Blaizot, Jacques Lambert, L. Lefèvre et C. Guérin, Édouard Lœwy, Nicolas Rauch, Raoul Simonson, Paul Van der Perre, et enfin M. Maurice Chalvet, à qui nous devons la description de précieux exemplaires qui n’ont pas connu le feu des enchères. Auguste Lambiotte . Sur l’indication précieuse de M. Lambiotte, précisons que les exemplaires numérotés 21, 22, 24, 25, 26, 27 et 31 à 37, soit treize exemplaires, ont été distribués par Flaubert dans la région rouennaise. Ces exemplaires n’ont jusqu’ici pas été retrouvés. Il y a matière à recherches ; ces recherches seront les bienvenues. « 
H

La lettre du bibliophile

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La gravure en trop: une enquête bibliographique sur un exemplaire des Oeuvres de Molière de 1773, illustré des suites de Moreau et Renouard

La gravure en trop: une enquête bibliographique sur un exemplaire des Oeuvres de Molière de 1773, illustré des suites de Moreau et Renouard

Amis Bibliophiles bonjour,
Je reviens aujourd’hui sur le Molière acquis il y a quelque temps. L’édition est connue, c’est l’une des meilleures du 18ème, si ce n’est la meilleure, parue en 1773, avec les corrections de Bret et la suite de Moreau, chez la Compagnie des Libraires Associés, 6 volumes in-8. Ici, l’exemplaire qui nous intéresse est relié en maroquin rouge par Francisque Cuzin (1836-1890).C’est une acquisition risquée, puisque si le vendeur précisait bien que l’exemplaire contenait le portrait et les 33 gravures de Moreau, ainsi que les pages doublées du tome 1er (pages 66-67 et 80-81), il ne mentionnait que celles-ci… alors que les photos complètant la description montraient des gravures résolument 19ème.
Comme toujours, quelques palpitations accompagnèrent l’ouverture du colis à sa livraison… Bon, pas bon? Erreur de collationnement? Les volumes sont bien emballés, et après les avoir alignés puis consultés rapidement, je constate qu’il y a bien deux suites de gravures dans l’ouvrage, celle de Moreau, très 18ème et aisément identifiable, et une trentaine d’autres gravures, résolument début 19ème. Ces gravures 19ème présentent des caractéristiques différentes, certaines sont identifiées « A Paris, chez Ant. Aug. Renouard, Rue Sain-André des ares », d’autres non. 

Cette première signature me met évidemment sur la piste d’Antoine Auguste Renouard, et il s’avère nécessaire de collationner l’ouvrage pour en avoir une image précise.
1ère tâche: compter le nombre total de gravures hors texte: 65 au total. Si j’enlève les 34 annoncées dans l’édition de 1773, il en reste donc 31 à identifier.
2ème tâche: identifier et recompter les 33 gravures de Moreau, gravées par Baquoy (3), De Launay (2), Duclos (4), De Ghendt (2), Helman (1), Lebas (1), Legrand (1), Le Veau (4), Masquelier (1), Née (6), Simonet (7) et Moreau lui-même (1), et le portrait d’après Mignard et gravé par Cathelin. Simple tant le style de Moreau est reconnaissable. Elles sont toutes là, 34, certaines avant la lettre.
3ème tâche: identifier les 31 autres gravures en partant de l’indice, Renouard. Hélas, je n’ai pas trouvé de liste détaillée des 30 gravures que Renouard avait fait graver d’après Moreau le jeune sur le thème des Oeuvres de Molière, et qui est parue en 1812-1813. Et dans tous les cas, j’ai une gravure de plus dans mon exemplaire. Ce qui frappe avant tout, c’est l’hétérogénéité des marques d’identification: un certain nombre d’entre elles sont identifiées « Renouard », d’autres non.
En y regardant de plus près, on constate que les gravures de la suite de Renouard répondent à celles de l’édition de 1773 à trois exceptions:
Tome 1: 5 gravures de l’édition de 1773 dont un portrait, 5 de « Renouard » dont un portraitTome 2: 6 gravures de l’édition de 1773, 6 de « Renouard » Tome 3: 6 gravures de l’édition de 1773 (2 pour La princesse d’Elide), 5 de « Renouard » (1 seule pour La princesse d’Elide)Tome 4: 6 gravures de l’édition de 1773 (2 pour Amphitryon), 5 de « Renouard » (1 seule pour Amphitryon)Tome 5: 5 gravures de l’édition de 1773, 5 de « Renouard »Tome 6: 6 gravures de l’édition de 1773 (2 pour Psiché), 5 de « Renouard » (1 seule pour Psiché)
Soit 34 pour l’édition de 1773 et 31 pour la suite de « Renouard ».
Le problème, c’est que selon mes informations, la suite de Renouard contient 30 gravures. J’en ai donc une de trop. Qui est-elle? D’où vient-elle? Pourquoi Renouard s’est il arrêté à 30?

