Amis Bibliophiles bonjour,
« Cet exemplaire disponible chez un ami libraire n’est il pas plus désirable que le mien? Et si j’améliorais? ». « Que vaut-il mieux, un vélin d’époque ou un veau d’époque? », « Janséniste ou décoré, quel maroquin est le plus recherché? », etc. Autant de questions que tout bibliophile se pose un jour, même s’il sait bien au fond de lui que la valeur d’un exemplaire à ses yeux ne dépend pas seulement de sa condition… mais aussi par exemple, de la personne qui vous l’ai offert, de l’endroit où vous l’avez acquis, dans quelles conditions, à quel moment de votre vie, de son coût, réel ou symbolique, etc.
Pour aider les bibliophiles à y voir plus clair sur la qualité (et non la valeur que chacun accorde, par opposition à la valeur économique), M. Christian Galantaris présente dans son inestimable Manuel de Bibliophilie (Editions des Cendres) une classification des exemplaires, « du moins attractif (1) au plus excitant (8) ».
« 1. Reliure moderne, marges courtes, papier bruni ou obscurci par des rousseurs ou – au contraire – outrancièrement lavé ou trop blanc.
2. Reliure moderne, marges moyennes (rarement grandes, car la reliure moderne présuppose une ou deux reliures antérieures, chaque reliure imposant un nouveau rognage des marges).
3. Reliure ancienne de basane (dos lisse ou à nerfs, sans décor ou discrètement orné).
4. Reliure ancienne de vélin ivoire souple ou à plats rigides (montés sur carton). Cette condition, plaisante mais modeste sans aucun décor, prend un attrait et une plus value particulière s’il s’y ajoute une ornementation dorée sur les plats.
5. Reliure en veau ancien (brun, marbré, raciné, blond, etc.) à tranches nues, marbrées, quelquefois dorées avec dentelles intérieure (autant de signes d’une reliure soignée et de qualité). S’il y a une petite dentelle ou des armes sur les plats, la valeur augmente notablement.
6. Reliure ancienne en maroquin (janséniste ou avec trois filets dorés en encadrement sur les plats, dos orné, tranches dorées et dentelle intérieure, etc.).
7. Reliure ancienne en maroquin (à dentelle, aux armes, avec super ex-libris attestant une origine célèbre).
8. Reliure ancienne mosaïquée, qui se rencontre sur les almanachs ou les livres de piété, mais qui est pratiquement introuvable sur un texte d’une autre nature, à tel point que, si l’intérêt du texte est à la hauteur d’une telle reliure, il y a tout aussitôt lieu de suspecter quelque opération de remboîtage ».
Bien sûr, tous les cas ne sont pas envisagés (ainsi les reliures rétrospectives du 19ème signées de grands relieurs, ou les vulgaires basanes d’époque signées par un auteur ou amateur célèbre, etc.), mais il n’est pas non plus interdit aux bibliophiles de faire preuve d’un peu de jugeotte.
On notera au passage, que les incomplets ne figurent pas dans ce classement, mais il est vrai que l’on parle ici de bibliophilie -sourire- et qu’il n’était pas nécessaire de mettre des notes négatives.
Merci M. Galantaris, la lecture de votre Manuel devrait être obligatoire dans toutes les bonnes écoles primaires.
H
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Variations sur les Heures Hachette: fourgon de la Brinks, Dorgis de la Reine, Lancastre, Bedford et autres fantaisies… La parole est à l’expert

Amis Bibliophiles bonjour,
Régulièrement, le Blog du Bibliophile propose un message qui sort de l’habitude, par son intérêt, son style, son importance, ou même sa longueur (petites manipulations autour d’un ouvrage, disparition des cols rouges, etc.). Parfois encore un message peut présenter toutes ces caractéristiques. C’est le cas aujourd’hui, avec l’aventure épique, que notre ami Ugo a vécue autour des « Heures Hachette », et qu’il va nous conter. Cet article restera quelques jours sur le blog, pour permettre à chacun de le lire, de le relire, de le partager, de le commenter, et j’ai envie d’ajouter, de s’en délecter…
« Deux millions… 2 millions ??? 2 millions !!! D’euros ??? Ben oui, pas des drachmes. Adjugé 1680000, 2019000 frais inclus.
Saperlipopette !!! comme dirait un commissaire-priseur de mes connaissances, pas celui dont on parle, mais un autre, avec des moustaches en guidon de vélo et un fond de commerce ancré vieille France.
Attendez, attendez… je ne suis pas payé et si, à dieu ne plaise, je le suis un jour, je ne l’aurais pas volé mon pognon. Décembre 2010 que je transpire sur cette histoire, septembre 2011 que j’en fais un quasi plein temps. 14 mois à l’avoir en tête, 8 à bosser dessus. Et je vous fais cadeau de mon activité durant les mois qui ont suivi la vente, jusqu’au jour d’aujourd’hui. N’oublions pas les 10 000 € de moins au compteur. C’est ce que m’ont coûté mes spécialistes et stagiaires sans parler de la doc.
