Promenade de bibliophile: Strasbourg, ville de livres, Gutenberg, ses librairies et ses musées

Amis Bibliophiles bonjour, 
Un voyage familial à Strasbourg le temps d’un court congé de fin de semaine fut aussi l’occasion de redécouvrir une ville du livre.
Gutenberg par David d’AngersIci Gutenberg fit ses premières armes et sa statue au centre de la place éponyme rappelle qu’il travailla dans la ville de 1430 environ à 1444. Il quitta la ville après le procès qui suivit le décès d’un de ses associés. 
La statue est l’œuvre de  David d’Angers, portrait idéalisé bien sûr, car comme chacun sait, il ne subsiste aucune représentation d’époque des traits de l’inventeur de l’imprimerie typographique.
Son histoire est brièvement retracée au Musée historique de Strasbourg avec la présentation de quelques incunables et post-incunables et de matériel typographique regrettablement bien postérieur (une galée du XXe  siècle, une matrice de Monotype, un disque de Lumitype), mais point de reconstitution de presse par exemple. 

Une visite aux D.N.A. (Dernières Nouvelles d’Alsace) permet cependant de découvrir en vitrine une très belle presse métallique (XIXe siècle) à un coup de type Stanhope, de marque Foucher à Paris, ainsi qu’un rang typographique et ses divers accessoires qui voisinent avec un matériel informatique moderne.
Pour les incunables, je n’ai pas vu les 2098 exemplaires que renferme aujourd’hui la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg (seconde bibliothèque de France par l’étendue et la diversité de ses collections), mais je regrette encore les 300 000 volumes incendiés en 1870. L’édifice qui succéda à cette bibliothèque disparue est un gros bâtiment de style prussien  actuellement sous les échafaudages.

Les libraires s’étaient donnés rendez-vous ce jour-là à Molsheim au salon du livre ancien où paraît-il des incunables se sont négociés. Samedi la librairie Gangloff place de la cathédrale était fermée, ainsi que la librairie de l’Amateur, rue des Orfèvres. En revanche « la Jument verte », rue des Juifs, dépouillée de beaucoup de ses trésors pour Molsheim présentait notamment un calendrier sur peau de vélin du XVe siècle, une édition de La Fontaine en deux volumes en maroquin mosaïqué de Koehler, ou une lettre autographe sur une séance de spiritisme de Huysmans truffant un exemplaire illustré de 1923  de « En ménage ». 

Non loin de là, la librairie d’occasion était aussi ouverte…avant cession de bail.
Les musées de la ville organisent de leur côté une exposition temporaire « Automne cuivré » sur la gravure au XVIIe siècle. Wenzel Hollar (1607-1677) qui travailla deux années à Strasbourg se taille la part du lion au Palais Rohan, dans les anciennes écuries puis bibliothèque aujourd’hui galerie Heitz. Mais le Musée des Beaux-Arts présente aussi des gravures et leurs versions  miniatures en couleurs sur vélin et le Musée de l’Œuvre Notre-Dame quelques productions strasbourgeoises de l’époque et un cuivre original en vis à vis de son tirage.

Place du château, l’Œuvre Notre-Dame, superbe Musée Moyen Age – Renaissance au demeurant, réserve aussi quelques plats de reliure médiévaux en ivoire et une intéressante représentation de bibliothèque sur un panneau peint du XVe siècle, tandis que le Musée des Arts décoratifs, son voisin au Palais Rohan,  présente une unique collection de reliures d’orfèvrerie du XVIIIe siècle et le Musée alsacien sur les quai de l’Ill, quelques ouvrages et imprimés plus populaires. 


