Les différents types de reliure: la reliure dite « plein or »

Amis Bibliophiles bonjour,
Je vous invite aujourd’hui à découvrir un type de reliure très particulier, les reliures plein or. Très rares, caractéristiques des grands relieurs du 17ème siècle, elles furent parfois copiées par d’autres grands relieurs du 19ème pour réaliser des reliures pastiches.
Selon la terminologie de Pascal Ract-Madoux et Isabelle de Conihout (catalogue « Relieurs français du 17ème, chefs d’oeuvre du musée Condé ») qui ont étudié les exemplaires du Duc d’Aumale, ces reliures sont dessinées aux petits fers, souvent filigranés. Une terminologie légèrement différente de celle que l’on peut trouver dans les « Connaissances nécessaires à un bibliophile » d’Edouard Rouveyre, pour lequel le terme de « plein or » désigne « les fers de grandes dimensions que l’on pousse par estampage d’un seul coup sur les plats des livres pour obtenir un dessin complet », les plaques donc, d’une certaine façon. Cette définition rejoint d’ailleurs celle de Bertrand (Descriptions des arts et métiers, 1776).
Le risque avec les définitions de Bertrand et Rouveyre est justement cette confusion possible avec les reliures ayant bénéficié d’une dorure à la plaque, et leur terminologie englobe à mon sens trop de possibilités, des plaques de Dubuisson à celles inombrables, utilisées par les relieurs du 19ème. Plus que dans la façon d’appliquer le fer (de façon globale ou séparée), il me semble que c’est l’emploi de petits fers qui donne tout son intérêt au terme « plein or ». La reliure plein or pouvant d’ailleurs dans certains cas être également une reliure à la fanfare.
Selon Pascal Ract-Madoux et Isabelle de Conihout ces reliures sont rares au 17ème et le plein or peut-être appliqué soit sur le plat, soit sur les doublures.
Pour mieux comprendre, voici quelques reliures plein-or, puisque des images valent toujours mieux qu’un long discours.
Ici une reliure de Luc Antoine Boyet, vendue lors de la vente Wittock (2ème partie, 8 novembre 2004):TERENCE (Publius Terentius Afer, 185-159 av. J.-C.). Comoediae sex ex recensione Heinsiana.Leyde: Elzevier, 1635.In-12 (120 x 65 mm). Texte imprimé en rouge et noir. Titre gravé sur cuivre Cornel. Cl. Dusend, portrait de l’auteur gravé sur bois dans le texte.RELIURE doublée DE LUC-ANTOINE BOYET: maroquin olive janséniste, dos à nerfs orné à froid, doublure en maroquin rouge, richement ornée et dorée dite « plein or » de petits fers pointillés, couronne fermée et lion hissant, emblème au centre, tranches dorées sur marbrure, (coiffes restaurées). Musea Nostra, p. 42.PROVENANCE: Eglise Saint-Julien à Paris (note manuscrite sur le titre) — Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon (son emblème sur les doublures) — F.Eug. du Camp (note du XVIIIe siècle sur la garde) — Henri Beraldi (ex-libris), vente I à Paris, 29 mai-1er juin 1934, lot 75 — John Roland Abbey (ex-libris), vente I à Londres, 21-23 juin 1965, lot 650 — Raphaël Esmerian (ex-libris), vente II à Paris 8 décembre 1972, lot 51.La tradition attribue les quelques volumes ornés d’un médaillon composé de fers, mêlant le « lion des Aubigné » au soleil couronné, à madame de Maintenon (voir Olivier 1837, fer 10): par exemple, le Strada de 1553 dans la vente De Bry 1996 (lot 196, pl. LII) et un recueil manuscrit de poésies dans la vente De Backer 1926 (première partie, lot 615), puis dans la vente Cortlandt Bishop 1948 (lot 128). Pascal Ract-Madoux nous a confirmé que l’on peut ranger ces reliures parmi les groupes de « reliures archaïsantes » exécutées entre 1690 et 1710 par le doreur de Boyet, identifiés par lui et Isabelle de Conihout dans le catalogue de l’exposition récente au musée Condé, Reliures françaises du XVIIe siècle (Chantilly, 2002). Cette reliure, bien que recouvrant un Térence en latin, peut donc se joindre au groupe 8 « plein or » (Conihout et Ract-Madoux, nos 42 et 43).

