Vente Jean A. Bonna chez Christie’s: de l’éclectisme et de la séparation chez le bibliophile, les mots de Jean Bonna

Amis Bibliophiles bonjour,
Une fort belle vente annoncée cette semaine, aux sommets de la bibliophilie, la vente de Jean A. Bonna chez Christie’s.

Le 16 juin donc, à Londres, Christie’s proposera 165 lots issus de la bibliothèque du célèbre bibliophile suisse Jean Bonna. Une sélection magnifique, naturellement, de Guillaume de Digulleville et son Pylerinage de Vie Humaine (1470, manuscrit enluminé pour Charlotte de Savoie) à Paul Eluard illustré par Miro, et son À toute épreuve (Genève: Gérald Cramer, 1958).
Une sélection éclectique donc, qui démontre que l’on peut être un grand bibliophile et posséder une fantastique bibliothèque sans pour autant se cantonner à un thème ou une époque. A chaque page on est émerveillé, on découvre ou on retrouve des ouvrages mythiques, et on se dit qu’il doit être bien difficile de s’en séparer.
En parcourant ce catalogue je me suis posé deux questions:
1. Que ressent-on avant de se séparer d’ouvrages aussi extraordinaires?
2. Comment expliquer la diversité des ouvrages présentés dans ce catalogue?
Jean Bonna est bibliophile, il a forcément ressenti ces deux impressions, et il répond à ces deux questions dans une introduction au catalogue.

Elle est en anglais dans le  catalogue, mais j’ai pris la liberté de la traduire pour notre plaisir commun:
« Pour ceux qui me connaissent bien, qui savent que j’acquiers des livres depuis 60 ans, et que j’ai une connexion presque physique à ma bibliothèque, la vente ne serait-ce que d’une petite partie de celle-ci, sera sans aucun doute une surprise – et ce avec raison.
Tout au long de ma vie, pas une fois je n’ai jeté un livre, pas même un livre de poche. À ce jour, les livres que je lisais quand j’avais seulement 9 ans sont encore en ma possession. En tant que collectionneur, je n’ai jamais vendu un livre sauf en vue de l’achat d’un meilleur exemplaire, et dans certains cas, comme avec les Fleurs du Mal, j’ai conservé cinq exemplaires de la même édition.
Que ceux qui ont des doutes se rassurent: je reste le collectionneur que j’ai toujours été – c’est une maladie incurable de toutes façons. La petite partie de ma collection proposée à la vente dans ce catalogue comprend à peine 150 volumes sur plus de 3500. Ainsi, je vais continuer à construire ma bibliothèque et je vais continuer à souffrir avec plaisir de la «collectionnite».
Mais, en regardant en arrière à ma longue vie de chasseur de livres, je me suis rendu compte qu’il y avait quelques intrus sur mes étagères. Mon ambition était de créer la bibliothèque la plus représentative possible de la réalisation littéraire français. Je crois y être parvenu, depuis la seule copie connue de la troisième édition du Roman de Mélusine jusqu’à l’avènement de la révolution surréaliste – territoire qui m’était inconnu, je dois l’admettre: mes étagères révèlent presque tout ce que le génie littéraire français a transmis à la postérité depuis plus de six siècles.
Bien que je conserve plusieurs d’entre eux, j’ai acquis ces « intrus » pour des raisons spécifiques personnelles: la botanique parce que j’aime les fleurs; des auteurs de langue étrangère pour leur influence sur la culture française, ou leur impact sur l’histoire du monde; des livres illustrés pour leurs gravures plutôt que pour leur contenu littéraire; des livres traitant de l’économie et d’autres encore que j’ai achetés tout simplement parce qu’ils étaient richement reliés ou d’une grande rareté. Je chérissais chacun pour son attrait particulier, mais je veux me concentrer encore plus sur le noyau de ma collection et j’ai donc décidé de les laisser s’en aller.
Je crois que l’un des grands plaisirs de la construction d’une bibliothèque réside dans le partage avec les autres. Comme ils se promèneront et navigueront parmi mes étagères, ceux que j’ai toujours accueillis avec plaisir réaliseront rapidement que j’ai à peine créé un peu d’espace supplémentaire: dans mon âme, je suis et je reste un collectionneur.
Jean A. Bonna ».
Il est rassurant de constater que même si Jean Bonna est un immense bibliophile, et bien il a finalement les mêmes soucis que les autres: des achats parfois que l’on a parfois du mal à « assumer » avec les temps, des petites « erreurs », la difficulté à se séparer d’un ouvrage, les compromis faits pour acquérir un exemplaire meilleur… et même parfois le fait de conserver sans raison plusieurs exemplaires du même ouvrage. Juste pour le plaisir. Après, ce n’est qu’une question d’échelle 🙂
Vous pourrez trouver le catalogue ici:http://www.christies.com/zmags/?ZmagsPublishID=243d5aa3&SaleTitle=Important+Books+and+Manuscripts+from+the+Library+of+Jean+A.+Bonna&SaleId=0&GUID=&JumptoLot=
Et vous, quel est votre ouvrage préféré?
H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Portrait de Bibliophile : Olivier.

