De la cote des ouvrages anciens et des autographes: « comment ça, ta part de livre achetée chez Aristophil n’est pas cotée au PFC40, le CAC40 de l’autographe? »

Amis Bibliophiles bonjour,
Qu’on le veuille ou non, nous vivons dans une époque où l’on compte, on compte son temps – passe encore -, mais aussi et peut-être plus que jamais on essaie de mettre une valeur en face de chaque chose.
Les livres anciens et les autographes n’échappent pas à cette règle. Ainsi les amateurs français connaissent-ils tous désormais Aristophil et son partenaire Finestim, qui se chargent pour vous de tenter de faire rimer investissement et passion. Mais connaissez-vous Paul Fraser et le PFC40, une proposition assez proche, avec néanmoins quelques nuances? 

Le PFC40 est un index qui regroupe les 40 autographes (leurs auteurs en fait) les plus vendus sur le marché et leurs valeurs. Comme le dit msn.com « si vous avez la chance de posséder un autographe signé par l’une des 40 personnalités du Paul Fraser’s Collectibles PFC40, alors vous pourriez être assis sur une petite fortune ».
Et oui, si le CAC40 est le principal indice boursier de la place de Paris, que l’acronyme CAC signifie Cotation Assistée en Continu (indice élaboré à partir des cours de quarante actions cotées en continu sur le premier marché parmi les cent sociétés dont les échanges sont les plus abondants sur Euronext Paris), l’acronyme PFC40, lui, signifie tout simplement Paul Fraser’s Collectibles, du nom de son inventeur. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, c’est vrai.
Le PFC40 est un index des autographes les plus performants sur la période 2000-2012. Cet index a été créé par Paul Fraser, lui-même vendeur d’autographes. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, c’est vrai (x2).
Mais que nous apprend le PFC40?
1. Que sur la période 2000-2012:- l’augmentation moyenne de la valeur des autographes sur cette période est de 383%.- l’augmentation moyenne par an de 14% par an.- l’autographe qui a connu l’augmentation la plus forte en 12 ans est de Georges Harrison (+1310%).- Nelson Mandela est l’auteur le plus « profitable », avec +391% en 12 ans.- Que l’autographe le plus « valuable » est une photo signée des Beatles (25 000£).
2. Et que sur la période 2011-2012:- l’index a augmenté de 4.37% (médiocre si vous voulez mon avis).- la plus belle progression est à attribuer à Neil Armstrong.
Mais pourquoi le PFC40?
Et bien c’est très simple, pour vous aider à mieux investir votre argent chez Paul Fraser’s Collectibles, qui vous garantie une plus-value de 20%. En effet, si vous achetez un autographe chez PFC, vous pouvez le renvoyer dans les 5 ans qui suivent et vous serez remboursé à hauteur de 120% du prix d’achat original… en bons d’achat chez PFC. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, c’est vrai. Et ce n’est pas parce que votre histoire d’amour avec votre autographe vous laisse un goût d’inachevé et qu’à trop feindre l’indifférence à vos yeux langoureux, ce dernier vous ait lassé, ne doit pas signifier que votre love-story avec PFC ne peut pas continuer. Ne doit pas continuer devrais-je dire.
D’autant plus que si vous le souhaitez PFC se charge de stocker votre autographe pendant la durée de votre investissement. Une méthode simple et agréable quand on aime que ce soit quelqu’un d’autre qui ait votre « collection » sous les yeux.
Mais trêve de bavardage, je vous vois vous impatienter. Quelles sont aujourd’hui les vedettes du PFC40? Et bien les voici:

Plus de détails ici: http://www.paulfrasercollectibles.com/Investing/PFC40-Autograph-Index/
Il n’y a qu’un seul français dans le PFC40, et c’est sans surprise l’Empereur Napoléon Bonaparte. On aura la satisfaction de constater qu’il est loin devant le petit Horatio Nelson.
L’Empereur à la cool, juste après être repassé devant Fidel CastroBref, n’oubliez pas de consulter le PFC40 avant d’écouter les battements de votre petit coeur de bibliophile.
Il ne nous reste plus qu’à espérer un CAC40 des livres anciens et rares, parce que je ne sais pas vous, mais moi, ça va me faire perdre le sommeil cette histoire! Comment-ça perdre de l’argent en achetant un livre, juste par passion? Nous mais vous me prenez pour un héritier ou quoi?
H

La lettre du bibliophile

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La belle histoire de « l’ouvrage le plus rare de l’année 1897 »: les commentaires de la Guerre Gallique de la Société des Bibliophiles François

La belle histoire de « l'ouvrage le plus rare de l'année 1897 »: les commentaires de la Guerre Gallique de la Société des Bibliophiles François

Amis Bibliophiles bonjour,
Au lendemain de Marignan, le Roi François 1er se souvint que quinze siècles auparavant un grand capitaine avait vaincu les Suisses et raconté sa campagne dans un livre immortel.
Le Roi voulut le lire et commanda qu’on lui mît en bon français le récit de ce prédécesseur.