Et un autre exemple, toujours de Boyet (source : http://cyclopaedia.org/1667/boyet.html) :
En passant et pour le plaisir des yeux, un sujet connexe: les gardes papier entièrement dorées: la reliure  n’est pas plein or, mais doublée de maroquin et la présence de gardes de papier entièrement dorées. L’ensemble est luxueux et l’effet doit être saisissant quand on ouvre l’ouvrage. Magnifique. Cela tombe bien, si cela vous tente, l’ouvrage sera mis aux enchères à Saint-Ouen sur Iton le 18 octobre:n° 289 –  HORACE. Quinti Horatii Flacci Opera.. Londres, John Pine, 1… HORACE. Quinti Horatii Flacci Opera.. Londres, John Pine, 1733-1737, 2 tomes en un vol. in-8, maroquin olive, dos à nerfs ornés, pièces de titre fauves, large encadrement de double filet et guirlande dorés sur les plats avec pointes dhermine et demi- guirlandes en écoinçon, armes au centre, tranches dorées, contreplats doublés en maroquin rouge avec bordure de maroquin olive, dans les deux cas ornés de guirlandes dorées, gardes de papier doré (Padeloup le Jeune). Magnifique édition, entièrement g ravée sur cuivre, imprimée sur grand papier avec une abondante iconographie dont 8 planches. Exemplaire de premier tirage. Somptueux et précieux exemplaire en maroquin doublé, aux armes de Philippe-Laurent de Joubert, président de la Cour des Comptes.Est: 4000/4500€
H

La lettre du bibliophile

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Les Reliures II : la reliure à la « Du Seuil »

Les Reliures II : la reliure à la « Du Seuil »

Amis Bibliophiles Bonjour,

Poursuivons notre chemin sur la route de la reliure avec aujourd’hui un autre type de reliure ancienne, la reliure dite à la « du seuil ».
Les Reliures II : la reliure à la « Du Seuil »Augustin Dussueil est né au début du mois de septembre 1673 à Méounes, dans le Var. Il est le fils d’Honoré Dussueil et Isabeau Billone, comme l’atteste son acte de baptême :
« Augustin DUSSUEIL, fils d’Honoré et Isabeau BILLONE a été baptisé le 2 septembre 1673. Le parrain Louis DUSSUEIL, la marraine Anne JAUFFROY du lieu de Signe. Par moi. Signé : BARRY, vicaire, H. DUSSUEIL. L. DUSSUEIL. »

Augustin est le quatrième enfant d’une famille qui en comporta neuf, six filles et trois garçons, tous nés à Méounes entre 1665 et 1685, du mariage d’Honoré DUSSUEIL (1641-1721) avec Isabeau BILLON (1647-1697). Bien que sa famille paternelle exerce diverses activités dans le tissage, le jeune Augustin choisit une autre voie, en rejoignant à Paris son cousin Jean Billon de Cancerille, où celui-ci jouit une assez grand crédit après divers voyages en Perse (il devînt par la suite ambassadeur du Roi).

Il semble qu’avant d’avoir pu créer son propre atelier, Augustin travailla avec Philippe Padeloup, puisqu’il épousa Françoise, la fille du grand relieur le 23 novembre 1699. C’est par ce mariage qu’il fît définitivement son entrée dans la corporation. Le contrat de mariage, conservé au Archives Nationales, sème une nouvelle fois le trouble quant au patronyme d’Augustin, puisqu’il stipule que « fut présent Augustin d’USUEIL, libraire à Paris, demeurant rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Séverin, fils d’Honoré d’USUEIL, marchand demeurant en la paroisse de Meosne près Marseille en Provence ». On notera avec intérêt que la dot de Françoise est constituée en partie par « un an de nourriture et de logement » au domicile de Philippe Padeloup, signe évident de la proximité qui va exister entre les deux hommes.