Portrait de Bibliophile : Olivier.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d’un bibliophile, universitaire et Toulousain, qui intervient régulièrement sur le blog, Olivier.
Bonjour Olivier,

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Eh bien je suis universitaire et toulousain depuis 3 ans. A vrai dire ma bibliothèque (de livres anciens) a débuté avec mon arrivée à Toulouse. L’abondance de livres anciens et les prix (souvent) modiques qui y sont pratiqués m’ont incité à « sauter le pas ». Etudiant, j’avais dévoré les
livres de Roger Chartier, d’Elisabeth Eisenstein, de Robert Darnton, de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, etc. J’étais donc fasciné par ces livres mais (longuement [je parle aux thésards membres actifs de ce blog qui me comprendront]) étudiant et avec un pouvoir d’achat limité je n’en avais jamais acheté qu’un (un volume du théâtre de Thomas Corneille). A Toulouse, j’ai découvert de nombreux libraires mais aussi de nombreux livres (y compris dans des vide-greniers) à des prix très modiques. Aussi (pardonnez moi mon père) j’ai beaucoup pêché et ai acquis (dans un premier temps) de nombreux incomplets qui ont longtemps suffi à mon bonheur. Aujourd’hui je m’en sépare ce qui me sert à financer mes nouveaux achats. Enfin, pour expliquer la croissance rapide de ma bibliothèque (entre 80 et 100 volumes en moins de deux ans, je n’ai jamais compté…) mon bureau se situe à quelques mètres de deux salles des ventes qui organisent régulièrement des ventes de livres (y compris dans des ventes dîtes « de brocante »). Ce qui tend à confirmer que les livres anciens sont (relativement) abondants à Toulouse (si quelqu’un a une explication?? On m’a parlé des belles bibliothèques protestantes, de l’enclavement de Toulouse pendant longtemps, etc…).

Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Comme je l’ai dit elle remonte à mes années d’étudiant, à mon goût pour l’histoire et, plus largement, pour les objets anciens (mobilier, céramique, etc.). Evidemment en étant universitaire, on développe un rapport familier aux livres, une partie du travail consistant à les faire se parler entre eux et à restituer ce « dialogue » aux étudiants. Cette disposition d’esprit me semble propice à la bibliophilie. Surtout, lire un livre ancien c’est se laisser happer par une époque, et ce qui me passionne c’est de tenter de percevoir ce que celui qui écrivait et celui qui lisait ces volumes avaient en tête.
Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?
Eclectique elle fût. Elle l’est moins. J’aime les livres historiques et politiques, les pamphlets. J’ai une prédilection pour les ouvrages révolutionnaires mais il me semble difficile de les trouver dans un état correct (la période n’était sans doute pas propice à la qualité des reliures et des impressions). L’entreprise éditoriale que représente l’Encyclopédie me fascine mais, n’ayant pas les moyens de m’acheter (ni la place d’accueillir) l’ensemble de l’Encyclopédie, je me suis néanmoins offert les deux premiers volumes pour bénéficier des frontispices et, par ailleurs, j’ai une jolie édition de « L’Esprit de l’Encyclopédie ». Dans mes achats de livres je me rends compte que je suis influencé par… mes lectures. Je viens de terminer le Peyrousseaux ce qui m’a conduit à acheter un fort in-folio des oeuvres de Saint-Jérôme (saint patron des libraires et des traducteurs…) édité par Christophe Plantin. Le volume, règlé, ne contient que 5 des 10 livres initiaux mais il suffit à mon bonheur d’avoir une impression plantinienne. J’avais déja un Henri Estienne et un Charles Estienne et un Gryphe vient d’arriver, aussi je suis comblé. Le cours de la vie peut aussi influer. Ma compagne est enceinte, aussi j’ai acheté le traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées de Mauriceau pour le cas où j’aurais (Dieu m’en garde) à prendre « les choses en mains »;-)). L’avantage des livres de médecine anciens c’est qu’à la différence des modernes, on peut les comprendre…;-) Enfin, les ouvrages étranges (auxquels ce blog fait une large place ce qui me ravit) ou amusants m’intéressent (Le tableau de l’amour conjugal de Venette, le traité des signes de Costadeau, le traité des superstitions font partie des livres que j’aime feuilleter).

