La couleur de l’Argent. Les prix, les bibliophiles, les libraires et les livres: où l’Argent est-il le moins cher?

Amis Bibliophiles bonjour,
L’argent est un sujet pour le bibliophile, c’est certain. La bibliophilie, si elle est cosa mentale selon le mot désormais célèbre de Pierre Bérès, peut vite tourner à l’obsession et à la bibliomanie. Ce qui freine certains d’entre nous, si ce n’est tous, le dernier rempart, sourire, c’est l’argent.
C’est un fait, si nous pouvions en consacrer plus encore à la bibliophilie, nous achèterions plus de livres, ou des livres plus chers, selon le goût de chacun. 
Cela ne signifie pas que l’argent est central, primordial dans la bibliophilie, bien sûr que non, mais il serait candide de ne pas lui accorder la place qu’il mérite.
Qui dit « argent » dit « prix », et qui dit « prix » soulève une nouvelle fois le débat des prix pratiqués ici et là, sur ebay, en salon, en salle des ventes, chez les libraires.
Il est souvent compliqué pour le bibliophile de s’y retrouver et sans être l’un de ces « chasseurs d’affaire » que vilipendent quelques libraires sur les réseaux sociaux, il est normal que l’amateur essaie de comparer les prix entre les différentes sources d’approvisionnement; tout en gardant à l’esprit qu’il n’est pas simple de comparer deux ouvrages (édition, condition, provenance, envoi, etc.). Mais le bibliophile ne peut à mon sens éviter de le faire, ou rares sont les bibliophiles qui peuvent s’affranchir totalement de cette contrainte. 
Un exemple directement lié au prix, à l’argent? L’Argent justement. L’Argent d’Emile Zola.
Ces derniers jours, je surveillais sur ebay l’exemplaire suivant: l’édition originale, sur Hollande, reliée en demi-maroquin non signé, avec un envoi, que l’on peut qualifier d’un peu frustrant. 
L’exemplaire a été adjugé à 600 euros, il était vendu par un particulier.

http://www.ebay.fr/itm/222360479511?_trksid=p2057872.m2749.l2649&ssPageName=STRK%3AMEBIDX%3AIT
Cela me semblait assez peu. Mais peut-être avais-je tort et je me suis demandé quel pouvait être le prix d’exemplaires comparables.
Une recherche rapide sur ebay donnait un autre exemplaire de l’EO de l’Argent vendu également 600 euros par un libraire, cette fois-ci, mais sans envoi, et sur papier courant.
http://www.ebay.fr/itm/EMILE-ZOLA-L-ARGENT-EDITION-ORIGINALE-/360967524494?hash=item540b57508e:g:qLoAAOSwgmJXxeLI

Exemplaire qui paraît donc un peu cher, pour un exemplaire de l’EO sur papier courant, et ce d’autant plus qu’un clic de plus sur ebay proposait l’exemplaire suivant:
http://www.ebay.fr/itm/EO-Emile-ZOLA-LArgent-1891-sans-mention-RELIURE-signee-avec-les-couvertures-/162316278854?hash=item25cacddc46:g:ojYAAOSwA3dYCJO4

Celui-ci est proposé à 220 euros, par un jeune libraire. Certes la reliure n’est pas en demi maroquin, mais elle est signée Champs… et l’exemplaire semble en meilleur état que celui de son collègue – qui est listé sur ebay depuis 3 ans au moins. 
Un autre clic et vous trouviez un 3ème exemplaire sur papier courant, broché celui-ci, pour 60 euros, avec l’option « offre directe », par un professionnel. N’étant pas relié, Il est un peu hors-sujet.
Il reste que pour le bibliophile qui est intéressé par un exemplaire sur papier courant de l’EO, les prix proposés par les libraires français, uniquement sur ebay, peuvent varier du simple au triple. Une bonne question serait de se demander si vous accepteriez de payer votre voiture, votre baguette ou tout autre produit 3 fois plus cher chez un autre marchand de la même « zone commerciale ». La réponse est non. Et comme souvent, face à de tels écarts de prix, on hésite, et souvent lorsqu’on hésite, on n’achète pas. 