Huit mois c’est beaucoup, faut être un expert un peu laborieux de la comprenette, pour y passer autant de temps. Une raison à cela, c’est qu’il a fallu m’imprégner peu à peu de ce que je devais dire et ne pas dire, faire et ne pas faire. Mais ce n’est pas la raison principale…
Basta ! On est ici pour parler de livres entre amateurs distingués; ce n’est pas une tribune libre. Dommage, j’en aurais long comme les deux bras à vous raconter…
Dans la série j’ai-du-tout-faire-moi-même, prenez le proposal… c’est bibi. Pour les ceusses qui savent pas, un proposal en France c’est une proposition commerciale qu’on appelle de son nom anglais parce que c’est nous qui faisons comme eux et pas l’inverse; un peu comme les Condition Report réclamés impitoyablement à un expert francophone pourtant honnête homme dans ses descriptions.
Attention, un proposal chez les roast-beef, c’est grand comme un bouclier de légionnaire romain, avec des photos de votre bouquin sur les genoux de la reine, voire en cache-sexe du prince Harry. Et puisqu’il faut viser l’international, autant s’adresser aux nouveaux riches du céleste empire; aussi ne vous étonnez pas de le retrouver, en double page centrale, brandit par Lin Piao devant un bataillon de Gardes Rouges.
En fait le proposal, je l’ai torché vite fait et balancé au copie-shop du coin. A ce moment mon illustration fétiche, c’était la neuvième; je l’avais mise en couverture. La neuvième, celle de la fuite en Égypte, à cause de ce petit âne qui porte la sainte famille, avec un air tellement déterminé, qu’on dirait un taureau. Disons que ma détermination à moi, elle visait le One Million book. Quant au petit âne, l’enluminure le montre au terme de sa mission, débarquant son petit monde à Hermapolis; même que dans le décor, une idole se casse la gueule de son piédestal comme vous l’avaient prophétisé Isaïe et Jérémie. Pourtant ça n’a pas été un trajet fastoche; regardez la grande lettrine portant un dragon, Alors Jésus, descendant des genoux de Marie, se dressa devant les dragons; et ceux-ci l’adorèrent. En plus ça se passe dans des grottes, flippant non ? Il est plus sûr qu’un fourgon de la Brinks ce petit âne…
Euh… vous le connaissiez, vous, ce chapitre de l’évangile du Pseudo-Matthieu ? L’évangile de qui, au fait ? Et d’ailleurs qu’est-ce que ce pseudo-Matthieu, avec deux t, qui fait sa pelote dans un livre d’heures consacré par la sainte église de la troisième décennie du quinzième siècle ? Apocryphe, vous dites ? Ah, je veux bien parce que je n’imagine pas un père de l’église nous seriner qu’à lui tout seul, le petit Jésus il calme une bande de lascars dans le RER.
Et vous croyez que ça s’arrête là ? Même pas ! C’est quoi cette racine tordue dans la composition ? L’emblème du duc ? Là, faut chercher, pas trop loin d’ailleurs, au feuillet 256 des Heures de Bedford, avec notre bon duc en prière devant saint Georges et la racine en question dans l’enluminure et aussi dans les bordures, encadrant son blason. Absolument rien à voir; oui mais ça reste une racine. Ouais… mais des signes j’en ai déjà une pelletée dont certains, pur jus de mon enthousiaste imagination; alors arrêtons les frais.
Pourtant, ce n’était pas faute de m’épuiser les yeux; j’avais transformé le bureau en annexe du NCIS. Aux murs, scotchées sur 5 rangs de hauteur, les photos de chacune des illustrations, d’enluminures tirées d’ouvrages similaires pour les comparaisons, du lacis des coutures pour comprendre les restaurations, d’exemples de patrons de l’atelier de Bedford, de plannings divers et variés, de schémas avec pleins d’ensembles et de sous-ensembles. Alors je les connaissais par coeur ces Heures Hachette. Sirotant une Honey Ale, gentiment offerte par la Maison Blanche, je les épiais tant et plus. Le lion dans la verrière de Saint-Mathieu (un seul t), similaire à celui du blason des Luxembourg, c’est mon oeil d’aigle qui l’a découvert; le dragon dans la lettrine, pareil; la fleurette cubiste dans la bordure du ff. 262, idem; le chapeau du chasseur d’ours dans celle du 131 identique à celui de Saint Julien dans les Heures du maître de Dunois, kif-kif. 
Bon d’accord, mon enthousiasme se faisait souvent talocher, mais c’est un peu comme ça, outre le temps passé à lire tout ce que je pouvais trouver sur le sujet, que j’arrivais à tenir la distance avec mon tiercos de spécialistes, tiercos au sens 3 du terme, n’imaginez pas que j’avais une phalange espagnole à manœuvrer. Et comme à moi, on ne me la fait pas, j’avais, chiffre 3 oblige, organisé ça sur un mode cellule communiste, 2 qui militent, un qui surveille; avec alternance aléatoire et myself en Politburo.
