Le Bibliomane de Charles Nodier…

A terme, j’ai prévu de mettre au point un test « infaillible » qui vous permettra de savoir si vous êtes bibliophile, bibliomane ou bibliopathe… Naturellement, il sera validé préalablement par le docteur Diafoirus.

Puisque je parle de bibliomanie, je viens de terminer la lecture du Bibliomane de Charles Nodier (avec des illustrations en couleurs de M. Leloir, à Paris, chez Conquet, 1895) que j’ai acheté au marché Saint-Sulpice. Un charmant in-12 sur vélin du Marais, en demi-maroquin vert à coins, joliment relié par Champs.

L’ouvrage n’est pas volumineux, une cinquantaine de pages tout au plus, mais il est assez sympathique malgré un style un peu lourd, assez emblématique des satyres du premier tiers du 19ème siècle (selon mon expérience).

Pour le résumer très rapidement, même si cet exercice est toujours hasardeux. Au fil des pages le lecteur suit deux amis, dont l’un est bibliomane, au long d’une promenade dans Paris. La promenade est propice à diverses rencontres et à la visite de quelques lieux de la capitale où le livre est roi. Elle se terminera (attention, je vais annoncer la fin) mal, avec la mort du bibliomane, qui ne se remettra pas d’avoir découvert un Elzevir de meilleure qualité que le sien… La lecture est agréable, je retiens quelques moments sympathiques. Celui où le bibliomane considère ses souliers en soupirant « voilà bien du beau maroquin perdu », puis visite son tailleur et lui assène « Monsieur, cet habit est le dernier que je reçois de vous, si l’on oublie encore une fois de me faire des poches in-quarto »…!

Face à une trop grosse déception, son front prend d’ailleurs la teinte d’un maroquin citron un peu usé… Hélas, comme je l’écrivais plus haut ,il succombera un peu plus tard, ne parvenant à se remettre d’une découverte qui lui sera fatale : un exemplaire d’un Elzevir de 1676, en grand papier, dont il pensait avoir l’exemplaire géant, et qui l’emporte sur le sien d’un tiers de ligne de hauteur

« Un tiers de ligne », ce seront d’ailleurs ses derniers mots! Charles Nodier était bien sûr bibliophile, de mémoire il fût du déplacement pour la vente du Comte de Fortsas. Il fût également élu à l’Académie française en 1833 au siège 25 en remplacement de Jean-Louis Laya. L’année suivante il fonde le « Bulletin du Bibliophile », autre source inépuisable de plaisir pour les amateurs que nous sommes. Un petit PS qui n’a rien à voir : anticipant les foules de la fin août, je suis allé acheter les fournitures nécessaires à la rentrée des classes de mes enfants cet après-midi, dans un hypermarché. Devinez quoi, au milieu des classeurs Spiderman et autres trousses Winnie l’Ourson trônait une gigantesque pile de Gaffiot (dictionnaire Latin-Français pour les non latinistes), et elle était bien entamée! Dans un Hypermarché! Et bien voyez-vous, ça m’a non seulement rappelé mes jeunes années, mais également bien remonté le moral!

H

Images : Nodier, sa représentation dans le Panthéon Charivarique, et des bibliomanes…

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Pierre Moreau, calligraphe, graveur, imprimeur.

Pierre Moreau, calligraphe, graveur, imprimeur.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ah qu’il est doux de pouvoir se reposer sur un ami un soir de grande fatigue. Rémi vous propose ce soir un article sur Pierre Moreau,

Pierre Moreau paraît dans l’histoire typographique comme un météore : brillant, éclatant même, mais éphémère. Issu de la calligraphie, il ne viendra à la typographie qu’à la fin de sa carrière. Mais reprenons son parcours depuis le début :

