Les ouvrages de Nicolas Catherinot, “parvenus à l’honneur de la reliure” malgré Ménage.

Amis Bibliophiles bonjour,
L’avocat berrichon Nicolas Catherinot est né en 1628, aux Aix d’Angillon. Il est connu des bibliophiles pour ses nombreuses publications pittoresques. Chercheur par délassement, esprit curieux, antiquaire au sens ancien, collectionneur, fier de ses origines, voire susceptible et procédurier, il s’intéresse au droit et à son histoire mais aussi à sa province, et à presque tout : l’artillerie, la peinture, l’architecture, l’imprimerie, la marine, l’antiquité, la religion…

Il est l’ami intime des érudits de sa province, Gaspard Thaumas de La Thaumassière, Jean de La Chapelle, Jacques Gougnon et François Pinsson des Riolles qui fera son épitaphe dans le journal des Savants. À Paris il fréquente le salon de Gilles Ménage qui se moquera sévèrement de lui (cf Ménagiana).
Exemplaire truffé de pièces autographesCatherinot fait imprimer de 1660 à sa mort en 1688, 139 pièces, du placard au factum de 4 pages à quelques feuillets in-4° jusqu’à un coutumier du Berry, in-12 en 4 parties, en 1663. De son propre aveu il a “la marotte de l’imprimerie”, mais regrette “les pièces (qu’il) a été contraint d’estropier pour épargner (sa) bourse”. Il fait imprimer (sur un mauvais papier) tous ses opuscules à Bourges soit chez Jean Cristo soit chez Jean (puis François) Toubeau. Il n’en imprime aucun lui-même contrairement à ce qui a été dit ici ou là. Il corrige de sa main puis distribue ses imprimés à ses amis, mais Ménage dit qu’il les glisse dans les boîtes des quais pour leur donner plus de publicité. Cette perfidie sera largement reprise.
Note et collage de Pinsson des RiollesPourtant Catherinot se défend “mes ecrits ne sont point si fort inutiles puisque les apothicaires en font des emplâtres, les libraires des cartons… je n’ay aussi jamais prétendu à la qualité d’auteur pour laquelle obtenir selon aucuns, il faut être imprimé avec Privilège, relié veau…”
Ce privilège d’impression “pour plusieurs et divers livres  traités  recueils commentaires…“ il l’obtint néanmoins en 1664 mais il demeure manuscrit.
En fait, ses amis d’abord, puis de nombreux bibliophiles s’efforceront de recueillir le plus grand nombre de ses pièces. Les plus intimes imprimèrent un titre collectif factice. Le recueil de la Bnf recomposé par Van Praet, possède la page de titre de l’exemplaire Gougnon qui appartint ensuite à l’abbé Jean Paul Bignon bibliothécaire du roi. L’autre page de titre connue se trouve en tête du recueil factice de Pinsson des Riolles. Les recueils des collections publiques ont souvent appartenu à des bibliophiles célèbres, le comte d’Argenson et le marquis de Paulmy à l’Arsenal, Constant Leber à Rouen, Charles le Goux de la Berchère à Montauban, le duc d’Aumale à Chantilly. On trouve la trace des recueils du duc de La Vallière, de Fontenette, de Boucher d’Argis, de Monmerqué, de Falconnet, du baron Pichon. L’exemplaire Bignon-Van Praet est le plus complet avec 128 opuscules différents.
Opuscule de CatherinotAujourd’hui les recueils factices d’importance sont assez rares sur le marché et quelques opuscules retiennent l’attention comme l’art d’imprimer, Bourges, 1685, [Jean Cristo] in-4°, 12 pp., les annales typographiques de Bourges, 1683 [Jean Toubeau] in-4°, 8 pp., ou l’Escu d’alliance Bourges [1680, J. Cristo] in-4°, 21 pp., pourvu d’une planche héraldique, seule illustration  de toute la production de Catherinot.

Traité de l’artillerie, il faut lire la première phrase! On a reproché à Catherinot son caractère brouillon et inachevé mais j’ai pu vérifier l’exactitude de ses informations en découvrant grâce à elles un livre quasi unique et en tous cas absent des collections spécialisées et des catalogues  en ligne.
Lauverjat
Bibliographie:-Jacques Flach, Bibliographie raisonnée des écrits de Nicolas Catherinot, Nouvelle revue historique de droit français et étranger, Sirey, 1883.-Nicolas Catherinot un berrichon polygraphe convoité des bibliophiles, Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry, N° 175, troisième trimestre 2008.