Faut dire que, comme pour le petit âne, le cheminement du Book, ç’avait pas été un vol Concorde first class. Dans le décompte des cahiers, le suivi des réclames, la répartition des attributions, tout à été à refaire plusieurs fois. Tiens, à cause de l’enluminure de Pierre de Luxembourg, on s’est retrouvé à Amiens sur les traces de Raoul d’Ailly et des Heures de Châtillon. Surtout qu’à l’étude, ça bouillonnait sévère dans les calculettes. Pensez-donc, 4 millions d’euros, juste aux débuts de l’Euro. Et vas-y que je te pose des règles de 3 sur le prix du pain. Combien coutait la baguette, en 1953, 2001 et 2012 ? Et le lingot, hein ? Que ça gênait personne que ça n’avait rien à voir, pas les mêmes ateliers, pas les mêmes artistes, deux fois plus grand, deux fois plus de miniatures, un destinataire reconnu, une histoire facilement reconstituable. La nuit et le jour quant au grand silence de mes Heures Hachette. En plus une sombre affaire de thèse indélicatement empruntée à une sommité Anglo-saxonne; aussi un donateur majoritaire qui menace de jeter l’éponge si l’état ne se sort pas les doigts des trous de nez pour trouver les fonds manquant. Bref, de quoi tartiner un Da Vinci code; ce qui peut s’avérer utile parce que votre cible n’est pas forcement la Morgan Library déjà bien pourvue en manuscrits de cette période, mais éventuellement un gagnant de l’euro-million qui lui ne cherche qu’à éviter l’impôt à une partie de son nouveau capital.
A propos de donation, pensez à mettre 10 balles dans la souscription pour les Heures de Jeanne de France, il manque 250 000 sur 1 000 000 €. Vous faites suffisamment de coups fumants sur ebay, pour ne pas aider la conservation du patrimoine.
Bon d’accord, à 1 million, vous étiez acheteur vous aussi; que voulez-vous que je vous dise ? D’accord aussi, vous les aviez trouvé pas troppo caro, les Heures de Claude de France à 2 000 000 adjugé. En plus quand vous les retrouvez sur plateau tournant dans une vitrine du grand Palais, avec un relifting de reliure dont un léger enchâssement d’or fin; qu’entre les différentes rumeurs, le prix tourne entre 7 et 10, vous vous dites qu’à ce compte peu importe le prix annoncé; le vrai prix sera celui de la transaction effective, le jour ou elle se fera. Ce qui n’empêche pas qu’il est grand temps que vous ayez 1 million à miser, vous aussi, et moi tout autant.
Quoi, le coup du plateau tournant ça vous estomaque ? Mais moi aussi, mon cher; la preuve qu’on doit être dans le même camp. Enfin plus vraiment… Vous, vous êtes restés du coté de la chose imprimée; moi, faut que je fasse de l’apnée dans la chose enluminée. Tenez, ces Heures Hachette, je ne savais pas par quel bout les prendre. D’héritage en remariage, pas un des proprios ne savait me dire d’où elles venaient. Ah si, une vague allusion à un galeriste décédé, bien connu par moi sinon de vous. Et alors ? Alors, rien. Quid, quae, quod, mystère et boule de gomme. Mais bon, à force de constater mon inefficacité en tant qu’expert, je me suis constitué quelques parades. La principale étant de faire bosser les autres. Pour commencer, je buttais sur l’ex-libris. Que faire ?
Tout simplement poser la question ici-même:
(http://bibliophilie.blogspot.fr/2011/04/courrier-des-lecteurs-identification.html).
A-J H ? André-Jean Hachette ! Facile, suffisait de chercher dans le Lugt. Et pourquoi notre vaillant expert, il a pas trouvé ça tout seul ? Primo parce qu’il a pour principe de se rafraichir avec le widget Éventail.2.0 de son iphone pendant que d’autres triment à sa place et secundo, c’était un ex-libris de collectionneur d’estampes, pas celui d’un bibliophile. Donc je profite des lumières de Sarah Wiborade, sainte par désignation (c’est moi qui désigne) grâce à ce blogue (c’est moi qui orthographie). Là, je pouvais imaginer retourner siester tranquille. Vendu en 1953, donc décrit en 53. Un petit copié-collé et passez muscade; ma fiche est bouclée et qui viendra me reprocher de ne pas être allé plus loin que mes glorieux ancêtres ?
Sauf que les ancêtres en question, ils ne se sont pas foulés; bonjour la fiche… une datation erronée, aucune attribution, une enluminure en moins et une page en plus. Devaient être sous quelque chose les mecs, quant ils ont manipulé le book; genre Kamenitza blonde ou Zagorka ambrée. En outre il est évident qu’ils se plantent; s’il manque 3 feuillets comment peut-on tomber sur un chiffre pair, quant au décompte ? À un moment je me suis demandé si on parlait bien du même bouquin… Mais pas de doute; dans leur beuverie, ils lui supposent une provenance royale because des couronnes relevées dans les marges et ces couronnes, elles sont bien là aux pages qu’ils indiquent. Comme argument aussi, un dais fleurdelisé recouvrant le catafalque de l’office des défunts. Oui mais voilà, les couronnes dans les bordures, ça se pratique un peu partout à l’époque. Même les bataves en sont friands alors qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est un roi. Les fleurs de lys, c’est encore plus glissant comme sujet; sauf que c’est un début de puce à l’oreille. Il y a un monarque intérimaire qui en use et en abuse, c’est Jean de Lancastre, duc de Bedford. Le Godon qui règne sur la France pendant une treizaine d’années pour le compte de son neveu, petit minot mais roi d’Angleterre, bien en peine, vu son tout jeune age, de tracer nuitamment et d’un seul jet, la carte de ses royaumes sur les draps de sa royale couche. Chez notre bon duc, les lys en drap mortuaire, commémorent le décès de Charles VI; c’est le symbole de la transmission de la couronne de France à des mains anglaises. After, finish les Capétiens, welcome aux Plantagenets; Azincourt et traité de Troyes obligent.