J’ai d’abord pensé au portrait. Celui de 1773 étant de Mignard, celui du 19ème pouvait ne pas être « de » Renouard. Or il est bien identifié Renouard.

En reprenant les 31 gravures une par une, pour séparer celles identifiées clairement au nom de Renouard, j’ai réduit les possibilités à 11. En effet, sur les 31, 20 portent le nom Renouard d’une façon ou d’une autre (pas toujours la même d’ailleurs), 11 ne comportent aucune référence à Renouard. En comparant le style des 11 restantes: peu de différences. Je les ai donc reprises une par une pour identifier leur graveur.
Tome 1, p 474: elle porte la date 1813, gravée par BasqTome 2, p 34: elle porte la date 1813, gravée par RibaultTome 2, p 357: pas de date, gravée par Royer (ou Roger)Tome 2, p 456: elle porte la date 1813, gravée par SimonetTome 3, p 515: pas de date, gravée par Royer (ou Roger)Tome 4, p 50: pas de date, gravée par SimonetTome 4, p 342: pas de date, gravée par SimonetTome 4, p 469: pas de date, gravée par Royer (ou Roger)Tome 5, p 230: pas de date, gravée par Royer (ou Roger)Tome 5, p 559: pas de date, gravée par DeVilliers (ou Roger)Tome 5, p 654: pas de date, gravée par Royer (ou Roger)
La probabilité qu’une autre suite sur Molière soit produite par un autre que Renouard en 1813 me paraissant faible, j’ai éliminé les gravures portant cette date. Il n’en restait alors plus que 8. Sur ces 8, 7 ont été gravées soit par Royer (ou Roger), Basq, Simonet ou Ribault, graveurs qui sont également présents sur certaines des 20 premières gravures, identifiées Renouard. J’ai donc également éliminé ces 7 gravures, gravées par les graveurs ayant travaillé pour Renouard, mais non explicitement associées à lui.
Ne restait donc qu’une gravure, celle illustrant Les Amans Magnifiques et triplement identifiée: Moreau « junior » à gauche, DeVilliers fratres Aquaforti au milieu, et DeVilliers à droite. 