Augustin, Françoise et leurs 7 enfants vécurent ainsi rue Saint-Jacques à Paris, au cœur de la vie intellectuelle de l’époque. Françoise décède le 16 février 1714 et il est intéressant de constater que sur l’acte de décès, il est stipulé qu’Augustin est désigné comme « relieur de Monseigneur et de Madame la Duchesse de Berry ». Cette dernière jouera un rôle important dans la carrière du relieur en lui confiant un grand nombre de volumes (dont les plus connues, aux « armes de France, à la bordure engrêlée de gueule, qui est de Berry, accolées d’ORLEANS » et au dos les lettres « M.L » entrelacées), mais aussi en lui faisant profiter de ses relations. Ainsi, elle intervint auprès du Régent pour qu’Augustin soit reconnu publiquement.
Les Reliures II : la reliure à la « Du Seuil » (2)Berry décida d’apporter un appui décisif à son relieur en intervenant auprès du Régent pour qu’une reconnaissance particulière lui soit conférée, et fait exceptionnel, il fût reconnu « relieur ordinaire » alors qu’il n’y avait aucune vacance de la charge (on n’avait semble-t-il jusqu’alors jamais attribué plus de deux charges à la fois). Le brevet officiel fût délivré en ces termes le 26 février 1717 : « le Roy estant à Paris, ayant esgard aux témoignages avantageux qui lui ont esté rendus de la probité et capacité d’Augustin de SUEIL, maistre relieur à Paris, et voulant en cette considération le traiter favorablement, sa Majesté, de l’avis de M. le duc d’ORLEANS, son oncle Régent, a retenu et retient le dit de SUEIL en la charge de l’un de ses relieurs ordinaires pour par luy en faire les fonctions, en jouir et user aux mesmes honneurs, prérogatives et priviléges dont jouissent les autres relieurs de Sa Majesté, avec le pouvoir de mettre au devant de sa boutique un tapis chargé des armes et panonceaux de Sa Majesté. Et pour assurance de Sa volonté, Elle m’a commandé d’expédier au dit de SUEIL le présent brevet qu’ELLE a signé de sa main et fait contresigner par moy conseiller, secrétaire d’Estat. ». L’autorisation de mettre sur sa boutique « un tapis décoré des armes » royales était souvent accordée à des imprimeurs ou à des libraires royaux, mais, selon Thoinan, rarement à des relieurs. Selon cet auteur, « c’est peut-être ici la seule fois qu’elle est mentionnée dans un brevet de relieur ».

Dès lors, l’atelier d’Augustin connût un essor considérable, écoulant ses reliures aussi bien en France qu’à l’étranger, notamment en Angleterre. Ainsi, dans la perspective de la vente de la bibliothèque de François de Loménie de Brienne, évêque de Coutances, qui fût faite à Londres, Augustin fût chargé de relier 400 volumes, dont 140 in folio, 155 in 4° et 145 in 8° et 12° (Thoinan). Dans leur catalogue, les libraires anglais indiquèrent que la vente comportait des livres en excellente condition « nouvellement et très joliment couverts, dessus et dedans, en maroquin, par le fameux DUSUEIL » (Thoinan).

