Le dernier achat de Calamar: truffage ou personnalisation? Colin-Tampon par Jérôme Doucet et illustré par Hellé

Amis Bibliophiles bonjour,
Lauverjat a raison, présenter ses (dernières ou pas) acquisitions est un exercice facile, qui peut être très intéressant ; surtout quand il permet de partager des trouvailles, comme sa Revue.
Le livre sujet de ce billet est plus modeste ; mais je l’attendais depuis un bon moment (il est assez rare) et je l’ai donc feuilleté avec attention lors de sa réception.

Il s’agit de  Colin-Tampon, petit tambour suisse, de Jérôme Doucet, illustré par André Hellé. Ce livre fait partie d’une petite série d’une dizaine d’ouvrages, publiés en 1909 par Félix Juven – ouvrages modestes, 16 pages in-4, ou 12 pages in-12, sous cartonnage rouge et décorations dorées.

Dans cette série ce livre est particulièrement recherché, en effet c’est un des tout premiers livres illustrés par André Hellé, Et il est relativement rare, de par son statut même – peu d’ouvrages de ce genre ont survécu aux épreuves imposées par leur premier possesseur. Sur André Hellé, on peut lire le catalogue du Musée du Jouet : https://issuu.com/jloic/docs/catalogue_musee_jouet_expo_helle

J’étais donc impatient de le feuilleter. Cet exemplaire est en état presque correct : le livre tient au cartonnage, celui-ci a le dos endommagé, mais est encore solide, les plats sont intacts – seul dégât : une page de garde légèrement déchirée. 
Mais surtout, ce livre a été enrichi, « truffé », par son premier propriétaire. On apprend d’ailleurs tout de suite de qui il s’agit ; en effet une étiquette de prix « artisanale » nous apprend que ce livre a été offert, le 29 juillet 1919, comme prix d’honneur, à Enguerrand Cornette de Saint-Cyr.

Et sur les pages de gardes sont collées dix lettres d’Enguerrand à sa « petite mère » – quatre d’entre elles sont d’ailleurs écrites sur papier à en-tête décoré par André Hellé (ce qui ne nuit pas à la valeur du lot). 
Ces lettres, sur lesquelles une écriture adulte a rajouté la date, ont été rajoutées, sans doute par la maman en question. Elles sont datées de l’été et de l’automne 1922, et racontent les aventures d’un petit garçon, en vacances chez son oncle, loin de ses parents – ses parties de pêche, ses jouets, ses jeux… 

De même, plus émouvant encore, deux photos sont jointes aux lettres – Enguerrand, dans un magnifique habit blanc, pose fièrement, debout sur une chaise.

Et sur la dernière garde est collé  un compliment, donné par Enguerrand à ses parents, pour le nouvel an 1922 – une feuille décorée de motifs très Art Nouveau.
Ce genre de trouvaille n’est pas très fréquent – on est content de rencontrer un ex-libris, mais ici c’est la vie même de ce petit garçon – ce qui donne une valeur affective particulière à ce petit livre – payé pratiquement rien, acheté à un marchand allemand qui ne sait pas que André Hellé est collectionné en France.

Calamar

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Les 8 commandements de l’épouse de Bibliophile

Les 8 commandements de l'épouse de Bibliophile

Chers amis Bibliophiles de mon Bibliophile de mari,

Cela ne vous aura sans doute pas échappé : Noël, c’est demain.

Cette année, j’avais décidé de frapper « un grand coup ». Ayant pris contact, à l’insu de mon tendre époux, avec l’un des vôtres (il se reconnaîtra ce soir), je voulais lui offrir un livre rare, ou un ex-libris, puisque l’idée farfelue m’était venue que tout ce petit monde se trouverait probablement sous le sabot d’un cheval.
Après quelques échanges de mails avec mon conseiller es bibliophilie, appelons le Monsieur F., quelques visites à de sombres échoppes toujours pleines de fumée de cigare et d’hommes à moustache (Mon Dieu ce que le libraire peut réserver un accueil distant quand il le veut), je l’avoue … je jetais l’éponge : trop compliqué, trop hermétique.

Je me rabattais donc sur les cadeaux que l’on fait habituellement aux hommes élégants : gants de conduite en pécari, pyjama de chez Charvet, eau de toilette d’une bonne maison. Noël 2008 ne verrait définitivement pas l’avènement d’un ex-libris frappé d’un cœur rouge et marqué « Aut Hugo Aut Nihil », mais ma devise peut-elle être constituer l’ex-libris de mon époux, d’ailleurs? Non? Tant pis.