C’est donc bien la 31ème gravure, celle qui ne fait pas partie de la suite de Renouard. La 65ème gravure, celle qui n’aurait jamais du se retrouver ici.
Il reste néanmoins plusieurs questions auxquelles je n’ai pas de réponse:
– Comment Renouard a-t-il choisi les gravures de sa suite: pourquoi seulement trente, pourquoi une seule pour Elide, Amphitryon et Psiché, là où on trouvait deux « Moreau »?- Pourquoi n’a-t-il pas voulu ou pu représenter Les Amans Magnifiques?- Qui est cet amateur (que je félicite) qui est allé chercher une autre gravure pour Les Amans Magnifiques pour pallier le manque?- Qui sont les DeVilliers?- Qui est B. Jouvin, dont l’ouvrage porte l’ex-libris?
Ce qui fait beaucoup de questions. J’ai déjà passé un très long moment à résoudre l’énigme des gravures (même si ça n’a l’air de rien), je vais m’arrêter là pour le moment.
H
Pour mémoire:
Renouard:
ANTOINE-AUGUSTIN RENOUARD par Brunet dans le Bibliophile Français (Tome Second, 1868)
Le bibliographe dont nous inscrivons le nom doit être envisagé à divers points de vue : il a vendu et publié des livres, il en a écrit, il en a réuni ; à notre connaissance, du moins, il est le seul qui offre l’assemblage de ces trois objets différents qui, depuis la jeunesse, ont rempli une carrière plus longue que celle qui est accordée à la presque totalité des mortels. Essayons de tracer une esquisse, incomplète sans doute, mais fidèle, nous en avons l’espoir, du triple aspect sous lequel se présente A.-A. Renouard.Il naquit à Paris en 1765 ; son père était dans le commerce et lui-même, après avoir fait de très-bonnes études, fut destiné aux affaires ; mais ses goûts le portaient vers une autre direction. Très-jeune encore, il éprouvait pour les livres un attachement des plus vifs. Toutes ses économies étaient consacrées à acheter quelques volumes ; il se refusait, pour atteindre ce but, les plaisirs vers lesquels on se porte de préférence à vingt ans. Ses choix étaient intelligents, il guettait déjà des exemplaires sur peau de vélin, et lorsque vint, en 1788, la vente de la vaste et précieuse bibliothèque du prince de Soubise (où se trouvait en entier l’admirable collection de l’illustre président Auguste de Thou), Renouard y fit d’heureuses acquisitions. Observons d’ailleurs qu’à cette époque les raretés bibliographiques étaient accessibles aux fortunes les plus modestes ; on adjugeait pour quelques francs ces volumes aux armes de de Thou qui se payent aujourd’hui le centuple lorsqu’ils se montrent aux enchères. Les troubles de la Révolution arrêtèrent l’élan que la bibliophilie prenait en France ; au moment du 10 août et du 2 septembre, au milieu des terreurs de 1793, aux approches du 9 thermidor, on avait toute autre préoccupation que celle des exemplaires ayant appartenu à des amateurs célèbres ; les incunables, les vélins étaient oubliés ; les ventes avaient cessé.Dès que la France put respirer, dès que les esprits eurent recouvré quelque tranquillité, Renouard s’amusa, comme distraction, à faire imprimer quelques volumes exécutés avec élégance et destinés à des amateurs délicats. Il était un admirateur instruit et fervent de l’antiquité ; il choisit de préférence des classiques, il débuta par quelques uns de ces écrits de philosophie morale où Cicéron a exprimé de nobles pensées que recouvre la diction la plus élégante. A cette époque il s’était placé à la tête d’une manufacture de gazes, mais des occupations de ce genre ne lui souriaient pas ; les volumes qu’il avait mis sous presse dans un but de passe-temps délicat, et non de spéculation, trouvaient des acheteurs empressés ; il prit le parti d’embrasser la profession qui lui souriait le mieux. Il devint libraire ; il établit une maison qui devint une des plus importantes de la capitale et qui prospéra rapidement. Il rouvrit avec les pays étrangers des relations qui s’étaient brisées au choc des guerres internationales et des discordes civiles ; il eut en Italie, en Allemagne, en Hollande, des correspondants actifs et intelligents ; il passa lui-même à plusieurs reprises les Alpes et le Rhin, malgré les lenteurs et les fatigues de voyages qu’on accomplit aujourd’hui avec une