Où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
Mes lieux d’achat sont principalement les libraires, les ventes, les salons (même s’ils sont peu nombreux). J’achète peu sur Ebay. D’abord parce que j’ai du mal à acheter un livre que je n’ai pas vu, soupesé, feuilleté. Ensuite parce que les descriptions sont souvent… peu satisfaisantes ou fantaisistes (je pèse mes mots). Enfin parce que j’ai tendance à les acheter moins cher ailleurs. Je ne suis pas radin mais j’avoue aimer « faire un bon coup », dénicher un livre, profiter de l’incompétence d’un libraire (il en est). Bref le côté « chasse » me plaît. Alors quand le bois est giboyeux…

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
Hugues le sait je « veux » un Paré. J’ai eu l’occasion d’en feuilleter lors de ventes et cela n’a fait qu’accroître mon désir. Malheureusement, pour le moment les prix atteints sont restés dissuasifs (de peu certaines fois). Le livre que j’aime le plus dans ma bibliothèque est L’Epithome du Thresor des Antiquitez c’est à dire pourtraits des vrayes médailles des emp. tant d’Orient que d’occident, 1553, de Jacques de Strada, traduit par Jean Louveau d’Orléans. D’abord parce que c’était mon premier « 16ème ». Pour ses 270 bois ensuite (reproduction des monnaies romaines suivies de notices biographiques). Enfin, parce que c’est un livre que j’ai littéralement « déniché » dans un carton, aux puces chez un vendeur d’affiches qui en demandait 180 euros en croyant qu’il s’agissait d’un, je cite, « début 17ème » et a fini par me le vendre… 40 euros. Alors il n’est pas exempt de défauts (quelques feuillets manquants) mais tant son contenu que les conditions de son achat (et un ex-libris d’un bibliophile normand [ma patrie d’origine] du 19ème siècle), en font un livre cher à « ma » bibliophilie.
Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?
Alors je ne sais pas si l’on reste dans le domaine de la bibliophilie mais j’ai acheté dans un vide-grenier un parchemin daté de 1475. A l’origine je l’ai acheté pour un faux (et au prix d’un faux, une dizaine d’euros) pour ses très jolis sceaux. Le temps de rentrer chez moi et d’examiner le papier de plus près et je me rends compte que le papier est probablement d’époque (le passage des fils de laiton). Ce que me confirme un libraire. Quelques mois plus tard je relisais L’apparition du livre de Febvre et Martin qui mentionnent un papetier de Saint-Quentin (si ma mémoire est bonne) nommé Le Bé qui officiait entre 1470 et 1490 et qui filigranait son papier… d’un B. Je reprends le
document, l’approche de la lampe et (vous l’aurez deviné) le papier est filigrané d’un B… Les personnages nommés sont eux aussi concordants avec la date. Pour le moment et en attente d’être détrompé je le prends désormais pour un vrai. Last but not least, le document est un petit morceau d’histoire de France. Un rattachement d’un territoire (du Sieur de Montossé, Montossez, l’orthographe varie) à la couronne de France et la création, dans la foulée d’un nouveau pays des « quatre vallées ». Je n’ai pas identifié le lieu mais je compte sur un médiéviste lecteur du blog pour m’aider. Le plus amusant est au dos du parchemin. On y trouve un plan et un petit texte (du 18ème ou du 19ème siècle). Le plan est celui du chateau de Montossé et le texte dit en substance : « la légende de Montossé résolue. Il n’y a point de trésort à Montossé ». Indiana Jones quoi (le trésor en moins)! Je fournis une photo haute définition à qui veut m’aider.

Enfin, vous êtes un visteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?

Qu’il continue! J’apprécie ce rendez-vous quotidien avec la bibliophilie (évidemment un mensuel ne peut rivaliser). J’apprécie l’intelligence collective que permet internet (cette soirée sur les claies m’avait impressionnée). Bref ce blog est devenu mon second quotidien (un le matin et un le soir). Bravo et merci!!

Merci Olivier
Hugues

19 Commentaires

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  3. Qui a les moyens de constituer une telle collection de livres: la collection Bonna? Oui, pour un associé de la Banque privé Genevoise, ceci est possible.
    En résumé , je viens juste de lire Anonyme et je partage son Avis sur ce sujet.