Après tout s’il y a un écart du simple au triple entre l’exemplaire à 220 euros et celui à 600, peut-être que demain un exemplaire à 220 divisé par 3 apparaîtra sur le marché… Bref, on attend.
On le constate, sur ebay déjà, le bibliophile peut être perdu…
Mais revenons à l’exemplaire sur Hollande, en demi maroquin non signé, avec envoi, vendu 600 euros sur ebay, et essayons de le comparer à d’autres exemplaires sur Hollande.
Une recherche rapide sur livre-rare-books ne donne qu’un seul résultat avec la recherche Zola + L’Argent + Hollande. On arrive sur un livre proposé par une librairie française: 
http://www.livre-rare-book.com/book/5473338/3893?utm_source=vialibri&utm_medium=search&utm_campaign=vialibri

L’exemplaire est sur Hollande, en plein maroquin signé de David, sans envoi. Il est proposé à 1500 euros. Très honnêtement, avant de constater le prix de 600 euros de celui sur ebay, je trouvais ce prix très acceptable.
D’autant plus, et c’est le dernier élément, que si l’on recherche des résultats en salle des ventes on trouvera les quelques références suivantes:
1. Un exemplaire sur Hollande, en demi-maroquin signé de Champs, adjugé 1600 euros chez Alde en 2012

2. Un exemplaire sur Hollande, en demi-maroquin signé de Yseux, adjugé 1000 euros chez Cornette de Saint-Cyr en 20123. Un exemplaire sur Hollande, en demi-maroquin signé de Affolter, adjugé 8000 euros chez PBA en 2010…. Et…4. l’exemplaire en plein maroquin de David évoqué ci-dessus, proposé 1500 euros par le libraire et adjugé 520 euros chez Ader en juin 2015.

On le voit, il n’est pas aisé pour le bibliophile un peu contraint, ou qui tout simplement fait attention au prix qu’il paie, de s’y retrouver dans toutes ces offres. 
Ce qui est clair, c’est que certains prix proposés par des libraires (je pense aux deux exemplaires « ebay » sur papier courant cités plus haut) sont incohérents entre eux, et que cela ne contribue pas à faire passer le bibliophile consommateur à l’acte. Cela contribue même à le faire hésiter, patienter, et souvent renoncer… 

Il n’y a pas de réponse évidente dans cet article, même si les salles des ventes semblent généralement représenter les prix les plus bas, puisque vous pouviez avoir un exemplaire en plein maroquin sur hollande chez Ader pour 520 euros, plutôt qu’un exemplaire en demi-maroquin sur papier courant sur ebay pour 600 euros, chez un libraire; mais ces disparités montrent bien, truisme (parfois oublié par certains libraires), qu’il est important de comparer et d’être compétitif dans ce qui est devenu un marché ultra-concurrentiel.
C’est ce dernier élément qui m’incite parfois à penser que sur ce marché devenu mondial, déréglementé, avec autant de sources d’approvisionnement diverses (et toutes concurrentielles), et des libraires aux contraintes très différentes, le prix des ouvrages relativement courants i.e. non uniques est irrémédiablement voué à baisser.

H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Une « lectio magistralis » de Umberto Eco: considérations sur un bibliophile et ses livres.

Une « lectio magistralis » de Umberto Eco: considérations sur un bibliophile et ses livres.

Amis Bibliophiles bonjour,
Il ne suffit pas d’avoir Le Rime di Dante pour parler italien. Je ne parle donc pas italien, mais voilà je vous propose quand même de découvrir aujourd’hui une traduction, ma traduction, d’une « lectio magistralis » donnée par  l’écrivain Umberto Eco, l’un des grands bibliophiles de notre époque, à la Foire internationale du livre de Turin qui s’est tenue en mai 2011.