facilité rapide ; il fréquenta les foires de Leipzig ; sa probité sévère, son exactitude le mirent en possession de l’estime la mieux méritée. Ses magasins devinrent le rendez-vous des amateurs d’élite. Le goût était alors plus sérieux qu’aujourd’hui ; les facéties, les heures gothiques, les plaquettes françaises du XVe et du XVIe siècle, les poètes de la Renaissance, les reliures de Le Gascon, de Duseuil, de Pasdeloup, étaient loin d’exciter l’enthousiasme avec lequel on les envisage depuis quelques années, en se les disputant à coups de billets de banque. On demandait alors les plus belles éditions des classiques grecs et latins ; on se passionnait pour le grand papier : le Xénophon d’Oxford de 1705, l’Hésiode de 1730, l’Homère publié en 1800 par quelques jeunes patriciens anglais, le Tite-Live de Drakenborch, le Cicéron de d’Olivet, se payaient des prix qu’ils seraient loin d’obtenir ; les beaux volumes mis au jour à Parme par Bodoni étaient demandés avec avidité, et Renouards’était empressé de lier des relations avec cet habile typographe que, le premier, il fit connaître en France. Les bibliophiles d’alors n’étaient-ils pas plus sérieux que ceux de nos jours ? Les objets de leurs attachements ne répondaient-ils pas mieux aux aspirations du véritable connaisseur ? Faisons cependant une réserve en faveur des éditions originales de nos grands classiques français, de Molière, de La Fontaine, de La Bruyère, longtemps laissées dans l’oubli le plus complet, et qu’aujourd’hui on s’estime heureux d’obtenir au poids de l’or. C’est qu’en effet, comme l’a si bien dit Charles Nodier : « Qui pourrait dédaigner ces titres de notre gloire littéraire, dont les moindres variantes, inestimables aux yeux du goût, révèlent les secrets les plus intéressants de la composition et les développements du génie, éclairé par l’expérience et mûri par le temps (1) ? »Tout en vendant les livres anciens ou étrangers qu’il savait se procurer avec intelligence, Renouard n’oubliait pas qu’il était éditeur. Il publia des ouvrages qui sont aujourd’hui passés de mode, mais qui eurent alors un immense succès : les Lettres Emilie, cet agréable badinage du spirituel Demoustier, Le Mérite des femmes de Legouvé, les Œuvres de Gessner. Il voulut d’ailleurs faire entrer ses éditions dans les bibliothèques des amateurs les plus difficiles; il les orna de gravures nombreuses, de portraits ; il appela à lui les artistes les plus distingués, d’abord Saint-Aubin, ensuite Moreau, si gracieux, si habile à reproduire les costumes de la fin du siècle dernier, à donner à de petites figures une élégance charmante. Il eut soin de faire tirer quelques exemplaires (souvent un seul) des beaux volumes qu’il confiait habituellement aux presses de l’habile Crapelet, son imprimeur habituel, et il se réservait pour lui-même ces exemplaires de choix, en y intercalant les dessins originaux. Peu d’éditeurs ont le goût ou les moyens de se permettre ces fantaisies auxquelles nous applaudissons de grand cœur. Mais Renouard était trop dévoué aux livres pour se borner à en acheter, à les revendre et à en fabriquer ; sa vocation le portait à en écrire, et les sujets qu’il devait embrasser ne pouvaient être douteux.
De bonne heure, il avait été frappé d’une admiration sympathique pour la famille des Aldes Manuce ; c’était justice. Pendant près d’un siècle, ces illustres typographes ont rendu à l’intelligence humaine d’éclatants services ; Alde l’ancien mérite surtout l’hommage le plus sincère : réunissant autour de lui les plus érudits des Grecs qui fuyaient la tyrannie musulmane, il fut le premier à publier la majeure partie des grands écrivains de l’Hellénie. On ne possédait que des manuscrits plus ou moins défectueux ; la critique n’était pas encore éclose, la tâche était Rude ; Alde la poursuivit avec une infatigable activité et un dévouement à toute épreuve. Ce fut lui encore qui, s’avisant d’abandonner les caractères gothiques et l’in-folio si incommodes, livra aux lecteurs Virgile, Horace, Lucrèce dans le format portatif du petit in-8 et avec les types italiques amis de l’œil ; ses fils ; ses successeurs, marchèrent sur ses traces : les Commentaires de Paul Manuce sur Cicéron, ses Traités sur les Antiquités romaines, jouissent encore d’une juste estime. Alde Manuce, fils de Paul, écrivit sur les grammaires latine et italienne, retraça la vie de Côme de Médicis, s’exerça sur Térence, promena sur de nombreux objets son intelligence rapide et chercheuse.
