Jusqu’où aller pour un livre? S’endetter, ne plus manger, ne plus s’habiller, etc… et pour quel plaisir?

Amis Bibliophiles bonjour,
Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour un livre, au sens propre comme au figuré?
Je connais des bibliophiles qui font des milliers de kilomètres pour aller voir un livre chez un libraire ou un bibliophile. J’en connais qui s’endettent, j’en connais qui volent (et même un « grand » bibliophile actuel), j’en connais qui se privent; on se souvient de Sickles qui mangeait des bonbons, ne payait pour ses factures d’électricité pour pouvoir continuer d’acquérir des ouvrages.
Daniel SicklesJe crois avoir lu qu’Erasme achetait des livres avant de pourvoir à des besoins plus fondamentaux comme se vêtir ou manger.

Erasme, toujours représenté avec des livresJusqu’où le besoin de libres, cette Cosa Mentale évoquée par Pierre Bérès, vous a-t-elle déjà menés? Vers quelle folie? Pierre BérèsPour ma part, je confesse avoir déjà assisté à une réunion importante, tout en surveillant sur mon écran le passage d’un lot dans une vente, prêt à cliquer pour enchérir (celui qui a déjà enchéri sait bien le vide qui se fait à ce moment là dans votre tête, le monde pourrait s’écrouler ou un de vos collègues vous interpeller, rien ne vous sortirait de cet état second), j’ai déjà organisé un agenda professionnel complet à New York en fonction d’une vente et des horaires d’un libraire… j’ai bien sûr fait quelques milliers de kilomètres pour assister à une vente (et revenir bredouille), mais même si j’ai parfois fait des frayeurs à mon banquier, je ne suis encore jamais allé jusqu’à m’endetter ou me priver d’autres choses qui font les plaisirs de la vie. Alors que je parcourais un catalogue de vente cette semaine, je suis tombé sur cette très jolie notice qui renvoie doublement au propos évoqués plus haut. L’ouvrage est un Pétrarque de 1530 (Il Petrarca, con l’espositione d’Alessandro Vellutello, 4to, Venise, Giolito de Ferrari) et il portait deux annotations manuscrites  La première datait de 1913: « To buy this book I sold I sleeved pullover, Edmund Parsons, 1913« . En français: « pour acheter ce livre j’ai vendu un pullover (avec des manches)« . La phrase est terrible et en même temps très belle. On retrouve Erasme qui se privait de nouveaux vêtements pour acheter des livres. Evidemment c’est terrible. Que l’auteur de la phrase ait pris la peine de l’écrire prouve combien cet « arbitrage » était important à ces yeux, quel effort il a du consentir. En fermant les yeux on imagine le bibliophile vouloir à tout prix ce livre, ne pas pouvoir résister à son appel. La seconde datait de 1944 et est encore plus terrible, elle date de 1944 et n’est pas signée: »Bought Verona Autum 1944 when being deported into Germany« . En français « Acheté ce livre à Vérone à l’automne 1944 en route vers la déportation en Allemagne« . C’est une autre dimension, évidemment encore plus tragique, qui s’ouvre à nous: cet homme ou cette femme, confronté à l’une choses les plus terribles qui soient, achète un livre sur le chemin vers l’emprisonnement ou la mort. Si vous étiez dans le même cas, auriez-vous acheté un livre, pour le lire ou simplement parce qu’il vous plaît. On frissonne en imaginant les perspectives qui attendaient cette personne. En 1944, elle en était peut-être d’ailleurs totalement consciente. Dans le même temps, on l’imagine emporter ce livre avec elle, comme un talisman, un compagnon. Et puis en 2014, l’ouvrage réapparait dans une vente, amenant son lot de questions, principalement autour du destin de son propriétaire en 1944. Un ami me disait récemment: « quand ça ne va pas, se plonger dans un livre fait un bien fou ». Il a raison, que nous fassions des efforts, des sacrifices insensés, des voyages lointains, les livres sont des compagnons de route qui apportent au bibliophile des moments de bonheur et de douceur souvent inégalables. Et vous, jusqu’où êtes vous allez pour un livre? H

La lettre du bibliophile

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Quand le Bibliophile déménage…

Quand le Bibliophile déménage…

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ce soir, je cède la parole à la plus talentueuse des personnes ayant collaboré au blog, et qui n’a pas démérité ces dernières smeaines…

« Il ne vous aura sans doute pas échappé que votre blog préféré a souffert, ces derniers temps, d’une petite désaffection de son auteur …

Laissez moi donc vous en conter quelques raisons et vous raconter l’histoire, ou plutôt devrais-je dire le calvaire, du bibliophile déménageur.

Dans le rôle du bibliophile déménageur : l’auteur de ce blog, mon mari.
Dans celui de l’épouse (modèle) à la fois secrétaire générale, organisatrice, assureur, responsable de tout : moi, son épouse.

Pour compliquer le tout dans le cas qui nous occupe : le bibliophile déménageur travaille et se situe déjà au point d’arrivée lorsque son épouse elle gère la zone de départ : l’empaquetage, le chargement, l’équipe aux mines patibulaires qui président aux destinées de tous leurs biens mobiliers. Le bibliophile déménageur est donc coupé de tout, coupé de ses livres, et suis le déménagement à distance, par téléphone.