Et d’ailleurs quand mal m’en a pris de confesser cette idée saugrenue à mon mari, il en resta stupéfait ; comme pétrifié, presque traumatisé à l’idée qu’on puisse fomenter ainsi un tel putsch contre sa bibliothèque et ses livres: « Mais tu n’y penses pas????? Sais-tu ce que représente un ex-libris dans la vie d’un bibliophile ? Je ne sais même pas si j’y ai droit, si je dois en avoir ou pas, et de toute façon si c’est le cas, cela prendrait des mois voire années de réflexion pour en avoir ne serait-ce qu’une ébauche ! Et puis, je ne suis encore moi-même qu’une ébauche ! ».

Dépitée, j’écrivais ces 8 commandements, que je vous livre ce soir, et que seul l’amour d’un homme peut aisément dépasser.

Commandement n°1 :
De cadeau à un bibliophile pour Noël jamais tu n’offriras, sous peine de te ruiner ou de te ridiculiser, c’est selon, voire les deux. (sauf si vous êtes vous-même bibliophile, et que vous avez épousé un bibliophile, mais cela est-il statistiquement possible ?).

Commandement n°2 :
D’ex-libris pour ses livres point tu n’imagineras. Car l’ex-libris se mérite, et il s’agit là d’un sujet sérieux qui ne se traite pas à la légère. Votre bibliophile a-t-il gagné assez de galons pour en avoir un lui aussi ? « Question à 1 million d’euros » selon Monsieur F. (je suggère à ce titre, un petit débat à ce sujet sur le blog).

Commandement n°3 (de circonstance) :
D’inondation dans un appartement déserté pour les vacances à gérer à distance tu n’auras … Ceci nous étant arrivé aujourd’hui, mon bibliophile de mari, ayant décidé que sa femme n’avait qu’à gérer l’intendance quand lui vaquait à des choses importantes, ne me demanda qu’une chose : Mes livres sont-ils touchés ? Une fois rassuré, et cette question évacuée, le reste était sans importance.

Commandement n°4 :
Méfiante jamais tu ne seras quand tu entendras ton mari s’écrier au téléphone en parlant à Monsieur F. : « elle est belle ! Aucun défaut, je ne cesse de la caresser ». Inutile de faire un esclandre, il ne s’agît que d’une reliure (c’est ma maigre consolation).

Commandement n°5 :
Sur le prix de ces livres jamais tu ne t’interrogeras. Il est des secrets de bibliophiles bien gardés que les béotiens ne sauraient comprendre, et mon mari m’a toujours cité l’exemple de ce bibliophile qui écrivait 100 €, 50 € sur la première page de tous ses livres (au lieu des fortunes dépensées), pour ne pas effrayer son épouse. Celle-ci une fois veuve proposa à un libraire de reprendre le lot aux prix marqués… Mieux vaut ne pas savoir d’ailleurs.

Commandement n°6 :
Le nombre des livres qui envahissent la maison jamais tu n’évalueras. La culture et la passion ne se mesurent pas en quantité, même quand les livres du 18ème envahissent le moindre centimètre carré disponible.

Commandement n°7 :
Jamais tu ne t’inquiéteras quand ton mari partira avec deux livres sous le bras et un air de conspirateur heureux vers un déjeuner mystérieux, où l’on parle un langage hermétique, et où les échanges sont passionnés.

Commandement n°8 :
Jamais ne tu ne t’offusqueras lorsque le véhicule familial fera un détour significatif pour aller « vérifier si ce petit libraire sympathique a rentré quelque chose d’intéressant. Pense aux enfants allons, une librairie, c’est le premier pas vers la culture ! »
Bref, en un mot, les livres aimer progressivement il te faudra! Bonnes fêtes à vous tous et toutes.

AC.

P.S. : souscrivez à la Revue, il ne pense plus qu’à ça, n’est-ce pas Monsieur F.!

9 Commentaires

  1. Effectivement c'est mignon et touchant, dommage que le cartonnage soit abîmé…
    Concernant la provenance, je ne suis pas du tout généalogiste, mais je pense qu'il n'y a qu'une famille Cornette de Saint Cyr ? (avec de nombreuses branches, c'est possible, mais a priori il y a au moins un lien ténu avec le priseur je pense ?)
    B.

  2. merci René, effectivement le papier est détaché d'un carnet. Je connaissais le blog en question, c'est là que j'ai vu que ce livre n'était pas tout à fait le premier d'André Hellé.

  3. Bravo Calamar, une excellente pièce que j'envie beaucoup, étant moi-même amateur des oeuvres de André Hellé. Je possède plusieurs albums en première édition.
    Les notes manuscrites qui accompagnent votre album ont probablement été rédigées sur un carnet illustré par Hellé ; on connait un papier à lettre similaire, dit Arche de Noé.
    Il existe aussi un Blog, animé entre autres par Jacques Desse : http://amisdhelle.blogspot.be/

    René

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