Développements autour de l’affaire Aristophil: les associations de défense (les vraies, les fausses), les révélations du Canard Enchaîné au sujet des ventes Villepin, la situation…

Amis Bibliophiles bonjour, Merci à tous pour vos encouragements et vos vœux pour le blog, j’aurai l’occasion de revenir prochainement sur mes idées et mes hésitations. Il se passe rarement un jour sans que le nom d’Aristophil n’apparaisse dans les médias. Après le cautionnement de 2 millions d’euros imposé à son président au moment de sa mise en examen, ce sont d’autres types d’informations qui arrivent à nos oreilles.  Les révélations du Canard Enchaîné d’hier par exemple, qui s’interroge sur les relations entre Aristophil, Dominique de Villepin et le libraire Jean-Claude Vrain.

En effet, s’il est de notoriété publique que le bibliophile Dominique de Villepin et le libraire Jean-Claude Vrain (également entendu par la justice selon divers médias) entretenaient des relations amicales, le Canard Enchaîné révèle la perplexité des enquêteurs lorsque ceux-ci se sont penchés sur les acquisitions d’Aristophil au cours des ventes des bibliothèques de l’ancien Premier Ministre. Lors de ces ventes, beaucoup avaient été surpris par la qualité et les talents d’acheteur de l’ancien Premier Ministre, dont la bibliothèque s’accordait mal avec le traitement, même élevé, d’un haut fonctionnaire. Les deux ventes Dominique de Villepin avaient en effet enregistré des scores très honorables avec 1,1 million d’euros pour la première et près de 3 millions d’euros pour la seconde.   Ce qui éveille l’intérêt des enquêteurs, c’est que le libraire Jean-Claude Vrain, libraire attitré de Dominique de Villepin (qui se vantait de régler ses achats en espèces, soit dit en passant), est également le libraire-expert attitré d’Aristophil (avec deux autres), et est notamment soupçonné d’avoir volontairement surestimé des achats faits par Aristophil pour entretenir la valeur des lots achetés (ainsi le désormais fameux manuscrit d’Einstein, acquis 500 000 euros par Aristophil et valorisé 15 puis 28 millions de dollars auprès des clients épargnants d’Aristophil). Plus curieux encore selon le Canard Enchaîné, lors des ventes Villepin, des lots expertisés par Jean-Claude Vrain ont été acquis par Aristophil… Mr Vrain était en quelque sorte ami, libraire et expert du vendeur et conseiller – expert de l’acheteur. Lors de ventes dont les prix ont été soutenus… C’est déjà très étonnant, mais on ne saurait trop conseiller aux enquêteurs d’étudier attentivement le second enchérisseur. Car il faut être deux pour faire monter un prix. Et c’est encore plus simple quand les deux enchérisseurs enchérissent de concert… Pendant ce temps, le volet juridique et judiciaire de l’affaire poursuit son cours avec l’apparition de nouveaux acteurs: d’une part, un nombre important d’avocats qui proposent aux épargnants inquiets de s’organiser pour essayer de récupérer leurs mises, en s’attaquant à Aristophil, et même aux banques qui ont indirectement soutenu le dispositif. D’autre part, un certain nombre d’associations ou de groupes Facebook. Il est intéressant de s’intéresser à ces derniers: d’un côté, surgissent des associations de défense des épargnants potentiellement lésés et de l’autre des associations inquiétantes, qui essaient d’attirer les épargnants mais qui sont surtout soutenues et montées par des conseillers en investissements ayant revendu ces produits douteux aux épargnants.

Les personnes bien informées considèrent que ces associations semblent crées pour ralentir le processus judiciaire, et sont souvent mal gérées ou mal conseillées. Elles gravitent notamment autour du groupe Facebook « Notre Culture, Notre Patrimoine Aristophil » (https://www.facebook.com/pages/Notre-Culture-Notre-Patrimoine-Aristophil/875327689186163), ainsi l’association CPARTI. Il parait dans tous les cas délicat de défendre à la fois la victime, la société qui aurait escroqué cette victime et les intermédiaires qui ont facilité l’acte…   Des captures d’écrans de « Soutenons Aristophil / CPARTI »   Il est à noter qu’au delà des personnes déjà mises en examen, un grand nombre de conseillers en investissement risquent potentiellement d’être eux aussi mis en examen pour complicité d’escroquerie en bande organisée. On imagine leur inquiétude, ce sont d’ailleurs les plus âpres défenseurs d’Aristophil, ce qui se comprend… Ils ont pour beaucoup potentiellement abusé de nombreux épargnants. L’association CPARTI est particulièrement intéressante, proche du groupe Facebook cité ci-dessus, et qui n’hésite pas à employer censure et intimidation physique (ils ont par exemple appeler « à régler son compte à l’auteur du Blog du Bibliophile » sur leur page Facebook), se déclare ainsi très proche d’Aristophil et semble vouloir empêcher d’autres associations de défense (qui refusent les conseillers en investissement dans leurs rangs) d’exister.  Vœux de Noel de Soutenons Aristophil au Blog du Bibliophile…
Si vous souhaitez adhérer à CPARTI, qui se distingue par son amateurisme, ils vous en coûtera 50€… les chiens ne font pas des chats. En allant sur site (http://cpart.fr/) on ne sait d’ailleurs plus vraiment s’ils défendent Aristophil ou les épargnants lésés… ou – acrobatique et probablement fort sincère…-  les deux.
Le premier titre qui frappe sur le site est d’ailleurs « Aristophil, victime d’un complot ». Alain Poncet l’un des responsables de CPARTI, est courtier en assurance et en placements et a vendu des produits Aristophil. Un autre groupe Facebook s’est créé https://www.facebook.com/pages/Aristophil-arnaque-aux-placements/869215976470698, qui est lui très clair sur son positionnement. 