Moreau est issu d’un milieu aisé. En 1626, il publie un traité de calligraphie gravé en taille-douce : Les vrais caracthères de l’écriture financière. Ce premier traité ne nous est connu que par des références, et aucun exemplaire semble avoir survécu.
À la suite de ce premier essai, Moreau publie deux autres traités calligraphiques :
– Les œuvres de Pierre Moreau, Parisien, 1627 ou 1628, un seul exemplaire (incomplet) connu.
– Original des pieces escrites et burinees par P. Moreau, 1633, deux exemplaires recensés.
Les manuels de calligraphie de Pierre Moreau ne comprennent que quelques planches, assez élégantes, d’écritures italiennes (bâtardes et rondes) ou de financière. Outre ces trois traités, Moreau publie aussi des livres de dévotion, entièrement gravés : Les Saintes prières de l’âme chrestienne (1631, 8°, 106 ff.), les Devotes prières (1634) et les Heures chrestiennes (réemploi du texte gravé des Saintes Prières).
Après ces débuts dans l’écriture manuscrite, Moreau se lance dans un projet encore plus ambitieux. Conscient que les pratiques manuscrites ont changé depuis le XVe siècle et que l’italique et le romain ne sont plus en phase avec l’écriture de l’époque, Moreau décide d’imiter les écritures cursives françaises de son temps. Il grave donc les poinçons de cinq fontes typographiques : deux rondes (moyen et petit modules) et trois bâtardes (gros, moyen et petit modules).
Ses caractères sont parmi les plus étonnants, les plus innovants et les plus beaux de l’époque. Les écritures sont superbes, bien équilibrées. Aux cinq corps de caractères sont associés un certain nombre d’ornements supplémentaires : arabesques flottantes, fleurons de traits « entortillés », grandes lettrines gravées sur cuivre.
Conscient de la valeur de sa création, Moreau se protège de la contrefaçon en obtenant un privilège du roi pour les « caractères de son invention ». Ce privilège sera respecté, et Moreau sera seul à utiliser ses nouvelles « lettres », ce qui limitera considérablement leur diffusion. Entre 1644 et 1648, date de la mort de l’imprimeur, Moreau n’aura le temps de produire que 33 impressions (dont plusieurs petites brochures). À sa mort, ses caractères tomberont dans l’oubli, et ne seront ressuscités qu’éphémèrement par Fournier dans son Manuel typographique (1764), comme représentants de la « Ronde ». Quelques uns des poinçons originaux sont conservés, aux côtés des « Grecs du Roi », dans le cabinet des poinçons de l’Imprimerie nationale.
Les photographies qui accompagnent cet article sont tirées de l’Énéide de Virgile (1648, in-4°), dernier livre imprimé par Pierre Moreau et avec ses caractères. L’édition bilingue est dédiée à Mazarin, avec une carte dépliante et un frontispice. Ce livre est un véritable bijou bibliophilique : trois artistes importants du XVIIe siècle s’y croisent. D’abord, Pierre Moreau, notre calligraphe/imprimeur de talent. Ensuite, Pierre Perrin, poète un peu oublié, mais assez talentueux, théoricien de l’opéra avant Lully et Quinault, qui donne ici la traduction du texte. Enfin, Abraham Bosse qui inaugure chaque chapitre avec une gravure en demi page. Pierre Moreau n’aura malheureusement pas le temps d’achever cette publication, et seul le premier tome, contenant les six premiers chants, paraîtra avant sa mort. Le deuxième tome ne sera publié que dix ans plus tard, en 1658, chez Loyson, avec la suite des gravures d’Abraham Bosse, mais dans une typographie en romain, Loyson n’étant pas parvenu à obtenir les caractères de Pierre Moreau.
Mon exemplaire, photographié ici, ne comporte que le tome 1 seul, auquel il manque le majestueux frontispice (il reste, maigre consolation, la page de titre et la carte dépliante). Je m’en contente, et j’espère que les photographies vous aideront à me comprendre !

PS/ Cet article est basé sur l’excellent livre d’Isabelle de Conihout, publié par la bibliothèque Mazarine : Poésie et Calligraphie imprimée à Parisau XVIIe siècle, Paris, Editions Comp’Act, 2004. L’ouvrage comprend un fac similé de la Chartreuse de Pierre Perrin, imprimée par Moreau, suivie de plusieurs études sur Pierre Moreau, ses caractères, Pierre Perrin et la calligraphie gravée. C’est un superbe ouvrage, à la fois passionnant par son contenu et élégant par sa mise en page, qui se vend pour la modique somme de 35 euros.

Merci Rémi,
H

2 Commentaires

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  2. Dans la vente de feu M. le Comte de Fortsas, Nodier demande d’acheter les articles suivants:
    n° 3 pour 15 à 18 francs, n° 8 pour 15 à 20 francs, n°19 pour 12 à 20 francs, n°30 pour 50 à 60 francs, n°36 pour 18 à 24 francs, n° 50 pour 25 francs, n° 52 pour 100 à 200 francs, n° 63 pour 200 à 400 francs, n°83 pour 10 à 15 francs.

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