Reconnaître les différents styles de dorure II

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Voici la suite du message de Xavier sur les différents styles de dorure. Pour des considérations plus générales sur chaque type de reliure, utilisant telle ou telle forme de dorure, vous pouvez retrouver bon nombre des styles présentés dans mes divers articles sur les différents type de reliures.

Le style Régence, le XVIIIe.

On y recherche la légèreté, l’équilibre et la délicatesse ; on y trouve des visages féminins, des animaux (colombes, dauphins,..) ; des jardins fleuris, des thèmes de chasse et de pêche….de la rocaille. Reconnaître les différents styles de dorure IIEn fait, la dominante caractéristique est l’intégration des thèmes floraux. C’est la période de Le Monnier, Pasdeloup, de Derôme et de son fer à l’oiseau. Mais la seule innovation est l’apparition des décors mosaïqués, les relieurs précédemment cités s’y sont essayés. Reconnaître les différents styles de dorure II (2)(quelques fers à l’oiseau)

Le XVIIIe est quelque peu en panne d’inspiration et nous voyons apparaitre le style Anglais qui se prolonge sous le Directoire et la Restauration. Reconnaître les différents styles de dorure II (3)La révolution : Elle rompt avec le passé et est promesse d’avenir, mais destructrice des œuvres anciennes telles les armoiries, dorures et même des livres ; d’où les armes grattées sur des ouvrages que l’on peut trouver aujourd’hui. Plus de reliures de luxe, il ne reste que les travaux courants dont les décors sont très simples dans leur conception : l’art officiel domine. Reconnaître les différents styles de dorure II (4)L’empire : le Consulat et l’Empire ne renient pas les grandes et glorieuses civilisations disparues ; palettes grecques et lauriers sont de rigueur, couronnes de roses nouées d’un mince ruban flottant d’allure sévère. Reconnaître les différents styles de dorure II (5)C’est la période des frères Bozérian, peu enthousiastes de l’art officiel ; Ils y créent les dos sans nerfs, les petits fers noyés dans des fonds pointillés : ils amorcent le style romantique.

Le style Romantique : moment fort du XIXe.
Quelques fers restauration (1815-1830) Reconnaître les différents styles de dorure II (6)Décors de type « cathédrale » : La dorure à la plaque facilite grandement la tâche (la célèbre maison Gruel en a gravé d’une incroyable finesse) Reconnaître les différents styles de dorure II (7)Quelques roulettes romantiques. Reconnaître les différents styles de dorure II (8)Les pastiches, seconde moitié du XIXe ;
Pour tous les arts les créations sont totalement axées sur le passé. La dorure s’inspire alors de tous les styles français, mais aussi Chinois et japonais.

Les dorures croissent en nombre ; notons aussi que la plupart des fleurons anciens qui peuvent encore exister de nos jours furent gravés à cette époque très active. Les plaques antérieures au XIXe siècle sont supérieures en épaisseur au 6.5mm/7mm imposés par l’industrialisation de la dorure.

Les fers, quand à eux, possèdent sur la tige un renflement ; c’est donc un moyen de vérifier « l’authenticité » des plaques et fleurons réellement anciens.

Le retour à la créativité, avec l’atelier de Marius-Michel (le père était le doreur de Capé) qui s’illustra par la qualité, mais aussi par ses conceptions valorisant la flore et le feuillage ; les mosaïques souvent serties de filets annoncent le XXe siècle. Reconnaître les différents styles de dorure II (9)Le XXe siècle, l’art déco, 1925 Reconnaître les différents styles de dorure II (10)Merci Xavier, H
Pour en savoir plus , et les ouvrages consultés pour cet article :
-Julien Fléty-La gravure des fers à dorer, Technorama. 1984
-Pascal Alivon-Styles et modèles. Guide des styles de dorure et de décorations des reliures. Arnoville, 1990, isbn : 2950453902
-Henri Béraldi-La reliure du XIXe siècle
-E.Quentin-Bauchart-Les relieurs 1500-1900, aussi en PDF ici :
-Louis-Marie Michon-Les reliures mosaïqués du XVIIIe
-Léon Gruel-Conférences sur la reliure et la dorure des livres, 1896

Foire aux questions sur la dorure des reliures anciennes

Qu’est-ce que la dorure en reliure ?

