Portrait d’un relieur contemporain: l’oeuvre d’Alain Tarral

Amis Bibliophiles bonjour,
Amateurs de reliures, j’aimerais vous faire découvrir (ou plus sûrement redécouvrir) un artiste, un artisan dont la créativité, l’originalité, le souci de perfection, et la très grande patience font de ses reliures de véritables œuvres d’art.
Il s’agit d’Alain TARAL, relieur-marqueteur, à qui la Librairie Blaizot à Paris a consacré une remarquable exposition à l’automne, réunissant un exceptionnel ensemble des reliures en bois d’olivier que l’on retrouve en partie, avec d’innombrables autres créations, à la Médiathèque et la librairie « Les mots passants » à Hyères-les-Palmiers (Var).
Histoire des quatre fils Aymon. Illustrations d’Eugène Grasset. Reliure en bois de Palissandre, ornée de caissons en noyer découpés en pointes de diamant.Il serait fastidieux de faire état de toutes les expositions auxquelles Alain Taral a participé en France ou dans le reste du monde, ou des prix qu’il a reçus, rappelons seulement qu’il a obtenu les félicitations du jury pour la qualité de son travail présenté en 1995 lors de la Troisième Biennale Européenne de la Reliure d’Art à Saint Jean de Luz, et cette même année la distinction « Eerwolle Vermelding voor bijzonder vackmanshap » lors du concours européen de Reliure d’Art organisé à La Haye, ainsi que le grand prix régional de la Société d’Encouragement aux Métiers d’Art.
En 1997, il était récompensé de la médaille d’argent lors du Salon de l’Invention qui s’est tenu à Lyon pour son système de charnière et du premier prix lors de la Quatrième Biennale Européenne de la Reliure d’Art à Saint Jean de Luz.
Alain Taral a été sélectionné lors du concours international de Macerata « Cent reliures pour l’éternité » ainsi que 2 ans plus tard pour « François d’Assise ». En l’an 2000, il a reçu le titre de « Golden Book » à l’occasion du concours de reliure d’art SCRIPTA MANENT II organisé à TALLINN par la bibliothèque nationale d’Estonie.
Il est également récompensé au prix Liliane Bettencourt – Métiers du patrimoine « POUR L’INTELLIGENCE DE LA MAIN ». En 2006 au concours Pointe de Paris, le jury préfère le placer « Hors Concours ». En 2008, il remporte le 1er prix pour les 400 ans de la ville de Québec et l’exposition « Québec relié comme jamais ». En 2009, il remporte le premier prix au concours international de DESIGNER BOOKBINDERS à Oxford.
La plus belle évocation de son art se trouve dans le catalogue de l’exposition qui a eu lieu en 1996 à la Librairie Fata Libelli.
« Tulipier teinté bleu et filet acajou… Petits caissons de palissandre en pointe de diamant entourés d’un filet de macasar d’ébène… Doublures en palissandre… Bandes d’érable moucheté teinté ivoire… La seule évocation des décors réalisés avec de précieuses essences par Alain Taral pour ses reliures offre un prélude enchanteur. Ensuite, entrent en jeu, tous les sens requis pour apprécier et admirer des reliures d’exception: la vue, le toucher, l’odorat aussi. Aux maroquins, chagrins ou box qui traditionnellement habillent nos plus belles éditions, Alain Taral a donc substitué le bois : chêne, noyer, acacia, merisier, acajou, peroba rose du Brésil…
Albert Camus. Noces.  illustrations de Clairin.Reliure en Bois satiné rubané à charnières doubles, Plats ornés d’un décor abstrait par superposition de boisAlain Taral est relieur-marqueteur. Sa vocation a mûri patiemment mais, au plus loin, elle plonge ses racines dans une enfance vosgienne et immanquablement sylvestre; le jeune garçon a commencé à tailler les bouts de bois abandonnés pour en venir à fabriquer des cadres puis des meubles. Un jour, on lui demande de réaliser une marqueterie pour décorer le plat d’un livre.
Le défi du livre ouvre des champs inexplorés au créateur. Certes, le bois fut déjà utilisé dans la reliure, au XVème et XVIème siècles. Il constituait alors la structure des plats du livre ; c’étaient les ais de bois recouverts généralement d’une peau de truie ou encore d’une plaque d’ivoire ou d’émaux, d’étoffes ou de broderies. Le bois n’était alors qu’un support et en aucun cas un élément du décor. Alain Taral, le premier, donne au bois l’occasion de décorer une reliure avec autant de noblesse et de somptuosité que tous les matériaux utilisés jusqu’à ce jour.
De plus, ses recherches l’ont poussé à inclure toujours plus de bois dans ses reliures. Au début, il a conservé le corps d’ouvrage traditionnel, avec des ficelles et le dos en peau revenant sur les plats. Puis il a rapidement adopté la technique dite « à la Bradel » qui a pour effet, entre autres, de séparer nettement par un sillon le dos des plats, assurant ainsi la disponibilité entière de ces derniers pour y étendre un décor. La réalisation d’une reliure tout en bois laissait le problème de l’articulation entre les plats et le dos du livre. La solution fut trouvée grâce à une charnière composée d’un emboîtage de bois traversé par un axe invisible en acier. Toutes les reliures d’Alain Taral sont désormais exécutées suivant ce principe en plusieurs présentations. Une reliure précieuse est toujours protégée par un étui. Celui-ci, avec Alain Taral, est évidemment recouvert de placages de bois précieux, naturels ou teintés.
Albert Camus. Noces.  illustrations de Clairin.Reliure en Bois satiné rubané à charnières doubles, Plats ornés d’un décor abstrait par superposition de boisCompositions figuratives, géométriques ou lettristes, tous les décors exécutés par Alain Taral demeurent, comme il se doit en reliure d’art, guidés dans l’esprit du livre – son texte, son illustration, son architecture… L’artiste sait aussi jouer avec les qualités intrinsèques de son matériau. Le bois offre naturellement par sa structure (veinures, tonalités…) une richesse décorative infinie et parfois inattendue qu’Alain Taral entend préserver et valoriser, voire privilégier – notamment par le choix d’un style « janséniste ».
Son atelier est planté sur une colline de Provence, lieu de calme et de réflexion propice à la création et il dispose du musée Jean Aicard à Solliès-Ville (83) afin de montrer au public son travail. Collections particulières ou fonds patrimoniaux se sont enrichis des créations d’Alain Taral, dont la qualité et l’originalité sont reconnues par des amateurs de reliure de plus en plus nombreux en France comme à l’étranger ».
Sébastien GuillenLibrairie « Les mots passants »Hyères