Scène I : Le convoyeur de fonds (Convoi exceptionnel)
Le week-end précédent le déménagement le bibliophile dénémageur qui ne s’est occupé de rien est pris de panique. Alors que dans un élan de fierté orgueilleuse il avait bien précisé aux déménageurs qu’il était Hors de question qu’ils touchent à Ses Livres, il se trouve bientôt fort dépourvu, à 2 jours du départ, devant sa (grande et précieuse) collection.
Telle la fourmi devenu, le voila qui se met alors à emballer frénétiquement ses livres, et par la même à faire des allers-retours incessants au Bricorama pour acheter des caisses qu’il capitonne lui-même pour y placer ses ouvrages. Quelle industrie !
De plus en plus inquiet devant l’ampleur de la tache, ne voyant plus venir le bout de sa collection, ce qui devrait le ravir bientôt le terrasse.

Le deuxième soir venu, enfin, ça y est, les livres sont emballés, les caisses alignées.

Alors, dans la nuit, le bibliophile déménageur sélectionne quelques caisses prestigieuses, les caisses qui ne souffriraient aucune perte, aucun désamour, aucune manipulation hasardeuse … et les prend amoureusement une par une pour les poser sur le cuir accueillant de sa voiture. Il part alors tout seul avec ses quelques livres dans la nuit, organisant lui même un petit déménagement de fortune pour ses plus beaux ouvrages.

Scène 2 : le « vrai » déménagement : les meubles, les chats, les livres : chargement, organisation, départ du camion.
Lundi matin, à 8 heures, 3 hommes forts débarquent sans crier gare au domicile du bibliophile déménageur. Celui-ci, parti dans la nuit, ne se doute encore de rien …

8h30
– « Allo, chérie, tout va bien ? »
– « Non, rien ne va »
La phrase fatidique est lancée, Madame a paniqué, tout va partir à veau l’eau.
– « Comment ça rien ne va ? »
– « Et bien les déménageurs ont des mines bizarres, ils ne sont pas aimables, ce sont des grosses brutes et ils me disent qu’ils n’auront pas fini ce soir et que le déménagement va s’étaler sur 4 jours au lieu de 2″…

Alors là, le biblipohile déménageur rentre en transe.
– « Comment ça des grosses brutes ? Tu leur as bien dit de ne pas empiler plus de 3 caisses de livres l’une sur l’autre ? »
Madame est interdite …… Alors même que milles problèmes se posent, la voilà partie voir au bas de la rue, jusque dans le camion, pour vérifier les dites caisses, qui sont hélas bien amoncelées les unes sur les autres, empilées pêle-mêle par le gros bras en chef.

Premiers échanges un peu tendus entre Madame et la Grosse brute malaimable.

Une trentaine de coups de fil plus tard, vers 18h, le premier camion est enfin chargé, toutes les caisses de livres y ont été entreprosées. Le chauffeur peut donc faire route, lorsqu’un deuxième événement survient: un appel du bibliophile déménageur pour s’enquérir du mode d’organisation de la nuit.

Là ça se complique. Il est prévu que le camion dorme avec le chauffeur sur une aire d’autouroute. Le bibliophile déménageur fond les plombs (pardonnez moi l’expression, mais dans ce contexte, rien d’autre ne me vient à l’esprit).

– « Ce n’est pas posssssssible, tu te rends compte, une aire d’autoroute ? Mais c’est ma VIE qu’ils ont dans ce camion, tous mes livres, c’est imposssssssssible ! » (Note du Bibliophile: je jurerais bien avoir dit « notre vie »).
Le bibliophile appelle lui même la société de déménagement, monte sur ses grands chevaux, menace, vitupère, se fait expliquer que cette pratique est courante, que le chauffeur va dormir dans le camion … rien n’y fait. Il va même demander une escorte spéciale pour le camion, ou alors qu’on décharge sur le champ tous ses livres. C’est la crise. Madame recolle les morceaux sur place. De guerre lasse et après discussion avec le chef de l’organisation, elle obtient que l’on pose un plomb (justement) sur le camion, une sorte de scellé garantissant son inviolabilité, et que le bibliophile déménageur, ou plutôt sérieusement déménagé devrais-je dire, pourra lui même couper à l’arrivée.

Scène 3 : l’arrivée sur place, le déballage, la collection sauvée
4 jours plus tard …. le plomb a été coupé par Madame, le bibliophile déménageur ayant suivi toute la scène par téléphone, dès l’aube.

5 jours plus tard : « Mais, il ne me manque pas un livre ? ».

Madame, ayant rangé, trié, agencé plus de 300 cartons en 5 jours n’en peut plus.