Bedford…. Bedford… C’est rigolo que vous me parliez du régent parce que c’est le premier mot que prononcèrent mes spécialistes passé la demi-heure d’ébahissement admiratif que leur suscita la vision des quelques photos dont je disposais enfin.
Sous le régence du Lancastre, le principal atelier d’enluminure parisien est celui du maître Bedford et ce n’est pas pour rien que le duc, faute de SLAM et d’Ebay, ces deux mamelles de la bibliophilie moderne, s’adresse à lui pour étoffer sa bibliothèque, lui donnant au passage son nom de convention. Beaucoup d’artistes ont fui Paris (d’où l’intérêt d’identifier les écoles provinciales comme celle d’Amiens) non par crainte des Anglais qui sont plutôt un facteur de stabilité, mais du fait des horreurs chroniques de la capitale. Il ne fait pas bon vivre à l’ombre de Notre-Dame sous le règne de Charles, sixième du nom. On s’étripe grave, ça se tue et s’entretue comme en 40. Ça commence avec les Maillotins, imaginez, on écrabouille les fonctionnaires de Bercy à coups de maillets plombés; on continue avec les Écorcheurs, le nom suffit, je ne vais pas vous faire un dessin, qui, remontant du midi ne s’arrêtent qu’aux portes du faubourg Saint-Martin; puis les Cabochiens et croyez-moi, ce ne sont pas des tendres; s’ensuivent Armagnacs et Bourguignons qui tour à tour colorent la Seine de leur sang. Ah oui, elle est pas top zen la vie du petit peuple parisien en ce premier tiers du quinzième au feng-shui passablement perturbé; un monarque fol-dingue, plus de papes que vous ne sauriez en compter, une fine fleur de chevalerie laminée par des croquants armés de longbows; et si pour vous changer les idées, vous emmenez madame guincher, craignez les risques d’incendie niveau bazar de la Charité. Un bal des ardents, ça te branche ma mie ?
Est-ce à dire que l’atelier Bedford ne doit sa renommée qu’à une absence de concurrence? Certainement pas. Le maître s’est frotté au plus grands et du coup, en est devenu un lui-même; le maître de Rohan, météorique Van Gogh de l’enluminure, le maître de Boucicaut, les frères Limbourg dont il a pris brièvement le relais dans les Très Riches Heures de Berry, Jacques Coene, Robert Campin et j’en passe, jusqu’à Jean Fouquet qui aurait fait ses premières armes dans son atelier.
Un chiffre pour l’exemple ? (je sais bien qu’il n’y a que les histoires de gros sous qui vous intéressent). 8 enluminures de la main du maître adjugées 800 000 € en 2006 par nos amis héréditaires les english (encore eux). Vous avez la cote de l’artiste, 100000 la barbouille de 10 cm de coté. Pas mal, non ?
Mais revenons-en à nos Heures Hachette. Un livre d’heures incognito, faut d’abord déterminer d’où ce qu’il est; son usage que ça s’appelle. On ne suit pas la liturgie de la même manière sur le Tibre et sur l’Arno. Vous connaissiez Brunet, je vous présente Leroquais. Il a tout dit sur tout. Par exemple si, dans le calendrier, vous trouvez saint Anonymous et le bibliophile Rhemus, il y a de fortes chances pour que vos Heures soient à l’usage des blogueurs ici présents. Le calendrier des Heures Hachette, il est Parisiensis de chez Parigot. Donc, je confirme, nous sommes en présence d’heures à l’usage de Paris.
Mais j’exagère, ce n’est pas une terra tout à fait incognita que les Heures Hachette. De fait elles ont été étudiées dans les années 70 par une pointure, Eleanor Spencer. Enfin étudiées, pas tout à fait, elle s’est contentée de reconnaitre les artistes. Mais ça me suffit, mille mercis et mille respects, madame. J’espère qu’aujourd’hui vous devisez tranquillement avec le Maître de Rohan dans cet olympe VIP que le bon Dieu réserve aux chantres de la miniature médiévale. Deux artistes donc, du moins deux artistes principaux, car faudrait pas oublier toutes les petites mains extrêmement spécialisées qui participent à ce genre de travail, scribes, vigneteurs, artistes chargés du décor des bordures, peintres des lettrines, etc. De plus, je ne peux faire l’impasse sur une troisième main, heureusement limitée à des repeints aux visages de la Vierge, qui n’entrait pas dans le propos de miss Spencer.