En 1728, la carrière d’Augustin se poursuit avec le décès de Louis-Joseph DUBOIS, relieur ordinaire du Roi, qui laisse une place vacante, rapidement attribuée à Augustin, dans un nouveau brevet :
« Aujourd’hui, 15 février 1728, le Roi estant à Versailles, bien informé de la capacité d’Augustin de SEUIL et de sa fidélité et affection à son service, Sa Majesté l’a retenu et retient en la charge de l’un des relieurs de sa maison, vacante par le déceds de Louis de BOIS, dernier possesseur d’icelle ; pour le dit de SUEIL l’avoir et exercer en jouir et user, aux honneurs, autorités, privilèges, franchises, libertés, gages, droits, fruits, profits, revenus et esmoluments accoutumés et y appartenants tels et semblables qu’en a jouy le dit du BOIS et tant qu’il plaira à Sa Majesté… »

Augustin compte alors dans sa clientèle presque tous les bibliophiles de son temps et son nom devait traverser les années en « estant toujours accompagné des plus pompeux éloges » (Thoinan). De ses reliures, on admirait « la perfection de ses corps d’ouvrage, la délicatesse de sa couvrure, la qualité de ses maroquins, l’élégance et le fini de ses dorures… » (Thoinan). Pour autant, Augustin ne signe pas ses reliures et il désormais très difficile de les identifier, à part pour celles issues du catalogue de Loménie.

Augustin décède en février 1746 alors qu’il était dans sa soixante treizième année. Au passage, on relira avec intérêt la lettre adressée de Billon à sa famille en 1728 : »Notre cousin DUSSUEIL vient d’être fait le premier relieur du Roy ; il a toujours envie de rentrer dans tous ses biens à Meunes ; il a son committimus il appellera toutes les parties à Paris pour y plaider où il gagnera tous ses procès. Il commencera par le S. Renaud s’il ne luy rend pas tous ses papiers ; M. Joseph Dussueill ne le paye pas, M. l’abbé Lejean et M. Chabert de Meunes ; ils s’en repentiront tous de ne l’avoir fait car les Ministres du Roi le protègent tous ; il doit relier au Roy une bibliothèque en marroquins du levant de trente six mille volumes. »

Voici donc pour la vie d’Augustin Dussueil, du Seuil, d’Usueil ou même de Seuil, puisqu’on voit bien que son patronyme a beaucoup évolué selon les écrits, et au fil du temps, ce qui était chose courante à l’époque.

Mais qu’en est-il des reliures dites à la « du seuil » (j’ai choisi cette orthographe, qui me semble être la plus usitée ) ? Et bien, comme pour les reliures à la fanfare, elle est apocryphe, car même si Augustin laissa son nom à un type de reliure, il semble qu’elles aient existé bien avant sa naissance.
Les Reliures II : la reliure à la « Du Seuil » (3)Les définitions changent, notamment en ce qui concerne le nombre de filets. Pour résumer, on peut dire que la reliure « à la du seuil » est une reliure présentant deux encadrements de filets dorés sur les plats, avec des fleurons aux angles de l’encadrement intérieur. L’appellation est néanmoins utilisée de façon plus courante, pour toutes les reliures anciennes avec des encadrements de filets.

Voici comment Nodier évoque Du Seuil dans le bibliomane, que j’ai déjà évoqué longuement sur le blog : « Depuis le moment où nous avions renoncé à l’espoir de le conserver (Le Bibliomane se meurt, NDLR), on avait roulé son lit près de sa bibliothèque, d’où nous descendions un à un chaque volume qui paraissait appelé par ses yeux, en tenant plus longtemps exposés à sa vue ceux que nous jugions les plus propres à la flatter. Il mourut à minuit, entre un Du Seuil et un Padeloup, les deux mains amoureusement pressées sur un Thouvenin. »

Ce qu’il faut retenir ? Si vous croisez une belle reliure du 17ème ou du 18ème présentant des encadrements de filets dorés, avec des fleurons, vous pouvez la qualifier de reliure « à Du Seuil », même si ce n’est très certainement pas Augustin Dussueil, l’un des grands relieurs de l’histoire, qui l’a réalisée.
HSources diverses: le Magazine du Bibliophile, Le Fléty, le Dictionnaire Encyclopédique du Livre et l’excellent article de Jérôme Dusseuil sur son aïeul, paru en 2004.

