Hétérodoxie, liberté de penser et beaux ouvrages en maroquin, les livres de « Wolfi »

Amis Bibliophiles bonjour,
Tout d’abord, je vous souhaite une très bonne année 2016.Et de belles trouvailles de bibliophile bien évidemment! 
Pour cette nouvelle année, je voulais aborder des sujets qui me semblent importants de défendre en ces périodes sombres : la liberté de penser, et la nécessité d’avoir une réflexion éclairée sur les dogmes religieux qu’ont pu ériger les hommes pour prendre et conserver le pouvoir.
Mais revenons sur le terrain de la bibliophilie : je vous propose le deuxième volet de ma bibliothèque, partie « Hétérodoxie ». 
On a trop souvent caricaturé la pensée matérialiste du 18e : elle est souvent présentée comme radicale et issue de quelques illuminés! D’ailleurs , vous remarquerez que dans les catalogues de vente jusqu’au 19e, ces ouvrages sont décrits dans la section Hétérodoxie « Secte, Illuminés, auteurs d’erreurs particulières… ». La réalité est toute autre, et mais pour tuer son chien, ne dit on pas qu’il a la rage?!
Pour « l’honnête Homme » cher à Voltaire, l’important n’est pas de croire ou de ne pas croire, mais de se forger une opinion personnelle issue d’une réflexion rigoureuse et sans à priori.
Voici donc quelques livres pour essayer d’éclaircir le tableau :
Derodon « Le Tombeau de la messe 1654 in-12 en maroquin rouge vers 1780. C’est l’EO.L’auteur y développe une argumentation contre les pratiques de la messe (eucharistie…).La page de titre est tachée, mais l’exemplaire provient très vraisemblablement (je suis en train de vérifier les notices manuscrites sur les pages de garde) de la bibliothèque Mac Carthy Reagh n° 984 de la vente de 1815.



Un petit recueil très rare de textes de Fontenelle, Du Marsais et JB de Mirabeau (??) de 1743 « Nouvelles libertés de Penser »in-12  en maroquin rouge.Le livre est déjà rare relié modestement, alors en maroquin…
Si vous trouvez un exemplaire avec les deux premiers feuillets plus courts, c’est courant : en fait, pour tromper la police (le livre était condamné, vu le titre on comprend pourquoi!), le titre et l’avertissement on été imprimés à part sur un papier plus fin, et reliés avec le texte dans un deuxième temps.
Les feuillets ont été découpés au couteau dans celui-ci :

J’ai trouvé avec bonheur un autre exemplaire du Toussaint « Les Moeurs » 1748 (relié avec un deuxième volume «Eclaircissement sur les Moeurs» de 1762) en maroquin rouge par Derome le Jeune avec son étiquette. L’exemplaire provient des bibliothèques Samuel Turner (n°2674 de la vente de 1888) et De Poortere. Une très intéressante clef manuscrite est jointe dans l’exemplaire, qui est plus correcte de celle présente dans l’exemplaire La Vallière (maintenant à la BNF, visible sur Gallica).
 



Je connaissais la bibliothèque Samuel Turner mais en parcourant plus attentivement les deux catalogues des ventes de 1878 et 1888, je me suis aperçu que cet anglais distingué avait eu certainement la plus belle collection d’Hétérodoxie du 19e.
Regardez un peu la section Holbach de la vente de 1888 :

Ca laisse rêveur!Et cela m’a permis également de redécouvrir la provenance d’un livre que j’avais montré la dernière fois :http://bibliophilie.blogspot.fr/2014/09/beaux-exemplaires-en-maroquin-autour-du.html?showComment=1410971481376C’est le « Vrai sens du système de la Nature » 1774 relié avec « Le bon sens », en maroquin citron dos à la grotesque. J’avais remarqué sur la page de garde la trace d’un ex-libris décollé de 3cmx3cm. Bérès, quand le livre était passé chez lui, n’avait pas creusé la chose. Et bien c’est le n°1409 de la vente de 1888 de Samuel Tuner (voir la prise écran juste avant).
J’ai également trouvé récemment un titre que je recherchais ardemment :La Mettrie « Oeuvres Philosophiques » 1751 in-4 en maroquin olive. C’est l’EO si rare à trouver, ici en grand papier fin. Le titre est un peu taché de roux, mais c’est la seule page dans cet état (et la photographie accentue un peu l’effet).
  Je termine par deux ouvrages d’Holbach :Holbach  « Le Militaire Philosophe » 1768 in-12 en maroquin rouge. C’est l’EO.
Pour décrire le thème de ce livre fort difficile à trouver, le plus simple est de lire la table des matières. Tout y est admirablement résumé.