Tout de même, les voilà mes deux gaziers, le Maître de Dunois et le maître de la légende dorée de Munich; je prends sur moi d’ajouter, travaillant dans l’atelier du Maître de Bedford. 
On a les noms, ça se dessine; le maître de Bedford, c’est Haincelin de Haguenau; le maître de Dunois, considéré longtemps comme son principal associé, c’est son propre fils Jean Haincelin; quant au maître de la légende dorée de Munich, j’aimerais bien lui coller un nom, mais là c’est plus tangent. Si j’ouvre le New York Times en date du 23 septembre 2000, rendant compte de la Biennale Parisienne, je lis ceci : … an unrecorded Book of Hours by the « Munich Master of the Golden Legend, » … a previously unnoticed Latin signature over the figure of a saint, « Dominus Conradus Toliensis fecit » (Master Conrad of Toul made it). Galvanized by the sensational find, a Swiss collector carried away the dollars 1 million prize… Ce qui en langage courant se traduit par 1) on a identifié le MLDM, il s’appelle Conrad de Toul, 2) un citoyen Helvète s’est fendu d’1 million de $ pour acquérir l’ouvrage tellement ça lui en bouchait un coin. Bingo, me direz-vous. Pas vraiment, Toul se disait en latin Tullum Luscorum. En revanche, Dôle dans le Jura peut correspondre à Tholensis. J’ajoute que des paléographes plus qu’autorisés n’y ont vu qu’un simulacre d’écriture, un peu comme sur les phylactères quand l’espace devient trop restreint pour tracer des lettres. Bon je ne sais pas ce qu’en pense le suisse délesté de son million, mais si je vous dis que le marchand ayant empoché la somme n’est pas défendeur de l’indéfendable genre bibliophil66 alias pseudonyme66, mais bien le même qui présentait les Heures de Claude de France sur un plateau tournant au Grand Palais, j’aimerais savoir ce que vous autres, bénévolents lecteurs, en pensez de votre coté ?
Mais, restons froids, une description pour vente aux enchères, ça ne sert pas à donner des leçons de latin. Alors je vais m’en tirer ainsi : le Maître de la Légende Dorée de Munich, qu’une identification récente assimile à Conrad de Toul. fermez le ban.
Et finalement, des informations il en lâche, notre livre d’heures.
Voyez ce programme éditorial que n’aurait pas renié Filipacchi; aussi finement concocté que NewLook et Mademoiselle Age Tendre.
Prenez les bordures, une conception rarissime, faites en 2 campagnes (quand vous parlez de livres d’heures, abusez du terme « campagnes » ça vous situe tout de suite comme savant); une classique pour les verticales et une autre extrêmement remarquable pour les horizontales. Là, faut mouiller son maillot… allez, on se lance ? Attention, c’est risqué, ne venez pas me dire que je ne vous aurais pas prévenu. Les bordures horizontales ont été exécutées sous la direction du maître de Dunois, peut-être avec sa participation pour certaines… Ça vous paraît négligeable comme affirmation ? Ignorants que vous êtes. Faut une ceinture noire es livres enluminés pour se risquer à avancer cela. La ceinture blanche que je suis frise le ko par ippon dès la première minute. Mais bon, je tente le coup. Et ça passe, Teddy Riner vient me demander un autographe.
Abrégeons; si cela intéresse quelqu’un, ma description est disponible sur internet; alors permettez-moi de sauter les étapes.
Pour résumer, un livre d’une qualité exceptionnelle, d’une unité remarquable, réalisé dans un délai très court par deux artistes parmi les plus en vue de leur temps, suivant les patrons et modèles en usage dans l’atelier du maître de Bedford.
Encore un petit coup de gégène et le fellagha Hachette finira bien par cracher le morceau, nous balancer son premier propriétaire. Parce qu’il est bien là mon problème. Un livre d’heures aussi classieux, ça suppose un commanditaire imposé à 75 % dès qu’il dépasse le million de revenu annuel. Sauf que des gaziers qui payent l’ISF en 1430, y’en a pas des masses. Non pas qu’ils se soient fiscalement évadés en Belqique. Mais parce que personne n’a plus un rond. Ni les Britons, ni les Fransouzin. À cause de la guerre de 116 ans, à moins que ce ne soit 138, qui est alors nonagénaire.
Au mieux de sa forme, notre régent Jean de Lancastre, duc de Bedford, il tient Paris, banlieues du neuf-trois incluses, avec une petite trentaine d’archers et de sergents d’armes. No problemo, il a remis la France, entre Rouen et Paris, au travail; Work more for gain more.
Perso, il me turlupine sévère le Lancastre. J’ai l’occasion de comparer nos Heures Hachette à un autre livre d’heures, les Heures Gaptière réalisées pas notre même binôme d’artistes; la tourbe et le marbre (je dois avoir déjà casé le jour et la nuit quelque part), les enluminures à la va-vite, les bordures d’une densité divisée par 10, vraiment pas comparable. Pourtant ces Heures Gaptières elle sont proposées à 700 000, devinez par qui ? Ben oui, par notre marchand au plateau tournant… Marché quand tu es tenu…
Du coup, je prends conscience de deux choses. D’abord qu’en visant le million je ne débloque pas trop; ensuite qu’Haincelin le jeune et Conrad du grand-est, ils ont vraiment donné le meilleur d’eux-mêmes. Et pour cela je ne vois qu’un motif, l’importance du commanditaire.
