Miscellannées Bibliophiles de Monsieur H.: la bibliophilie c’est pour les papys, quelques nouvelles d’Aristophil alias « tu vas avoir des problèmes toi », l’argent perdu de l’investisseur lorrain…

Amis Bibliophiles bonjour, La bibliophilie, c’est pour les papys! Noël approche, et même si certains libraires s’épanchent sur le fait que le livre ancien ne semble pas être un cadeau prisé cette année (ce qui ne me surprend pas), d’autres au contraire rivalisent de marketing direct à grand renforts de mailing.  C’est l’un de ces mailings qui m’a interpellé aujourd’hui, celui envoyé par la Librairie Le Feu Follet et qui a pour titre « Pas d’idée pour Papy? Mais si… ».
  Il faut reconnaître que le reste du mailing propose des cadeaux pour le reste de la famille, mais à l’heure où tout le monde s’inquiète de voir le nombre de bibliophiles vieillir, voire mourir, je me demande si c’est vraiment le bon message à envoyer. Est-ce qu’un « il n’y a pas d’âge pour aimer les livres anciens », n’aurait pas été mieux? Quoi de neuf chez nos amis d’Aristophil? Hélas pas de bonnes nouvelles qui viendrait nous annoncer que ce remue-ménage juridique est infondé et que tous les investisseurs vont retrouver leurs billes. Au contraire, un article inquiétant dans le Républicain Lorrain dans lequel un investisseur affirme que malgré ses tentatives il ne peut récupérer ses fonds et la plus-value « promise ». Ce commerçant propriétaire en indivision de nombreux documents achetés par Aristophil et mis en vente via Art Courtage, dont les archives de De Gaulle réclamées et préemptées par l’Etat.  Interrogé par le journal, M. Lhéritier, qui n’est pas mis en examen et bénéficie toujours de la présomption d’innocence, affirme qu’il ne peut agir puisque tous ses comptes et autres actifs sont mis sous scellés, sauf que l’investisseur en question réclame depuis 6 mois auprès d’Aristophil, soit bien avant les perquisitions. Etrange. L’avocat de l’investisseur,  maître Alexandre Bouthier conclue que « tout ceci manque de transparence, et que le taux de rendement semble suspect ». Il va saisir le Parquet de Paris. Pour ce client d’Aristophil, ce sont potentiellement 235 000 euros qui sont perdus. Espérons qu’il les retrouvera une fois les choses clarifiées. Aristophil encore, actif sur les réseaux sociaux avec son groupe de soutien sur Facebook, Soutenons Aristophil, qui semble m’en vouloir, enfin j’imagine.   Je serais inquiet si la plupart des membres de ce groupe n’étaient pas des conseillers en patrimoine ayant vendu les produits d’Aristophil, et qui doivent être fort embarrassés lorsque leurs clients les interrogent, ou carrément des profils fantômes, comme Fabien Germain par exemple… fort actif pour soutenir Aristophil, mais qui est un faux profil.  Le plus inquiétant en fait, ce sont les innombrables fautes de français commises par ces amis des lettres sur leurs comptes Facebook et twitter, qui rendent leur logorrhée presque illisible, sans parler des références aux théories du complot, des médias manipulés, des journalistes véreux (c’est bien la première fois que Charlie Hebdo, Le Point, Boursorama, Libération ou UFC sont d’accord pourtant!), et, plus triste, des sorties comme celles ci-dessous, aux amalgames douteux. Mais je préfère vous laisser lire, j’ai peur de salir mes doigts en recopiant ces mots.  Vous pouvez suivre la page Facebook, mais je vous préviens, au niveau orthographe, ça pique les yeux. Cela me rappelle ces quelques lignes de Cyrano qui vont sans doute comme un gant aux zélateurs d’Aristophil sur Facebook, ce qui est cocasse quand on aime les Lettres et les Manuscrits, jusqu’à en faire un musée: Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit :
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
 H

La lettre du bibliophile

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Aristophil dans les médias, le mal est fait… et le communiqué du SLAM

