Le portrait dans les livres au XIXe siècle

Amis Bibliophiles bonjour,

Le XIXe ouvre l’ère industrielle. En ce qui nous concerne, il consacre “le temps des éditeurs” pour reprendre le sous-titre de l’histoire de l’édition française. Voici venu l’époque de l’explosion des tirages, de la production intensive et bon marché et de la mécanisation. Idéalement une gravure devait être inusable pour supporter un fort tirage, facile à exécuter et autant que faire se peut, imprimée dans le même temps et avec le même procédé d’impression que le texte pour des raisons de coût. 
Lady Jeanne Grey, frontispice gravé à l’eau forte par Langlois,
d’après Hans Holbein sur papier fort (Rouen, Edouard Frère, 1832)Cependant, s’agissant des portraits des livres du XIXe, souvent placés en frontispice en regard de la page de titre, ce dernier argument joue moins. En effet il s’agit de toutes façons d’un hors-texte. Il peut donc faire appel à un procédé d’impression différent, voire à un papier différent du reste de l’ouvrage propice à un meilleur rendu de la gravure.
Benjamin Constant, portrait gravé par Courboin d’après Desmarais sur papier d’éditeur (Paris, L. Conquet, 1889, H.C.)
Une technique venue d’Angleterre allait faire renaître la gravure sur bois. Économique, la gravure sur bois de bout (ou debout), qui utilise le buis, conquit l’illustration des livres sous la Restauration. Réalisée sur un petit cube de bois coupé perpendiculairement aux fils, le graveur épargne les surfaces à imprimer, selon un procédé typographique, elle s’insère naturellement dans la forme typographique au milieu de la composition plomb et convient parfaitement aux illustrations in-texte. Quoique plus fine que l’antique gravure sur bois de fil (du poirier par exemple), son dessin reste cependant un peu frustre. L’artiste Tony Johannot utilisa beaucoup cette méthode dans les années 1820-1830.
Gilbert, gravé par Leroux d’après Desenne (Paris, Dalibon, 1828)
Frontispice sur bois des fables de La Fontaine (le buste domine la scène) par J. J.  Grandville (Paris, H. Fournier, 1828)Mais la gravure en taille douce reste la reine des portraits frontispices. Gravure en creux sur métal l’encre est déposée sur la plaque et essuyée superficiellement. Seule demeure l’encre dans les creux. La feuille à imprimer est humidifiée et déposée sur la plaque encrée recouverte de feutres. L’ensemble est pressé entre deux cylindres à la manière d’un laminoir. La feuille imprimée garde la marque en creux du contour de la plaque qui forme la cuvette.  Rappelons les diverses méthodes de mises en oeuvre de la taille-douce. Le burin d’abord, grave directement le dessin sur le métal. La pointe sèche variante du burin est un stylet qui forme des copeaux de métal donnant un aspect velouté au dessin. La gravure au pointillé utilise des roulettes d’acier trempé pour attaquer le métal. L’eau forte nécessite de recouvrir la plaque d’un vernis protecteur sur lequel le graveur réalise son dessin. La plaque soumise à l’acide se creuse sur ses parties découvertes de vernis. Plusieurs passes sont possibles. On peut aussi combiner eau-forte et reprises au burin. Le vernis mou et l’aquatinte sont d’autres variantes de la gravure à l’eau forte. L’aquatinte ou gravure au lavis fait intervenir un saupoudrage de résine chauffée sur le métal.  Elle est utilisée pour des reproductions en couleurs. Elle nécessite autant de plaques que de couleurs. Le vernis mou est déposé sur la plaque de métal, recouvert d’une feuille de papier sur laquelle est réalisé le dessin. Sous le trait, le vernis adhère à la feuille et découvre le métal qui est exposé aux acides.
La taille douce utilisait jusqu’à présent surtout le cuivre rouge. Venue d’Angleterre également, la gravure sur acier permet des tirages multipliés sans usure du trait, bien qu’au rendu un peu plus sec que sur cuivre.
Les graveurs du XIXe s’exerçant aux portraits sont nombreux, les éditions de classiques même bon marché, s’évertuant d’offrir un portrait en frontispice de leurs productions. Citons au hasard, Louis Léopold Boilly (1761-1845), Adèle Ethiou, Léopold Flameng (1831-1911), Jean Denis Nargeot (1795-1865).
Mais le XIX est aussi celui des “fabriques” bibliophiles et dans la masse de la production, il faut rechercher les tirages à petit nombre, les tirages sur beaux papiers, parfois les quelques rares exemplaires pourvus du frontispice sur chine appliqué (c’est à dire collé) sur papier vélin.
Lauverjat

La lettre du bibliophile

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Un magnifique étui de livre d’heures de la fin du XVème siècle

Un magnifique étui de livre d'heures de la fin du XVème siècle

Amis Bibliophiles bonjour,

C’est une bien belle vente qui se tiendra à Chartres (Ivoire – Galerie de Chartres – Lelièvre, Maiche, Paris), le 14 octobre 2017.

Je vous laisse le plaisir de découvrir le catalogue, mais je souhaitais partager ici avec vous l’un des lots, un superbe étui de livre d’heures de la fin du XVe siècle.

Il est décrit comme suit au catalogue:

Étui de livre d’heures Renaissance en cuir repoussé et ciselé fin XVe siècle
Taille: 20 x 17,5 x 8 cm

Composition et Technique: L’intérieur de l’étui est réalisé en cuir, mis en forme, cousu et durci et constitue l’âme de la forme. C’est sur cette forme rigide et épaisse que l’on applique la partie extérieure en cuir bouilli qui va être travaillée avec des poinçons (os ou bois durs) afin d’obtenir des motifs en relief. Dans l’exemplaire présenté, l’étui est constitué de 4 épaisseurs de cuir, collée les unes sur les autres, le couvercle étant composé de 2 épaisseurs seulement.

Utilisation: L’étui était destiné à protéger un ouvrage précieux lors de son transport en bandoulière (missel, livre d’heures, manuscrit ou imprimé). La cordelette généralement faite de soie tressée se terminait par un noeud après le dernier passant. Dans notre exemplaire, la trace d’une fente sur les 2 petits côtés non visibles (partie recouverte par le couvercle) suppose la présence d’un lien entre la partie inférieure de l’étui et la cordelette permettant de limiter le débattement du couvercle lors de son ouverture à la longueur de ce lien.

Description: La face avant est décorée d’un grand médaillon central circulaire, rapporté, à l’intérieur duquel deux demies sphères, rapportées, sont ornées de deux lions l’un rampant l’autre léopardé (marchant). Le médaillon est soutenu par un motif de rubans sur fond pointillé. Les côtés sont ornés de motifs floraux sur fond pointillé. Les passants sont décorés de têtes léonines stylisées. La partie supérieure de l’étui est enrichie d’un fin motif floral sur fond pointillé. La partie arrière et le fond qui n’ont pas de rôle esthétique sont simplement décorés d’un treillis de filets.

Superbe travail dans un état de conservation exceptionnel. Rare témoignage dont on ne connaît que quelques exemplaires muséaux.

Son estimation est à la mesure de sa rareté, puisqu’il faudra compter autour 15 – 20 000 euros.

Il me semble que le musée de Cluny présente quelques étuis de ce type.

H

 

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