A l’appui d’un lien entre notre manuscrit et Jean de Lancastre, il y a cette dévotion affirmée pour Jean-le-Baptiste et non pas son homonyme l’évangéliste. D’accord faut gratter en profondeur, exhumer un testament du duc rédigé du vivant de sa première épouse Anne de Bourgogne; compulser les illustrations d’autre livres, à lui destinés. Les heures Bedford bien sur, mais aussi le bréviaire de Salisbury ou encore un texte laïc, les Amphorismes Yppocras (cherchez pas, ça s’écrit ainsi et pas autrement). Tout ça pour vous dire que le saint patron du régent est Jean-en-peaux-de-bêtes qui manie l’onction baptismale sur les bords du Jourdain et que visiblement on l’a collé partout ou c’était possible. Au calendrier en lettres d’or, histoire de bien montrer que c’est un saint qui ne compte pas pour du beurre; en train de baptiser le christ pour illustrer, choix assez peu usuel, les heures de tous les saints; aux suffrages de même, par ailleurs le seul saint dont on salue aussi l’octave; prêchant dans le désert pour orner l’une des deux grandes initiales historiées à 5 lignes de hauteur; 5 lignes c’est beaucoup, le manuscrit est établi sur 16 ou 17 lignes, soit près du tiers de la page. 
Les Heures Hachette, on ne peut pas dire qu’elles soient destinées à notre régent, tout simplement parce qu’elles n’y font pas référence. Ni devise, ni emblème, encore moins un portrait; même pas un de ces signes à l’usage exclusif de ceux qui savent et qui, bien souvent, parsèment ce genre d’ouvrage. Par contre, on peut avancer qu’elles sont destinées, étrennes ou remerciement à une personne de son proche entourage. L’élément le plus objectif est cette dévotion à Saint Jean-Baptiste, mais on peut aligner quelques considérations subjectives (traduisez par opinions que je partage avec moi-même). Il paraît improbable que le directeur éditorial d’un livre d’heures, qui est généralement le chapelain du commanditaire, soit autorisé à pomper des compositions exécutées pour le compte du régent; ce serait suicidaire pour l’atelier. A contrario, prenons les Heures Sobieski, probablement exécutées pour Marguerite, fille de Jean sans Peur et veuve du dauphin Louis, à l’occasion de son remariage avec Arthur, futur duc de Bretagne. Les similitudes sont frappantes avec les Heures Bedford. Si vous vous rappelez que Marguerite est la sœur ainée d’Anne, première femme de Jean de Lancastre et que leurs épousailles respectives ont lieu la même année, 1423, vous avez l’impression que tout se met en place. Produits dans le même atelier, ces deux manuscrits offrent de nombreux reflets, cependant tempérés par une hiérarchie dans le luxe. Destinées à un couple pas encore ducal, les heures Sobieski sont moins somptueuses que les Heures Bedford composées pour l’homme qui, à cette date, est le plus puissant de la chrétienté.
En fait, c’est loin d’être aussi clair et les médiévistes s’écharpent tels les Dorgis de la reine et les Terriers du prince Andrew. Primitivement, les Heures Bedford n’auraient pas été destinées à Jean de Lancastre mais à Louis de Guyenne, justement le premier époux de Marguerite de Bourgogne. Tout ce qui concerne Lancastre aurait été rajouté en 1430, au moment ou Anne et son régent de mari les offrent à Henri VI, roi régnant d’Angleterre et postulant roi de France. Resterait à déterminer la chainon manquant; en quelle occasion Marguerite à transmis les Heures Sobieski à sa soeur Anne ?
Retenons cependant le procédé, quand Jean et Anne offrent les Heures Bedford à leur roitelet, ils font ajouter leurs portraits et emblèmes plutôt que ceux du petit Riton. Ce qui, lecteurs sceptiques et toujours avides d’un trébuchement du pseudo-expert (avec un seul t) que je suis, vous permet de mieux avaler ce que vous pensez être une couleuvre, à savoir un membre du proche entourage du duc comme destinataire des Heures Hachette.A ce propos permettez-moi, si vous eu la patience de me lire jusqu’ici, de suspendre mon récit pour m’accorder à moi-même une pensée charitable, au vu de la masse d’informations que j’ai du vendanger pour en tirer ce vin pas trop clairet que je verse dans le gobelet de votre entendement.
Reprenons; nous disions, un proche du régent… Da, gospodine… mais qui donc? La, j’ai une enluminure extrêmement rare, représentant un saint contemporain, une icône de son temps, Pierre de Luxembourg. Évêque de Metz puis cardinal d’Avignon, disparu en 1387 à l’age de18 ans; canonisé en 1527 mais dont la cité des papes fait l’un de ses saint patrons en 1432. Un saint de la plus haute actualité quant à la date de production de nos Heures Hachette. Il pourrait ne s’agir que d’un Tweet du chapelain destiné à réveiller son maître pour le cas ou il somnolerait de trop pendant la messe. Oui mais dans la verrière de l’enluminure de Saint Mathieu, on retrouve, tout juste discernable à l’oeil nu, le blason des Luxembourg…
Alors nous y sommes; mon jeu est plutôt vide, mais j’ai tout de même quelques cartes en main, pas une quinte flush, à peine un brelan mais c’est déjà pas mal.