J’ai passé beaucoup de temps sur cette traduction, qui me semble correcte, passant même par des étapes intermédiaires en anglais et en allemand via google traduction (à qui croyez moi il reste de grands progrès à faire!). Texte intéressant, comme chaque fois qu’Umberto Eco s’exprime, à rapprocher, même s’il reste à la fois plus court et plus global, de celui de Christian Galantaris dans le n°1 de la Nouvelle Revue des Livres Anciens; et qui reste pour moi la référence. J’ai assisté à deux cours de M. Eco (de sémiotique) lors de mes études et j’ai essayé de conserver son ton si possible, même s’il parle probablement mieux français que moi… 🙂

« Il y a quelques années, à l’ouverture de la Foire du Livre de Turin, il y avait aussi une section de libraires anciens. Je ne sais pas si leur absence aujourd’hui est liée aux faibles ventes réalisées ou au fait que les visiteurs sont plutôt à la recherche de textes contemporains, mais ils ont disparu de la foire.C’est très décevant parce que je me souviens avoir vu des écoles entières s’attarder devant les rayonnages et devant les incunables et regarder avec émerveillement ces objets enchantés, ces chefs-d’œuvre de typographie.
Qu’est-ce que les bibliophiles?
On connaît Gerbert d’Aurillac, le pape Sylvestre II, pape de l’an mille, qui dévoré par son amour des livres échangea le manuscrit de la Pharsale de Lucain contre une sphère armillaire. Gerbert ne savait pas que Lucain avait été incapable de terminer son poème, parce que dans l’intervalle, Neron l’avait invité à se couper les veines.  Le manuscrit était donc incomplet lorsqu’il le reçu… Tout bibliophile qui découvre qu’un livre à peine acheté est incomplet en le collationnant le ramène chez le libraire. Gerbert, lui, pour garder le manuscrit, même incomplet, décida de n’envoyer que la moitié de la sphère armillaire.

