Dans la bibliothèque du bibliophile: La Vie de ma dame Saincte Katherine de Seine, 1503, ex. Pichon, reliure aux pélicans

Amis Bibliophiles bonsoir,
Quand le bibliophile est très occupé, et c’est vraiment le cas en ce moment, il poste une fiche du catalogue qu’il devrait tenir s’il était plus sérieux:

La Vie de Madame Sainte Catherine de Sienne 
[La Vie de ma dame Saincte Katherine de Seine]
Paris, Guyot Marchant et Jehan Petit, 3 avril 1503Un volume petit in-4 de 83 feuillets. 
Plein maroquin bleu XIXe, dos à nerfs richement orné. Large dentelle sur le bord des plats représentant quatre pélicans répétés et une fine dentelle en dent de rat. 
Contreplats de maroquin rouge avec le même décor. Double filet doré sur les coupes, toutes tranches dorées. Date en queue.

Superbe reliure parfaitement exécutée par Chambolle-Duru, l’une des très rares reliures dites « aux pélicans » réalisées spécialement par l’atelier à la demande du Baron Jérôme Pichon.
Le seul autre exemplaire connu de cet ouvrage est à la Bibliothèque de Londres où il est décrit comme étant un exemplaire unique (Moreau 1503-133).
Gothique français illustré d’un bois hors texte à pleine page représentant le portrait de Jean Charlier, (dit Jean de Gerson), très semblable à celui de la page de titre de « La Mendicité spirituelle » (Paris, Michel Le Noir, 1501 n.s.), repris par Philibert Berjeau le 15 août 1861 pour orner la page de couverture de sa revue « Le Bibliophile illustré »… d’une lettrine et de 23 bois dans le texte représentant la vie de Sainte Catherine.


Exemplaire du Baron Jérôme Pichon portant une longue notice de sa main en fin d’ouvrage :
« Cette édition de la vie de Sainte Catherine de Sienne imprimée par Guyot Marchant, dont elle porte la 2e adresse, pour Jehan Petit le 3 avril 1503-4 n’est citée nulle part. Les deux éditions plus anciennes sont celle de Jeh. Trepperel II vers 1520 ou 25 et de la Vve Barnabé Chaussant 1532. Celle ci est autrement plus importante.
Ce présent exemplaire est celui des Carmes Déchaussés de Paris et ensuite de la bibliothèque du chapitre de Paris. Reliée avec une vie de Clotaire et de Ste Radegonde de 1527 (je l’ai faite relier en m. r. D. De m. bleu meme dentelle que celui ci). Il fut vendu à la livre en 1811 avec toute une voiture de vieux livres à un épicier de la rue des Marmousets nommé Neveu qui le revendit à la livre aussi à un amateur inconnu. Celui ci a signalé le fait dans une note que j’ai soigneusement conservée (voir le 1er feuillet de garde de la fin).
Je l’ai acheté (pas à la livre) les 16 et 18 mars 1886 à Baillieu qui le tenait de son beaufrère Jules lequel l’avait acheté dans une vente borgne au lieu dit la Tour Malakoff à Montrouge. B. J. P. 6 juin 1887. ees »


Précieux exemplaire d’un ouvrage que l’on croyait jusqu’à maintenant unique, dans l’une des rarissimes reliures aux pélicans commandée par le Baron Jérôme Pichon, et délicatement exécutée par Chambolle-Duru. 
L’exemplaire contient une passionnante notice manuscrite de Pichon retraçant l’histoire de l’exemplaire.
H

La lettre du bibliophile

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La poétique d’Aristote… mythe ou réalité?

La poétique d'Aristote… mythe ou réalité?

Amis Bibliophiles bonjour,

Le second tome de la poétique d’Aristote : mythe ou réalité ?

Cher amis lecteurs du blog, me voici embarqué volontairement aujourd’hui dans un sujet qui me tient à cœur depuis pas mal d’années déjà.

Je vais tenter de vous parler d’un livre, que bon nombre d’entre vous connaissent, sans pour autant savoir s’il a jamais existé.