19 Commentaires

  1. When I initially commented I clicked the « Notify me when new comments are added » checkbox and now each time a comment is added I get three emails with the same comment. Is there any way you can remove me from that service? Thank you!|

  2. I don’t even understand how I ended up right here, but I assumed this submit was good. I don’t realize who you’re however definitely you’re going to a well-known blogger in the event you aren’t already. Cheers!|

  3. Ugo, tu me remets à ma place à chaque fois que "places un com'", comme disent les jeunes. Tu déchires. Tu as l'enthousiasme, la candeur futée (la seule qui bouge les montagnes), l'érudition, le style, la gouaille quand il faut, le culot, la passion, et un très grand savoir. Continue à placer des coms', brother, tu me plais 😉 (et blague à part, c'est aux côtés de gens comme toi, Hugues, le B. Rhemus, Textor, Bertrand, etc., qu'un grand débutant comme moi peut se former un peu. Alors merci… A tout le monde en passant, et avant tout à Hugues, qui a permis par un boulot j'imagine pas toujours marrant, que tout ce savoir soit échangé, partagé… Bonne soirée à tous.
    Un Benoît de bonne humeur qui revient chez lui avec des livres dont il va vous parler bientôt. Pour le moment, je vais me faire un petit moment… Ouvrir les cartons, et contempler ce que j'ai vu très vite, en me contentant d'annoncer "ah oui ça m'intéresse… 500 Euros le tout… c'est d'accord". Un plaisir de bibliophile, que je sais pouvoir partager avec peu, mais avec beaucoup "ici".

  4. Oui bel article sur des reliures qui ne sont pas celles de Monsieur Tout le Monde, comme on dirait dans les Tontons flingueurs…
    Et Merci à Ugo pour lever un peu le voile sur le mystère des estimations…
    Pourquoi tant de ventes en ce moment ? Il faut lever le bras à Vannes tout en étant au téléphone à Paris, cela devient épuisant !! 😉
    Mais mon espoir que l'abondance d'offre pourrait faire baisser les prix est déçu jusq'à présent …

    Textor

  5. Bah je plaisantais juste, j'avais bien noté les différences entre les exemplaires.
    En l'occurrence les estimations me semblaient justes ce qui n'est pas toujours le cas.
    Si certains tueraient pour un bon mot je n'ai pas l'intention de trépasser pour un mauvais.

    En tout cas tout cela me met en appétit…
    Olivier

    PS : @Ugo si vous vous souvenez duy livre manuscrit j'ai joué les Johan et Pirlouit 2.0 j'ai eu quelques infos (?) d'une société d'histoire locale. Hugues a la lettre que j'ai reçu.

  6. Merci Hugo pour ces explications.

    J'aurais du écrire novice à la place de niais car le terme est péjoratif ! (sauf pour mon cas) et Benoit a raison d'être surpris car je n'ai aucune expérience dans les salles des ventes. Ceci explique cela : Je m'informe.

    J'arrive à faire le métier de libraire d'ouvrages anciens sans passer par cette manne et je le regrette mais je suis loin des grandes villes… C'est pourquoi je pose des questions qui peuvent paraitre naïves mais qui s'affirment être néanmoins de bon sens ! Benoit proposait le terme de prix de réserve qui éclaire aussi le propos. Pierre

  7. Le premier qui dit la vérité,
    Il doit être exécuté ;-))

    (Je fredonne pour l'occasion). Moi, en achat immédiat, je me laisserais tenté… A la place de "Estimation", on pourrait, peut-être, pour paraitre moins hypocrite écrire : "Première enchère" ? Pierre

  8. Bonjour,
    Pierre, c'est votre commentaire qui me surprend un peu… Fréquentez-vous les salles ? Oui, la "vérité est ailleurs", mais il faut bien une base. Sinon on commence toutes les ventes à 1 Euro… C'est aussi un moyen pour le vendeur de placer une réserve qui ne dit pas son nom… Ca me paraît normal… Bref, bonne journée, bonne semaine, les ventes battent leur plein (plus de quinze ventes de livres dans la gazette cette semaine, et elles n'y sont pas toutes !!!