Comme toujours j’ai longtemps admiré la Bibliothèque  des grands appartements des princes évêques, cardinaux  de Rohan. Les livres ne sont pas ceux d’origine mais offrent quelques agréables surprises de reliures ou de titres. La collection hélas semble plus être la proie de la poussière que le sujet d’un intérêt quelconque. Les quelques cartels subsistants palissent de vieillesse.
La pièce est cependant extraordinaire, les meubles d’origine,  en acajou sont surmontés de bustes à l’antique et  les sphères terrestres ou célestes qui ornent le centre de la pièce ajoutent à l’ambiance.

Bien sûr vous ne pourrez pas ignorer les autres merveilles de Strasbourg, sa cathédrale, la petite France, le mausolée du Maréchal de Saxe en l’église Saint-Thomas… un week-end n’y suffira cependant pas.
Lauverjat

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Thouvenin et le décor “à lacets”

Amis Bibliophiles Bonjour,
Je vous propose de retrouver un article de notre ami Lauverjat, qui continue à nous faire découvrir les relieurs du 19ème: aujourd’hui, Thouvenin et le décor « à lacets ».
À l’Exposition des Produits de l’industrie du département de la Seine de 1819, Joseph Thouvenin présente une dizaine de reliures. Le travail du relieur est salué pour la fermeté de ses cartons, le veau poli, les bordures ornées à froid et l’usage de filets noirs. Emmanuelle Toulet (Joseph Thouvenin, Naissance du style historiciste dans l’art de la reliure au XIXe siècle) a précisé que ces reliures utilisant des filets noirs tracés à l’aide de “plumes en fers ou mieux de grosses plumes de cygne” et d’une règle étaient nouvelles pour l’époque. Les pièces de titre noires sont une autre caractéristique de ces reliures.L’application de ces propriétés donne un modèle de décor original que j’appelle “à lacets” illustré ici par trois livres.
Le premier en deux volumes porte la signature de Thouvenin en queue du tome I. Sa reliure est en veau fauve glacé, ornée sur les plats d’un grand réseau de filets noirs entrecroisés à la manière d’une guêpière, dessinant 4 grands losanges complets compris dans un rectangle, avec petites marguerites dorées aux intersections et un encadrement de roulette de palmettes à froid et de filet noir, le dos à quatre nerfs, orné de palettes dorées, les pièces de titre et de tomaison noires, guirlande dorée sur les coupes et encadrement de roulette dorée intérieur, toutes tranches dorées. L’ouvrage est de format grand in-8 (242 mm x 157 mm), il s’agît des Aventures de Télémaque imprimé à Paris pour E. A. Lequien date de 1820.La seconde recouvre deux titres séparés, Paul et Virginie et La Chaumière Indienne tous deux à Paris chez Furme en 1829, de format petit in-8 (167 mm x 110 mm). La reliure n’est pas signée et je n’ai pas identifié les fers du dos. Le style est exactement le même, une pleine reliure de veau brun poli, une grande composition géométrique de “lacets” de filets noirs avec points dorés aux intersections et encadrement de roulette à froid et de filet noir, guirlande dorées sur les coupes et réemploi de la roulette des plats, dorée cette fois, à l’intérieur. Le dos à quatre nerfs réserve deux pièces de titre noires.
Le troisième exemple provient du catalogue de juin 2009 de la librairie Cambon à Paris, le livre étant vendu je ne l’ai pas pris en main mais son décor est proche et la notice est éloquente.L’ouvrage de Paul Culot (Relieurs et reliures décorées en France à l’époque romantique) ne présente aucune reliure de ce type, non plus que Devauchelle ou les planches de la collection Descamps-Scrive. La question n’est pas d’attribuer tous ces livres à l’atelier de Thouvenin, mais de savoir combien de temps ce décor fut utilisé et si d’autres relieurs ont signé ce type de décor. Votre avis?
Lauverjat
Merci!H

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1 Commentaire

  1. Merci pour la ballade!
    On lira la biographie de Gutenberg de Guy Bechtel pour creuser un peu le travail effectué par Gutenberg à Strasbourg.
    Enfin, on sait pas grand chose quand même!

    Cordialement

    Wolfi

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