Je divise ma fiche en trois parties, ce qui, pour un ancien diplômé d’une grande école, formé aux rythmes binaires comme je le fus en des temps déjà anciens, est un blasphème, mais tant pis. Distribution – décoration – commentaire. Bien sur, une introduction pour dire à quel point ce livre est exaltant et l’expert performant; mais de conclusion, polope… S’il s’agit conclure, je vous laisse faire. Quant à moi je n’ai fait que tracer un vague sentier que d’autres se chargeront de suivre… ou pas.
D’abord la distribution liturgique, et là il me faut toute la rigueur fouettarde de ma paléographe. Celle-la même qui m’a mis sous le nez qu’il fallait compter 34 cahiers et non 33 comme je le pensais depuis le début. C’est une perle cette nana… On commence par le calendrier, les saints mis à l’or, ceux dont on salue la vigile ou l’octave; jusqu’à cette sainte Gemme, seule bienheureuse n’appartenant pas à l’usage parisien. Et pourquoi elle précisément ? J’ai le choix entre deux saintes de ce nom, l’une morte en 109, martyre des premiers temps; et l’autre disparue en 1429 qui par vocation, à moins que ce ne soit pour échapper à un édile harceleur genre DSK (cf. Acta Sanctorum, Société des Bollandistes, 1680-1688, t. 3, p. 182), vécut 30 ans emmurée dans une chapelle dédié à… saint Jean-Baptiste. Allez, devinez entre ces deux saintes pour laquelle je penche. Viennent ensuite les péricopes des évangiles avec Jean, Marc, Luc et Mathieu (un seul t) en morceaux choisis. Un petit détour par la passion selon Saint-Jean et on attaque les heures de la vierge, Matines, Laudes, Prime, Vêpres, Complies; manquent Tierce, Sexte et None. Suivent les heures pour chacun des jours de la semaine, de la Trinité pour le dimanche, des défunts pour le lundi, du Saint-Esprit pour le mardi, de tous les saints pour le mercredi, du Saint-Sacrement pour le jeudi, de la Croix pour le vendredi, de la Vierge pour le samedi. Puis les prières particulières dont celle de Pierre de Luxembourg,avec cette délicate antienne Deus Pater, qui creasti et illuminasti, suscipe me penitentem… Suit l’office des morts précédant les suffrages, puis les Prières à dire pendant la messe, les Quinze joies de la Vierge, Les Sept requêtes à Notre Seigneur commençant par Beau Sire Dieu regardez moi , enfin quelques oraisons et pour finir la dernière ligne du manuscrit, Que vray confez puisse morir. Amen. Il y une poésie infinie dans ces textes…
La seconde partie de ma fiche fait un sort aux illustrations. Je me base sur le travail de ma consultante en manuscrit enluminés. Elle a été formée à l’ancienne, à une époque ou le numérique n’avait pas bouleversé la diffusion de la miniature médiévale. Les œuvres étaient difficilement accessibles les clichés rares et couteux, du moins pour des bourses estudiantines. D’où ces descriptions qui nous paraissent tellement scolaires parce qu’elles incluent tout ce que nos yeux voient, le nécessaire comme le superflu. Bon, j’élague et je raccourcis parce que ce serait trop sopo. Par contre je développe ce qui me paraît décisif pour le but que je poursuis (le million, what else ?), comme ce pot de fleurettes rouge qui se promène d’une enluminure à l’autre. Sorte de private joke au sein de l’atelier, on le retrouve dans les heures Bedford et Sobieski. Plus généralement, j’ajoute ce sur quoi j’ai décidé de plancher en solo, principalement les comparaisons avec d’autre travaux issus de l’atelier Bedford, ces deux livres d’heures bien sur, mais aussi le bréviaire de Salisbury, destiné au duc, dont la scène du baptême peut avoir servi de modèle, du moins pour la structure de la composition, à son équivalent dans les Heures Hachette. 32 compositions aux bordures du calendrier dans le meilleur style Bedford. Saints et prophètes dans des médaillons ou émergeant librement d’un buisson d’acanthe, occupations du mois et signes du zodiaque dans des petit tableautins. 22 enluminures, en quasi-pleine page, dans des bordures d’encadrement non reprises au verso et deux initiales historiées de six et cinq lignes de hauteur.
