Portrait du relieur Pétrus Ruban (1851 – 1929)

Amis Bibliophiles bonjour,
« Il trouve, déniche et prend aussi bien dans la flore naturelle que dans l’architecture, dans le japonisme et et dans l’ornithologie… il semble avoir étudié avec soin et intelligence les théories des couleurs complémentaires et sa palette est ordonnée avec une très heureuse harmonie et sans discordance. »  C’est ainsi qu’Octave Uzanne évoquait le relieur Ainé Ruban (dit Pétrus Ruban), que le hasard de quelques acquisitions ont mis sur mon chemin.
Une Nuit de Cléopâtre, Théophile Gautier, Ferroud, 1894 Dans La Reliure française de 1900 à 1925, de Crauzat évoque lui un « travailleur acharné, relieur doreur excellent praticien qui violente la matière pour en tirer le maximum d’effet ». L’ensemble de son oeuvre se caractérise d’ailleurs par son éclectisme. On retrouve cet éclectisme dans les deux ouvrages reliés par Ruban dont j’ai fait l’acquisition: le premier est techniquement parfait, magnifiquement mosaïqué (il y « violente la matière », mais finalement assez chargé, (Une nuit de Cléopâtre); le second est plus sobre, également parfait sur le plan technique, et c’est le talent de doreur de Ruban qui en fait un ouvrage magnifique.Une Nuit de Cléopâtre, contreplats et doublures, signée P. Ruban 1910,
l’une des ses dernières création donc.… mais qui porte également l’ex-libris personnel de Ruban,
doré au centre du contreplatCette oeuvre fît de Pétrus Ruban l’un des grands relieurs de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Né à Villefranche-sur-Saône en 1851, il exerça à Paris de 1879 à 1910, il s’est éteint à Neuilly le 21 avril 1929, à l’âge de 79 ans. Il avait installé son premier atelier au 16, rue Dauphine, avant de le transférer au 9 rue de Savoie en 1896.Octave Uzanne, Le Miroir du Monde, EO sur Japon au formatContrairement à nombre de ses confrères Ruban était à la fois relieur et doreur décorateur, il se distingue par des décors emblématiques complexes et dans le travail du cuir, en particulier des mosaïques, mais est également capable de proposer des réalisations plus simples à l’exécution parfaite. Il fût l’un des relieurs les plus en vogue au tournant du siècle et si les plus grands bibliophiles lui confièrent leurs ouvrages (Barthou, Beraldi, Borde, Baron de Claye, etc.), il était également collectionneur et réalisa pour sa propre bibliothèque un nombre important de reliures. 115 furent ainsi dispersées à Drouot le 12 décembre 1910, année de son départ à la retraite. Dans le catalogue, la collection était décrite comme « riche de beaux livres modernes en édition de luxe recouverts par de riches reliures composant la bibliothèque de M. Pétrus Ruban, ex-relieur ».
Détail de la dorureLors de l’Exposition Universelle de 1889, ses reliures doublées et mosaïquées furent remarquées pour leur originalité et il obtînt une médaille d’argent. Le rapport de l’exposition souligne ainsi  que « M. Ruban exposait des reliures fort réussies. En continuant à étudier les beaux modèles que nous ont laissés les maîtres des siècles passés et les reliures de nos artistes modernes, aussi bien sous le rapport de la constitution parfaite du corps d’ouvrage et e la couvrure que sous celui de la décoration en dorure correcte et bien nourrie, cet exposant ne tardera pas prendre parmi ces derniers le rang qu’il recherche à juste titre ».
C’est Lanoé, l’un des premiers relieurs de l’école Estienne, qui lui succéda l’atelier après avoir longtemps travaillé chez Ruban.
H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Portrait de relieur: Léon Gruel (1841-1923)

Portrait de relieur: Léon Gruel (1841-1923)

Amis Bibliophiles bonjour,

L’amateur qui se penche sur l’histoire de la reliure croisera forcément l’auguste figure de Léon Gruel, qui fut non seulement l’un des principaux relieurs français entre 1891 et le premier quart du xxième siècle, mais également l’un de ses grands théoriciens.