Je trouve cette histoire merveilleuse, car elle nous dit tout des bibliophiles. Gerbert ne voulait pas seulement lire le poème de Lucain – et cela nous en dit beaucoup sur l’amour de la culture classique dans ces siècles que nous persistons à croire obscurs… non il voulait le posséder. Il voulait posséder le manuscrit, le toucher, le sentir, chaque jour… Et un bibliophile qui, après avoir touché et senti un ouvrage se rend compte qu’il est incomplet, qu’il lui manque le colophon, a la sensation d’un coït interrompu.
Bien sûr il y a des bibliophiles qui collectent et achètent leurs ouvrages en personne, et même certains qui lisent les livres qu’ils accumulent. Mais même pour un rat de bibliothèque, cela en fait trop….
Le bibliophile, lui, même s’il fait attention au contenu, veut l’objet, et encore plus lorsque celui-ci est est en édition originale. Au point que certains bibliophiles – ce que je comprends si je ne l’approuve pas – ne coupent pas les pages des ouvrages qu’ils ont acquis pour ne pas les violer. Pour eux, couper les pages serait aussi sacrilège pour un collectionneur de montres que d’ouvrir une montre définitivement pour en voir le mécanisme.
Les amoureux de la lecture, les chercheurs ou les étudiants, préfèrent la lecture des ouvrages contemporains car ils affirment souvent que leurs commentaires dans les marges, les signes divers qu’ils y ont laissés leur rappelle leur lecture des années après….
Je possède Une « Philosophie au Moyen Age » de Gilson des années cinquante, qui m’accompagne depuis le jour de ma thèse. Le papier de cette époque était infâme, et aujourd’hui le livre part en morceaux dès que vous le touchez ou que vous essayez de tourner les pages. Si cet ouvrage n’était pour moi qu’un outil de travail, je pourrais me contenter d’acheter une nouvelle édition bon marché. Je pourrais même prendre deux jours pour recopier toutes mes notes, leurs couleurs et leur style qui ont changé au fil des ans et  des relectures. Mais je ne peux me résoudre à perdre cet exemplaire, avec son âge fragile qui me rappelle mes années de formation, et qui fait donc partie de mes souvenirs. (…)
Il y a les bibliophiles et il y a les bibliomanes. Voici un exemple pour vous aider à comprendre la différence. Le livre le plus rare du monde est aussi le « premier », la Bible de Gutenberg. Le dernier exemplaire vendu a été acquis par des acheteurs japonais en 1987 pour huit milliards – au taux de change à l’époque. Une autre édition vaudrait évidemment beaucoup moins.
Chaque collectionneur a un rêve récurrent. Faire la connaissance d’une femme nonagénaire ayant un livre à vendre, n’y connaissant rien.  Se rendre sur place, compter les lignes, voir qu’il y en a 42 et découvrir que c’est une Bible de Gutenberg, lui permettre d’échapper à l’avidité d’un libraire malhonnête qui lui en proposerait quelques milliers d’euros (et ce serait déjà heureux pour elle) en offrant 100 000 dollars pour rendre ses dernières années plus douces et repartir chez soi avec un trésor.
Mais après ? Un bibliomane la garderait secrètement pour lui, obnubilé par les voleurs potentiels et veillerait sur elle comme Arpagon, nuit après nuit, ou comme Picsou prenant un bain dans ses pièces de monnaie.Un bibliophile, lui, souhaiterait que tout le monde puisse voir cette merveille.  Il écrirait au maire de sa ville, lui proposerait de l’accueillir dans le hall principal de la bibliothèque municipale en échange des frais de surveillance et d’assurance et permettrait à chacun de la contempler.  Mais quel serait le plaisir de posséder une telle rareté sans pouvoir se lever à trois heures du matin pour aller la feuilleter ?  C’est le drame : avoir une Bible de Gutenberg serait comme ne pas l’avoir. Mais alors, pourquoi ce rêve utopique ? Et bien les bibliophiles rêvent parfois d’être bibliomanes (…)
Puis il y a le biblioclaste. Il y en a en fait de trois sortes : le biblioclaste fondamentaliste, le biblioclaste par négligence et celui par intérêt. Le fondamentaliste n’est pas l’ennemi des livres en tant qu’objet, il a peur de leur contenu et ne veut pas que d’autres les lisent. Ainsi par exemple le cas de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie (dont on sait aujourd’hui que c’est un mythe) allumé par un calife qui estimait que tous les livres différents du Coran étaient soient inutiles parce que redondants, soit préjudiciables.
Le biblioclaste par négligence est à l’image de tant de bibliothèques italiennes, pauvres et délabrées, qui deviennent souvent des lieux de destruction des livres, car s’il existe bien un moyen de laisser se détériorer ou de détruire les livres, c’est bien en les faisant disparaître dans des recoins inaccessibles.
L’objectif du biblioclaste par intérêt, lui, est de détruire les livres en les vendant par morceaux, lorsque c’est beaucoup plus rentable que de les vendre complets. Pourquoi casser un livre complet? Dans un catalogue sur Internet j’ai trouvé une carte d’une des premières éditions de la Cosmographia de Sebastian Münster (1570) à 1200 $.