Ce groupe signale notamment une autre association, ADCL 54, l’association de défense des consommateurs de Lorraine, qui a mis en ligne une procédure complète pour aider les épargnants d’Aristophil.
(http://www.adc54.org/index.php?reftxt=201503040004&rub=1).
Cette démarche semble beaucoup plus sérieuse et je ne peux que la recommander.  C’est Clochemerle.  Je vous donnerai plus d’informations prochainement. A retenir en attendant: 1. Aristophil a été mise en redressement judiciaire par jugement en date du 16 février 2015.2. Le 5 mars au soir, Gérard Lhéritier, mais aussi sa fille, responsable de la gestion des collections, et l’expert-comptable de la société ont été mis en examen.3. Gérard Lhéritier « s’est vu imposer un cautionnement de 2 millions d’euros dans le cadre de son contrôle judiciaire ».4. 105 millions € d’avoirs bancaires ont été saisis, ainsi que 13 millions € de biens immobiliers, et des lettres et manuscrits. H
Une vidéo sur France 2 https://vimeo.com/121780073

La lettre du bibliophile

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Lorsque l’imprimeur voit rouge

Lorsque l'imprimeur voit rouge

Amis Bibliophiles Bonsoir,

En complément de mon message sur le trafic, que vous trouverez ci-dessous, je vous propose ce soir un message de Bertrand « L’Imprimeur voit rouge », que je compléterai mardi ou mercredi (pour cause d’énigme demain) avec mon propre message « L’imprimeur est carrément devenu daltonien »… Quel feuilleton, c’est carrément du Dumas!

Laissons la parole à Bertrand , lorsque l’imprimeur voit rouge…

« Chers amis, je vais vous entretenir aujourd’hui d’un sujet qui ne me semble pas avoir occupé beaucoup de pages dans les annales de la bibliographie matérielle et descriptive.

J’ai hésité à donner pour titre à cet article : « Caprice d’imprimeur » et puis j’ai trouvé que finalement le titre ci-dessus était plus parlant, mais certes, moins littéraire.

Ainsi donc je vais vous parler des livres anciens dont la page de titre et seulement la page de titre est imprimée intégralement en rouge.

Vous avez tous ici, je suppose, eut en mains des ouvrages du XVIè, XVIIè, XVIIIè et du XIXè siècle dont la page de titre était imprimée en rouge et noir. C’est élégant, et somme toute assez commun. Les productions sorties des presses hollandaises notamment (Neaulme, Gosse, Elzevier, Marteau, etc) en sont les meilleures illustrations.

Mais avez déjà souvent rencontré dans vos pérégrinations bibliophiliques des ouvrages dont la page de titre est intégralement imprimée à l’encre rouge ?

Si tel est le cas, vous avez eu énormément de chance car je crois pouvoir affirmer que ce genre d’impression est assez rare pour ne pouvoir vous en citer que trois exemples (d’après mes rencontres). Les voici.

Tout d’abord, il y a quelques temps, j’ai eu l’opportunité d’acquérir un ouvrage fort rare des comédies de Plaute dans une édition lyonnaise datée de 1513, faite à l’imitation de Junte de Venise. C’est un petit in-8 dont seule la page de titre est imprimée en rouge. Ce qui rend l’ouvrage charmant et insolite. Voir la reproduction de la page de titre ci-dessous
Sans autre référence concernant les ouvrages imprimés au XVIè siècle, voire au XVè siècle (incunables), il me semble néanmoins avoir déjà croisé, de ci de là, au gré de mes lectures cataloguesques, quelques exemplaires d’ouvrages dont la page de titre était également entièrement en rouge (mais je n’ai pas d’autres références exactes à citrer pour le XVIè siècle). Peut-être n’est-ce pas si rare pour cette période du premier siècle de l’imprimerie que pour les suivants ??

Concernant le XVIIè siècle je n’ai aucun exemple à vous donner, n’en ayant jamais rencontré. J’attends donc vos propres exemples si vous en connaissez.

Passons maintenant au XVIIIè siècle. J’ai la chance de pouvoir vous exposer deux cas.