La lettre du bibliophile

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Portrait de Bibliophile : Olivier.

Portrait de Bibliophile : Olivier.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d’un bibliophile, universitaire et Toulousain, qui intervient régulièrement sur le blog, Olivier.
Bonjour Olivier,

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Eh bien je suis universitaire et toulousain depuis 3 ans. A vrai dire ma bibliothèque (de livres anciens) a débuté avec mon arrivée à Toulouse. L’abondance de livres anciens et les prix (souvent) modiques qui y sont pratiqués m’ont incité à « sauter le pas ». Etudiant, j’avais dévoré les
livres de Roger Chartier, d’Elisabeth Eisenstein, de Robert Darnton, de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, etc. J’étais donc fasciné par ces livres mais (longuement [je parle aux thésards membres actifs de ce blog qui me comprendront]) étudiant et avec un pouvoir d’achat limité je n’en avais jamais acheté qu’un (un volume du théâtre de Thomas Corneille). A Toulouse, j’ai découvert de nombreux libraires mais aussi de nombreux livres (y compris dans des vide-greniers) à des prix très modiques. Aussi (pardonnez moi mon père) j’ai beaucoup pêché et ai acquis (dans un premier temps) de nombreux incomplets qui ont longtemps suffi à mon bonheur. Aujourd’hui je m’en sépare ce qui me sert à financer mes nouveaux achats. Enfin, pour expliquer la croissance rapide de ma bibliothèque (entre 80 et 100 volumes en moins de deux ans, je n’ai jamais compté…) mon bureau se situe à quelques mètres de deux salles des ventes qui organisent régulièrement des ventes de livres (y compris dans des ventes dîtes « de brocante »). Ce qui tend à confirmer que les livres anciens sont (relativement) abondants à Toulouse (si quelqu’un a une explication?? On m’a parlé des belles bibliothèques protestantes, de l’enclavement de Toulouse pendant longtemps, etc…).

Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Comme je l’ai dit elle remonte à mes années d’étudiant, à mon goût pour l’histoire et, plus largement, pour les objets anciens (mobilier, céramique, etc.). Evidemment en étant universitaire, on développe un rapport familier aux livres, une partie du travail consistant à les faire se parler entre eux et à restituer ce « dialogue » aux étudiants. Cette disposition d’esprit me semble propice à la bibliophilie. Surtout, lire un livre ancien c’est se laisser happer par une époque, et ce qui me passionne c’est de tenter de percevoir ce que celui qui écrivait et celui qui lisait ces volumes avaient en tête.
Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?
Eclectique elle fût. Elle l’est moins. J’aime les livres historiques et politiques, les pamphlets. J’ai une prédilection pour les ouvrages révolutionnaires mais il me semble difficile de les trouver dans un état correct (la période n’était sans doute pas propice à la qualité des reliures et des impressions). L’entreprise éditoriale que représente l’Encyclopédie me fascine mais, n’ayant pas les moyens de m’acheter (ni la place d’accueillir) l’ensemble de l’Encyclopédie, je me suis néanmoins offert les deux premiers volumes pour bénéficier des frontispices et, par ailleurs, j’ai une jolie édition de « L’Esprit de l’Encyclopédie ». Dans mes achats de livres je me rends compte que je suis influencé par… mes lectures. Je viens de terminer le Peyrousseaux ce qui m’a conduit à acheter un fort in-folio des oeuvres de Saint-Jérôme (saint patron des libraires et des traducteurs…) édité par Christophe Plantin. Le volume, règlé, ne contient que 5 des 10 livres initiaux mais il suffit à mon bonheur d’avoir une impression plantinienne. J’avais déja un Henri Estienne et un Charles Estienne et un Gryphe vient d’arriver, aussi je suis comblé. Le cours de la vie peut aussi influer. Ma compagne est enceinte, aussi j’ai acheté le traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées de Mauriceau pour le cas où j’aurais (Dieu m’en garde) à prendre « les choses en mains »;-)). L’avantage des livres de médecine anciens c’est qu’à la différence des modernes, on peut les comprendre…;-) Enfin, les ouvrages étranges (auxquels ce blog fait une large place ce qui me ravit) ou amusants m’intéressent (Le tableau de l’amour conjugal de Venette, le traité des signes de Costadeau, le traité des superstitions font partie des livres que j’aime feuilleter).

Où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
Mes lieux d’achat sont principalement les libraires, les ventes, les salons (même s’ils sont peu nombreux). J’achète peu sur Ebay. D’abord parce que j’ai du mal à acheter un livre que je n’ai pas vu, soupesé, feuilleté. Ensuite parce que les descriptions sont souvent… peu satisfaisantes ou fantaisistes (je pèse mes mots). Enfin parce que j’ai tendance à les acheter moins cher ailleurs. Je ne suis pas radin mais j’avoue aimer « faire un bon coup », dénicher un livre, profiter de l’incompétence d’un libraire (il en est). Bref le côté « chasse » me plaît. Alors quand le bois est giboyeux…