La Cosmographia propose quarante-deux pages de vues de villes, 14 cartes en double page, plus quatre bois dans le texte. Sans compter que les prix peuvent varier selon que la carte ou la vue est pliée une ou plusieurs fois… en partant d’une prix de   simple, double, et plié plusieurs fois, et même 1000€ pour chaque carte en double page ou pour chaque vue, nous atteignons le chiffre de 50.000 euros. Alors qu’au même moment, dans des catalogues récents, on peut acheter des Cosmographies complètes pour 30000€ ou même une copie décente pour 20000€.
Donc, si cassez une Cosmographie de 1570 aujourd’hui, vous pouvez faire un bénéfice de 20000€. Bien sûr, il y aura de plus en plus d’exemplaires complets sur le marché, ceux-ci coûteront plus chers et ainsi de suite….
Le bibliophile rassemble des livres pour une bibliothèque. Une bibliothèque n’est pas une somme de livres, c’est un organisme vivant avec une vie propre. Une bibliothèque à domicile n’est pas seulement un endroit où vous rassemblez des livres, mais aussi un lieu qui les lit en notre nom. Laissez-moi vous expliquer. Je pense qu’il est arrivé à tous ceux qui ont à la maison un nombre relativement élevé des livres de vivre avec le remords de ne pas avoir lu certains d’entre eux…C’est encore plus  vrai avec une bibliothèque de livres rares, parfois écrits en latin ou même dans des langues inconnues, et un bel objet comme un livre ancien, même avec de jolies images, peut aussi être fort ennuyeux.
Mais chaque il arrive souvent qu’un jour nous prenions en main l’un de ces livres négligés, que nous commencions à le feuilleter pour réaliser que nous savions déjà tout ce qu’il disait. Ce singulier phénomène, dont beaucoup peuvent témoigner, n’a que trois explications possibles. La première est qu’en le manipulant, années après années, en le déplaçant pour le ranger ou pour en prendre un autre, ou en l’essuyant, il vous a transmis une partie du savoir qu’il renferme à travers ce simple contact de vos doigts. Nous l’avons lu tacitement, comme s’il était en braille.
Je ne crois pas aux phénomènes paranormaux, mais dans ce cas, le phénomène est normal, l’expérience quotidienne le prouve.
La seconde explication est qu’il est vrai que nous n’avons pas lu ce livre: mais à chaque à chaque fois que nous avons déménagé, il était là, il regardait ici, il s’ouvrait au hasard, sur une image, et imprégnait notre environnement.
La troisième explication est qu’au fil des années nous avons lu des livres qui parlaient de lui, ou du même sujet, de sorte que nous le connaissons sans l’avoir lu. Nous savons si c’est un ouvrage célèbre, de référence,  ou s’il est au contraire un livre de moindre importance dont on trouve également le contenu ailleurs.
En fait, je pense toutes ces explications sont justes. Elles se produisent simultanément et miraculeusement tout concourt à faire de nous faire connaître des livres que nous n’avons, juridiquement parlant, jamais lus.Bien sûr, le bibliophile, qui rassemble aussi des ouvrages contemporains est souvent à des dangers lorsqu’un imbécile vient à la maison, découvre ces rayonnages et prononce immanquablement : «Tant de livres ! Vous les avez tous lu ? ».
L’expérience quotidienne nous démontre que cette question est même posée par des gens au QI plus que satisfaisant. Face à cet outrage il y a à mon avis trois réponses standard :
La première est de surprendre le visiteur : «Je ne les ai pas lus du tout, sinon pourquoi les garder ici? ». Elle a cependant de désavantage de gratifier l’intrus en exaltant son complexe de supériorité et je ne vois pas pourquoi nous devrions lui faire cette faveur.
La deuxième réponse, à l’inverse, plonge l’intrus dans un état d’infériorité…: «Plus, monsieur, beaucoup plus! »
La troisième réponse est une variante de la deuxième et je l’utilise quand je veux plonger le visiteur dans le doute et l’effroi : « Non » dis-je « ceux que j’ai déjà lus, je les garde à l’Université, ceux-ci sont que je compte lire la semaine prochaine. » Comme ma bibliothèque a aujourd’hui 50 000 volumes mon invité s’esquive en général assez rapidement, prétextant des obligations.
La bibliothèque n’est pas seulement le lieu de votre mémoire, où vous gardez ce que vous lisez, mais aussi la place de la mémoire universelle, où si le besoin s’en fait sentir un jour, vous pouvez trouver ce que les autres ont lu avant vous. C’est un lieu aux limites confuses et vertigineuses, un cocktail de mémoires savantes. On pourrait ainsi résumer le contenu d’une bibliothèque virtuelle : « Messieurs les anglis, je me suis couché de bonne heure . Tu quoque, alea! Licht, mehr Licht ber alles. Ici c’est l’Italie où si vous tuez un homme mort… vous êtes arrêté. Frères d’Italie, encore un effort….Ce sont les cadets de Gascogne,… Trois hiboux sur la commode « .
Umberto Eco, traduction libre mais fidèle. Il n’est pas simple de traduire une idole 🙂
H