Il n’existait jusqu’alors sur cette illustre famille que quelques notions dispersées et incomplètes ; rien de suivi, rien d’exact. Renouard voulut combler cette lacune; il s’était procuré toutes les éditions aldines ou peu s’en faut ; deux ou trois tout au plus étaient parvenues à lui échapper ; il savait que la loi rigoureuse, inflexible, imposée à tout bibliographe qui se pique d’exactitude, est de ne parler que de visu, de décrire exclusivement les livres qu’il a longtemps tenus dans ses mains, sur lesquels il s’est courbé. Fruit d’un travail consciencieux, les Annales de l’imprimerie des Aides, ou Histoire des trois Manuce, parurent en 1803, 2 volumes in-8 ; vingt-deux années plus tard une seconde édition, revue et augmentée, vit le jour en 1825 ; enfin, toujours préoccupé de ce sujet favori de ses études, profitant de ces découvertes qu’amènent la marche de la science et le zèle des chercheurs,Renouard eut la satisfaction de faire paraître en 1834 une troisième et dernière édition qui demeure le mot définitif de la science bibliographique à l’égard des Aides. Il sera difficile d’y joindre quelques informations d’une valeur réelle.
A peine Renouard avait-il mis la dernière main à son grand travail sur les Aldes, que des typographes d’un mérite égal à celui des grands Vénitiens attirèrent avec raison son attention ; Paris doit citer les noms des Estiennes avec autant de fierté que la reine de l’Adriatique peut mentionner les Manuces. Ecrire l’histoire de cette illustre et laborieuse famille, dresser l’inventaire exact et raisonné de ses travaux, c’était se maintenir dans le domaine de l’histoire de l’imprimerie au XVIe siècle, c’était rester fidèle à l’ordre des idées dans lesquelles se plaisait le patient et scrupuleux bibliographe. Maittaire avait déjà abordé ce sujet, mais l’Historia Stephanorum, publiée en 1726, incomplète et lourdement écrite dans une latinité qui n’aurait pas obtenu le suffrage de Cicéron, n’offrait que des matériaux qu’il était nécessaire de disposer dans un meilleur ordre. En 1837 on vit paraître la première édition des Annales de l’imprimerie des Estienne ; une réimpression augmentée et fort améliorée vit le jour en 1843. Un juge sévère, qui a qualifié d’excellent le travail sur les Aldes M. J.-Ch. Brunet, reconnaît que la notice sur Henri Estienne surtout se fait remarquer par « des détails neufs et d’un véritable intérêt. » Toutefois ces Annales, il faut le reconnaître, n’ont pas atteint le degré de perfection que présentent celles des Alde. Lorsqu’il les acheva,Renouard était presque octogénaire, et c’est une circonstance qu’il serait injuste de ne point prendre en considération.
D’autres recherches avaient occupé le zélé bibliographe ; il avait entrepris un catalogue raisonné des anciennes éditions des classiques grecs et latins ; des occupations multipliées ne lui permirent point de poursuivre avec activité et de terminer un ouvrage dont l’utilité eût été grande, et qu’il était bien en mesure de mener à bonne fin.
Envisageons-le maintenant au point de vue du bibliophile.
Pendant près de trente années, il saisit les occasions que lui présentèrent les ventes publiques et le mouvement d’un commerce actif afin de jeter les bases dune collection qui devint avec le temps une des plus importantes de Paris. Les éditions aldines, les classiques anciens, de beaux livres modernes en tout genre figuraient surtout dans ces armoires où resplendissait le maroquin. Les éditions qu’avait publiées le propriétaire s’y montraient sous la forme d’exemplaires sur peau de vélin ornés de dessins originaux. On distinguait aussi un choix exquis d’impressions elzéviriennes (plus de 50 volumes non rognés), de somptueux ouvrages relatifs aux arts, des pamphlets du temps de la Ligue, des libelles dirigés contre Louis XIV et les dames de sa cour, des singularités de divers