L’air de Lourmarin, ou la promenade de Pierre

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Semaine chargée, petits problèmes techniques sur le blog qui expliquent la disparition momentanée du bandeau, moment délicieux et imprévu passé avec un grand libraire espagnol lecteur du blog, que je vous conterai le moment venu… Il est temps de se reposer et de laisser Pierre nous guider dans les allées du Salon du Livre Ancien de Lourmarin…

C’est un des avantages de la Provence que de pouvoir proposer des salons ouverts du livre ancien à la fin de l’été avec la garantie d’un temps clément et d’un cadre bucolique. Celui de Lourmarin en cette fin de septembre répondait aux critères mentionnés.
Je vous propose quelques images de ce salon vues par un promeneur littéraire. Tout d’abord un point fort, la qualité indéniable des libraires présents sur le site avec un effort particulier sur la présentation des livres ; pas de déballage à la hussarde, pas de mise en scène intimidante non plus. J’ai été encore surpris par la large place donnée aux plats rayonnants des percalines et polychromes et me suis amusé à étudier (avec discrétion) les collectionneurs hetzeliens armés de leurs carnets à doublons… J’ai bien sûr été tenté par ce petit opuscule de M de la Martinière ou par ces deux in folio achetés par un grand escogriffe aux cheveux gris (le pauvre erre m’a avoué avoir été contraint de se séparer de sa bibliothèque Napoléonienne il y a peu). J’ai préféré hésiter sur un beau voyage de Bougainville et sur un atlas du 2eme voyage de Cook… Un local était réservé aux libraires experts. En fait, pour être expert, il suffit simplement d’avoir des vitrines en verre. Pas compliqué !
Les prix proposés par ces professionnels étaient en parfaite harmonie avec tout le reste du salon et des trois Semaines Saintes proposées dans un joli maroquin rouge, la plus chère mais pas la plus belle l’était par un bouquiniste installé en marge du salon…

Je suis reparti de ce salon avec de beaux livres pleins les yeux et une jolie bible de Royaumont, (la 1ere BD de l’histoire dit-on) in quarto, amusante en ce que l’ancien testament édité en 1720 est associé à une édition du nouveau testament par Pierre le Petit de 1670. Donc, la première est de Lemaitre de Saci et la deuxième de son pseudonyme le sieur de Royaumont qui est en fait Nicolas Fontaine… Bon, je sais ! J’en ai déjà deux mais si le 21eme siècle est religieux, comme cela est prévisible, je ne veux pas être en rupture de stock !

J’ai pensé à Raphaël qui aime les reliures allemandes en bois et peau de truie. Une restauratrice en proposait des reproductions admirables au papier vergé vierge. De quoi tenter les faussaires, semble-t’il.

Amicalement. Pierre

Merci!
Hugues

La lettre du bibliophile

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Drouot pleure: les savoyards ne sont plus là….

Drouot pleure: les savoyards ne sont plus là….

Amis Bibliophiles bonjour,
La parole est à Ugo…
« Je n’ai jamais vu une rentrée aussi triste. Drouot sans les commissionnaires, Venise sans les gondoliers…J’ai mis longtemps à y croire, d’autant que les décisions ont été prises au dernier moment, la semaine précédente. Mais voilà, ce mercredi, il faut regarder les choses en face. La page est tournée. Plus de cols rouges, plus de savoyards. Fini les Vidocq, Larate, Flash, Titine, Babou, Loulou, Château, ces surnoms transmis d’un ancien à son bis; fini les 23, 48, 54, 70, 94, ces 110 numéros brodés à l’or sur fond garance, ces vestes noires au boutons de cuivre frappés de l’antienne « au service des commissaires-priseurs ». Fini ces parlers Allobroges auxquels on ne comprend plus grand chose passé une certaine heure et un certain nombre de verres.