Et le plus connu des ouvrages sur le sujet :Holbach « Système de la Nature » 1770 2 vol in-8 en maroquin rouge. C’est EO, ici en maroquin pratiquement à l’état de neuf. L’errata n’est pas présent : j’ai trouvé dans diverses descriptions que c’était signe du tout premier état (l’errata a été imprimé après coup). Mais sans preuve bibliographique…Il ne me reste plus qu’à trouver un exemplaire avec le Discours Préliminaire (qui existe à 25 exemplaires dit-on).Je dois dire que l’exemplaire Samuel Turner (le n°1416 de la liste ci-dessus en maroquin bleu par Padeloup) me serait agréable 🙂
 J’essaierai de conclure le sujet la prochaine fois avec un troisième volet.J’ai bien encore deux ou trois titres à trouver…Et si vous avez des choses intéressantes, faites le moi savoir!
Bonne lecture et encore une très bonne année 2016!
Wolfi

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Promenade de Bibliophile: l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″

Promenade de Bibliophile: l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″

Amis Bibliophiles bonjour,

Vendredi 6 juillet, l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″, a fermé ses portes. 

À chaque fois que je pénètre dans l’ancien collège des Quatre-Nations j’éprouve les mêmes sentiments de calme, d’harmonie et de jubilation. Il faut franchir la passerelle des Arts et s’émerveiller des vues incomparables sur Paris, entrer dans la cour de l’Institut, monter à gauche cet escalier en colimaçon, et péristyle orné de bustes, puis pénétrer dans la bibliothèque elle même.  L’exposition se tient, tout au bout de l’immense salle en retour couverte de livres jusqu’au ciel, autour du globe céleste, un peu après les deux girafes, la grande et la petite. Dans une atmosphère feutrée où la pendule égrène ses quarts d’heure et le parquet ses craquements assourdis, emplie des odeurs de cire et de papier, à l’abri de la touffeur et des clameurs de la ville, vous contemplez, seul au monde, la quarantaine de livres présentée.
L’exposition est née de la publication de l’ouvrage dirigée par Martine Delaveau et Yann Sordet, “Edition et diffusion de l’Imitation de Jésus-Christ (1470-1800), études et catalogue collectif”. Cette oeuvre monumentale (514 pp) recense 932 éditions sur la période considérée. Ce nombre explique à lui seul, le retentissement de ce livre dans l’histoire de l’imprimerie et des idées.
“L’Imitation de Jésus-Christ” est née de la réunion de quatre traités dont le plus ancien manuscrit date de 1427. Son auteur le moins contestable reste le chanoine Thomas Hemerken dit de Kempis. Nous devons son identification, entre autres, aux travaux de Gabriel Naudé bibliothécaire de Mazarin qui étudia la question de l’attribution et écarta les prétendants, Giovanni Gersen et Jean Gerson.
L’exposition commence, bien sûr pour une oeuvre née avant l’imprimerie, par la présentation de deux manuscrits. Cependant la première édition,  sortie de la Réserve de la BSG, provient des presses de Gunther Zainer à Augsburg en 1470 au plus tard, soit du vivant de l’auteur.  Il faut attendre 1488 pour voir la première édition française imprimée à Toulouse chez Heinrich Mayer ornée d’un bois gravé à pleine page.
Le bibliophile s’attarde sur l’édition archaïsante de la veuve Kerver, Yolande Bonhomme de 1554, “Eternelle consolation” qui passe pour une édition vernaculaire de l’Imitatio. Ce livre est présent dans la plupart des grandes collections des amateurs français de l’ancien régime tels que Henri d’Hoym, le marquis de Paulmy, Girardot de Préfons, ou Etienne-Charles de Loménie de Brienne. L’exemplaire présenté est un rare exemple de reliure “en trompe l’oeil” (j’y reviens tout à l’heure).
Parmi les versions exposées je note l’édition Plantin-Moretus de 1599, in-18 ornée d’un cuivre, établie sur un manuscrit autographe de 1441, l’exemplaire personnel et annoté de Naudé, qui juge “fautive” l’attribution à Ionnis Gessen par cette édition romaine de 1616, l’édition royale in-folio de 1640, qui inaugure l’Imprimerie Royale, ornée du frontispice gravé d’après Stella et recouvert d’un maroquin rouge issu peut-être de “l’atelier du Louvre”, l’édition en caractères de civilité de Pierre Moreau à Paris en 1643, des éditions en arménien, en arabe et même en breton à Quimper en 1743 (par un ancêtre du Textor? NDLA). Enfin pour clore cette présentation et sortir de ses limites temporelles, Les Imitation de Léon Curmer de 1836 et 1856, monumentales productions historicistes et éclectiques ornées de reliures de velours couvert de plaques de chêne sculptées  des ateliers Gruel.

Le catalogue de cette exposition est sur chaque livre fort passionnant, in-4 cartonné de 198 pages, co-produit par les Editions des Cendres et la Bibliothèque Mazarine, il vous en coûtera 32 euros.
LauverjatP.S.: ayant beaucoup voyagé ces derniers temps, je n’ai pu hélas poster ce message avant, et maintenat l’exposition est fermée. Mince… Ruez-vous sur le catalogue!