C’est à sa royale fantaisie que nous devons les trois volumes de l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui… et je vous livre un message à quatre mains, les miennes et celles du Baron de Noirmont.
La Société des Bibliophiles François, sous l’inspiration d’un Prince issu du même sang glorieux que le Roi François 1er, décida de reproduire ces trois volumes, et ils furent réimprimés pour ses vingt-neuf membres.
Précieux monuments de l’art du miniaturiste au XVIe siècle, ils ont mérité l’attention des écrivains qui ont étudié l’histoire des arts sous la Renaissance et particulièrement le Comte de Laborde, qui leur a consacré plusieurs pages du plus haut intérêt…

Le destin de cet ouvrage fût cahotique… On suppose ainsi qu’il fut sorti du trésor royal au temps de la Ligue, soit par le pillage du cabinet du roi Henri III dont les dépouilles furent vendues à l’encan devant l’Hôtel de ville, soit par les vols commis dans la bibliothèque du Roi, transportée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Charles IX.

Jean Gosselin qui était à cette époque garde de la bibliothèque, dans une note écrite au verso de la reliure d’un manuscrit intitulé La Marguerite des vertus et des vices, accuse le président de Nully « de s’être saisi de la bibliothèque Roi environ la fin du mois de septembre, ayant fait rompre la muraille pour entrer en ladite librairie, laquelle il a possédée jusqu’environ la fin du mois de mars de l’an 1594… Durant le temps susdit ont été emportés de la dicte librairie plusieurs livres dont le commissaire Chenault fit enquête après que le dict Président eut rendu cette librairie ». A la suite et dans une seconde note, Jean Gosselin signale les tentaives faites par le célèbre ligueur Rose, évêque de Senlis, familier ami du Président susdit, et d’autres ligueurs de moindre importance « pour posséder la dicte librairie. Mais feu de bonne mémoire le président Brisson, à ma requête et sollicitation, a empêché leur intention ».
Ce certificat délivré au président Barnabé Brisson est en contradiction avec un passage des lettres de Scaliger qui l’accuse d’avoir transporté à son hôtel beaucoup de livres et de manuscrits de la librairie du Roi qu’après sa mort sa veuve avare vendit pour un morceau de pain (vidua avara frustro panis, si ita loqui fas est, dividendi).
Nous ne pouvons dans ce rapide aperçu éclaircir un point d’histoire qui n’intéresse d’ailleurs que la mémoire du président Brisson. Il nous suffit de constater ici que de nombreux livres furent détournés, et qu’il nous est permis de compter l’ouvrage qui nous intéresse parmi ceux dont inutilement « le commissaire Chenault fit enquête ».
Dispersés par les événements, les trois volumes des Commentaires de Guerre Gallique sont restés séparés. Et ils le sont toujours.

Le tome premier reparaît peu de temps après dans la bibliothèque de Christophe Justel, conseille et secrétaire du Roi, ainsi que l’apprend une note écrite au recto du premier feuillet (bibliothecae Christofori Justelli)… Quelque temps avant la révocation de l’édit de Nantes, Justel passa en Angleterre avec sa bibliothèque. Il devint bibliothécaire du Roi d’Angleterre et mourut en 1698. Après lui ce premier tome passa dans la bibliothèque de lord Harley et entra avec la collection Harléienne au British Museum.

Le deuxième volume est arrivé aux mains de M. Van Praet d’une source inconnue. Il a été acheté par lui pour le compte de sfrères de Bure, les grands libraires, qui l’ont légué à la Bibliothèque Nationale où il est entré en 1852.
Le troisième était la propriété d’un Tourangeau, qui après l’avoir gardé quarante ans dans son armoire, le donna au colonel Lacombe sans dire d’où il était venu (NDLR: j’adore ce passage, qui stimule mon imagination fertile). Il fut acheté par le libraire Téchener, qui l’a revendu en 1854 à Mgr le duc d’Aumale. Il est maintenant un des joyaux de la bibliothèque de Chantilly.