  9. Cher Pierre et Olivier(part two).

    Personne ne vous prend pour un niais, mon cher Pierre.
    Vous avez 2 experts très différents mais leurs estimations sont parallèles. J'attends 1500/1800 pour mon exemplaire et je suppose que l'expert de Saint-Ouen espère 6000/7000 pour le sien (prix adjugés cad sans les frais).
    Pourquoi ne pas les avoir mis directement ces prix ? Comprenez bien que le travail de l'expert n'est pas de dire le prix du marché, ce serait dangereux et beaucoup trop lui demander. Mais (du moins à mon sens), de replacer un ouvrage dans une échelle de valeurs. Je ne suis pas dans les bottes d'un libraire qui voudrait signifier, en mettant un prix de furieux sur un livre, qu'il a le plus merveilleux exemplaire du monde. Mes bottes à moi sont celles d'un relayeur qui garantit une adéquation entre un ouvrage et sa fiche et qui, humblement, organise sa description pour signaler l'intérêt d'un ouvrage.
    Comprenez aussi que l'expert est lié par des éléments totalement indépendants de toute considérations bibliophiliques. Je ne sais pas pour la vente de Saint-Ouen, mais la vente Garnier est une succession. C'est à dire que j'ai un notaire comme interlocuteur et derrière ce notaire plusieurs héritiers qui n'ont pas pu se mettre d'accord sur un partage. Il faut donc vendre pour répartir l'argent et non les meubles. Ayez cela en tête et mettez-le en vis-à-vis de cette contrainte que m'impose la loi Française : LA FOURCHETTE BASSE DE L'ESTIMATION NE PEUT ÊTRE INFÉRIEURE AU PRIX DE RÉSERVE. C'est d'ailleurs pour cette raison que la publication des résultats est obligatoire. Vous pourrez comprendre que les experts préférèrent des estimations basses sans pour autant qu'elles soient ridicules; pour la bonne et simple raison qu'il s'agit, qu'il y a obligation devrais-je dire, de vendre… puisqu'il ne s'agit pas d'une vente « montée ».

    J'espère Pierre et Olivier, sinon vous avoir convaincu, du moins vous avoir fait partager mon point de vue qui est qu'il existe un monde entre ces deux exemplaires. Mais si vous persistez à croire que l'on vous prend pour des idiots, il vous restera toujours la possibilité d'acheter cet ouvrage chez un libraire. Disons 15000 pour l'un et 3000 pour l'autre.

  10. Cher Pierre et Olivier (part one).

    Quant à mon travail d'expert, il va de soi que la vérité est ailleurs…

    Cependant permettez-moi d'attirer votre attention sur l'extrême différence entre un ouvrage dans une reliure d'époque et son équivalent dans une reliure de conservation du XIX° (cf. à ce sujet l'excellent post de Laurverjat: http://bibliophilie.blogspot.com/2010/06/les-differents-styles-de-reliure-la.html ).
    Vous avez deux ouvrages tout aussi parfaits l'un que l'autre, tous les deux en premier tirage, tous les deux issus d'ateliers de relieurs prestigieux. Mais….
    Si le premier ouvrage est en plein maroquin d'époque; qui plus est olive, le vert étant plus prisé que le rouge car plus rare; qui plus est décoré, outre ses grandes dentelles, de petits fers spéciaux comme des hermines et des guirlandes angulaires; qui plus est doublé de maroquin garance, lui même frappé de dentelles et de fers spéciaux, avec des chasses qui reprennent en encadrement le vert des plats; qui plus est aux armes d'un prestigieux bibliophile contemporain de l'ouvrage; qui plus est attribuable à l'un des Padeloup; qui plus est extraordinairement singulier du fait de ses gardes recouvertes d'une dilution d'or fin… il va de soi que le second ouvrage en plein maroquin du XIX°, même en état tout aussi parfait; même d'une provenance fameuse comme celle de Paul Adam; même portant la signature de Petit successeur de Simier, fait pale figure au regard du premier.
    Vous avez d'un coté  un ouvrage de haute bibliophilie qui séduira tout bibliophilie raffiné; de l'autre un exemplaire à se pâmer, destiné au cercle très restreint des bibliophiles ayant suffisamment de moyens pour satisfaire leurs caprices et cela, malgré les caprices concurrents de leurs pairs (en clair, si l'un est une histoire d'argent, l'autre est une histoire de fortune).