6 Commentaires

  1. @Wolfi
    Bel achat récent ce tombeau de la messe!! Est-ce vous qui m'avait sifflé le Beverland aussi chez le même marchand? Un bien bel exemplaire !

    En tout cas, bravo, bel ensemble encore que vous nous présentez!

  2. bonjour, a propos de Fenelon:dialogues sur l'eloquence…chacun se dispute le titre d'edition originale ,suivant qu'il ai celle edité par Frederique Bernard celle de Florentin Delaulne ou celle ,comme moi, de Jacques Estienne dont je parlais de la fameuse dynastie, recemment. je ne suis pas loin du sujet, puisqu'on les trouvent tous dans des magnifiques maroquins.gepobe

  3. Bonjour tous.
    Désolé de « polluer » ce bien bel article de Wolfi, mais j’aimerai vous faire part d’une petite mésaventure ayant pour cadre la suppression de l’une de mes annonces sur Ebay. L’anecdote vous fera sourire, je n’en doute pas ! Et de cette bonne nouvelle, ravis vous serez ! POULET-MALASSIS n’est pas mort. Non NON et ses infâmes publications pas plus. Il est en effet possible de faire retirer du site sus nommé (n’y voyez pas de mauvais jeux de mot), l’une de ses éditions fort exécrables pour le bon goût, honteuses pour l’honnête homme (c’est presque un pléonasme) et imprimée à Bruxelles en 1866 (on le comprend) par notre bien aimé éditeur. Mais de quel texte libertin et ancien peut-il donc bien s’agir ? Serait-ce celui de ce fourbe Baudelaire ? On bien encore celui de l’un de ces affreux sodomites se situant dans un couvent de carmélites ? Non, Non et encore NON, vous n’y êtes pas chers bibliophiles et autres amateurs de curiosa dont l’intérêt pour ces écrits licencieux et contre nature devrait (pour le moins) vous désigner à la vindicte populaire. Il s’agit d’un petit livre, rédigé en 1788, par ce chevalier (qui fit honte à son rang vous en conviendrez), je veux parler de cette horrible et obscène Nerciat, dont le seul nom devrait bien évidemment faire frémir (ou s’évanouir) toute jeune fille – de bonne famille il va de soit.

    L’ouvrage incriminé était donc le suivant (retenez bien cette édition au cas où vous conserveriez malheureusement dans votre Enfer personnel un exemplaire de cette horreur, à détruire in petto cela va de soit) : Le doctorat impromptu / Londres 1788- 1866 (Id est Bruxelles / Poulet-Malassis). Je vous passe le descriptif physique de l’ensemble, mais j’avoue qu’il renfermait les deux très rares planches libres, gravées à l’époque, d’après celles de l’EO de 1788. Sainte horreur, on y voyait deux hommes (dont un abbé) avec une gente dame et donc…deux zizis (je vous avais bien dit que c’était très dégoûtant). Mais la question que je me pose finalement est la suivante : qu’est ce qui a bien pu conduire un anonyme à me signaler auprès des services compétents (que je remercie d’ailleurs, moi qui ne pensait vendre plus que quelques livres sans prétention et sans public plutôt que de faire du Nokia) ? Est-ce L’éditeur bien heureux des Fleurs du mal ? Le texte, fort bien troussé par ailleurs, de Feu Le Chevalier ? Ou bien la présence (en vraie image) d’un abbé en fort belle humeur ?

    Toute anecdote a une fin et le plus improbable vous ravira. Motif de la suppression de mon annonce (attention c’est du très lourd) : « Le matériel à caractère pornographique destiné aux adultes n'est pas autorisé sur eBay »
    Mais il faut aussi une chute et là je sens que vous allez adorer : « Il existe quelques exceptions pour la mise en vente de magazines destinés aux adultes. Les numéros de Playboy, Playgirl, Mayfair et Penthouse peuvent être mis en vente » (J’avoue que je les connaissais pas tous).

    Je vous l’avais dit : Auguste Poulet-Malassis et sa petite imprimerie sont bien vivants…

    Alors bonne année à toi cher ami et reviens-nous vite de ton exil à Bruxelles… t’as encore du pain sur la planche. Faits attention aux descentes de police quand même et rappelle à Charles, qu’avec ses poèmes, y va bien trop loin. Ah et surtout, laisse tomber ta manie de publier ces libertins du siècle passés, ça n’intéresse plus personne.

    PS : je tenterai (pour ceux qui suivaient cette annonce) de remettre cette cochonnerie en vente, après avoir détruit soigneusement les deux planches, bien évidemment.. Je n’ai pas le courage de l’Auguste.

    Uchisar96

  4. bonjour et bonne année les amis. voila une année qui commence bien avec cet interressant post de Wolfi. je cherche les satires de perse et juvenal de Pierre Pithou paris 1585…si qq a une piste, je le remercie d'avance.gepobe

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