Reste la troisième partie, celle sur laquelle je joue ma tête; le commentaire. Surtout ne pas déraper genre Irma La voyante. Dieu merci, je ne suis pas seul face à l’adversité, vous en l’occurrence. La conservation du patrimoine a refusé, comme il se doit, de se mêler à une opération commerciale, mais m’a délégué un de ses thésards. Lui il bosse gratos, just for the fun. J’ai besoin de sa vigilance et de son rationalisme. Je ne sais pas si il s’en rend bien compte mon médiéviste bénédictin, mais il m’aide infiniment; mille mercis à lui aussi. Il me sert à la fois de garde fou et de source d’inspiration. Sa thèse sur Le Songe de la voie d’enfer et du chemin de Paradis, oeuvre majeure du maître de Légende Dorée de Munich, c’est du travail d’universitaire réservé aux initiés. Touffu, copieux, visitant plutôt deux fois qu’une, les moindres recoins. Mais là, mon système atteint ses limites. Même si le bibliophile Jacob qui siège à la droite du père m’en prêtait les moyens, je ne peux pas m’aligner sur tant de sapience. Je ne le peux pas et je ne le dois pas. Ne pas m’improviser historien de l’art, il est là ce Rubicon que je ne saurais franchir. J’en arrive à ce point ou je me retrouve seul face à moi-même. C’est moi l’expert, donc c’est moi et personne d’autre qui porte la responsabilité de ce que ma fiche raconte. Ce commentaire c’est mon mien, moi qui m’exprime, moi qui assume.
Allez, dans la vie faut faire des choix. Mon choix je le fais en marchant sur des oeufs, en accumulant les « peut-être » et les subjonctifs, ce qui donne :Mais ce qui nous intéresse est le blason des Luxembourg, blason qu’il faut rapprocher d’un écu similaire, quasiment invisible à l’oeil nu, dans la verrière de la peinture de saint Mathieu au ff°. 9.Il peut s’agir là d’un signe réservé au destinataire de l’ouvrage et à ses proches, et il y a peut-être ici, plus qu’un signe…Les Luxembourg, lointains cousins des rois de Bohême et de Hongrie, sont d’une famille importante en son temps qui avait choisi le camp Anglais. Parmi les neveux du bienheureux Pierre, on connaît Jean de Luxembourg qui captura Jeanne d’arc et la livra pour 10000 écus, mais aussi, Louis, chancelier de France, deuxième personnage du royaume et intime du régent.Si les Heures Hachette ont pu être destinées, étrennes ou remerciement, à l’un de ces puissants, une hypothèse séduisante nous entraîne sur la piste de Jacqueline alias Jacquette de Luxembourg, seconde épouse du duc de Bedford. Jacqueline dont le saint patron pourrait être représenté par la statuette de saint Jacques que l’on retrouve sans bourdon ni coquille, mais avec le chapeau et l’aumônière caractéristiques, dans l’enluminure de Pierre de Luxembourg.
Voilà, la messe est dite,
Restent quelques éléments qui ne sont pas dans ma fiche mais que je sors dans le petit speech que je m’offre juste avant le début des enchères. Je place le coup du wagon soviétique, celui de l’étui de la grand-mère… Rectification au procès-verbal. Veuillez ajouter « un étui de confection familiale »… Le public se chauffe, applaudit même; moi je croise les doigts.
Et ça démarre, les enchères fusent et Hop, adjugé ! 1680 fois le mur du son. Incroyable !!! Mais quand, bien malgré l’étude, j’apprends l’identité du dernier enchérisseur, je comprends mieux. Mais ceci est une autre Histoire…
Ugo Paolantonacci »
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Ce n'est qu'un classement mécanique basé sur la difficulté de mise ne oeuvre d'une reliure et de son prix final.
Libre à tout le monde de préférer une twingo à une porsche ça ne se discute pas, mais indéniablement, le savoir faire qui entre en jeu est plus important sur la porsche ausi bien que la qualité des matériaux utilisés.
Ca vaut pour une reliure.
Du reste bien des relieurs savent faire une demie reliure honorable, mais peu sont capables de faire de très belles reliures pleines aux ornements complexes.
Cela se vérifie souvent sur les reliure de luxe en maroquin à décors mais très pauvrement exécutés, chose assez fréquentes sur les reliures XVIIe.
Tout le monde n'avait pas la main, et pour ma part préfère un veau relié par Derome Le Jeune à un maroquin moche aux fers mal poussés et au corps mal fichu comme on en voit beaucoup.
Ça en fait au moins un, pour qui les "contributions" sont bienvenues !
Mieux vaut en rire.
Dans la hiérarchisation des exemplaires, où placer celui qui est resté tel que paru, broché, non rogné et dans une chemise de papier, généralement trop courte ?
René
Le titre est très bien choisi "selon M. Christian Galantaris"
Je ne respecte pas sa hiérarchisation, car elle n'est pas dans mes goûts, mon esthétique, etc.
Et l'article me disait quelque-chose, déjà vu 😉
Hugues, vous devez avoir beaucoup de travail ces temps-ci 😉
Il ne classe pas les ouvrages recouverts de percale estampée et/ou illustrée qui sont fréquents au 19eme siècle ? Pierre
Même en matière d'incomplet tout est relatif, un feuillet seul de la bible à 42 lignes de Gutenberg passe le 6 mars en vente à Paris; impossible de trouver pire comme incomplet il est seul manque tout le reste des deux volumes ;)) Estimation 20000/30000 euros.
Daniel B.