Aristophil dans les médias, le mal est fait… et le communiqué du SLAM

Amis Bibliophiles bonsoir, Il ne se passe quasiment pas un jour sans qu’Aristophil ne soit mentionné dans les médias, c’est triste, et quoi qu’il advienne, le mal est fait, et il est quadruplement fait même. Le mal est fait pour Aristophil qui aura du mal à se remettre de tout ce qui se passe en ce moment, quoi qu’il advienne. La confiance en effet est rompue. Quiconque se posera désormais la question d’investir dans ce type de produits financiers sera dissuadé en un clic sur Google. L’étonnant blason d’Aristophil Le mal est fait pour les investisseurs, dont on sait encore s’ils pourront récupérer leurs investissements. Près de 18 000 foyers sont concernés (Source Gérard Lhéritier, Nice Matin) et je me mets parfois à leur place aujourd’hui: impossible de joindre Aristophil, site fermé, comme celui du Musée des Lettres et Manuscrits, d’ailleurs. Ca sent la fin de règne. Le mal est fait pour les 70 salariés d’Aristophil et de ses diverses extensions, qui ne peuvent aujourd’hui être payés, tous les comptes, personnels ou professionnels de la société et de ses représentants, en France, en Belgique et au Luxembourg ayant été saisis (source Libération, 1er décembre 2014). Libération précise également que la société n’a pu clore son exercice 2013 qu’avec cinq mois de retard, et après que M. Lhéritier ait renfloué la société via 35 millions d’euros pris sur ses deniers personnels. Le mal est fait, enfin et d’une certaine façon pour le marché du livre ancien et surtout pour son image: d’une part parce que je vois difficilement comment l’arrivée des plus de 135 000 livres et manuscrits concernés pourrait se faire sans conséquence pour le marché et ses prix.  Mais aussi, d’autre part, d’une façon un peu plus sournoise: des titres de presse nationaux  – et internationaux – se font aujourd’hui l’écho des déboires d’Aristophil et d’une façon ou d’une autre jettent le doute, si ce n’est l’opprobre, sur la probité de ce marché pour ceux qui le connaissent mal. Ainsi, imaginons un particulier ayant un livre à vendre à un libraire par exemple, exposé à ce type de message dans la presse. Comment croyez-vous qu’il va réagir en réalisant que le montant proposé par le libraire est potentiellement x fois inférieur à la valeur de l’objet, cf. Cellulairement, acheté 300 000 euros chez Sotheby’s, et revendu 1,5 million d’euros aux investisseurs d’Aristophil. Le doute est potentiellement semé sur l’ensemble de la chaîne. Parce que le doute est semé, à tort ou à raison, comment faire confiance à un expert ou un libraire. C’est dramatique.   Imaginons un particulier acheteur cette fois-ci. Il est actuellement exposé à un ensemble d’informations qui jettent le doute sur l’ensemble de l’écosystème: dans chaque article sont cités les SVVs, certains libraires… et même des experts. A qui faire confiance dans ce cas? Et ce d’autant plus que lus rapidement, ces articles sèment également le doute sur le potentiel retour sur investissement d’une acquisition. Certains acheteurs se posent toujours la question de la revente à l’achat, mais d’autres plus simplement, et c’est logique, souhaitent quand même ne pas trop en perdre.  Aujourd’hui, à l’aune de ces articles, il est difficile pour le béotien de savoir trier le bon grain de l’ivraie. Cette histoire jette forcément un voile sur le marché, et c’est fort dommage à un moment où il aurait bien besoin de nouveaux entrants et où j’entends chaque jour des libraires se plaindre. Je vous donne un autre exemple: à force de me voir recevoir des catalogues ou des ouvrages sur mon lieu de travail, mes collègues savent désormais peu ou prou que je suis bibliophile. Nous n’en parlions jamais vraiment, sauf depuis deux semaines, où plusieurs d’entre eux m’ont demandé si j’avais vu passé ces informations, et les mots qui reviennent le plus souvent sont arnaque, Ponzi, experts pourris, libraires complices… et moi en pigeon! 🙂 Il ne s’agît pas ici de jeter le bébé avec l’eau du bain, ou de faire un amalgame entre tous les experts et tous les libraires… mais comme l’a justement suggéré Benoît dans un commentaire, après un silence assourdissant et qui dure depuis plusieurs années, peut-être serait-il temps que le SLAM s’exprime, ou au moins réagisse. Mise à jour du 03/12: c’est chose faite, le SLAM venant de rédiger un communiqué:
« LA SPECULATION ET LE PATRIMOINE ECRIT.
La presse s’est récemment fait l’écho d’enquêtes en cours sur des fonds d’investissement spécialisés en autographes et livres anciens commercialisés par la société Aristophil. Le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM) tient à rappeler qu’il a, dès l’origine puis à de multiples reprises, tenté par l’intermédiaire de la presse ou de ses propres canaux d’information de mettre en garde le public et ses adhérents contre de telles propositions financières. Un marché de niche atypique, c’est à dire non surveillé par l’AMF, ne peut répondre à des schémas classiques de fonds d’investissement.
Le code de déontologie du SLAM et de la Ligue Internationale de la Librairie Ancienne (LILA) condamne depuis toujours la spéculation comme argument de vente pour une spécialité culturelle qui s’adresse avant tout à des collectionneurs et à des chercheurs.
Anne Lamort
Présidente
« .  C’est extrêmement délicat, c’est difficile, d’autant que certains membres du SLAM seront potentiellement concernés par les développements de l’histoire, mais c’est vital pour continuer à faire connaître et aimer le livre ancien. C’est le rôle d’un syndicat professionnel de s’exprimer sur ces sujets, de défendre ses membres et son industrie. Des amateurs ont forcément vendu ou acheté des livres via les acteurs cités, et je ne parle pas seulement d’Aristophil. Pour certains, il est vraisemblable que cela a un goût amer. Du reste, quand on relit la définition du SLAM sur son site internet, la prise de position est légitime. 
 Le Syndicat National de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM) créé en 1914, est l’une des plus importantes et anciennes Associations de libraires de livres anciens au monde, précédée seulement par l’Association Britannique le ABA fondé en 1906. Une de ses vocations est de faire connaître au public le monde du livre ancien. Il est le seul représentant de la librairie ancienne en France. Ses interventions sont nombreuses tant auprès des pouvoirs publics qu’auprès des organismes privés et des libraires. Ses actions sont également nombreuses pour la promotion de la librairie et la connaissance du livre. Il regroupe près de 250 libraires, marchands d’autographes et d’estampes, dont la compétence et la probité sont attestées par des conditions d’admission difficiles. Tous vous garantissent : – Compétence et connaissance
– L’authenticité des livres, manuscrits et autographes
– Honnêteté et professionnalisme
, et de bons rapports commerciaux partout à travers le monde.