genres, rencontrées, recueillies pendant bien des années d’attention incessante. Il l’a écrit lui-même : « Ma bibliothèque fut commencée en 1778 avec le premier écu que me donna mon père et dont je fis usage pour acheter un Horace ; j’avais alors treize ans. » Dans les premières années de la Restauration, le bibliographe anglais Dibdin ne manqua point, en visitant Paris, de venir saluer la bibliothèque formée par Renouard. « Je trouvai en lui un œil de lynx, une connaissance parfaite des livres; jamais sa tête, ses pieds, ses mains n’ont connu un instant de repos, lorsqu’il s’agit de l’objet qu’il ne perd point de vue. Son exemplaire sur vélin des Epistoke de Cicéron, imprimées par Valdapfer en 1471, est un bijou exquis, une perle sans aucun défaut ; le Lucien, édition princeps, est peut-être le plus bel exemplaire qui existe. »
Lorsqu’on a réuni une foule de livres précieux, on éprouve tout naturellement le désir de faire connaître ce qu’on possède ; il y a là la vanité bien excusable du propriétaire qui s’est donné beaucoup de peine et qui a dépensé beaucoup d’argent, le plaisir de parler de ce qu’on aime, l’espoir qu’on se livre à un travail susceptible de rendre quelques services à la science. Renouard ne résista pas à cette tentation ; il entreprit l’inventaire raisonné de ses livres ; il le fit imprimer en 1818 sous le titre de Catalogue de la bibliothèque d’un amateur, avec notes bibliographiques, critiques et littéraires. Ces quatre volumes offrent une lecture qui aura toujours pour les bibliophiles un attrait particulier ; on y trouve en foule ce que Nodier appelle « d’excellentes choses de peu d’importance, et des notions qui ont plus de charme qu’on ne pense, quoiqu’elles aient encore moins de gravité qu’on ne le dit. » Nombre d’anecdotes se mêlent à des détails utiles pour le bibliographe ; on remarque aussi quelques notes d’une certaine étendue et offrant de l’intérêt ; nous indiquerons celles qui regardent les expéditions par le moyen des licences à la fin du premier empire et l’attribution à Laurent Coster de l’invention de la typographie, système qui n’obtient nullement l’assentiment de Renouard. Il mentionne parfois avec une satisfaction évidente de quelle façon tel ou tel volume précieux est passé entre ses mains ; il se met en scène avec bonhomie, il éprouve à parler de ce qu’il chérit un plaisir qui se communique.
Un écrivain ingénieux, conteur charmant, bibliophile fervent, et qui plus tard occupa à l’Académie française une place qui lui revenait de droit, rendit compte, dans le Journal des Débats, de cette publication; empruntons-lui quelques lignes oubliées aujourd’hui: « Lucullus avait formé une volière où se trouvaient assemblés et vivants tous les oiseaux du monde connu ; mais, à quelque prix que ce fût, il n’avait pu se procurer le phénix. Chez M. Renouard, on compte des phénix par douzaines… Il passe avec une insouciance un peu superbe, avec l’indifférence du luxe blasé, sur une foule d’ouvrages qui mériteraient bien une note de rareté ou un témoignage de contentement. On n’entreprendrait pas d’attirer un moment l’attention du lecteur sur un catalogue de livres qui ne sont pas d’ailleurs destinés à être vendus, si le catalogue de M.Renouard était un catalogue comme un autre ; mais M. Renouard, qui se distingue par une infinité de bonnes et solides connaissances, a imprimé à ses livres le sceau de son utile et curieuse érudition, On éprouvera souvent le regret qu’il ne se soit pas abandonné à la facile abondance de ses souvenirs, et qu’il ait dédaigné de nous faire part d’une foule de choses très-familières à sa mémoire qui seraient des découvertespour nous ».
Presque tous les amateurs connaissant d’ailleurs le Catalogue de leur confrère, nous ne regardons pas comme nécessaire d’en parler avec plus de détail.
