Les différents types de dorure: la dorure « à la grotesque »

Amis Bibliophiles bonsoir, 

La seconde moitié du XIIIe voit s’épanouir le décor des dos dits “à la grotesque”. Il s’agit de la répétition d’une palette dorée sur tout le dos, les palettes étant poussées les unes au dessus des autres. Le motif de ces palettes est constitué d’une série de tortillons orientés dans le même sens, s’harmonisant en vaguelettes, et s’enroulant sur un ou plusieurs petits points dorés.
  
Ce décor est apparu au XVIIe siècle. Il peut être obtenu par l’usage de petits fers mais je n’en ai pas trouvé d’exemple.
Le décor à la grotesque peut être poussé sur un dos à nerfs et remplir chaque entre nerf, sauf bien sûr celui de la pièce de titre.
Il me semble cependant que ce décor s’épanouit au mieux sur les dos lisses qui ménagent seulement deux pièces de maroquin de couleur pour le titre et la tomaison, le plus souvent séparées de filets dorés en place de faux nerf. Le titre peut aussi être doré à même la peau du dos, traditionnellement ou en long comme sur l’exemple photographié.

De nombreux relieurs ont laissé leurs noms sur des reliures à la grotesque comme Jacques Antoine De Rome, Nicolas-Denis Derome le Jeune ou Antoine-Michel Padeloup.

Un décor approchant consiste en une série de chaînettes disposées à l’identique.
Au début du XIXe en revanche, dans le même esprit de décor, l’usage de fers reproduisant des résilles dorées entre des faux- nerfs ou compartiments paraît avoir remplacé les palettes grotesques, bien irrégulières, des siècles précédents. 
Lauverjat

La lettre du bibliophile

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Un merle blanc aux enchères, où les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, avec les gravures en couleurs.

Un merle blanc aux enchères, où les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, avec les gravures en couleurs.

Amis Bibliophiles bonsoir,

Contrairement à ce qu’on peut parfois lire ici ou là, les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, ces fameux quatre volumes in-folio bien connus des bibliophiles, ne sont pas des livres rares à l’échelle de la bibliophilie. On les croise plusieurs fois par an dans les ventes aux enchères et il en est toujours quelques exemplaires en vente chez les libraires; en veau, et même en maroquin. On es croise à partir de quelques milliers d’euros en veau ou en maroquin postérieur, et jusqu’à quelques dizaines de milliers d’euros pour les exemplaires en maroquin d’époque.

Plus rares sont les exemplaires reliés dans des reliures particulières, notamment celles portant des fers spéciaux et animaliers. En général, dans ce cas, on tourne plutôt autour de 80 – 100 000 euros. 

Encore plus rares sont les exemplaires dont les gravures sont en couleurs. C’est justement l’un de ces exemplaires qui sera mis aux enchères le 19 mars à Stockholm chez Auktionsverket (http://auktionsverket.com/auction/rare-books/2013-03-19/).

Lors de la même vente seront mis aux enchères quelques autres livres en langue française, dont une Histoire Naturelle des Oiseaux de Buffon, elle aussi avec les gravures en couleurs, ou une très belle reliure parisienne du XVIe siècle.

Mais revenons aux Fables de La Fontaine par Oudry, ainsi décrites par la maison de ventes:

