Miscellanées de Monsieur H.: un défi aux bibliographes, une reliure en « peau de femme », etc.

Amis Bibliophiles bonsoir,
Quelques miscellanées, avec notamment un défi que vous lance Charles, qui cherche a identifier son édition des Buchanani poemata.
1. Défi bibliographique: son livre n’a pas de page de titre (impardonnable, sourire) et si la forme et le contenu correspondent exactement aux deux éditions elzéviriennes de 1628 ( 511p et 561p) des oeuvres complètes de Buchanan, la pagination elle ne correspond pas puisque son exemplaire possède 629 pages numérotées et 14 pages non numérotées.Enfin le plus curieux est une note de l’éditeur (en latin bien évidemment) qui prétend qu’il s’agit de la première édition complète des oeuvres de buchanan et qui cite comme dernière édition avant la sienne une édition d’Edimbourg. Voici le texte latin pour les « Habes, amice lector, Georgii Buchanani Poemata, qua supersunt, omnia nunc primum in unum collecta. Editio enim Edindbougenensis, qua omnium quae vidi novissima est, Miscellaneorum librum sola habet : et tamen nec Medeam, nec Alcestin habet. »Le contennu du livre énnoncé pages 3 et 4:Pars Prima:-psalmorum Davidis paraphrasis poetica.-Sephtes, sive votum, tragoedia.-Baptistes, sive calumnia, tragoedia.Pars Secunda:-Fransiscanus et fratres.-Elegiarum liber.-Sylvarum liber.-Hendecasyllbum liber.-Iambum liber.-Epigrammatum libri III.-Miscellaneorum liber.-De Sphoerae mundi lib. V.Pars Tertia:-Euripidis Medea. ) utraque latino-Ejusdem Alcestis. ) carmine reddita.
Charles m’assure que ses recherches ont été longues et infructueuses, et il compte sur vous… Qu’en pensez-vous?
2. Reliure en peau humaine… L’itinéraire d’un ouvrage est parfois étonnante. Je me trouvais le dimanche 11 juin 2006 à l’hôtel des ventes des Chevau-Légers de Versailles où j’ai pu manipuler et enchérir sur une reliure en peau humaine. J’ai baissé les bras à 900 euros, terminant 2ème derrière un libraire parisien qui était dans la salle. J’avais eu le temps de regarder l’ouvrage sous toutes les coutures si j’ose dire, et l’amusante note manuscrite « en peau de femme » avait naturellement laissé une trace dans les innombrables fichiers bibliophiliques qui encombrent ma mémoire. 3 ans après, le livre réapparaît dans la vente Massol du 26 janvier 2010. C’est le même lot, aucun doute, et il est estimé à 2500/3000 euros.
344 -[RELIURE EN PEAU HUMAINE]. Sans lieu, , [fin XIXe s.]. In-12, type cuir de Russie havane, dos à nerfs orné, tranches rouges (reliure de l’époque).Ouvrage comprenant 56 sentences contrecollées, tirées pour la plupart de Sénèque, de l’Imitation de Jésus-Christ des Psaumes, des Actes des Apôtres ou des Évangiles.Une étiquette manuscrite de l’époque indique que la reliure serait en « peau de femme ». Ce maroquin naturel, évoque, en effet, bien la peau humaine. La reliure de livres en peau humaine a parfois été utilisée aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette pratique n’était pas vraiment exceptionnelle dans les siècles passés.
3. Benoît, lecteur du blog, travaille sur un ouvrage sur ebay. Il aimerait avoir votre avis sur le point suivant: il observe que pour certains acheteurs, le fait qu’un objet soit à vendre via des enchères est beaucoup plus attirant qu’à prix fixe. A l’inverse, certains ne jurent que par l’achat immédiat.
Des distorsions assez importantes surviennent : ainsi, il est courant que des livres aux enchères se vendent plus cher (à exemplaire égal et vendeur de même réputation, peu ou prou) qu’un autre exemplaire, « posé » juste à côté, quelques centaines d’euros moins cher que le prix final enchéri…

Comment voyez-vous les choses de votre côté?
H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Antoine Ruette et deux ouvrages aux armes de Marie-Thérèse d’Autriche