Experts dans leurs domaines, ils assurent le maintien de la tradition bibliophilique et préparent la bibliophilie de demain. Ils sont le rouage essentiel de la connaissance et de la préservation du patrimoine. Ils vous conseillent dans vos achats ainsi que pour la valorisation ou la vente de votre bibliothèque. Leurs catalogues de vente sont également des outils bibliographiques précieux. Les mots clefs de cette affaire (Tracfin, Ponzi, expert, saisie, librairie perquisitionnée, Sade volé à la famille de Noailles et acquis par Aristophil, documents de De Gaulle réclamés par les Archives Nationales), avérés ou pas, jettent forcément un discrédit sur ce marché et une partie de ses acteurs. C’est très triste. Il est bon que le SLAM réagisse enfin et il me tarde de voir quelles seront les applications pratiques de cette prise de position. Les moyens sont nombreux, et c’est ce qu’on attend d’un syndicat professionnel: campagne de publicité, lobbying, exposition, conférences, non pas sur le sujet mais sur celui qui nous passionne, le Livre. Non pas s’exprimer sur ce qui secoue le microcosme et même plus, mais justement ramener l’amour du livre à ses fondamentaux.  H

12 Commentaires

  1. Encore mieux :
    on peut s'inscrire. Avec les questions de vérification, du genre "prénom du fondateur d'Aristophil", "année de création", etc.

    Dans le texte d'inscription, le blabla habituel "nous ne pouvons pas vérifier tous les messages, etc."

    et quand on est inscrit et qu'on veut publier un message (nouveau ou en réponse à un autre) :
    "Notez que les nouveaux messages de ce forum devront être approuvées par un administrateur avant de devenir visibles."

    BREF : ca ne sert à rien

    Au moins, sur facebook, même s'ils censurent (j'ai vu des messages disparaître sur la page "soutenons Aristophil"), il est possible de "participer".