(http://www.repubblica.it/2007/05/sezioni/spettacoli_e_culbibliofili)

33 Commentaires

  1. First of all I want to say terrific blog! I had a quick question that I’d like to ask if you don’t mind. I was curious to find out how you center yourself and clear your thoughts before writing. I have had trouble clearing my thoughts in getting my ideas out. I do take pleasure in writing however it just seems like the first 10 to 15 minutes are generally wasted just trying to figure out how to begin. Any ideas or hints? Cheers!|

  2. Yesterday, while I was at work, my sister stole my apple ipad and tested to see if it can survive a 40 foot drop, just so she can be a youtube sensation. My apple ipad is now broken and she has 83 views. I know this is completely off topic but I had to share it with someone!|

  3. Le prix est difficile à determiner, Un grand galeriste franco-américain le definissait ainsi :c’est celui qu’accepte le collectionneur pour se separer sans trop de douleur de l’objet collectionné, c’est le motant dont le collectionneur accepte de se delester pour acquerir l’oeuvre tant convoitée. Les prix vont ils baisser ? Oui à court terme. Ensuite, ils remonteront, et la politique des prix cassés cessera. Pour deux raisons. L’élasticité du prix d’un livre est très faible. 1 / Baissez les prix de 50%, ce n’est pas pour cela que le marché doublera de volume. 2 / Une fois vendu votre stock à prix bradé, il faut le reconstituer avec un prix d’achat très faible. Cela est impossible. Des prix bas ne sont adaptables qu’à un marché de volume. Le livre ancien n’est pas un marché de volume. C,est peut etre un marché de l’offre avec des milliers de références, mais en aucun cas un marché de masse.

  4. Dans le même ordre d'idée, le libraire qui vendait l'Argent, à 220 euros, vendait aussi la Débâcle, sur Hollande, avec la même reliure, à 880 euros. Cet exemplaire est maintenant proposé par un autre libraire à 1800 euros.

  5. bonjour, j'ai déjà lu ceci…Messieurs les anonymes, proposez nous un psedo,
    ce serait plus facile pour la lecture. si vous êtes en panne d'inspiration je vous en propose un bon kilo: riri, fifi, loulou, atchoum, ringard, filou, poireau, ribouldingue, Hugues…non, pas Hugues ni gepobe. bonne journée.
    gepobe

  6. Si le livre était une femme, Le bibliophile serait son Don Juan tout dans la conquête, Le relieur son chirurgien esthétique quoi que plus efficace. J'ai bien peur que libraires et commissaires priseurs en soient les proxénètes…ce qui dans ce cas facilite quand même grandement la conquête du Don Juan, il suffit de payer pour posséder.

  7. @René : j'aime beaucoup le commentaire.

    Pour un livre :
    Du livre que l'on convoite, on ne voit que les défauts.

    Du livre que l'on vient d'acheter, on ne voit plus que les qualités.

    @Portes Sombres :

    A l'inverse, j'ai eu un livre réellement rare. Pas un exemplaire en vente et sujet intéressant. Je l'ai mis à 400 ou 500 euros je crois, broché. Ensuite, un confrère a eu un exemplaire relié : 700 ou 800 et le Feu Follet a eu un bel exemplaire plein maroquin dédicacé : 1700 ou 1800.

    Le prix de l'ouvrage peut parfois se définir avec des petites choses…

    Un libraire

  8. Du livre que l'on convoite, on ne voit que les qualités.

    De celui que l'on vient d'acheter, on ne voit plus que les défauts.

    Ensuite le bon sens reprend le dessus.

    René

  9. Je pense que le bibliophile le plus sage finalement est celui qui n'achète pas de livres. Celui-là se contente de les rêver. En même temps il se rêve bibliophile, parfois même libraire. Finalement cela arrange tout le monde.

