Les deux volumes de Frédérick Coxe : anatomie d’un catalogue impossible

Plus de neuf cent vingt pages en deux tomes, rangés de A à F puis de G à Z, sans la moindre séparation thématique. Clavicules, Picatrix, nigromancie et livres de secrets y voisinent dans le même alphabet, pour 150 euros. Frédérick Coxe apporte moins des titres que de l’ordre.

Barthélémy d’Arcole, Inspecteur des Mirages Marchands et Lecteur des Bibliographies Improbables de la Guilde des Bibliopolicés
Amis bibliophiles, bonjour.

Il arrive rarement que paraissent des ouvrages capables de déplacer les axes d’un domaine déjà saturé de commentaires, d’hypothèses, de légendes et d’érudition poussiéreuse. Rarer encore est l’irruption d’un bibliographe qui, sans bruit, sans effets de style superflus, parvient à réordonner un champ entier par la seule puissance de sa méthode.

C’est pourtant ce que Frédérick Coxe vient d’accomplir avec son monumental Catalogue des grimoires et des livres de magie, publié en deux volumes qui totalisent plus de 920 pages.

Deux volumes à la fois très attendus par une poignée de spécialistes — et redoutés par tous ceux dont la tranquillité dépendait du maintien d’une certaine confusion dans la bibliographie de l’occulte.

Car Coxe n’apporte pas seulement des titres, des notices, des descriptions : il apporte de l’ordre.

Et l’ordre, en matière de grimoires, est toujours une perturbation.


I. Un livre qui classe l’inclassable

Commençons par ce que ces deux volumes ne sont pas.

Ils ne constituent pas une anthologie de textes occultistes.

Ils ne sont pas une étude littéraire ou symboliste.

Ils ne sont pas un manuel d’ésotérisme.

Et surtout, ils ne sont pas un catalogue “définitif” — Coxe lui-même prend soin de rappeler que tout catalogue n’est qu’un instantané dans la longue vie mouvante d’un corpus.

Ce qu’ils sont en revanche :

  • un répertoire aussi exhaustif que possible de toutes les familles de livres magiques attestées,
  • un index raisonné de titres, variantes, traductions, réécritures, pseudépigraphies,
  • une géographie intellectuelle des traditions magiques européennes,
  • une cartographie de survivances où les textes dialoguent les uns avec les autres à travers les siècles.

Les deux volumes couvrent un champ immense : magies naturelles, livres de secrets, nigromancie, clavicules, Picatrix et ses avatars, grimoires populaires, corpus hybrides.

La suite de la recension est sur le site : les quatre principes de la méthode Coxe, le parti pris d’un classement alphabétique de A à F puis de G à Z, et les 150 euros que coûtent les deux volumes.

Coxe embrasse tout — mais en classant.

Et le lecteur, soudain, voit apparaître des structures là où régnait le chaos.


II. La méthode Coxe : une révolution silencieuse

Pour comprendre la portée de ce travail, il faut mesurer ce que Coxe accomplit.

Il fait avec les grimoires ce que Brunet fit pour les livres anciens, Davies pour les bibliothèques anglaises, Kieckhefer pour la magie rituelle médiévale.

Mais Coxe le fait sur un terrain infiniment plus mouvant.

Sa méthode repose sur quatre principes :

1. L’autopsie bibliographique

Chaque livre est examiné comme un patient sur une table d’analyse :
format, papier, provenance, structure interne, lexique, rubriques, interpolations.

2. La généalogie des textes

Coxe remonte les lignées textuelles, distingue les familles, sépare ce que l’on confondait.

3. L’indexation des survivances

Il met en lumière les traces d’originaux perdus, les transmissions souterraines.

4. Le refus du spectaculaire

Pas de romantisation, pas d’effet de manche : une sobriété qui force l’autorité.


III. Une bibliographie adossée aux travaux savants

Le catalogue s’inscrit dans une tradition érudite solide :
Kieckhefer, Véronèse, Boudet, les catalogues manuscrits, les inventaires ecclésiastiques, les procès inquisitoriaux.

Coxe propose une base vérifiable, sourcée, non spéculative, qui manquait cruellement dans ce champ miné par l’imaginaire.


IV. Les deux volumes : structure et contenu

Version corrigée selon la remarque de l’auteur

Contrairement à ce que laissait entendre la première version de cet article, les deux volumes de Coxe ne sont absolument pas organisés par thèmes.
Il n’y a aucune séparation par familles, ni par traditions, ni par périodes.

👉 La structure est strictement alphabétique, comme un Brunet de l’occulte :

  • Tome I : A – F
  • Tome II : G – Z

Cette architecture volontairement neutre est l’un des choix les plus importants du catalogue.
Elle interdit toute hiérarchie implicite et empêche de projeter une logique thématique ou doctrinale sur un corpus qui, historiquement, ne s’est jamais laissé enfermer dans des catégories rigides.

Dans cette structure alphabétique, Coxe parvient néanmoins — par les notices elles-mêmes — à faire affleurer des lignes de force, des correspondances, des traditions parallèles.
L’ordre alphabétique n’est donc pas un renoncement à l’intelligence du corpus :
c’est une armature souverainement neutre qui empêche l’idéologie ou la surinterprétation.

Chaque entrée comporte :

  • la description matérielle,
  • les témoins manuscrits ou imprimés connus,
  • les variantes textuelles,
  • les filiations possibles et prudentes,
  • les incertitudes,
  • et les références savantes utiles.