Je repense à Fanfan, à un an de la retraite; 40 ans de maison; je ne le reverrai plus. La soixantaine sonnée mais toujours une force de la nature. Un géant débonnaire gentil, chaleureux, toujours heureux de vivre. Je l’avais demandé pour la vente du 30 juillet; travail impeccable, lui comme les 2 autres de son équipe. Tout le monde avait assuré; l’étude, les Savoyards, le CP et même l’expert… Le Redouté avait fait son score; 30000 de plus que l’estimation haute; merci pour moi. Fanfan nous avait ramené du saucisson et de la tome qu’il produit lui-même sur son aubrac lointain (en fait c’est peut-être un adret, mais je ne suis pas fortiche en langues étrangères). Le CP et l’expert s’étaient fendu de leur Veuve Cliquot. Du coup on avait saucissonné au champagne dans le magasin de la salle 11. Le reste de l’étude nous avait rejoint. Un petit air de fête; ça se récompense ce genre de choses. Des moments que Drouot – l’ancien Drouot – était seul capable de donner.
Des technocrates dans leur bocal peuvent pondre tous les rapports du monde. Recrutement opaque, corporatisme d’un autre siècle… Beh oui, un commissionnaire commence à 07H30 du mat et termine à 21H30. Un gazier qui s’appuie ses 50 heures par semaine, ses 10 heures par jour et qui n’a absolument aucune idée de ce que peut signifier l’expression « heures supplémentaires » ça ne se recrute pas chez Manpower. Alors oui, ce genre de travailleur, faut aller le chercher en Haute-Maurienne, en Tarentaise septentrionale, en Beaufortain méridional, en Vallée de Chamonix, Chamo pour les intimes. Château, le 23, il vient de Passy-Plaine-Joux à ne pas confondre avec Passy-Plaine , ni avec Joux; faut suivre. De fait, le Savoyard, ce sont ses pairs qui le cooptent. C’est à dire que l’ancien sur le départ propose un jeune, un pays à lui, auquel il revendra sa part dans l’association. On lui colle une veste sans col pendant 6 mois et on lui fait jouer l’écureuil dans sa cage tournante. Il en bave des ronds de chapeau, le petit jeune sans numéro; normal, il doit faire ses preuves. On ne lui reconnaît qu’une qualité, celle d’être le bis de son ancien. A lui de montrer qu’il est capable de le remplacer. Pas de place pour les bras cassés, les commandos-basket et les fumeurs d’herbe de perlinpinpin. Vient le jour du vote; ça passe ou ça casse, voté ou non. S’il est voté, il ne lui reste plus qu’à aller voir la BNP, qui à Drouot est dans ses murs, pour négocier un crédit. Crédit qui permettra de racheter la part de son ancien dont il héritera au passage du numéro et du surnom. Il en ressortira endetté jusqu’au cou mais riche d’une participation à un système mutualiste forgé par 150 ans d’histoire. Co-propriètaire du garde-meuble de Bagnolet, des camions verts lignés de rouge, du matériel estampillé UCHV et co-destinataire de petits billets glissés par des marchands reconnaissants de l’effort fourni. Ceci sur fond de mal de dos à répétition, de caprices de commissaires-priseurs stressés du compte en banque et de cuites mémorables pour faire passer. De fait il devient -devenait- l’agent actif d’une institution mille fois plus vivante que toutes celles qui existent de par le monde.
Le Figaro peut annoncer que Drouot est en baisse, Art-price pommader les enchères asiatiques, le buffet de la Biennale bruisser de considérations savantes sur l’avenir. Drouot est un lieu unique; le déversoir de ce marché qui est le grenier du monde; le marché Français de l’antiquité. Et jusqu’au jour d’aujourd’hui, et depuis un siècle et demi, la cheville ouvrière de ce lieu magique se recrutait en Savoie.Le plus triste, c’est qu’ils sont nombreux à être encore là les (ex) commissionnaires. Ils trainent autour de Drouot. Comme les soldats d’une armée défaite aux vareuses dépouillées d’insignes et de grades, ils ont toujours leurs vestes noires, mais ils en ont décousu les cols. Attendant je ne sais quoi, peut-être un enlèvement « en ville », le bureau des transports fonctionne encore. Bien sur on les salue, mais ils en ont marre de cette commisération qu’on leur témoigne. Ils sont sonnés, KO, c’est visible. Trois pommes pourries et on jette tout le panier. 110 mecs au tapis. Les derniers d’une histoire qui faisait rêver dans les hautes montagne. Ils méritaient mieux. Pour le moins une certaine fidélité de la part de l’institution, un minimum de soutien; parce qu’ils les ont servis et bien servis ces commissaires-priseurs qui n’ont pas levé le petit doigt pour eux. La justice suit son cours parait-il. Suivez et suivez bien ma chère, vous avez une sacrée pelote à dérouler.
Allez, la page est tournée.
Désormais le bleu Chenue remplace le noir UCHV. Pour le Redouté, les Savoyards avaient sorti cravates et gants blancs. Là, on a des mecs en polo, qu’on ne verra jamais passer du Glassex sur les vitrines avant l’ouverture des salles, tout simplement parce que ce n’est pas inscrit dans leur contrat de travail. Faudra faire avec, on verra bien.Pour moi, la chose est claire. Les Chenue Boy’s ont jusqu’en décembre pour se former, parce qu’en décembre je vais vraiment avoir besoin d’eux : «succession Garnier, Garnier-frères et à divers». La correspondance du premier des anarchistes Pierre-Joseph Proudhon avec les frères Garnier ses principaux éditeurs, 90 LAS écrites de prison ou d’exil. Le Buffon en 12 volumes des Garnier, le plus beau du 19°, accompagné, cela va de soi, des dessins originaux de Traviès. Les contrats d’édition de Lamartine, Sainte-Beuve et compagnie.
Aussi, la bibliothèque d’Auguste-Pierre Garnier leur neveu et successeur. Un biblio… (je vous laisse le soin de la terminaison : phile, mane, phage ?) qui ne concevait pas un livre autrement qu’habillé de maroquin signé. Je ne me suis jamais autant servi du Flety (Dictionnaire des relieurs de 1800 à nos jours), Simier, Marius-Michel, Cretté, Canape, Aussourd, Blanchetierre, Hardy, Klein, Champs, Lortic, &c… que du beau linge. Et coté divers, l’incunable évoqué ici avant les vacances. Un album amicorum – musicae- avec une cinquantaine de signatures accompagnant autant de portées de musique autographes dont Stravinski, Ravel, Klemperer, Saint-Saens, Gounod, Massenet and others, excusez du peu.
Beaucoup de plaisir en perspective… Mais nous aurons l’occasion d’en reparler. »Merci Ugo,H

