Exposition Bibliothèque Carlo de Poortere: un petit compte-rendu pré-vente

Amis Bibliophiles bonsoir, Ce que j’aime avec les ventes chez Sotheby’s, c’est que j’ai juste à traverser la rue en sortant du bureau pour aller visiter l’exposition.  C’est d’ailleurs ce que je fis cet après-midi, et je vous livre ce soir quelques impressions, de façon décousue.  … Très belle bibliothèque évidemment, magnifiques ouvrages, de vrais raretés, un assortiment unique d’almanachs en petits formats (veau, veau blanc, maroquin, broderie, micas, papier peint, tout y est, dans de petites boîtes, c’est très impressionnant), un assortiment non moins étonnant de grands formats. Et quand je dis grand, je parle d’éléphant, de coffe table… pas pour moi, mais pour ceux pour qui la taille compte, vous trouverez de quoi vous rassurez (Naturellement, ça coûte un peu plus cher qu’un psy… encore que…). … Ce qui est étonnant c’est que l’on peine à trouver une cohérence dans cet ensemble de très beaux ouvrages, entre Toulouse-Lautrec, Retz, Blaeu ou… Dorat. Cela m’a laissé une impression étrange, comme si finalement la personnalité de Carlo de Poortere ne s’attachait à aucun thème particulier. C’est d’ailleurs ce qu’explique Patrick de Poortere dans le préambule du catalogue… … Une bizarrerie? L’ex libris de Carlo de Poortere que j’ai trouvé très étrange. D’une part il n’est pas à la hauteur des livres de l’amateur, ni en raffinement, ni même en qualité… et surtout, s’il est présent dans tous les exemplaires, il est exactement identique, et flambant neuf, dans chaque exemplaire. Comme s’il avait été apposé hier, et non au cours d’une longue carrière en bibliophilie. Deux hypothèses alors, il a été placé là par les héritiers du bibliophile pour laisser une trace, un hommage, dans ces ouvrages avant de les remettre en circulation, ou il est là pour ajouter une certaine forme de valeur à chaque ouvrage « Lignerolles, Bruas, De Poortere ». J’étais avec un ami bibliophile à la vente, cela nous a tous les deux surpris.  … Plus personnel, cet ami m’accusé de faire de lorticaire en passant trop de temps sur un Scarron, et j’ai pris conscience que je laisse des annotations très étranges dans les catalogues. Comment ne pas passer à la postérité, mais aussi comment déconcerter mes voisins qui lorgnent évidemment sur mes notes pendant les ventes avant de leur porter l’estocade 🙂 

 Le Choderlos: Mon Dieu, il est tout piqué 🙂 Résultat des courses: je serai devant mon écran pendant la vente, le clic léger, avec quand même une belle liste de lots sur lesquels tenter ma chance…  H

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Des Livres à l’honneur : Les « Livre à la Mode » de Caraccioli

Des Livres à l'honneur : Les « Livre à la Mode » de Caraccioli

Amis Bibliophiles Bonsoir,

A l’honneur ce soir, l’un des livres de ma bibliothèque que je préfère, une prouesse typographique : la trilogie de Caraccioli, le « Livre à la Mode » vert, le « Livre à la Mode » rouge, et « Le Livre de Quatre Couleurs ».

Louis Antoine Caraccioli (1719 – 1803) est écrivain français issu d’une branche cadette de la maison napolitaine des Caraccioli. Il entra chez les Oratoriens en 1739, séjourna quelque temps en Pologne, où il fit l’éducation du prince Rzewusky, puis revint à Paris, où il se livra tout entier aux lettres et vécut du produit de sa plume. Ruiné par la Révolution française, il reçut de la Convention, en 1795, une pension de 2000 francs.

On connaît les pages de titre imprimées en rouge et en noir, voir celles imprimées intégralement en rouge que Bertrand nous a présentée récemment… mais l’apport du marquis de Caraccioli à la bibliophilie est unique. Il est en effet à ma connaissance le premier (et le seul) à avoir proposé des livres entièrement en couleurs, et ce dès le milieu du 18ème siècle.
Ces ouvrages sont l’incarnation de l’esprit à la française du Siècle des Lumières et deviendront rapidement des succès auprès des beaux esprits, courtisans et autres petits-maîtres de la Cour.