Léon Gruel est l’héritier de plusieurs générations de relieurs, qui se sont succédé dans l’atelier fondé par Isidore Deforge en 1811 au 24 rue Duphot. Plus précisément Léon Gruel est le fils de Catherine Gruel – Engelmann (? – 1896) et de Pierre-Paul Gruel (? – 1846 ou 1848), gendre de Isidore Deforge.

Léon rejoint l’atelier de sa mère dès le début des années 1860, mais il s’associe à elle et à son demi-frère Edmond Engelmann vers 1875. Cette association fait la synthèse d’une tradition familiale bien établie, du sens inné de la reliure de Léon, et de l’expertise d’Edmond dans l’imprimerie et l’édition.

Léon imprime vite sa marque personnelle, et il devient seul propriétaire de l’atelier en janvier 1891, à la mort de son demi-frère Edmond. Il dispose au 418 rue Saint-Honoré, d’une boutique et d’un atelier. Léon est aussi un grand collectionneur de reliures, des origines au xviiième siècle,  et sa boutique fait figure de « musée », il prête volontiers ses ouvrages pour des expositions. Il devient rapidement l’un des théoriciens de la reliure, doublant sa collection d’un fonds important de documents consacré aux relieurs. Il fit don d’une partie de sa collection de reliures révolutionnaires au musée Carnavalet.

Il est l’auteur du Manuel historique et bibliographique, paru en 1887,  qui sera suivi complété d’un second volume en 1905 (Paris, Gruel / Engelmann, 1887; Paris, Gruel / Leclerc, 1905). Léon Gruel y détaille, après une brève introduction sur les styles, l’histoire de la reliure et de ses artisans sous la forme d’un répertoire alphabétique, abondamment illustré.

Il est également l’auteur d’autres ouvrages consacrés aux reliures anciennes: La Rose d’Or, les reliures révolutionnaires, etc. et d’articles ou de courts opus consacrés à Christophe Plantin, Marguerite de Valois ou Thouvenin. 

Une reliure dos-à-dos de Léon Gruel

Léon Gruel occupe également des responsabilités au sein de la profession : il est dès 1889 l’un des membres fondateurs du syndicat de la reliure-dorure-brochure, qui acquiert sa structure définitive en 1891 et qu’il préside de cette date à 1900. C’est à lui que l’on doit l’organisation de la participation des relieurs français au diverses Expositions Universelles de la fin du xixè siècle.

Il est aussi membre du Cercle de la Librairie dont il assure la vice-présidence en 1895. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1895.

On retiendra également la polémique qui l’opposa à Henri Marius-Michel (1846-1925) en 1896 au sujet du renouveau de l’art décoratif en reliure. Gruel, en théoricien, défend l’étude des styles anciens alors que Maris-Michel soutient l’originalité et le renouveau. Il est cocasse de noter que les pères des deux relieurs travaillèrent ensemble, Pierre-Paul Gruel ayant confié la dorure de son atelier à Jean Marius-Michel en 1839.

De santé fragile, Léon Gruel se retire des affaires en 1901 et cède la place à son fils Paul Gruel (1864 – 1954).

Léon Gruel décède à Cannes le 7 novembre 1923. Il est inhumé à Paris, et le 8 et 9 mai 1924, une première partie de sa collection est proposée à la vente.

H

7 Commentaires

  1. Howdy! I know this is kinda off topic nevertheless I’d figured I’d ask. Would you be interested in exchanging links or maybe guest writing a blog post or vice-versa? My blog goes over a lot of the same topics as yours and I feel we could greatly benefit from each other. If you might be interested feel free to shoot me an email. I look forward to hearing from you! Wonderful blog by the way!|

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.