  4. Je ne souhaitais pas remettre en cause la probité bibliophilique de Mr Bonna, qui, vu la beauté des exemplaires, et la cohérence de sa bibliothèque sur la littérature française fait peu de doute. Simplement une réflexion générale sur le fait qu'attribuer un niveau de bibliophilie ou de connaissance des arts à une personne uniquement en fonction de ses acquisitions est un peu réducteur, délicat et pas forcément objectif. De même que certains conservateurs de musée ou profs des beaux-arts connaissent et analysent mille fois mieux les tableaux de tel peintre que nombres de leurs propriétaires et ne pourront jamais se les offrir ; Il y a sans doute sur ce blog et ailleurs des grands bibliophiles qui connaissent sur le bout des doigts les ouvrages de telle ou telle période, mais ne pourrons jamais s'offrir que des estropiés ou des livres de deuxième plan. Ils sont sans doute de grands bibliophiles, mais n'auront jamais une grande bibliothèque comme Mr Bonna ; En cela être la 10 eme génération d'une famille de banquier ça aide. Ce n'est sans doute pas sur les livres anciens qui ont tous des pédigrées précédents que les générations futurs pourront juger le niveau de bibliophilie de Bonna, mais plus sur la littérature contemporaine et moderne où il achète sans doute les grands livres et manuscrits de demain, là ils seront si il a été visionnaire. Même si on fait souvent l'amalgame Grand bibliophile, Grand collectionneur de tableau, c'est parfois un abus de langage, et une hypocrisie de plus, il faudrait plus souvent dire riche bibliophile, riche amateur de tableau , enfin c'est bien normale dans une société capitaliste, ou la grandeur de l’homme s’évalue trop souvent avec celle de son portefeuille. Bon j’arrête là, je deviens moins drôle et minable bibliophile.

    Le rabat joie (très jaloux)

  5. Très beau catalogue, très belle collection, du goût, sûr.
    Après tout pour le même prix il aurait pu s'acheter un chien gonflable de Koons…

    Olivier

  6. A ceux qui croient que mon argent endort ma tête, je dis qu'il ne suffit pas d'être pauvre pour être honnête. Daniel Balavoine La vie ne m'apprend rien (1980) 🙂

    Ne remettons donc pas en cause avec autant de légèreté la probité biliophilique de Monsieur Bonna, sous prétexte que l'argent ne lui fait pas défaut.

    Nicolas

  7. L'abondance des richesses les rend moins précieuses, et la satiété en étouffe le goût. Stanislas Leszczynski Le philosophe bienfaisant (1764)

    Un rabat joie (jaloux) ;))

  8. C'est quand même plus simple d'avoir du gout quand on est banquier, qu’admire-t-on dans une telle bibliothèque, la puissance et la gloire ! Sans aucun doute un grand bibliophile, mais a t-il un jour renoncé à quelques chose de vital pour s'acheter un livre ? Je doute ? Belle accumulation de lingots sur les étagères d'une bibliothèque. Basta.

    Un rabat joie, (jaloux) les Duodo rentreraient bien dans ma modeste bibli ;))

    Une petite analyse sur les collectionneurs helvetes
    http://www.bilan.ch/etienne-dumont/courants-dart/marche-le-monde-opaque-des-collectionneurs-suisses

  9. Le livre des faits d'Armes de Bertrand du Guesclin me conviendrait tout à fait.

    Comme j'ai fait mes études à Dinan jusqu'en terminale, j'offrirai cet incunable à la ville qui débaptisera la place Duclos [Charles Pinot est un écrivain aujourd'hui oublié] où j'attendais mon car tous les soirs et la rebaptisera place Philippe Gandillet. C'est ma grande sœur qui serait contente… Je demanderais que la Place Du Guesclin garde son nom, bien évidemment !

    Bon ! je rêve peut-être… Pierre ;-))

    NB : Aucun plaisir à lire un catalogue en anglais.

  10. oui, bon, faut pas se moquer, c'est lundi. 🙂
    Mon préféré ? quand c'est trop ancien je n'y connais rien, alors, à part le Polyphile, je différentie peu les autres. Mais le Cervantès-Pompadour est bien sympathique…

  11. ah oui, il a les mêmes problèmes que nous : des trucs qui ne vont pas et qu'on met sur une étagère éloignée, des problèmes de place, de doubles…
    ça rassure !
    Mon préféré ? difficile… le dernier est toujours particulier, bien sûr. Il s'agit d'ouvrages de la Collection d'Artois. Mais en remontant de quelques semaines, il y a un Barbassou, très bien truffé, qui me vient à l'esprit, pour de nombreuses raisons.

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