Antoine Ruette et deux ouvrages aux armes de Marie-Thérèse d'Autriche

Amis Bibliophiles bonsoir,
On ne dira jamais assez l’importance de la documentation en matière de bibliophilie, absolument nécessaire à l’apprentissage et au rêve.
Ainsi, alors que je relisais hier soir les catalogues de la vente Wittock, mon regard s’est arrêté sur le numéro 181 de la 2ème vacation (Reliures à décor sous l’Ancien Régime, 8 novembre 2004). Un office de l’église et de la Vierge en latin et en français, à Paris, chez Pierre Le Petit, 1676. Cet ouvrage me disait définitivement quelque chose. Un aller-retour jusqu’à ma bibliothèque me confirmait immédiatement la chose: j’avais au milieu d’autres ouvrages, acheté dans un lot, le cousin de cet ouvrage ayant appartenu à Michel Wittock, un office de la Semaine Sainte, 1667, à la curieuse « Compagnie des Libraires associez au Livre de la Semaine Sainte ». Même sujet, même époque, mais surtout une reliure quasiment identique à celle du Wittock: maroquin rouge, roulette décorative en encadrement, armes couronnées de Marie-Thérèse d’Autriche (mais avec un fer « plus fin » que l’exemplaire Wittock) surmontant deux palmes nouées frappées au centre des plats, le champ est semé en alternance du chiffre couronné et de la fleur de lys, dos à nerfs orné du chiffre couronné, roulette intérieure et tranches dorées. Des reliures très comparables, même si les fers de mon exemplaire (in-12, contre in-8) sont beaucoup plus raffinés et à mon sens plus élégants.
Cela semble anodin, mais finalement cela l’est moins qu’il n’y paraît dans la mesure où les reliures aux armes et au chiffre de Marie-Thérèse d’Autriche sont rares. La reine n’était en effet pas bibliophile et on connaît peu d’ouvrages reliés à ses armes. Les deux ouvrages, bien que non répertoriés, s’inscrivent bien dans la lignée des 18 volumes cités par Quantin-Bauchart.
Ce qui est curieux, c’est leur air de famille: si proches quand on les envisage globalement, si éloignés quand on s’en approche. Mon exemplaire dont la reliure me semble supérieure pourrait être attribué à Antoine Ruette (actif entre 1640 et 1669), dont on sait que relieur ordinaire du roi à la mort de son père Macé, il édita et relia des livres à caractères religieux dont un certain nombre d’entre eux aux armes de Marie-Thérèse d’Autriche. L’exemplaire Wittock, postérieur à la fin d’activité d’Antoine Ruette serait alors l’oeuvre d’un atelier moins important. Raisonnement que je vous soumets mais qui me semble cohérent. 
Exemplaire « Hugues »
Exemplaire Wittock
Cela semble d’ailleurs encore plus évident quand on compare les fers de mon exemplaire à ceux identifiés sur http://www.cyclopaedia.org/1659/ruette3.html, en particulier les roulettes II et IV.
Alors exemplaire Ruette ou pas? Qu’en pensez-vous?
Quelques mots sur Marie-Thérèse d’Autriche à laquelle on doit finalement ces deux livres:

Marie-Thérèse d’Autriche (Madrid, 10 septembre 1638 – Versailles, 30 juillet 1683), fut l’épouse de Louis XIV, infante d’Espagne et reine de France.
Fille du roi d’Espagne Philippe IV et d’Élisabeth de France, à 8 ans, Marie-Thérèse était le seul enfant survivant de Philippe IV et l’héritière des immenses possessions espagnoles sur lesquelles « le soleil ne se couchait jamais ».
Son éducation a été étroite, rigide, et profondément catholique. Depuis son plus jeune âge, il était question qu’elle épouse, pour des raisons dynastiques son cousin, chef de la branche autrichienne et impériale des Habsbourg, d’abord l’archiduc Ferdinand qui mourut en 1654 puis le frère de celui-ci qui devint l’empereur Léopold Ier en 1658.
Marie-Thérèse vécut cependant dans l’intime conviction qu’elle épouserait le roi de France Louis XIV, son cousin doublement germain mais ennemi de sa maison.
À son mariage, elle ne parlait toutefois pas un mot de français mais elle apportait le chocolat et la première orange. Elle épousa le 9 juin 1660, en l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz, conformément au traité des Pyrénées, Louis XIV. Œuvre du cardinal de Mazarin, premier ministre français, ce mariage n’était pour le roi que raison d’État. Il avait jusqu’au dernier moment espéré épouser la nièce du cardinal Marie Mancini, mais le ministre et la reine-mère, Anne d’Autriche, s’opposèrent à cette mésalliance.
Marie-Thérèse resta toute sa vie très pieuse. Elle invitait les « courtisanes » de son mari à venir faire des prières avec elle. Marie-Thérèse finit par se replier sur elle-même, vivant au sein d’une petite cour, isolée au milieu de la Cour, recréant l’atmosphère de Madrid, entourée « de ses femmes de chambre espagnoles, de moines et de nains », mangeant de l’ail et buvant du chocolat, chaussant des talons très hauts qui la faisaient souvent tomber.
Marie-Thérèse souffrit beaucoup de certains adultères du roi qui faisait de ses favorites des dames de compagnie de son épouse et voyageait ouvertement avec sa femme et ses deux maîtresses. Confronté à ce spectacle immoral, on prétend que le peuple murmurait, goguenard ou affligé, « Le roi promène les trois reines ». Elle souffrit également à partir de 1667 des légitimations successives des enfants naturels de son mari. Ces derniers faisaient de l’ombre au dauphin.
À partir de l’été 1680, sous l’influence de Madame de Maintenon, Louis XIV se rapprocha de son épouse, qu’il avait publiquement délaissée. « La reine est fort bien à la cour », remarquera, toujours moqueuse, Madame de Sévigné. Marie-Thérèse, émue par les attentions inattendues de son volage époux dira : « Dieu a suscité Madame de Maintenon pour me rendre le cœur du roi ! Jamais il ne m’a traitée avec autant de tendresse que depuis qu’il l’écoute ! »Mais Marie-Thérèse ne profita guère de ce regain de faveur. Elle mourut brusquement, le 30 juillet 1683, à Versailles, des suites d’une tumeur bénigne sous le bras gauche mais mal soignée.
H

3 Commentaires

  1. Bonsoir,
    Concernant les ventes sur ebay, je préfère les enchères bien évidemment !
    Mes recherches enregistrées ne tiennent pas compte des proposition en achat immédiat.
    A +, Michel

  2. Pour la reliure en peau humaine, je crois l'avoir vu dans la Gazette Drouot.
    Suis toujours curieux d'une analyse avec photos grand format car j'ai un doute sur un exemplaire dont je ne connais pas la texture (post-mortem s'entend…).

    Pour ebay, s'il y a un psychologue dans la salle virtuelle… Un dialogue saisi au vol lors d'une vente récente (à propos d'un bibliophile chenu et venant d'un libraire dont il est client) : "Bah, il l'aurait payé moins cher à la boutique".

    Un dernier mot, pour revenir sur les bibliothèques thématiques, cela m'a fait penser à ce vieux monsieur qui suivait le même itinéraire que moi (mais en plus rapide) lors d'un salon du livre ancien et demandait (sans regarder les livres ou les libraires) "vous avez quelque chose de rare sur la pêche en eaux-vives?" et repartait aussitôt que la réponse était négative ou évasive.
    Je suis sûr que les libraires ont plein d'histoire de ce type et plein de monomaniaques pour clients.
    Mais ils n'en parleront pas les coquins.

    Bonne soirée,
    Olivier

  3. celle-ci?
    Geor: Buchanani Scoti poemata quae extant. Editio postrema.
    Amstelodami : apud Ioannem à Waesberge et Elizeum Weyerstraet, 1665.

    Engr. t.p. with portrait of author. "Georgii Buchanani vita ab ipso scripta biennio ante mortem". p. 5-11. "Euripidis … Medea … Alcestis, Georgio Buchanano Scoto interprete": p. 557-629.
    529 [i.e. 629], [14] p. ; 12 cm.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.