    Et le dernier message : http://forum.soutienaristophil.tk/showthread.php?tid=27&pid=29#pid29

    "les gants blancs spécialement prévus à cet effet". Lol. Quand on voit la photo, c'est typiquement le genre de gant qui ramasse toutes les merdes ambiantes. Alors oui, mieux vaut des mains bien lavées que des gants de "spécialement prévus à cet effet"

  2. Magnifique, je n'avais pas vu ce site de soutien. Hébergé aux îles Tokelau (atoll de 2000 hab. de Nouvelle Zélande) ; l'extension ".tk" étant couramment utilisée par les sites de phishing ou autres arnaques… Je précise qu'il existe aussi des sites honnêtes hébergés ainsi, bien sûr ! Pas de nouvelles d'Aristophil ces temps-ci, d'ailleurs, les juges et les flics aussi fêtent Noël…
    B.

  3. Rikki Dédé est un libraire du "salon du livre très très très ancien, un peu abîmé mais il a plus de 400 ans c'est normal!"

    C'est un nouveau salon annuel qui se tient uniquement le 1er Avril, concurrent officiel du Grand Palais, version coussin péteur. PPDA sera en guest à l'ouverture, venez nombreux.

  4. En placement tout est toujours hazardeux, ceux qui ont acheté de l'or en 2011 , et qui veulent reprendre leurs liquidités ont beaucoup perdus, comme ceux qui voudraient revendre le pétrole de l'année dernière ! m'enfin eux ont déja du liquide. Quand aux famille recomposées rien n'est plus chair qu'Aristofille. Le seul mec vraiment heureux, c'est le célibataire bibliophile, qui peut masser tranquilement le dos bosselé des ses XVIe, et dont le seul problème de placement est la position du livre sur l'étagère de gauche ou sur celle du bas.

    Ca sent le sapin de mauvaise foi.

  5. IL y en a qui regrettent visiblement les beaux temps de la presse française qui recommandait d'investir dans Panama et l'Emprunt Russe… (non pas que l'actuelle soit irréprochable).
    Et puis ça me fait rire ces gens qui investissent en pleine crise sur des produits hasardeux alors qu'avec un peu de jugeote il suffisait d'acheter de l'or… Ah si j'étais riche…
    Olivier

  6. à noter tout de même une constante qui rapproche cette situation de celle qu'ont connues les victimes de Madoff, sans préjuger de toute éventuelle responsabilité pénale : le préjudice est toujours exprimé en fonction du gain espéré, pas de la somme réellement investie. Il s'en faut dans ce cas particulier de 35000 euros…

  7. Un Noël avec les boules et bien enguirlandé.

    Pauvre Nancéien, si il voulait inverstir dans les misérables , un don au resto du coeur eut été plus judicieux, quand à ceux qui ont acheté le rouleau de Sade, ils devaient bien s'attendre à se faire (…) Quand un portefeuille est rempli non pas d'actions, mais de feuilles caduques comme l'a réïnventé cette société, on doit bien s'attendre à ce qu'elles tombent à l'automne. M'enfin ça fait toujours plaisir de voir que des adultes croyaient encore au père noël et ce toute l'année. 235000 euros pour en plus avoir des Noëls tristes suite à la perte de ses illusions c'est cher payé. je n'aimerai pas être à sa place, il ne lui reste plus qu'à le trainaux en justice, en espérant que le compte de Noël se terminera bien pour lui.

    Ca sent le sapin

  8. J'ai quand même du mal à appeler les clients d'Aristophil "collectionneurs" ou "bibliophile". Pour moi la possession réelle de l'objet est indissociable de ces termes. Encore, dans un "club", où les membres sont restreints, on peut avoir accès aux livres ou manuscrits. Mais là, sur les 20000 parts, combien de clients ont pu toucher, et même voir ce qu'ils achetaient? Pas beaucoup je pense!

    Ils ont peut-être découvert un intérêt pour ces choses (et pour ça on peut alors remercier GL), mais ils ne sont en rien des collectionneurs ou ou des bibliophiles.

  9. Le Républicain Lorrain est en pointe sur cette Affaire, certainement à cause de l'origine de mr. G., avec des articles dont le ton a évolué, semble-t-il… "Soutenons Aristophil" doit être content, il y a un média qui donne des avis qui ne vont pas toujours dans le même sens ! (bon, l'évolution n'est peut-être pas celle révée par ce groupement, mais on ne peut pas tout avoir !)

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