La dorure consiste à imprimer un motif décoratif sur le cuir d’une reliure à l’aide de fers chauds (lisses, ornés ou roulettes) et de feuilles d’or. Le doreur est souvent un artisan distinct du relieur. Les grands ateliers ont leurs propres fers, créant des décors reconnaissables.

Comment identifier le style de dorure d’une reliure ancienne ?

L’identification se fait sur trois critères : les motifs des fers (fleurons, palmettes, dentelles), leur disposition (semis, encadrement, médaillon central), et l’époque (la mode des décors évolue par siècle). La comparaison avec des planches de référence (Lohr, Devauchelle) est précieuse.

Quelle différence entre une dorure et un gaufrage ?

La dorure applique de l’or sur le cuir avec un fer chauffé. Le gaufrage (ou estampage à froid) marque le cuir en relief sans or, créant un motif en creux. Les deux techniques peuvent coexister sur la même reliure.

Les dorures peuvent-elles s’effacer avec le temps ?

Oui : l’or est posé en feuilles très fines et peut s’écailler ou disparaître par usure (frottements répétés, manipulation), surtout sur le dos. Une bonne dorure de l’époque, posée sur un cuir bien préparé, dure cependant des siècles. Les dorures modernes « à la presse » (XXe siècle) sont moins durables.

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Une reliure à la cathédrale bien mystérieuse

Une reliure à la cathédrale bien mystérieuse

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Hasard du calendrier puisque dimanche deux lecteurs du blog m’ont envoyé des articles sur des sujets proches: V qui a proposé une tribune sur les attribution abusives de reliures à des relieurs, et Gilles qui vous présente aujourd’hui une de ses reliures, et développe une thèse intéressante sur le même sujet.

« Je vous présente une de mes reliures: il s’agit d’une reliure “à la cathédrale” ornée d’une grande plaque à froid, signée de Bauzonnet. Ce type de décor d’inspiration architecturale gothique, connut une ferveur intense mais limitée dans le temps de 1825 à 1840.Cette reliure est un peu étrange pour le maître des filets que fut Bauzonnet. En effet on dit qu’il affectionna les décors de filets dorés en réaction justement à la mode de “la cathédrale”. Elle couvre l”Imitation de Jésus-Christ”, traduction de l’abbé Dassange, illustrée par Tony Johannot et Cavelier, chez Curmer à Paris en 1836, in-4. Plein veau poli lie de vin foncé, à 5 nerfs ornés d’une roulette dorée, caissons estampés à froid d’une croix et de motifs floraux, titre doré, signature en queue. Grande plaque à froid sur les plats réalisant un encadrement de filets en creux “noirci” et un double encadrement de trois filets dorés. Filets sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranchefiles doubles, tranches dorées. Notons que Bauzonnet à cette époque n’est pas encore associé à Trautz.

Voici maintenant peut-être deux autres exemplaires de cette plaque.
Le premier couvre les “Promenades dans Rome” de Stendhal chez Delaunay en 1829. Ce livre figure dans la vente du 20 octobre 2004 chez Azur enchères à Cannes. La reliure n’est pas signée. La plaque semble identique, sauf le granité au-dessus des pinacles. La roulette en encadrement et la facture de la reliure semblent un brin en dessous de la manière des grands maîtres relieurs.