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
Hugues le sait je « veux » un Paré. J’ai eu l’occasion d’en feuilleter lors de ventes et cela n’a fait qu’accroître mon désir. Malheureusement, pour le moment les prix atteints sont restés dissuasifs (de peu certaines fois). Le livre que j’aime le plus dans ma bibliothèque est L’Epithome du Thresor des Antiquitez c’est à dire pourtraits des vrayes médailles des emp. tant d’Orient que d’occident, 1553, de Jacques de Strada, traduit par Jean Louveau d’Orléans. D’abord parce que c’était mon premier « 16ème ». Pour ses 270 bois ensuite (reproduction des monnaies romaines suivies de notices biographiques). Enfin, parce que c’est un livre que j’ai littéralement « déniché » dans un carton, aux puces chez un vendeur d’affiches qui en demandait 180 euros en croyant qu’il s’agissait d’un, je cite, « début 17ème » et a fini par me le vendre… 40 euros. Alors il n’est pas exempt de défauts (quelques feuillets manquants) mais tant son contenu que les conditions de son achat (et un ex-libris d’un bibliophile normand [ma patrie d’origine] du 19ème siècle), en font un livre cher à « ma » bibliophilie.
Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?
Alors je ne sais pas si l’on reste dans le domaine de la bibliophilie mais j’ai acheté dans un vide-grenier un parchemin daté de 1475. A l’origine je l’ai acheté pour un faux (et au prix d’un faux, une dizaine d’euros) pour ses très jolis sceaux. Le temps de rentrer chez moi et d’examiner le papier de plus près et je me rends compte que le papier est probablement d’époque (le passage des fils de laiton). Ce que me confirme un libraire. Quelques mois plus tard je relisais L’apparition du livre de Febvre et Martin qui mentionnent un papetier de Saint-Quentin (si ma mémoire est bonne) nommé Le Bé qui officiait entre 1470 et 1490 et qui filigranait son papier… d’un B. Je reprends le
document, l’approche de la lampe et (vous l’aurez deviné) le papier est filigrané d’un B… Les personnages nommés sont eux aussi concordants avec la date. Pour le moment et en attente d’être détrompé je le prends désormais pour un vrai. Last but not least, le document est un petit morceau d’histoire de France. Un rattachement d’un territoire (du Sieur de Montossé, Montossez, l’orthographe varie) à la couronne de France et la création, dans la foulée d’un nouveau pays des « quatre vallées ». Je n’ai pas identifié le lieu mais je compte sur un médiéviste lecteur du blog pour m’aider. Le plus amusant est au dos du parchemin. On y trouve un plan et un petit texte (du 18ème ou du 19ème siècle). Le plan est celui du chateau de Montossé et le texte dit en substance : « la légende de Montossé résolue. Il n’y a point de trésort à Montossé ». Indiana Jones quoi (le trésor en moins)! Je fournis une photo haute définition à qui veut m’aider.

Enfin, vous êtes un visteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?

Qu’il continue! J’apprécie ce rendez-vous quotidien avec la bibliophilie (évidemment un mensuel ne peut rivaliser). J’apprécie l’intelligence collective que permet internet (cette soirée sur les claies m’avait impressionnée). Bref ce blog est devenu mon second quotidien (un le matin et un le soir). Bravo et merci!!

Merci Olivier
Hugues

6 Commentaires

  1. L'exposition à la librairie Blaizot était une exposition personnelle de l'artiste. A ma connaissance, elles n'étaient pas à vendre. par contre il y a des reliures d'Alain Taral en vente à la libraire les mots passants à Hyères.

  2. Bonjour
    les prix varient au tant que pour un relieur plus traditionnelle tout dépend des formats, des essences de bois utilisées, du temps d'exécution etc. de quelques centaines d'euros à …

    ce qui est notable toutefois ce sont les quelques résultats de vente publique de livres reliés par A. Taral… quelle plus-value!!!
    LMP

  3. Bonjour,

    quelle technique et quelle poésie dans ces reliures!
    Matériau très "chaud" que le bois!
    Je vois bien ces reliures en bois, matière brute et précieuse, recouvrir des incunables enluminés ou simplement rubriqués.
    Bien mieux qu'une reliure 19e par exemple, un peu "froide" à mon goût!
    Quelqu'un a une idée des prix?
    cordialement,

    Wolfi

  4. Très bon article, merci, j'apprécie de trouver des infos sur la reliure contemporaine, n'oublions pas que l'art est vivant, avant de se "Bozérianiser", "se mariusmicheliser", se "grueliser"… Et que nous devons être attentifs au travail qui se fait sous nos yeux, même si – ou quand – il ne nous plaît pas… Merci !
    Benoît P.

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