Les habitudes nocturnes du hibou ou les graffitis bibliophiles de Nicolas Restif de la Bretonne

Amis Bibliophiles bonjour,
Nicolas Restif de la Bretonne (1734 – 1806) est un polygraphe connu des bibliophiles mais il était également bien curieux personnage. Il avait par exemple pris l’habitude de laisser des traces sous forme de ce qu’on appellera plus tard des graffitis sur les murs de Paris, et en particulier sur les parapets des ponts de l’Ile Saint-Louis.
Cette habitude lui valut d’ailleurs le surnom de Griffon (celui qui griffe la pierre avec un poinçon ou graphium en latin, qui est à l’origine du mot graffiti? Ou celui qui griffonne?), qui viendra s’ajouter à autre surnom, plus connu, de hibou, qui lui fût attribué à cause de ses promenades nocturnes.

Nicolas eût cette habitude pendant plusieurs années, mais il constata que ses traces disparaissaient trop rapidement, soit parce qu’elles étaient laissées trop superficiellement, à l’aide d’une clé, ou d’un fer (dont il marque la pierre d’une date, accompagnée le plus souvent de quelques mots abrégés, latins de préférence), soit parce qu’une main malveillante les effaçaient après son passage (Paul Cottin, préface à Mes inscriptions, 1889.).
Fort de ce constat, et pour conserver une trace de ces « griffes », Restif de la Bretonne décide en 1785 de relever ses propres inscriptions et de les rassembler dans un recueil qui devait initialement être annexé à Monsieur Nicolas mais qui sera publié à titre posthume et intitulé Mes inscriptions.
Ces traces rapportent le quotidien de Restif et constituent des éléments précieux pour mieux aborder la personnalité du hibou; ainsi l’abandon de sa femme en 1780 est-il marqué Abiit hodie monstrum (« le monstre est parti aujourd’hui »), ou encore le refus du Paysan perverti en 1782 par rusticana recusata (« le paysan a été refusé ». On pouvait également croiser des Sara filia (ma fille Sara), des Ruptura ou des Felix.
Ces graffitis ont-il tous disparus? Il semblerait bien que non et qu’une au moins subsiste. Nicolas était bien à Paris en 1764 et même s’il semble que cette habitude de marquer les murs ne lui viendra que plus tard, certaines personnes pensent que la trace laissée au 11 place des Vosges est une « empreinte » laissée par le hibou: 

Au 9 de la place des Vosges se trouvait néanmoins l’hôtel Nicolaï, qui fait douter quelques personnes.
H

La lettre du bibliophile

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Vocabulaire de la bibliophilie: quelques expressions peu communes

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Amis Bibliophiles Bonsoir,

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici quelques uns des mots insolites et originaux qui font le quotidien d’un bibliophile, qu’ils servent à qualifier la couleur d’un maroquin (sable, citron, taupe, violine, etc.), la qualité d’un papier, ou un livre même (chopin, etc.). C’est je trouve un grand plaisir de la bibliophile que de (re)découvrir ces termes, que nous sommes peut-être les seuls ou les derniers à employer… En voici un florilège, collectés dans un petit carnet au cours de lectures (chacun ses manies!)… En connaissez-vous d’autres?

Moustache: tranchefile sur ficelle en reliure.
Faire du cul: cette expression est employée par Dudin (L’art du relieur-doreur de livres, 1772) pour désigner un livre qui est plus rogné vers l’ouverture que vers le dos (mais je n’ai jamais personnellement croisé cette expression dans les délicats catalogues de maisons de ventes.)
Faire de la pointe: c’est le contraire, l’expression est employée pour désigner un livre qui présente le défaut d’être plus rogné vers le dos.
Livre truffé, expression qui n’est pas rare mais que j’aime beaucoup: se dit d’un livre dans lequel on a incorporé des documents (portraits, dessins originaux, états intermédiaires de gravure, prières d’insérer, lettres, etc.). A retenir, quand c’est bien truffé, cela se vend en effet au prix de la truffe.
Défouetter: pratiquer le défouettage, à savoir débarrasser un livre du fouet qui le serre sur un ais ou entre deux ais.
Dents de rat: expression employée pour désigner les décors de dorure qui se présentent sous la forme d’une succession de petits triangles plus ou moins détaillés.
Lavron: groupe de feuilles qui n’ont pas été ouvertes ou « coupées », ni par le relieur, ni par un lecteur et qui restent donc fermées.
Farci: en codicologie, ce mot désigne un volume manuscrit dans lequel on a inséré des feuillets portant un autre texte entre les pages.
Biblioklepte: voleur de livres, évidemment.
Bibliocapèle: du grec bibliokapelos, désigne un libraire vendant des ouvrages au détail.
Le très élégant « astéronyme » qui désigne un ensemble d’astérisques employées pour masquer un nom que l’on veut conserver anonyme. Ce procédé a beaucoup servi au 18ème siècle pour les ouvrages anonymes justement.
Le regrettable « caviarder » qui signifie couvrir d’encre un passage d’un livre que l’on veut rendre illisible.
Bouquineur: celui qui aime rechercher et lire des bouquins ou des « vieux livres ».
H

5 Commentaires

  1. L'expression " Écrit sur la borne " désignant un écrit rédigé à la hâte, sur le vif , ne viendrait-elle pas de là ?

    Rivarol l'a employée à propos de Sébastien Mercier : " Lui seul nous a donné un livre pensé dans la rue , écrit sur la borne "

  2. … en bas de chez moi aussi, il y a une inscription "nicolas", très bien conservée d'ailleurs… j'habite, qui plus est, à proximité de la seine… vous la trouverez facilement, elle est sur un immeuble avec un marchand de vins…
    Xavier (tjs aussi honte de moi !)

  3. en l'occurrence il s'agit plus de gravure avec un marteau et un burin que d'un simple graffiti. Il faudrait demander à un professionnel de pierres tombales le temps nécessaire à une telle inscription
    Patrick C.

  4. Une joli légende pour ce beau graffiti… Aucune preuve que le "hibou" en soit l'auteur… Ses inscriptions étaient plutôt latine et situées près de la Seine…

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