Peu de temps après la publication de son catalogue,Renouard prit le parti de détruire de ses propres mains une portion de l’édifice qu’il avait élevé. Nous ne rechercherons pas quels furent les motifs qui le conduisirent à une résolution à laquelle il ne se résigna certainement point sans de vifs regrets. Les préoccupations imposées à tout père de famille lui firent probablement reconnaître qu’un capital considérable et improductif de revenu était immobilisé dans cette foule de splendides volumes ; ce n’est qu’à d’opulents amateurs anglais, tels qu’il s’en trouve dans les familles des Spenser et des Devonshire, qu’il est permis de maintenir de générations en générations des bibliothèques d’une immense valeur.
Quoi qu’il en soit, la collection aldine fut expédiée à Londres où l’on se flattait d’obtenir des prix plus élevés qu’à Paris, et elle fut livrée aux chances assez favorables d’une auction. D’autres ouvrages furent cédés de gré à gré ou placés, nous le croyons, dans diverses ventes, et ce n’était pas la première fois que Renouard employait ce moyen pour vider ses armoires trop remplies. En 1804, en 1811, il avait mis en vente deux collections assez nombreuses d’ouvrages de prix ; il motive sa résolution dans les termes suivants : « Il est bien difficile de former une bibliothèque sans avoir de temps à autre à en écarter plus ou moins de volumes. Ces deux ventes se composèrent donc d’exemplaires remplacés par d’autres plus beaux ou par des éditions meilleures, et aussi de livres dont je me suis défaitpour ne pas augmenter indiscrètement et indéfiniment mes collections. »
Toutefois, la majeure partie des livres fut conservée ; Renouard y ajouta même quelques livres de plus ; il acquit notamment deux de ces monuments de la xylographie qui ont devancé l’impression en caractères mobiles : l’Ars memorandi et l’Ars moriendi.
« Il faut vivre à Paris, il ne faut pas y mourir, a dit un célèbre critique contemporain. Fidèle à ce principe,Renouard, parvenu à un âge avancé, s’éloigna du tumulte de la capitale ; il alla s’établir dans les paisibles bâtiments de l’ancienne abbaye de Saint-Valéry (Somme) ; c’est là qu’il attendit tranquillement le terme de sa longue et honorable carrière : la mort l’atteignit au mois de décembre 1853, dans sa quatre-vingt-huitième année. Ses livres furent rapportés à Paris, et ce fut en grande partie d’après les notes qu’il avait laissées que fut rédigé le catalogue de la vente annoncée pour les mois de novembre et de décembre 1854. Ce catalogue, plus considérable que la plupart des inventaires de ce genre, ne présente pas moins de 3700 articles, et les amateurs qui ne sont plus de la première jeunesse se souviennent très-bien de l’émotion qu’il produisit. On y retrouva avec plaisir de beaux volumes sur vélin, des dessins originaux qui étaient déjà signalés dans les quatre volumes de 1818, et qui depuis un demi-siècle avaient été retirés de la circulation.
On accueillit avec enthousiasme la Bible latine de Robert Estienne, 1541, 2 vol. in-8, exemplaire de Thou (adjugé à 561 fr.) ; la Bible grecque de 1590, in-folio, grand papier, dont la rareté est extrême (2650 fr.) ; le Virgile d’Aide, 1527, in-8 (1600 fr.) ; les Œuvres de Coquillart, Paris, Galiot du Pré, 1532 (501 fr.) ; les Marguerites de la Marguerite des princesses, Lyon, J. de Tournes, 1537, parfaite reliure de Pasdeloup en maroquin rouge (685 fr.).
Cette riche collection, formée avec tant de goût, contenait bien d’autres trésors que des livres imprimés. Mentionnerons-nous un ravissant manuscrit sur vélin orné de nombreuses miniatures attribuées aux artistes auxquels on doit les Heures d’Anne de Bretagne ? Ce bijou fut payé 10,350 fr., et il devint la propriété du plus opulent des banquiers passés ou présents. Nous ne saurions oublier, en fait de manuscrits, deux volumes in-folio de lettres originales et autres pièces de la main de Boileau (adjugés à 4000 fr.).
En renonçant aux affaires, Renouard n’avait point entendu se livrer à un repos qui eût été un supplice pour lui, et tout en continuant ses recherches sur les Estiennes, il remplit pendant plusieurs années avec autant de zèle que d’intelligence les fonctions de maire du onzième arrondissement. Tant que ses forces le lui permirent, il voulut être utile ; nulle carrière n’a été plus laborieuse, plus honorable que la sienne ; nulle mémoire n’a droit à plus de sympathie de la part de tous les hommes éclairés qui aiment les livres, qui les apprécient et qui doivent à Renouard de véritables services.

