Le Bibliomane de François Kupka (1871 – 1958)

Amis Bibliophiles bonsoir,

La bibliophilie au Grand Palais n’est pas tout à fait terminée! Si vous êtes parisiens et que vous êtes sensible à la peinture, ne ratez pas l’exposition « Kupka, pionnier de l’abstraction », au Grand Palais, qui se tient du 21 mars au 30 juillet 2018.

František Kupka dit François Kupka est né le 22 septembre 1871, dans une petite ville de Bohême orientale, Opočno (aujourd’hui en République tchèque). Ayant montré de précoces inclinations artistiques, il prépare l’entrée à l’Académie des beaux-arts de Prague. Il y est inscrit en 1889, en classe de peinture historique et religieuse, avant d’intégrer, en 1891, la prestigieuse Académie de Vienne. De cette période datent d’ambitieux tableaux allégoriques, comme Le Dernier Rêve de Heine mourant (1893), dont le succès lui vaut quelques commandes de portraits dans l’aristocratie impériale.

En 1899, à 28 ans, il peint Le Bibliomane (1897 ou 1899 selon les sources), qui marque son adoption des conventions de la peinture claire et de plein air.

Kupka choisit de quitter Vienne pour Paris où il s’installe à Montmartre. Il est proche de son compatriote Mucha et gagne sa vie en donnant des caricatures aux journaux satiriques qui foisonnent à cette époque : Le Canard sauvage, Cocorico, Le Cri de Paris, La Plume, et Le Rire, mais aussi bien sûr L’Assiette au Beurre.

Kupka illustrera éaglement trois livres de bibliophilie: Les Érinnyes de Leconte de Lisle, la Lysistratè d’Aristophane et le Promètheus d’Eschyle.

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Mais revenons à ce « Bibliomane » peint en 1899, que les bibliophiles verront sans doute plus comme un simple « lecteur ».

Voici comme le tableau est présenté dans le formidable dossier pédagogique de l’exposition:

« Observer:

Réalisée dans une belle facture picturale, au dessin parfaitement maîtrisé, cette toile évoque un instant passé au jardin par une journée ensoleillée. Assis à l’ombre d’un arbre, un homme lit. Trois jeunes femmes, à moitié cachées par les frondaisons,
un brin facétieuses, l’observent. La scène peut sembler amusante. Cet homme est, en effet, regardé à son insu. Mais la composition du tableau souligne un fort contraste entre les deux groupes. L’homme est comme retiré du monde, happé par sa lecture, à l’abri de la niche de verdure qui l’enveloppe. Les jeunes filles, elles, sont en mouvement. Deux d’entre elles, vêtues de robes blanches, se penchent vraiment, tête en avant, pour mieux voir tandis que la troisième, attirante avec sa blouse rouge, se dérobe discrètement. L’ombrelle et les robes parsemées de taches de soleil témoignent du bonheur de vivre en harmonie avec la nature dont ces silhouettes féminines semblent surgir. Le peintre oppose vie contemplative et vie active.

Comprendre:

A écouter ce qu’en dit l’artiste c’est, en effet, une version très personnelle qu’il nous livre: « L’imbécile rat de bibliothèque dont j’avais si longtemps joué le rôle est assis sous un arbre, au milieu de la nature ensoleillée, à se casser la tête selon mon habitude. Les trois jeunes filles, qui l’épient à travers le feuillage sont censées représenter la vie, telle qu’elle doit être vécue dans la pratique, ce dont j’étais bien incapable.» L’artiste exprime son état d’âme, douloureux, un regret; il parle de son incapacité et pour le dire, il choisit la voie picturale. Ainsi, il quitte la simple scène de genre au profit d’une vision allégorique. Dans cette toile importante,
exposée au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts à Paris, la maîtrise de la technique, acquise à l’Académie, place le sujet traité au sein d’un paradoxe entre peinture d’histoire et symbolisme. Le choix délibéré de placer la scène en extérieur avec une forte présence de la nature correspond aussi aux préconisations de cette génération d’artistes sécessionnistes dont Kupka est issu. »

H

La lettre du bibliophile

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Le dernier achat de Calamar: truffage ou personnalisation? Colin-Tampon par Jérôme Doucet et illustré par Hellé

Le dernier achat de Calamar: truffage ou personnalisation? Colin-Tampon par Jérôme Doucet et illustré par Hellé

Amis Bibliophiles bonjour,
Lauverjat a raison, présenter ses (dernières ou pas) acquisitions est un exercice facile, qui peut être très intéressant ; surtout quand il permet de partager des trouvailles, comme sa Revue.
Le livre sujet de ce billet est plus modeste ; mais je l’attendais depuis un bon moment (il est assez rare) et je l’ai donc feuilleté avec attention lors de sa réception.

Il s’agit de  Colin-Tampon, petit tambour suisse, de Jérôme Doucet, illustré par André Hellé. Ce livre fait partie d’une petite série d’une dizaine d’ouvrages, publiés en 1909 par Félix Juven – ouvrages modestes, 16 pages in-4, ou 12 pages in-12, sous cartonnage rouge et décorations dorées.

Dans cette série ce livre est particulièrement recherché, en effet c’est un des tout premiers livres illustrés par André Hellé, Et il est relativement rare, de par son statut même – peu d’ouvrages de ce genre ont survécu aux épreuves imposées par leur premier possesseur. Sur André Hellé, on peut lire le catalogue du Musée du Jouet : https://issuu.com/jloic/docs/catalogue_musee_jouet_expo_helle

J’étais donc impatient de le feuilleter. Cet exemplaire est en état presque correct : le livre tient au cartonnage, celui-ci a le dos endommagé, mais est encore solide, les plats sont intacts – seul dégât : une page de garde légèrement déchirée. 
Mais surtout, ce livre a été enrichi, « truffé », par son premier propriétaire. On apprend d’ailleurs tout de suite de qui il s’agit ; en effet une étiquette de prix « artisanale » nous apprend que ce livre a été offert, le 29 juillet 1919, comme prix d’honneur, à Enguerrand Cornette de Saint-Cyr.

Et sur les pages de gardes sont collées dix lettres d’Enguerrand à sa « petite mère » – quatre d’entre elles sont d’ailleurs écrites sur papier à en-tête décoré par André Hellé (ce qui ne nuit pas à la valeur du lot). 
Ces lettres, sur lesquelles une écriture adulte a rajouté la date, ont été rajoutées, sans doute par la maman en question. Elles sont datées de l’été et de l’automne 1922, et racontent les aventures d’un petit garçon, en vacances chez son oncle, loin de ses parents – ses parties de pêche, ses jouets, ses jeux… 

De même, plus émouvant encore, deux photos sont jointes aux lettres – Enguerrand, dans un magnifique habit blanc, pose fièrement, debout sur une chaise.

Et sur la dernière garde est collé  un compliment, donné par Enguerrand à ses parents, pour le nouvel an 1922 – une feuille décorée de motifs très Art Nouveau.
Ce genre de trouvaille n’est pas très fréquent – on est content de rencontrer un ex-libris, mais ici c’est la vie même de ce petit garçon – ce qui donne une valeur affective particulière à ce petit livre – payé pratiquement rien, acheté à un marchand allemand qui ne sait pas que André Hellé est collectionné en France.

Calamar

3 Commentaires

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