9 Commentaires

  1. Ce Ronsard, à côté de cet Aristote (relié (très bien et à l’époque) avec un Platon en fin si je ne m’abuse) me font penser que les libraires sont de (relatifs) grands voyageurs.
    Je les ai croisé (et le libraire lavalois qui les vend [sauf erreur]) dans un petit port de Normandie cet été.
    Beau Salon,
    Cordialement,
    Olivier

  2. Euh, Pierre, vous êtes plutôt autour de 2000 lecteurs différents à lire le blog ce mois-ci.

    Mais ceci dit, Jean-Paul et moi avons évoqué plusieurs fois la possibilité de délocaliser le déjeuner des bibliophiles, voire de proposer une sorte de petit week-end bibliophilique… nous avons même déjà une idée de lieu.

    Mais Lourmarin 2009 serait également une très bonne idée et on peu travailler là dessus. Je reviens vers vous en privé.

    Hugues

  3. Euh, Pierre, vous êtes plutôt autour de 2000 lecteurs différents à lire le blog ce mois-ci.

    Mais ceci dit, Jean-Paul et moi avons évoqué plusieurs fois la possibilité de déloclaiser le déjeuner des bibliophiles, voire de proposer une sorte de petit week-end bibliophilique… nous avons même déjà une idée de lieu.

    Mais Lourmarin 2009 serait également une très bonne idée et on peu travailler là dessus. Je reviens vers vous en privé.

    Hugues

  4. J’avais eu le bonheur de me régaler des fameux « pieds et paquets » de Reine à Lourmarin. Malheureusement, c’était à une époque ou le salon de Lourmarin n’existait pas, et la passion de la table n’a pas été agrémentée de la passion du livre. N’hésitez pas à signaler ce salon l’année prochaine, car même si c’est loin, les libraires ont l’air bons, et puis il y a Reine Sammut. Avis à Mathieu, et à ceux qui sont près à se joindre…

  5. Cher Pierre, nous avons donc sûrement dû nous croiser puisque je partageais un stand dans la salle des « libraires experts » qui n’ont pas, à en croire par exemple le Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard et somptueusement relié, que leurs vitrines en verre pour justifier leur « appellation ».
    Vous avez raison de parler du salon de Lourmarin qui est un vrai salon de bibliophilie avec une sélection très éclectique et toujours d’un très bon niveau. J’y participe de puis trois ans et même si les clients et les libraires des quatre coins de France voire d’Europe sont au rendez-vous, il ne me paraît pas encore assez connu; et c’est un tort lorsque l’on sait qu’en plus du beau temps garanti à cette période de l’année, le village est sublime et la bonne table de Reine Sammut qu’à quelques pas… Ce n’est ni Frédérick ni Bergamote qui me contrediront. N’hésitez pas à passer nous voir l’année prochaine.

  6. Des photos, des photos, des tentations, des supputations (des reliures estampées à froid ?, un Ronsard de Buon ?)c’est pas juste vu d’ici dans le grand nord! et en plus on ne peut rien toucher!
    Lauverjat

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