Moreau:
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune, né à Paris le 26 mars 1741 et mort le 30 novembre 1814, est un dessinateur et graveur français.
Très jeune, il illustre déjà un livre : Le voyage de Mantes, ou les vacances de 17.., de Jean-Baptiste Gimat de Bonneval, publié à Amsterdam en 1753. Il n’avait que 12 ans, le fait est donc notable, même si on peut voir dans ces gravures bien des lacunes artistiques!
Élève du Lorrain, qu’il accompagna en 1758 à Saint-Pétersbourg lorsque ce dernier devint le premier directeur des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, il revint, après y avoir brièvement enseigné le dessin, à Paris au bout de deux ans à la mort subite de celui-ci et suivit les leçons du graveur Jacques-Philippe Le Bas, reproduisant les peintures contemporaines et celles des maîtres anciens. Il devint bientôt, par la souplesse et l’étonnante fertilité de son talent, le dessinateur en renom des planches de toutes les éditions de luxe des classiques français.Au cours des années 1760, il a également fourni des dessins destinés à être gravés pour le Recueil d’antiquités du comte de Caylus, qui a pris soin de lui. Il a également fourni aux graveurs l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert des lavis et des dessins illustrant les processus artisanaux. Comme graveur, il a collaboré avec Boucher, Gravelot et une trentaine d’autres sur des illustrations pour une édition des Métamorphoses d’Ovide.
En 1765, il épouse la petite-fille du patriarche d’une famille d’éditeurs privilégiés du Roi, Pierre Prault. En 1770, il succède à Cochin comme dessinateur des menus plaisirs du roi en sur la recommandation de ce dernier, ce qui lui donne l’occasion de produire des épreuves célébrant le mariage du Dauphin et son couronnement. En 1781, la force de ces productions lui vaut en partie d’être nommé Dessinateur et Graveur du Cabinet du Roi, ce qui lui apporte une pension annuelle et un logement au Palais du Louvre.
Il a désormais besoin des services d’autres graveurs pour reproduire ses propres dessins comme les illustrations pour les Chansons de Jean-Benjamin de Laborde (1773), le recueil des œuvres de Rousseau (1773-82) et de Voltaire (imprimé à Bruxelles, 1782-9).
En 1778, son nom apparaît dans le registre de la loge maçonnique des Neuf Sœurs fondé deux ans auparavant par l’astronome Jérôme Lalande.
Au retour d’un voyage de six mois fait à Rome en 1785, Moreau le Jeune donna à ses compositions un caractère élevé et grandiose, qui contraste avec le genre un peu maniéré de ceux qui l’ont précédé. Il est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1780, puis reçu membre en 1788 et nommé graveur du cabinet du roi .
Favorable à la Révolution, il est nommé membre de la commission temporaire des arts en 1793 et, en 1797, professeur aux écoles centrales. À la Restauration en 1814, Louis XVIII lui donne un nouveau poste royal.
Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime, ses contributions au Monument du costume physique et morale commandité par le financier et graveur amateur strasbourgeois Jean-Henri Eberts, Suite d’estampes pour servir à l’histoire des mœurs des François au dix-huitième siècle, 1776 et 1777, et douze autres dans la Troisième Suite d’estampes pour servir à l’Histoire des Mœurs et du Costume…, 1783, édité par son oncle par alliance, L.-F. Prault, et fréquemment réédité dans divers formats, notamment un recueil de 1789 sur un texte de Restif de la Bretonne.
La première douzaine de ces vignettes dépeint la vie contemporaine élégante tandis que la deuxième série contient quelques vignettes vertueuses fournissant un monde rural contrastant à la façon de Greuze.
Sa fille a épousé l’artiste Carle Vernet, fils de Joseph Vernet. Tombé dans l’oubli, Moreau le Jeune fut sorti de l’oubli à la fin du xixe siècle par les connaisseurs du xviiie siècle Edmond et Jules Goncourt.

6 Commentaires

  1. Une petite coquille dans ce beau travail:pour le n° 40 il faut lire Abbatucci et non Abbatucoi.Cet exemplaire était sauf erreur à vendre chez Lardanchet,à Paris,il y a trente ou quarante ans…

  2. Dans le monde bibliophile "d'avant", je vous aurais proposé d'acquérir un exemplaire original de l'article… ! Que vous auriez pu, éventuellement, photocopier pour quelques amis, c'est tout !
    B.

  3. Merci Hugues,

    Flaubert est décidément follement 19ème dans ses envois : prenant des risques tout en cherchant des alliés (de poids).

    Je suis pour ces republications de textes faisant référence… Je cherche toujours pour ma part (parce que je manque de temps pour chercher ailleurs) l'article de Max Brun sur les EO des Liaisons dangereuses.

    Une bonne âme pour faire un scribd?

    Olivier

  4. étonnant le nombre d'exemplaires en grand papier qu'il reste à retrouver ! est-ce que depuis la première publication cette liste a été complétée ?
    à noter que le numéro 14 de la liste est disponible moyennant peu d'euros..

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