Ils seront donc séparés à jamais. Heureusement, grâce aux Bibliophiles François, les trois livres furent rassemblés le temps de réimprimer l’ouvrage à 31 exemplaires: 29 exemplaires pour les membres – celui-ci étant l’exemplaire du Prince de Metternich – , un pour le British Museum, un pour la Bibliothèque Nationale.
L’œuvre consiste en un dialogue entre François 1er et César. La première apparition du romain au roi de France est supposée avoir eu lieu « le dernier jour d’Avril, ung moys après la nativité de son second fils en son parc de Saint-Germain-en-Laye ». S’ensuivent plusieurs apparitions dans des forêts ou des parcs.

Au-delà des qualités de l’impression, c’est la beauté de l’illustration qui frappe le lecteur : les miniatures sont magnifiques, admirablement réhaussées par les miniaturistes Benard et Guerrier, et le style de Godefroy est superbe, qui mélange les costumes romains, comme on les comprenait à la Renaissance, et les costumes italiens des premières années du XVie siècle. Ils ont d’ailleurs beaucoup d’analogie avec ceux des personnages antiques figurés par Donatello et Mantegna.


Laissons la parole à Janin dans l’Almanach du bibliophile pour l’année 1898, pages 131-132.« Terminons enfin cet exposé critique des livres de l’année, sur le dernier volume des Commentaires de la Guerre Gallique, réédités aux frais de la Société des Bibliophiles François. Les Commentaires de la Guerre Gallique ne sont point un livre, mais un manuscrit, en trois tomes, que les Bibliophiles françois ont reproduit en fac-simile, pendant le cours des années 1895, 1896 et 1897.


Mais c’est, à coup sûr, une curiosité de bibliothèque, et plus encore une œuvre de grand art, par le soin minutieux qui a été apporté à la reconstitution exacte de l’original. Les nombreuses et superbes miniatures que fit Godefroy le Hollandais pour illustrer la traduction libre de Albert Pighe, de Campen, en Hollande, mathématicien ami d’Erasme, à qui François 1er avait confié le texte, — première traduction française de l’ouvrage de Jules César, — ont été rendues avec la fidélité scrupuleuse que permettent aujourd’hui les procédés photographiques mis en œuvre avec habileté, et corrigés par un artiste. Le texte, manuscrit dans l’original, est imprimé, dans la reproduction, avec un corps antique de noble aspect. L’ouvrage ainsi transposé a un caractère de réelle grandeur, et mérite les éloges les plus absolus.
Les manuscrits sont, l’un au British muséum, l’autre à la Bibliothèque Nationale, le troisième à Chantilly ; la réédition n’a été faite qu’à 31 exemplaires, dont deux seulement ont été déposés dans les collections publiques, du British, à Londres, et de la Nationale, à Paris. C’est certainement l’ouvrage le plus rare de cette année 1897, qui, en fin de compte, n’aura pas été l’année de la Comète du livre. »
H

5 Commentaires

  1. On voudrait tant une société sans profit injustifiable.

    Il n'est pas condamnable d'acheter un ouvrage et de revendre avec un bénéfice (enfin, j'espère). Les amateurs comme les professionnels le font. Alors qu'est-ce qui nous gène dans ces cotes en continu ? C'est que nous ne soyons plus maitres de nos investissements (et de nos pertes éventuelles)… que d'autres le fassent pour nous.

    Des intermédiaires inutiles, voir dangereux en fait, qui œuvrent uniquement pour le plaisir du gain alors que nous œuvrons par amour pour un livre ou pour un auteur.

    Tout ça nous porte tort. Pierre

  2. PS : soit dit en passant, il se vendait aujourd'hui chez Pierre Bergé de nombreux autographe dont plusieurs signés Napoléon. Je n'ai pas trop prêté attention mais je ne crois pas qu'ils aient dépassés les 500 euros.
    Fraser gonflerait-il les prix ? 🙂
    T

  3. L'escroquerie c'est beau quand c'est bien fait.

    Cela me donne une idée : le Textor40 (à ne pas confondre avec l'Euribor) Je mets en viager mes 40 plus beaux livres (c'est moi qui décide quel sont les plus beaux). Moyennant 200 euros par mois et par livre, ceux-ci seront à vous le jour – lointain inch'allah – du Grand Passage. Je peux d'ors et déjà annoncer que plus je vieillis et plus les livres auront pris de la valeur.
    🙂
    Textor

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