La lettre du bibliophile

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Enquête bibliographico-pégimanique autour des mythiques ouvrages de Giordano Bruno, un voyage à travers les siècles et les bibliothèques

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Amis bibliophiles,
Une fois le Salon du Livre Ancien passé (il y avait quand même quelques bonnes choses, il ne faut pas exagérer..)  il est toujours intéressant d’aller voir une « petite » exposition afin de mesurer les progrès encore à accomplir pour améliorer sa propre collection…
La BNF et le collectionneur Jean Bonna proposent à la Bibliothèque de l’Arsenal jusqu’au 23 Mai (il faudra se dépêcher!) une sélection choisie de livres de la bibliothèque du collectionneur suisse.
http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.collection_bonna.htmlJe ne vous liste pas les pièces exposées, il y en a vraiment pour tous les goûts! De l’incunable au 20e, du broché à la reliure mosaïquée!
Mention spéciale (mais c’est vraiment un goût tout personnel) à la vitrine Rabelais qui est vraiment formidable.
Ca ne dure pas longtemps, c’est gratuit et ça vaut vraiment le détour.
J’ai pris quand même deux photos pour montrer le niveau :
Un exemplaire sympathique du Songe de Poliphile de 1499 en maroquin 16e poudré d’or.Je vous laisse deviner la provenance (c’est facile)…


et un des grands livres qui ont fait l’histoire de la bibliophilie :
Giordano Bruno « La cena de le Ceneri » 1584 dans une reliure mosaïquée de Derome Père.
On peut lire la notice suivante :

J’ai été interpellé par la remarque de JM Chatelain concernant la provenance.
En effet :
1 – Mac Cathy Reagh n’a eu qu’un exemplaire de ce titre là mais relié en un volume avec l’autre titre de Giordano Bruno « Spaccio de la Bestia trionfante » 


Ce livre repose d’ailleurs aujourd’hui à Waddesdon Manor chez James de Rothschild.
C’est le n°1 de la photo ci-dessous. Il provient des bibliothèques Mac Cathy Reagh (1815),Girardot de Prefond (vente en bloc à Mac Carthy Reagh de sa deuxième collection), Gaignat (ce n’est pas mentionné dans le catalogue de Waddesdon Manor) n°622. 
Girardot de Préfond acheta des livres en 1769 à Gaignat avant de vendre en bloc sa deuxième bibliothèque la même année.


De plus, je n’ai trouvé aucun exemplaire dans la vente de doubles de Mac Cathy Reagh en 1779 (j’ai regardé aussi le supplément).
Donc, Mac Carthy Reagh ne possédait à priori qu’un exemplaire de ce titre. Et il est à Waddesdon Manor.
2 – Girardot de Préfond, lui, a possédé deux exemplaires de ces deux titres :
Celui que l’on vient de décrire et qui est passé chez Mac Cathy Reagh.
Et les exemplaires qui sont aujourd’hui à la bibliothèque du Marquis de Méjanes :
 http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/marquis/45text.htm http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/marquis/46text.htm
Ils sont assurément de la bibliothèque de Girardot de Préfond car ils portent son ex-libris.
Conclusion : à moins que Girardet de Préfond ait eu un troisième exemplaire, vendu en 1769 avec sa seconde bibliothèque en bloc, à Mac Carthy Reagh, et que celui-ci l’ait revendu en dehors d’une vente, ou alors qu’on ait trafiqué les ex-libris des exemplaires Méjanes (mais au 18e, je ne vois pas trop la raison), il me semble difficile de comprendre l’hypothèse proposée par le commissaire de l’exposition de la BNF.
Si par le plus grand des hasards, quelqu’un de la BNF lisait ces lignes, il serait vraiment intéressant de connaître les éléments qui aient pu m’échapper.
Vue de la bibliothèque aux reliures mosaïquées à Waddesdon Manor :


