Gutenberg, l’homme qui n’avait pas inventé l’imprimerie, et le Jikji

Amis Bibliophiles bonjour,
Parfois on croit savoir, on est même convaincu de savoir. Ainsi étais-je persuadé que c’est Gutenberg qui inventa l’imprimerie… Et vous aussi! 
Ah j’en vois au fond de la classe qui se disent, « ben non, on sait bien que c’est Fust ou à la limite Schoeffer ». C’est aussi ce que je me disais avant qu’une personne qui m’est chère ne me remette dans le droit chemin et les idées en place.
En effet, en bons européens, nous avons appris très tôt que c’était Gutenberg, le célèbre imprimeur allemand, qui le premier, vers 1450, édita une bible grâce à sa presse à caractères métalliques mobiles, et donc, de fait inventa l’imprimerie. Une version très occidentale de l’Histoire.

En effet, si l’on prend un peu de recul et quel’on considère la planète, et l’Histoire de l’humanité d’un point de vue plus global, on découvre que les Chinois connaissaient l’imprimerie à caractères fixes dès la dynastie Tang, entre 618 et 907. Cette technique permettait d’imprimer page par page, et était donc moins perfectionnée que celle de Gutenberg, qui permettait le réemploi des caractères.
Si l’imprimerie existait donc en Chine dès la fin de premier millénaire de notre ère, elle n’utilisait pas pour autant les caractères mobiles de Gutenberg.
Mais si l’on se déplace quelque peu en Asie et que l’on considère la Corée, il s’avère que vers 1377, les coréens de la dynastie Koryo imprimèrent ce qui doit être considéré aujourd’hui comme le premier texte imprimé grâce à des caractères mobiles, soit presque un siècle avant la bible de Gutenberg: le Jikji (ou baegun hwasang chorok buljo jikji simche yojeol, « Anthologie des enseignements zen des grands prêtres bouddhistes »).

Le Jikji a été imprimé à l’aide de caractères mobiles en métal. Le premier volume du Jikji est actuellement perdu, seul le second volume existe à ce jour. 
Il fut acquis légalement par Victor Collin de Plancy (tiens, on le connaît lui!), diplomate et premier consul de France en poste à Séoul, puis légué à la Bibliothèque nationale de France en 1950 par Henri Vever. 

Il y est conservé au département des Manuscrits. Il est consultable dans son intégralité en mode numérisé de haute définition. Vous pouvez le découvrir ici: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6300067k
Alors, merci qui? Grâce à qui allez-vous pouvoir briller lors des dîners?
H

La lettre du bibliophile

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Maître Corbeau tenait en son bec un Toulouse-Lautrec… ou les trésors du site Le Bon Coin

Maître Corbeau tenait en son bec un Toulouse-Lautrec… ou les trésors du site Le Bon Coin

Amis Bibliophiles bonjour,
« C’est quoi Le Bon Coin? », disait récemment quelqu’un qui s’estime assez proche des français pour recueillir leurs suffrages à l’élection présidentielle, et dont on connaît l’appétit gourmand pour des dépenses électorales qu’il faut (bien) financer…
Laissez-moi vous conter une histoire, qui, justement, débute sur Le Bon Coin. Je connais bien sûr ce site, et même si je m’y rends très rarement, et en tout cas jamais pour les livres précieux, je sais que vous quelques uns à espérer y faire de belles affaires. Je manque hélas de temps, et l’ergonomie du site termine de me dissuader d’y consacrer ne serait-ce quelques minutes.
Il est pourtant des vendeurs, qui ne connaissant pas les circuits habituels (libraires, sociétés de ventes aux enchères, ebay par exemple) utilisent Le Bon Coin pour vendre des objets précieux. On y trouve des voitures de collection, de nombreux châteaux et sans doute de nombreux autres objets précieux. Pour les dénicher, il faut faire preuve de patience ou de chance, mais ce n’est pas tout, il faut également savoir reconnaître une bonne affaire.
La petite histoire de la bonne affaire qui nous occupe aujourd’hui, justement, a débuté sur Le Bon Coin. Je vais vous la conter. Elle n’est sans doute pas totalement exacte, mais j’ai pu rassembler des informations auprès de quelques personnes pour essayer de la reconstituer.

Il y a quelques mois, un vendeur non-professionnel mettait en vente sur Le Bon Coin un lot d’authentiques oeuvres de jeunesse, de papiers et de dessins divers de Henri de Toulouse-Lautrec, pour quelques centaines d’euros. Elles y restèrent quelques semaines, sans trouver preneur.
Lassé le vendeur décida de mettre le tout en vente sur ebay, sans plus de succès dans un premier temps, avant finalement de vendre le tout pour quelques milliers d’euros à un acheteur bien avisé. Dans l’intervalle, le lot avait néanmoins été repéré (notamment via encheresbibliophiles.fr sauf que moi, voilà, je n’y connais rien dans ce domaine…) et plusieurs acheteurs tentèrent de racheter le lot, sans succès, certains étant prêts à mettre sur la table quelques dizaines voire quelques centaines de milliers d’euros… Sans succès. En effet, la transaction était déjà faite, on parle de quelques milliers d’euros et d’un pourcentage sur des ventes futures. Tout ceci se déroule, et c’est assez logique, dans la région de Toulouse…
Coïncidence? Dans la Gazette de l’Hôtel Drouot, on trouve en page 17 l’annonce d’une prochaine vente (le 25 juin) d’un « important ensemble d’oeuvres d’Henri de Toulouse-Lautrec », dont deux aquarelles, une suite de dessins, et un cahier.
Les détails de la vente: http://www.interencheres.com/fr/meubles-objets-art/tableaux-anciens-et-modernes-dont-ensemble-toulouse-lautrec-ie_v76394.html
Je ne sais si ces deux lots n’en sont qu’un, la coïncidence reste malgré tout assez forte, de même que les estimations d’ailleurs, puisque nous sommes passés de quelques centaines d’euros sur Le Bon Coin à… 700 000 euros pour l’estimation haute cumulée.
Bon, plusieurs choses, on espère pour le vendeur initial qu’il sera (encore) intéressé à cette vente, si le nombre d’intermédiaires ne s’est pas multiplié en quelques mois.

On se dit aussi que finalement, peut-être qu’il faudrait passer plus de temps sur Le Bon Coin (pour renoncer aussi vite)…

On se dit enfin que la France est encore riche de trésors, entre un Renoir, un Caravage, des Toulouse-Lautrec qui ont été récemment découverts…
Cette leçon vaut bien un fromage.
H

13 Commentaires

  1. I believe that is one of the most vital information for me. And i am glad reading your article. But want to statement on some basic things, The web site style is perfect, the articles is really excellent : D. Just right activity, cheers|

  2. Merci Hugues,

    Une grande partie de nos livres d'histoire et de notre vocabulaire devrait être revue avec un œil moins européen et égocentré. Nouveau monde, grandes découvertes, ce n’était pas les désert avant notre arrivée…

    Daniel B.

  3. Bonsoir et merci Hugues!

    L’invention de l’imprimerie ou plutôt de la typographie ne se résume pas à l’utilisation de caractères métalliques. C’est un système : une presse (inconnue en Chine et en Corée à l’époque de Gutenberg), des caractères mobiles métalliques et leur alliage (poinçon, matrice, moule), une encre grasse, un support (le papier chinois était très fin), une production importante, multipliée (ce qui rebutait les Chinois).
    Lauverjat

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