Ainsi, dans un cadre alphabétique, Coxe redonne du relief à un domaine où l’on confondait trop vite les textes par simple voisinage thématique.


V. Importance du travail : pourquoi ces volumes comptent

  1. Unification d’un corpus éclaté
  2. Mise en lumière de textes oubliés
  3. Distinction entre vrai, faux, interpolé, réinventé
  4. Croisement méthodologique inédit
  5. Nouvel outil de référence pour chercheurs et collectionneurs

VI. Une obsession maîtrisée : l’homme derrière le livre

Coxe occupe cette position rare entre bibliographe, anthropologue culturel et archéologue des savoirs.
Sa lecture des grimoires est profondément organique : il comprend leur logique interne, leurs strates, leurs dérives.


VII. Les limites : ce que Coxe ne fait pas

Pas d’analyse symbolique, pas de spéculation ésotérique, pas de théologie déguisée.
Coxe s’en tient à l’érudition — et c’est ce qui donne sa puissance au travail.


VIII. Réception et impact attendu

1. Les chercheurs sérieux applaudiront

2. Les amateurs de sensationnalisme seront déçus

3. Les collectionneurs seront troublés

(par les textes fantômes, les témoins perdus, les notices inquiétantes…)


IX. Conclusion : un monument pour longtemps

Coxe a posé les fondations d’une bibliographie scientifique du livre magique.
Son travail n’achève rien : il ouvre.

Et si, parfois, un livre continue de chuchoter lorsque l’on tourne ses pages…

Coxe nous aura appris à reconnaître la voix.

C’est un beau cadeau à se faire, le fond et la forme valent largement les 150€ demandés, vous pouvez contacter l’auteur à f.coxe@orange.fr pour échanger avec lui ou commander.

Barthélémy d’Arcole
Inspecteur des Mirages Marchands
Guilde des Bibliopolicés

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Solution de l’énigme : Venise et les Pirates

Solution de l'énigme : Venise et les Pirates

Amis Bibliophiles Bonjour,
Quelle déception…. Sourire.

Bon, je dirais que globalement vous n’avez pas trouvé la solution de l’énigme d’hier soir…

La réponse était bien sûr la « Suite de L’histoire du Gouvernement de Venise, ou l’Histoire des Uscoques », Amsterdam, Pierre Mortier 1705.
Ah la la, pourtant je vous ai gâtés question indices : une image déjà, sur laquelle on reconnaît la cité des Doges, l’allusion aux pirates, et les uscoques étaient des pirates, et le petit « n’allez pas chercher si loin » pour que vous étiez de partir chercher des pirates dans les Caraïbes. Sans parler des références sur l’édition…
Cet ouvrage est le 3ème tome de L’histoire du Gouvernement de Venise par Amelot de la Houssaie, et il est consacré aux Uscoques, alors que les deux premiers volumes développent les différents ministères du gouvernement de Venise.

Nicolas Amelot de la Houssaie (ou Houssaye, 1634 – 1706) fût un historien français. Secrétaire d’ambassade à Venise, il entreprît dans cet ouvrage d’expliquer, et avant tout de critiquer, l’administration de cette république, et d’exposer les causes de sa décadence.
L’ouvrage parût en mars 1676 et, ne semblant pas être désapprouvé par le pouvoir royal, provoqua des protestations indignées de l’ambassadeur vénitien, Giustiniani. L’auteur fut envoyé à la Bastille, où il ne resta que six mois. Une seconde édition, avec suppléments, publiée immédiatement après, renouvela ces protestations, et l’édition fut interdite. Cette persécution fit une publicité extraordinaire à cet ouvrage qui connu vingt-deux éditions en trois ans, et de nombreuses traductions.
Amelot publia également en 1683 une traduction de l’Histoire du concile de Trente de Fra Paolo Sarpi, dans lequel il ajouta certaines notes qui déplurent fortement aux partisans de l’autorité absolue du Pape. Sous le pseudonyme de La Motte Josseval, Amelot publia un Discours politique sur Tacite, dans lequel il analysa le caractère de Tibère. Il a en outre composé une Histoire de Guillaume de Nassau, publiée en 1754, et a laissé des Mémoires historiques, qui eurent la réputation d’être piquants, mais peu exacts.

Les Uscoques, quant à eux, sont des transfuges de Dalmatie ayant fuit la Turquie, vers 1540. Il se regroupèrent à Segna, ville de Croatie, dont ils firent leur place forte pour ravager la région et attaquer les navires marchands passant à proximité, avec une grande sauvagerie. Jusqu’en 1618 et le traité de Madrid, ils ont été le fléau des Turcs, des vénitiens et des potentats d’Autriche-Hongrie.
Ah oui, j’oubliais, comme vous n’avez pas trouvé, vous êtes punis : vous devez renseigner la carte en y ajoutant prénoms et images! Non mais!

H

Images : quelques gravures de l’ouvrage.

1 Commentaire

  1. Je tenais à laisser un commentaire pour saluer le travail exceptionnel réalisé par F. Coxe sur les grimoires. Cette bibliographie est un véritable monument, le fruit d’un travail de titan qui, à mes yeux, marque un tournant dans l’étude de ces ouvrages si complexes. Il est en effet facile de se perdre parmi les multiples éditions, et cet ouvrage offre non seulement une rigueur bibliographique remarquable, mais aussi une richesse de connaissances sur chaque type de grimoire. Un travail passionnant, aussi instructif qu’indispensable pour quiconque s’intéresse à ce domaine.

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