EXTREMELY RARE HAND-COLOURED COPY OF LA FONTAINE’S FABLES ILLUSTRATED BY OUDRY.
LA FONTAINE, J. de. Fables choisies, mises en verse. I-IV. Paris (chez Desaint & Saillant – Durand, de l’imprimerie de Charles-Antoine Jombert) 1755-59. Folio (427×286 mm). 1 hand-coloured engraved frontispiece portrait Charles-Nicolas Cochin after Jean-Baptiste Oudry – Dupuis, 4 titles with hand-coloured woodengraved vignettes, many hand-coloured woodengraved vignettes in the text, 275 finely hand-coloured engraved plates Aubert, Aveline, Bacquoy, Beauvois, Cochin and others after Oudry (all, partly some occasional spotting and some offsetting). Edition on paper Hollande. Second state with the word « Le leopard » written on the banner. 
Contemporary French red morocco, slightly worn and rubbed, 2 inner joints split, some corners bumped, boards with gilt bordure, gilt inner dentelles, richly gilt spines in compartments, spines faded and partly with damages to edges. 4 volumes. 
Sander 1065. Cohen-Ricci 548-50. Second issue.Collation: 1 frontispiece portrait, (4), (i)-xxx, xviii, (1)-124 pp., 70 plates; (4), ii, (1)-135, (1 blank) pp., 68 plates; (4), iv, 146 pp., 68 plates; (4), ii, 188 pp., 69 plates. 
Jean-Baptiste Oudry (1685-1755), French painter, elected in the Royal Academy in 1719, he began his sketches based upon the fables of La Fontaine in 1729 as he became the director of the Beauvais tapestry factory, and made a total of 276 sketches before finishing in 1734. « One of the most ambitious and successful of all illustrated books » (Ray, The art of the French illustrated book, 5).
Copies with fine hand-coloured plates are extremely rare. There have only been a few royal copies on the market the last 40 years that have been hand-coloured, which indicates that this copy could have belonged to a member of the royal family or a highly distinguished person at the court.The latest auction record we could find, was in 2011, as an handcoloured but incomplete copy was sold with provenance of Louis XV.
Un bel ouvrage, qui a largement le temps d’effectuer le trajet depuis Stockholm jusqu’au Grand Palais, où nous le croiserons peut-être. L’estimation, large, se situe entre 72 et 97 000 euros. Les paris sont ouverts.

Cher Erick, les colonnes du blog te sont ouvertes pour un petit article de présentation de ces Fables, ouvrage que tu connais sur le bout des doigts 🙂
H

12 Commentaires

  1. à (partir de) la Renaissance, une décoration très en vogue était d'avoir dans son parc une grotte, très ornée, avec des statues, du stuc, des pseudos concrétions… on en trouve de nombreux exemples. L'inspiration est italienne et romaine. Il en reste de nombreux exemples, comme aux Jardins Boboli (et aussi en France bien sûr). Une décoration "à la grotesque", c'est une décoration surchargée, comme ces grottes.
    (enfin, c'est ce que j'ai lu la semaine dernière, mais je me demande bien où…)

  2. Larousse du XIXe T8 au mot grotesque : "(…) beaux arts : arabesque, dessins bizarrement entrelacé; (…)quand le mot grotesque c'est introduit dans le langage, il a eu d'abord un sens moins particulier qu'aujourd'hui* , il désignait des ornements de plusieurs sortes, analogues à ceux que l'on appelle des arabesques. Dans la quantité il y en avait sans doute qui étaient difformes et risibles, mais il y en avait aussi qui étaient d'une autre nature(…)" *1872

    Daniel B.

  3. La question de Pierre est bonne. Je n’ai rien trouvé de probant.

    Le mot « grotesque » est tardif (attesté en 1532), il vient de l’italien Grotta dérivé du latin krypta et lui-même du grec kryptê. Il désigné les décorations murales, souvent caricaturales, inspirées des peintures de la Domus Aurea de Neron. Puis, plus largement un élément décoratif architectural grimaçant, et au figuré une chimère fantastique (Montaigne) enfin un personnage ou une situation ridicule. Tout ceci parait assez éloigné du motif géométrique des dos ornés.
    T

  4. @pierre
    Le grotesque est une façon de remplir l'espace dans l'art, avec des répetitions de motifs identiques.
    A l'origine sur les murs.
    Par extension, on peut supposer qu'il qualifie ces dos et ces décors;

    A.

  5. J'ajouterais un 'V' à XIII ème siècle pour ne pas troubler les néophytes ….

    Sinon, j'adore ce style de reliure pittoresque qui change des dos ornés habituels.

    J'ai un "Histoire du rattachement de la Bretagne à la France" par l'abbé Irail, orné à la grotesque et j'ai déjà rencontré d'autres exemplaires décorés de la même façon comme si c'était une reliure d'éditeur.

    Textor

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