Le premier dont je viens de faire très récemment l’acquisition, justement pour cette raison (page de titre en rouge) et pour illustrer ici mon propos.

Il s’agit des Nouvelles Lettres Persanes, traduites de l’anglais. Ouvrage publié à Londres en 1735, sans indication d’imprimeur.

Les deux tomes sont reliés en un seul volume. Les deux pages de titre (voir ci-dessous) sont ornées d’une belle et grande vignette et sont entièrement imprimées en rouge.

L’ensemble du corpus de texte étant imprimé en noir. Cet ouvrage qui est une bonne imitation (ou continuation) des Lettres persanes de Montesquieu. L’ouvrage original anglais serait d’après Barbier et divers auteurs de Littleton.

L’autre ouvrage que nous pouvons citer pour le XVIIIè siècle est une véritable énigme bibliographique par ailleurs :

L’enfant trouvé, ou l’histoire du chevalier de Repert, écrite par lui-même. Ouvrage édité à l’adresse (fictive ?) de Paris, aux dépens de la Société, en 1738, 1739 et 1740. Il est composé de neuf parties d’une centaine de pages chaque, toutes avec une page de titre intégralement imprimée en rouge (voir ci-dessous). Les trois premières parties sont datées 1738, les trois suivantes de 1739 et enfin les trois dernières de 1740.

Nous avons donc ici, fait assez exceptionnel pour être remarqué, neuf pages de titres en rouge avec à chaque fois le corpus de texte entièrement en noir. Chaque titre est orné d’un petit fleuron typographique identique pour toutes.

De cet ouvrage, je ne sais rien ou presque. Ni l’auteur, ni le lieu d’impression exacte. La seule chose que j’ai pu facilement constater est qu’il ne se trouve pratiquement nulle part référencé.

C’est un oublié des bibliographes !

On en trouve cependant un exemplaire (première partie), numérisé dans Google Livres. La page de titre s’y trouve également en rouge. Il y en a un exemplaire des six premières parties seulement au catalogue de la bibliothèque de Nîmes (Google Livres). M. de La Vallière en possédait un exemplaire complet dans sa bibliothèque sous le numéro 9179 où il est précisé que l’impression serait d’Amsterdam. De toutes les bibliothèques présentes au catalogue collectif informatisé des bibliothèques de France, seule la Bibliothèque Nationale de France en possède un exemplaire complet.

Mais laissons là le mystère qui entoure cet agréable ouvrage de littérature de mœurs (que j’ai lu intégralement avec force plaisir je dois le dire). Les informations que chacun pourra apporter afin d’éclairer l’histoire de cet ouvrage seront bien évidemment précieuses et je vous en remercie par avance.

Alors que penser de ces pages de titre en rouge intégral ?

Fantaisie d’imprimeur ? Essai ? Demande express d’un amateur ?

A vrai dire je n’ai pas la réponse et vous la soumet plutôt. Je ferai simplement quelques remarques.

Premièrement, ce type de page de titre, à ce que j’ai pu constater, se rencontrent rarement.

Deuxièmement, j’étais convaincu, encore il y a peu, que toute l’édition d’un même ouvrage dont je possédais un exemplaire avec la page de titre en rouge était avec la page de titre en rouge. Je suivais en cela l’information donnée par Brunet concernant le Plautus de 1513 qui donne cette édition avec le titre en rouge.

Je suis cependant détrompé maintenant car j’ai pu localiser un exemplaire des Nouvelles Lettres persanes de Littleton, 1735, avec les pages de titre en noir ! Cela remet évidemment en cause le fait que l’ensemble de l’édition était tirée avec tous les titres en rouge.

Alors combien d’exemplaires avec les titres en rouge ? Pourquoi ?

Autant de questions qui sans aucun doute resteront sans réponse…

A vous de dire maintenant. Évidement le plus intéressant serait de recenser un maximum d’exemplaires présentant cette particularité bibliographique qui en fait des curiosités (pour moi en tous les cas). Envoyez vos photos de pages de titre en rouge à Hugues par e-mail, nous en ferons la synthèse.

En espérant que vous aurez pris du plaisir à lire cette esquisse bibliographique,

Amitiés bibliophiliques, Bertrand.

Merci Bertrand,

Hugues

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4 Commentaires

  1. le passage sur les résultats obtenus en SVV est également un modèle de non-dit ; les "prix incohérents", au dixième ou au décuple de l'estimation, ne seraient que le résultat normal des enchères. Donc pas de manipulation, pas de sous-enchérisseur ami, pas de bourrage… tout va bien, donc.

  2. Je suis le créateur du groupe Aristophil arnaque aux placements.
    Je peux vous garantir une chose, je fais parti des petits épargnants et mon seul but est de faire circuler au mieux les différentes informations concernant cette escroquerie. Car je suis persuadé qu'aujourd'hui la moitié des épargnants ne sont pas réellement au courant de ce qu'il se passe.

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