  10. Comme bibliophile, deux règles pour pouvoir acheter sans regret :
    1. Systématiquement comparer les prix des exmeplaires disponibles avant l'achat ;
    2. Ne plus JAMAIS comparer les prix après… 🙂

    Ca évite d'avoir des regrets 😉

  11. La perplexité peut aussi être chez les libraires, quel est le bon prix ? Celui qui permet une rotation rapide ou celui qui valorise son produit?
    Et comme je l'ai démontré par l'exemple récemment sur facebook, l'information diffusant rapidement, il suffit d'une seule annonce à "prix cassé" pour déstabiliser le prix d'un ouvrage durablement.

    Une chose est sûre la recherche du prix bas est un appétit qui a détruit tous les secteurs d'activité depuis 30ans, ça sera probablement le cas aussi de la vénérable institution de la librairie ancienne. Dans ces conditions seuls subsisteront comme partout ailleurs quelques uns (pas beaucoup) qui pourront maintenir et justifier des prix hauts et quelques grosses structures (pas beaucoup) s'autoaggrégeant pour gérer du stock de livres anciens à prix bas comme le ferait amazone. Le bibliophile en sortira t il gagnant ? Pas certain si on pense sur les longues durées.
    Mais j'ai un espoir secret c'est que je ne crois pas que cet appétit soit sans fin…

  12. Je doute fortement que cela s'équilibre. Ces différences de prix ont toujours existé et internet ne fait que mettre une loupe dessus. Reste à savoir quel prix on est prêt à mettre, c'est notre meilleure référence.

    un bibliophile

  13. Oui c'est vrai. C'est certainement encore un certain manque de maturité du marché confronté à l'Internet.
    J'espère que cela va progressivement et raisonnablement s'équilibrer . Mais sans certitude …
    Eric

  14. Mon propos n'était pas de critiquer la marge, bien légitime, que pratiquent les libraires mais plutôt de souligner l'embrouillamini auquel nous sommes souvent confrontés en tant que bibliophiles.
    Pour moi, les écarts entre les deux libraires sont finalement le point essentiel de mon article.
    De telles incohérences interpellent et je le crois sont néfastes.
    Hugues

  15. On peut dire ce qu'on veux sur les SVV mais de toutes façons si on arrive après la vente, c'est trop tard. (dommage pour le bibliophile, et d'ailleurs aussi dommage pour le vendeur, mais c'est comme ça).
    Il y a des hauts (mis en évidence dans la gazette Drouot et sur les supports de communication des SVV et les flops qui sont les invendus (30% en moyenne, prix de réserve trop élevés, bibliophile au golf et pas dans la salle ou en ligne …) et les ouvrages achetés par les marchands qui servent en quelques sorte de régulateur à la baisse et qui revendent donc avec marge des ouvrages qui – dans les conditions où ils l'on acquis – n'ont pas trouvé preneur chez un bibliophile. Dire que l'on aurait pu acheter à la place du libraire est vrai, mais pas au même prix, comme expliqué plus haut, par anonyme. Ensuite le bibliophile peut avoir des regrets ou accepter que les professionnels dont certains sont présent à toutes les ventes fassent de bons achats et puisse ainsi proposer des ouvrage à la vente en réalisant une bonne marge tout en étant à un prix juste.
    Eric

  16. Ah non cher Hugues, à 750€, il n'y a aucun gain financier s'il n'y a pas de remise sur le "marché" prévue. Et même ainsi, il faudrait encore pouvoir revendre à 1500€ dans un délai raisonnable.
    A 750€, tout ce qu'on gagne, c'est une facture de 750€, et la satisfaction d'avoir acquis un ouvrage qu'on convoitait à un prix que l'on estimait satisfaisant. (remplacez "750" par "X" et vous aurez une loi générale)

  17. Remarque assez juste, mais il ne faut pas partir perdant 🙂
    Même si vous mettiez au dessus, il y avait encore de la marge par rapport au premier prix en librairie, c'est à dire 1500 euros.
    Mon petit doigt me dit d'ailleurs, et c'est logique, que le libraire ne vous aurait pas suivi au delà de 750 euros… vous gagniez donc encore 750 euros.