  11. Pour éclairer (?!) la lanterne de Pierre : le Terence de la vente Wittock s'était vendu 5000 euros à son estimation basse (5000-7000).

    Ce type de décor "plein or" semble le fait du seul doreur de Luc-Antoine Boyet, il y a-t-il des exceptions?

    Lauverjat

  12. Si Horace a pu vanter les avantages de la médiocrité Aurea mediocritas , son précepte ne semble pas avoir été suivi pour l'occasion…

    Je suis un peu surpris de ces estimations : Que veulent-elles dire ? Que ces ouvrages valent respectivement 4000 et 800 € et que celui qui surenchérit, ne faisant pas confiance au jugement de l'expert, doit être pris pour une personne niaise ? Pierre

  13. Beau billet, Hugues. Bravo !!!
    Concernant le HORACE. Quinti Horatii Flacci Opera.. Londres, John Pine, 1733-1737. N° 289 de la vente aux encheres qui aura lieu le 18 octobre à Saint-Ouen sur le site d'enchères "Iton"…
    Coincidence, il passe à la vente Garnier un exemplaire de cet Horace, celui de l'écrivain Paul Adam.
    A plus d'un siècle d'écart voici 2 exemples de haute bibliophilie qu'il est amusant de comparer. Je reconnais cependant que celui de Saint-Ouen-sur-Iton est bien le plus précieux.
    Voici la fiche de l'ouvrage dans la vente du 9 décembre.
    A noter que cet Horace a fait l'objet d'une description dans l'équivalent british de "En français dans le texte" : "Printing and the Mind of Man, Exhibition of Fine Printing, British Museum".

    HORACE.
    Quinti Horatii Flacci Opera.
    Londres, Iohannes Pine, 1733-1737.

    2 volumes in-octavo, 225 x 145, plein maroquin bleu-nuit, dos à nerfs et à caissons très richement ornés et dorés, titres et tomaisons dorés, date en pied, triple filet doré en encadrement des plats, large dentelle intérieure, doubles gardes dominotées, tranches dorées.
    Reliure signée PETIT successeur de SIMIER.
    2 frontispices et une très riche illustration d'ornements, vignettes et culs-de-lampe. Exemplaire de 1er tirage l'erreur "Post Est" dans la médaille de César en page 108 du tome II, corrigée en "Potest" dans le second tirage. Rothschild 1547; Cohen-de Ricci 497-98; Dibdin II.
    Exemplaire très pur, en exceptionnelle condition. De la bibliothèque de l'écrivain Paul ADAM avec son ex-libris en cachet humide.
    « John Pine (1690-1756) may well have been the pupil of Bernard Picart, the great French engraver at Amsterdam: he was the best English engraver in the first half of the [eighteenth] century. His edition of Horace is engraved throughout, text as well as ornament, though it is said that the text was first set in type and an impression transferred to the plate before it was engraved. The results are a unity between decoration and text which at times suggests Didot's Horace of 1799; a contrast between thick and thin strokes in the letters which naturally follows from the engraving process but which foreshadows the type design of Baskerville, Bodoni, and Didot; and the wide "leading" between the lines of the text which did so much to give their pages a brilliant effect".
    Printing and the Mind of Man, Exhibition of Fine Printing, British Museum 1963, no.105.
    "the most elegant of English eighteenth century books in which text and illustrations alike are entirely engraved".
    Ray, The Illustrator and the Book in England from 1790 to 1914, p.3.
    Est. 800/1000 €.

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