Le second couvre “les Saints Evangiles,… traduits par M. l’abbé Dassance, illustrés par Tony Johannot, Cavelier, Gérard Séguin et Brevière.” Paris, Curmer, 1836.
La reliure est signée… Niedrée! Elle est reproduite dans “Relieurs et reliures décorées en France à l’époque romantique” Bibliotheca Wittockiana, Paul Culot, 1995. La plaque paraît identique mais présente des petites variations, le jour supérieur dans le pinacle central un peu plus large, les petits points dans les arcs brisés centraux supérieurs et les trois petits points dans les jours des pinacles latéraux inclinés dans l’autre sens. Niedrée s’est installé en 1836, il a travaillé auparavant en même temps que Trautz chez Kleihans à Paris, il travailla personnellement pour Curmer en 1838.
Notons pour les deux reliures signées, la même année d’édition, chez le même éditeur pour un même auteur. (On trouve également ces livres sous un autre modèle de plaque cathédrale signés tantôt de Thouvenin, tantôt de Simier ou non signés! Cf Paul Culot N° 48 et Devauchelle page 207 et catalogue Azur n°248 )

Que peut-on en conclure?
Si la plaque est la même, [et en ce cas les minimes différences observées peuvent-elles être techniquement le résultat de retouches faites sur la plaque?] se peut-il que les relieurs se soient échangé leur matériel?
Se peut-il qu’un relieur ait servi de façonnier aux autres et que chacun signe pour autant “sa” reliure?

Le graveur a-t-il tiré plusieurs plaques? Ou un même dessin a-t-il servi à plusieurs graveurs? Il faudrait disposer des mesures exactes des plaques.

Enfin, à la lumière de cet exemple, est il raisonnable d’attribuer une reliure non signée sur la foi d’un fleuron, d’une roulette ou d’une plaque retrouvés sur une reliure signée? Quelle valeur faut-il prêter aux mentions du type “attribuable à Derôme..”? Merci Gilles, H

8 Commentaires

  1. Oui, les dorures étaient réalisées à la feuille d’or et les argentures à la feuille d’argent parce que c’était le plus pratique à défaut d’être le plus économique. Cependant, Laboulaye décrit une technique bâtarde de dorure sur cuir qui consistait à vernir l’argenture avec une mixture (dont il donne le détail) afin de retrouver l’apparence de l’or. Je pense que cette technique a du être utlisée dans l’ameublement car je n’ai rien vu qui y ressemble sur un livre.

  2. J’ai une ou deux reliures (allemandes et anglaises) des XVIIè et XVIIIè siècle qui sont décorées au fer à chaud mais argentées et non dorées, ce qui avec les siècles et l’oxydation de l’argent (qui noircit presque intégralement) donne un résultat pas très heureux et plutôt désagréable à l’oeil. J’ai eu en mains dernièrement une reliure de deuil en maroquin noir décorée de fers argentés, aux armes du régent (vers 1717) sur un Office de la semaine…

    Bonne soirée,

    Bertrand

  3. Vincent, je ne peux pas répondre en ce qui concerne les siècles précédents, en revanche je sais qu’actuellement, pour la dorure, on peut utiliser de l’or, des films métallisés (argentés, cuivrés…), des films de couleur (type Oeser), du noir de fumée… ou même rien du tout (pour la dorure « à froid »).

  4. Ah, Xavier, je savais bien que la suite de ton article allait être au moins aussi intéressante que la première partie. Et je ne suis pas déçue. Bravo. J’aime beaucoup le petit arbre et le bonnet phrygien en dessous de « la nation la loi et le roi ».

    Hugues : on ne peut pas cliquer sur les images pour les agrandir ? Sur mon blog, c’est automatique, comment se fait-il que sur le tien ce ne soit pas pareil ?

    Bergamote (qui n’aime pas le html)

    PS pour Bertrand : voyons, tu es bien placé pour savoir que l’expression « une belle paire de » est toujours suivie du pluriel (clin d’oeil)

  5. PS : pour Bergamote…

    dans ce cas article prendrait bien un S ou un X ?? Comme j’hésite, je préférais m’abstenir (sourire).

    Amitiés, Bertrand

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