  18. Juste à propos de "vous pouviez avoir un exemplaire en plein maroquin sur hollande chez Ader pour 520 euros" :

    Non. Par définition, si c'est un autre qui l'a eu à ce prix-là, c'est que je ne pouvais pas l'avoir, moi, à ce prix : il fallait mettre au-dessus. Il me semble que c'est le problème de l'analyse des résultats de SVV.

  19. la provenance est-elle toujours une valeur en vogue?
    c'est à dire qu'acheter un livre ayant appartenu à un bibliophile célèbre, puisque vous êtes peu nombreux, change-t-il encore la donne?
    A un certain niveau, je pense que oui mais dans le niveau d'inculture générale et de non curiosité qui sévit en ce moment … il y a des affaires surement et peut être que l'acheteur qui aura su donner une cohérence à son projet de bibliothèque fera-t-il le bonheur de futurs bibliophiles … mais il faut avoir un peu de réflexion et un projet qui va plus loin que la simple achat-revente-plus-value ….
    A.

  20. un prix acceptable pour ce livre (papier courant) serait donc entre 200 et 400 euros ? (puisqu'apparemment à 600 euros le livre ne trouve pas preneur)
    et pour un exemplaire sur Hollande, un prix de 1500 à XX (suivant les autres critères comme la reliure et la provenance) en boutique ?
    avec la possibilité de trouver moins cher en suivant les SVV, avec les contraintes et les surcoûts correspondants – le 520 euros chez Alde correspondant à 700 euros avec les frais divers (dont expédition pour les quelques non parisiens)… mais aussi avec le fait de devoir l'acheter avec un planning contraint.

  21. En réponse a l'anonyme de 16 h 07 le vendeur ebay de l'enchère a 600 euros est un professionnel mais pas du livre, de la brocante, en conséquence la loi s'applique et il reprendra sous 14 jours l'objet comme dans toute vente par correspondance d'un vendeur professionnel. son numero siret est sur l'annonce et valide "récupération de déchet trié" ça ne s'invente pas ! pas très rassurant pour l'acheteur, espérons qu'ils sont bien triés 🙂

    Daniel B.

  22. En l'occurence, le vendeur ebay propose un remboursement sous 14 jours, et si vous le payez avec paypal, vous savez que vous pouvez renvoyer le livre et être remboursé sans problème.
    A l'inverse, le libraire, qui est membre du SLAM, ne mentionne pas le petit défaut qui était pourtant signalé par la maison de ventes (dont on critique souvent la probité).
    Au final:
    1. un vendeur ebay dont on peut se faire rembourser
    2. une maison de ventes qui signale un défaut
    3. un libraire qui l'oublie.
    Cherchez l'erreur.
    A mes yeux l'article est surtout intéressant quand il met en évidence la diversité des prix pratiqués sur les exemplaires sur papier courant, chez deux libraires, sur la même plate-forme, 220 contre 600 euros…
    Là, c'est à n'y rien comprendre.

  23. Intéressant billet mais il me semble manquer dans cette analyse un élément immatériel : la confiance accordée au vendeur et ses références. Le vendeur Ebay (que je ne connais pas) a peu d'évaluation pour quelqu'un présent depuis longtemps et quand on regarde les objets vendus, il y en a peu à 600 et bien peu de livres ! On paye peu cher mais on fait confiance… Je sais bien qu'on parle régulièrement ici des garanties faibles apportées par les SVV et de quelques problèmes avec des libraires peu scrupuleux mais s'il manque quelques p. au livre vendu à 600 euros je ne suis pas certain qu'il sera facile à l'acheteur de se faire rembourser… Si le livre est complet, tant mieux pour l'acheteur qui aura pris un risque, minime ou pas, à chacun de le peser !

  24. On doit espérer que le libraire a fait restaurer les mors sur le maroquin de David, ou alors sa fiche livre rare serait moins précise que celle de la SVV, qui annonce une fissure, un comble !…

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