Une dernière chose qui me turlupinait depuis quelques jours: qu’était donc devenu l’exemplaire de l’autre titre de Giordano Bruno, « Speccio de la Bestia trionfante»?
En effet, on trouve généralement dans les catalogues (Gaignat, La Valliere, Cravenna, Rothelin) les deux titres vendus ensemble. On se dit que logiquement ils devraient présenter des reliures similaires.
Par exemple, l’autre exemplaire de « La Cena de le Ceneri » et « Speccio de la Bestia Trionfante » de la collection Waddesdon Manor (les numéros 2 sur la photo ci-dessus) sont strictement identiques au niveau de la reliure.
Alors où était donc passé le « Speccio de la Bestia trionfante», qui fait pendant à l’ouvrage « La Cena de le Ceneri », présenté à la BNF?
Et bien j’ai fini par trouver : au Petit Palais dans la collection Dutuit. 
Je vous ai même mis deux photos du catalogue de 1899 : vous constaterez que les reliures sont strictement identiques. Les deux ouvrages ont dû être vendus séparément je ne sais quand, et ont suivi des voies séparées…


Pour conclure, je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans les attributions des provenances des exemplaires Méjanes : les deux livres ne sont pas homogènes au niveau de la reliure, et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une paire venant des bibliothèques Gaignat et La Vallière. 
Comment imaginer que ces deux collectionneurs avaient des paires non uniformes alors que c’est forcément l’un ou les deux qui ont fait faire ces reliures à Derome Pere? D’ailleurs la reliure du « La Cena de le Ceneri » est du même style que l’exemplaire Bonna : les mêmes fleurs, le même style de décors.
Il devait y avoir forcément deux autres livres qui formaient une ou deux autres paires et qui ont été intervertis par Méjanes, ou avant (je pense à une seule paire car Lauragais n’avait qu’un titre en maroquin mosaïqué (numéro 111 de sa vente de 1770).

L’exemplaire Méjanes de « Spaccio de la Bestia Trionfante » présente l’ex-libris Lauragais et est donc le n°111 de sa vente. Mais je ne pense pas que ce soit celui de Gaignat vendu en 1769. Sinon comment expliquer que Lauragais, ruiné, ait acheté l’exemplaire Gaignat en 1769, alors qu’il avait vendu son hôtel particulier en 1768, et qu’il allait céder sa bibliothèque en 1770?
Deuxième argument : où est passé l’autre livre de Gaignat aussi en maroquin mosaïqué (vendu avec l’autre), puisqu’un an après, il n’y en a qu’un à la vente Lauragais?   Je pense plutôt que « Spaccio de la Bestia trionfante » de la première vente Girardot de Prefond (n° 166) a été acheté par Lauragais en 1757 puis relié en maroquin mosaïqué.
Et que « La Cena de le Ceneri » de la première vente de Girardot de Préfond n°168 a été acheté par Gaignat (les deux ouvrages ont été vendus séparément à la vente Girardot de Prefond en 1757). Gaignat aura ensuite fait relier uniformément cet exemplaire avec un exemplaire de « Speccio de la Bestia Trionfante » acheté par ailleurs. 
Le Marquis de Mejanes s’est porté par la suite acquéreur de ces deux livres reliés avec un décor différent dans des conditions qui sont pour le moment difficile à clarifier.

Je suis en train de recouper toutes les identifications des catalogues mentionnant de telles reliures pour essayer de retracer tout ça.J’ai ma petite idée là dessus!
Si des amateurs avaient des éléments à transmettre afin de faire progresser la traçabilités de ces ouvrages prestigieux, qu’ils en soient remerciés par avance,
Bonne promenade à l’Arsenal!
Wolfi

5 Commentaires

  1. La polygraphie n'est pas un vilain défaut…
    D'autant que le monsieur à un ton fort moderne et "saignant".
    Le monde des polygraphes est plein de pépites alors que celui des auteurs consacrés de leur temps ferait ronronner un chien.

    Merci Lauverjat!

  2. Pourquoi une personne curieuse de toute chose en vient à vouloir laisser une trace écrite pour tous les centres d’intérêts qui ont émaillé sa vie ?

    Parce qu'elle sait que, de l'autre côté, il y aura toujours des bibliophiles pour collectionner ses écrits ;-))

    Merci pour cette découverte, Lauverjat. Pierre

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