Le bibliophile déménageur est néanmonis content, après lui aussi avoir déballé quelques cartons pour participer à l’effort collectif il a pu s’adonner à son plaisir favori, tout seul, dans son nouveau bureau, son antre : déballer tous ses livres, les regarder, les admirer, leur donner à chacun une place. La place qu’ils méritent, sûrement. »

Ben oui, sûrement, comment en douter? Mais d’ailleurs, il ne me manquerait pas un livre? Allez, je revérifie…

H

12 Commentaires

  1. Bel article de BGF sur Uzanne dans la Gazette en effet, avec une reprise d'une citation politiquement incorrecte du blog du bibliophile sur l'icône qu'est devenue le polygraphe barbu, mais totalement assumée 🙂
    Hugues

  2. J'avoue que j'aime trouver la Gazette dans ma boîte à lettres, le vendredi avant de partir travailler.
    Elle me permet de découvrir des ventes de livres dont je n'étais pas forcément informé, et surtout elle permet de sortir de ma monomanie: plusieurs fois elle m'a ainsi amené à lire des catalogues ou même acquérir des objets totalement différents des livres, des tableaux, des objets haute-époque, etc.
    C'est aussi un très bon moyen de faire découvrir à mes petites filles un autre monde, une caverne d'ali baba à portée de mains.
    Plus pragmatiquement, être abonné vous permet aussi de consulter les résultats des ventes passées, c'est souvent utile.
    La Gazette n'est plus un outil aussi indispensable qu'auparavant, mais c'est un plaisir très doux.
    Hugues

  3. la Gazette… je me demande si c'est encore une formule qui peut marcher. Maintenant on peut trouver facilement la plupart des catalogues directement. L'intérêt est peut-être dans les résultats publiés (encore que pour la partie papier c'était assez aléatoire), à moins que la partie rédactionnelle ait pris une plus grande importance que le peu publié naguère ?

  4. Le retour de la Gazette, un des petits bonheurs de la rentrée… Je vais de ce pas l'acheter, pas eu le temps ce matin, impatient de voir où est cité le Blog !

  5. Très loin. Si loin que je ne stresse jamais autant que pour un livre que je convoite aux enchères. Si loin que ma femme me prend pour un fou parfois quand elle voit les sommes en jeu par rapport à notre modeste porte-monnaie.

    Trop loin? Je ne sais pas. Savoir réunir un ensemble exceptionnel d'ouvrages (qui eux ne sont pas forcément exceptionnels) est un privilège rare pour qui aime les livres.

  6. C'est assez rare pour le mentionner mais je viens de faire connaissance de la bibliophile qui rapproche !

    Elle est posée, humble, compétente et charmante. Comme elle ne regarde pas à la dépense, je suis heureux qu'elle soit une cliente…

    La plus grande folie que pourrait faire un bibliophile serait, en fait, d'épouser une bibliophile ;-))

    Pierre

  7. étant d'un tempérament raisonnable, je ne dépense que mon superflu. Du coup je passe sans doute à côté de pièces qui seraient bien mieux dans mes vitrines que chez le marchand, mais bon…
    Et il me semble que la bibliophile rapproche plus qu'elle n'isole !

  8. J'ai connu un avocat bibliophile,paix à ses cendres,qui volant des curiosa chez le même libraire, essayait de lui revendre plus tard, pas très futé l'animal! J'ai failli, moi-même en être la victime, l'ayant invité à voir mes collections. J'avais, à l'époque une réglette en fer, et grâce à la vitre d'une bibliothèque sise en face d'une autre , j'eu le réflexe immédiat de lui taper sur la main "volante".Il s'en est tiré avec une fracture d'un doigt_

  9. Loin, très loin, trop loin ?
    L’horizon bibliophilique reculant à la vitesse de mon avancée, il est fort peu probable de le rattraper un jour, la terre est ronde et chaque livre est une île déserte conquise sur l’infini une étape une pause. Le bibliophile est sans doute un des derniers aventuriers modernes. Ma famille n’a pas eu à souffrir de la bibliophilie dans la vie courante et l’éducation des enfants bien au contraire. Mais objectivement j’ai sacrifié les voyages d’agréments et d’autres loisirs aux livres c’est certain. Trouvant toujours quelques centaines ou plus d’euros pour le livre indispensable, mais repoussant sans cesse le voyage réel inutile, à moins qu’un livre ne soit au bout des milliers de km. Enfin toute histoire à une morale, et finalement le livre m’a rendu au centuple l’amour que je lui ai porté puisque devenu libraire (en livre ancien) depuis quelques années, il m’a rendu ma liberté, et m’a permis, me permet de faire vivre décemment ma famille, juste retour de balancier.
    Le bibliophile ne doit pas atteindre le syndrome de Stockholm et être otage des livres dont il est amoureux, en rendant parfois sa liberté au livre on retrouve également sa propre liberté et dignité.
    Je connais plusieurs de mes clients qui vivent à l’étroit croulant sous les livres et sans espace vital, en vendant les plus belles pièces de leurs collections, ils pourraient facilement s’acheter un spacieux appartement tout en conservant un grand nombre de livres, mais ils ne le font pas, là je trouve qu’ils poussent un peu trop loin le bouchon bibliophilique, le biblio-dépendant risque-t-il comme l’alcoolo-dépendant la désocialisation ?

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