Je veux parler du second tome de la poétique d’Aristote. N’ayant pas plus de connaissances que cela dans le domaine, j’ai pioché les informations que je vous livre, ici ou là, dans ma documentation et sur le net, à des sources que j’espère fiables. Evidemment, il sera toujours temps et intéressant de corriger mon propos s’il s’avérait inexact.

Ce n’est pas aux amis du blog du bibliophile que je vais apprendre que ce second tome de la poétique d’Aristote nous est familier à tous. Et pour cause, c’est le sujet central du livre de Umberto Eco « Le Nom de la Rose » (1980), brillamment adapté au cinéma (à mon sens), par le français Jean-Jacques Annaud (1986).

Essayons de revenir sur l’histoire de ce livre mythique.

Dernière œuvre du corpus aristotélicien (composée vraisemblablement entre 337 et 347 avant Jésus Christ), probablement une des plus connues d’Aristote, La Poétique s’intéresse aux différents aspects de l’art poétique, comme la tragédie, l’épopée, et de manière anecdotique la musique. Aristote y mentionne un futur ouvrage sur la comédie, aujourd’hui perdu…

Ce livre perdu fait-il partie des œuvres disparues d’Aristote ? A-t-il jamais existé ? Est-il même d’Aristote s’il existe ?


Dans le roman d’Umberto Eco, le vénérable Jorge, gardien de la très secrète bibliothèque de l’abbaye (qui occupe pratiquement tout le donjon), voudrait nous faire croire que ce livre qui « glorifie le rire » n’a jamais été écrit, pourtant, toute l’intrigue du livre tourne autour de cet ouvrage, entièrement consacré à la comédie et au rire. Ce livre existerait donc bel et bien, et une copie manuscrite circule même au sein du monastère. Par son aspect sulfureux, c’est un livre qui tue et pour qui l’on tue. Les meurtres se succèdent.

Qu’en est-il réellement ?

A propos d’un travail conduit par le très sérieux CNRS, on peut lire en résumé du sujet : « Une définition aristotélicienne de la comédie ? » le texte suivant :

« Dans le deuxième livre de sa Poétique, perdu depuis fort longtemps, Aristote a discuté de la comédie. Dans un texte tardif on a parfois voulu découvrir un résumé de cette discussion ainsi que quelques fragments de son texte, dont le plus intéressant nous offrirait une définition de la comédie. Un examen ponctuel du passage rend probable la conclusion décevante selon laquelle il ne s’agit pas d’un fragment aristotélicien. » (source CNRS).

On peut lire ailleurs, dans un papier très sérieux de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales : « Il se peut, bien sûr, qu’Aristote ait examiné ces questions (sur le rire) dans le Livre II de la Poétique, dont on sait qu’il portait sur la comédie. Mais ce texte fut perdu à la fin de l’Antiquité, et on ne sait rien de certain à son sujet. »

Par ailleurs, il semblerait qu’au fil des siècles depuis l’antiquité, il y ait eu amalgame entre les textes originaux de La poétique d’Aristote, l’Art poétique d’Horace et quelques textes de Platon. Ceci ne simplifiant pas les choses.

Que conclure ?

Il apparaît aujourd’hui à peu près certain qu’Aristote a composé un texte d’importance (second volume de sa poétique) à propos de la comédie. On en connaît rien aujourd’hui de très certain cependant.

Pour revenir au Nom de la Rose, Jorge sait que ce livre a été écrit contrairement à ce qu’il soutient à Guillaume de Baskerville. Umberto Eco nous montre un livre (manuscrit) physique qui néanmoins, lui, n’a jamais existé. Peut-être reste-t-il à découvrir au fin fond d’une bibliothèque bénédictine du nord de l’Italie ou d’ailleurs… (ce ne serait pas le premier…)

Merci B.
H

3 Commentaires

  1. Je ne peux pas m'empêcher d'être ulcéré par ce relieur qui à rogné l'ouvrage pour plaquer cette dorure totalement anachronique sur la tranche d'un livre du 16ème…
    Michel.

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