En 1757, Caraccioli propose son premier « Livre à la Mode », publié « A Verte Feuille », par l’imprimerie du Printemps, au Perroquet, en « l’année nouvelle », qui est entièrement dans un beau vert émeraude.
Deux ans plus tard, en 1759, devant le succès de ce premier opuscule, Caraccioli récidive avec un deuxième « Livre à la Mode », imprimé intégralement en rouge vermillon/rose; puis avec un troisième « Livre à la Mode », imprimé entièrement en jaune. En 1760, il bouclera la boucle avec l’incroyable « Livre de Quatre Couleurs », « Aux Quatre Eléments, de l’imprimerie des Quatre Saisons, en 4444 ». Cette fois-ci l’ouvrage est imprimé en 4 couleurs : une préface en jaune orangé, une partie en bleu turquoise, une partie en marron, une partie en rouge écarlate, et une dernière partie en jaune orangé. L’ouvrage est un petit bijou, qu’il faut vraiment avoir tenu dans ses mains pour réaliser combien il est unique par rapport à toute la production typographique du 18ème.
De plus, le texte est lui aussi très agréable, et Caraccioli se moque d’ailleurs de lui-même et des modes dès le début, quand il souligne que vraisemblablement la couleur seule de ses ouvrages suffira à leur succès, dans une époque où l’on s’entiche de tout et de rien, sous les prétextes souvent les plus futiles. Il écrit également qu’il propose à ses lecteurs des livres qui leur ressemblent, colorés « … je vous offre (…) le plus beau des vermillons, tel enfin qu’il brille sur vos visages magnifiquement et furieusement enluminés »… Les ouvrages traitent en particulier de ces futilités qui caractérisent la vie d’une cour : on s’enflamme pour les éventails, on compare l’Etiquette, on démarre la partie imprimée en marron par une digression sur l’invention des toilettes, que l’on doit à deux singes du Serrail du Grand Seigneur, et tout ceci se termine par le testament du baron de Muscoloris, grand-petit maître de la Frivolité.
J’ai la chance de posséder trois des quatre ouvrages (vert, rouge et quatre couleurs), reliés dans un même volume. C’est un petit bijou que je ne me lasse jamais de lire et de contempler, et assurément l’une des prouesses typographiques et, osons le dire, marketing, du 18ème siècle. Souvent, j’essaie d’imaginer comment il fût accueilli dans ses salons par la Cour de Louis XV… probablement avec ferveur et délicatesse!
Voici quelques images. J’ai essayé de rendre les couleurs, pas simple…

H

9 Commentaires

  1. c'est vrai que la première lecture du catalogue donne une très bonne impression ; énormément de maroquin, pas mal d'éditions intéressantes (Didot notamment). Mais les amateurs ciblés recherchent sans doute des exemplaires en meilleure condition ?
    je n'y connais rien mais j'ai trouvé que les estimations étaient très monotones ; c'est assez étonnant.
    Pour Alde, le second catalogue est effectivement très vite parcouru ; gros contraste avec le premier. Un second choix ? pourvu qu'il n'y ait pas de troisième vente… 🙂

  2. Cher Wolfi,

    Je ne collectionne que de la littérature des XIXe et XXe siècles. Je me rappelle seulement qu' il s' agissait de livres anciens (je sais que cela ne vous aide pas beaucoup). Il n' y a pas eu de catalogue.
    Carlo de Poortere avait encore une collection de livres et manuscrits de Verhaeren, Maeterlinck et Rodenbach, dont un catalogue a été publié pendant la vie du collectionneur, en 1985 (plusieurs exemplaires disponibles sur abebooks). Cette collection aurait été vendue en bloc a l ' amiable.
    Il avait aussi une très impressionnante collection consacrée à Félicien Rops, vendue (et cataloguée) par un gallériste belge, Ronny Van de Velde, si je me rappelle bien.
    La plus impressionnante partie de la collection était consacrée aux manusrits illuminés, et a été vendue en partie à Londres, par Sotheby's ou Christie's, il y a à peu près dix ans, et en partie par Bibermûhle en Suisse. Lors de ces ventes à Londres, un seul manuscrit avait atteint un prix de presque deux millions d' euros. J' ai honte de vous avouer que je ne me rappelle pas lequel, pour l' instant.
    D' autres parties de la collection ont été vendues en plusieurs ventes publiques en Belgique, Mais alors, les ex libris avaient été enlevés (et parfois arrachés). Il s' agissait alors de livres anciens et modernes, illustrés ou non.

    un collectionneur brugeois

  3. oui la bibliothèque m'a aussi décu.
    la plupart des livres étaient assez mal entretenus, pas mal de reliure xviii tardive comparées au éditions, mais toujours données d'époque.

    les résultats furent assez cohérents dans l'ensemble, mais un certain nombre d'estimations était données de manière totalement aléatoires.

    j'ai rien compris aux liaisons dangereuses, il y a 4 ans, la mm edition au méme endroit, si ma memoire ne fait pas defaut, faisait le tiers de ce truc broché.

    En parlant de vente, je suis surpris pas la prochaine chez Alde, autant la premiere partie de la vente de la bibliothèque de l'architecte était superbe, autant la seconde partie ne ressemble à rien.

    jpl

  4. Cher collectionneur brugeois,

    j'aurais bien aimé savoir s'il y avait un catalogue de cette première vente par librairie interposée…
    Comme ça, en lisant le catalogue Sotheby, je me disais qu'il n'y avait pas tout. Des titres semblaient manquer…

    Bizarre cette vente : on lit une première fois le catalogue, et il semble avoir 160 très bons titres. On va les voir, et il n'en reste plus que 4 ou 5 (j'exagère à peine)! Une bibliothèque ruinée par manque de soin!

    Wolfi

  5. Un libraire bruxellois a vendu une partie de cette collection il y a au moins dix ans. Tous ces livres avaient le même ex libris sur cuir rouge, repésentant un métier à tisser au-dessus du nom du collectionneur, si je me rappelle bien. Si les livres chez Sotheby's ont ce même ex libris, il n' aura pas été ajouté après le décès du collectionneur.

    un coillectionneur brugeois

  6. Ex libris contrecollés préalablement à une vente, pratique presque usuelle…

    Au moins n'ont-ils pas apposé un méchant timbre humide "Vente XXX" sur le moindre broché… (qui plus est en plein milieu des titres ou faux-titres !) Comme cela se fit à l'occasion de la vente des ouvrages de la bibliothèque de monsieur Louis Pommier… Pêcher… ou conférencier… Je ne sais plus… Et aussi à l'occasion de la dispersion du monsieur de la rue Fontaine… (il y a foule, pour les petits gars de Liverpool).
    J'arrête je vais déraper.
    B.

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