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Enquête bibliographico-pégimanique autour des mythiques ouvrages de Giordano Bruno, un voyage à travers les siècles et les bibliothèques

Amis bibliophiles,
Une fois le Salon du Livre Ancien passé (il y avait quand même quelques bonnes choses, il ne faut pas exagérer..) il est toujours intéressant d’aller voir une « petite » exposition afin de mesurer les progrès encore à accomplir pour améliorer sa propre collection…
La BNF et le collectionneur Jean Bonna proposent à la Bibliothèque de l’Arsenal jusqu’au 23 Mai (il faudra se dépêcher!) une sélection choisie de livres de la bibliothèque du collectionneur suisse.
http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.collection_bonna.htmlJe ne vous liste pas les pièces exposées, il y en a vraiment pour tous les goûts! De l’incunable au 20e, du broché à la reliure mosaïquée!
Mention spéciale (mais c’est vraiment un goût tout personnel) à la vitrine Rabelais qui est vraiment formidable.
Ca ne dure pas longtemps, c’est gratuit et ça vaut vraiment le détour.
J’ai pris quand même deux photos pour montrer le niveau :
Un exemplaire sympathique du Songe de Poliphile de 1499 en maroquin 16e poudré d’or.Je vous laisse deviner la provenance (c’est facile)…

et un des grands livres qui ont fait l’histoire de la bibliophilie :
Giordano Bruno « La cena de le Ceneri » 1584 dans une reliure mosaïquée de Derome Père.
On peut lire la notice suivante :
J’ai été interpellé par la remarque de JM Chatelain concernant la provenance.
En effet :
1 – Mac Cathy Reagh n’a eu qu’un exemplaire de ce titre là mais relié en un volume avec l’autre titre de Giordano Bruno « Spaccio de la Bestia trionfante » 

Ce livre repose d’ailleurs aujourd’hui à Waddesdon Manor chez James de Rothschild.
C’est le n°1 de la photo ci-dessous. Il provient des bibliothèques Mac Cathy Reagh (1815),Girardot de Prefond (vente en bloc à Mac Carthy Reagh de sa deuxième collection), Gaignat (ce n’est pas mentionné dans le catalogue de Waddesdon Manor) n°622.
Girardot de Préfond acheta des livres en 1769 à Gaignat avant de vendre en bloc sa deuxième bibliothèque la même année.

De plus, je n’ai trouvé aucun exemplaire dans la vente de doubles de Mac Cathy Reagh en 1779 (j’ai regardé aussi le supplément).
Donc, Mac Carthy Reagh ne possédait à priori qu’un exemplaire de ce titre. Et il est à Waddesdon Manor.
2 – Girardot de Préfond, lui, a possédé deux exemplaires de ces deux titres :
Celui que l’on vient de décrire et qui est passé chez Mac Cathy Reagh.
Et les exemplaires qui sont aujourd’hui à la bibliothèque du Marquis de Méjanes :
http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/marquis/45text.htm http://www.citedulivre-aix.com/Typo3/fileadmin/documents/Expositions/marquis/46text.htm
Ils sont assurément de la bibliothèque de Girardot de Préfond car ils portent son ex-libris.
Conclusion : à moins que Girardet de Préfond ait eu un troisième exemplaire, vendu en 1769 avec sa seconde bibliothèque en bloc, à Mac Carthy Reagh, et que celui-ci l’ait revendu en dehors d’une vente, ou alors qu’on ait trafiqué les ex-libris des exemplaires Méjanes (mais au 18e, je ne vois pas trop la raison), il me semble difficile de comprendre l’hypothèse proposée par le commissaire de l’exposition de la BNF.
Si par le plus grand des hasards, quelqu’un de la BNF lisait ces lignes, il serait vraiment intéressant de connaître les éléments qui aient pu m’échapper.
Vue de la bibliothèque aux reliures mosaïquées à Waddesdon Manor :

Une dernière chose qui me turlupinait depuis quelques jours: qu’était donc devenu l’exemplaire de l’autre titre de Giordano Bruno, « Speccio de la Bestia trionfante»?
En effet, on trouve généralement dans les catalogues (Gaignat, La Valliere, Cravenna, Rothelin) les deux titres vendus ensemble. On se dit que logiquement ils devraient présenter des reliures similaires.
Par exemple, l’autre exemplaire de « La Cena de le Ceneri » et « Speccio de la Bestia Trionfante » de la collection Waddesdon Manor (les numéros 2 sur la photo ci-dessus) sont strictement identiques au niveau de la reliure.
Alors où était donc passé le « Speccio de la Bestia trionfante», qui fait pendant à l’ouvrage « La Cena de le Ceneri », présenté à la BNF?
Et bien j’ai fini par trouver : au Petit Palais dans la collection Dutuit.
Je vous ai même mis deux photos du catalogue de 1899 : vous constaterez que les reliures sont strictement identiques. Les deux ouvrages ont dû être vendus séparément je ne sais quand, et ont suivi des voies séparées…

Pour conclure, je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans les attributions des provenances des exemplaires Méjanes : les deux livres ne sont pas homogènes au niveau de la reliure, et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une paire venant des bibliothèques Gaignat et La Vallière.
Comment imaginer que ces deux collectionneurs avaient des paires non uniformes alors que c’est forcément l’un ou les deux qui ont fait faire ces reliures à Derome Pere? D’ailleurs la reliure du « La Cena de le Ceneri » est du même style que l’exemplaire Bonna : les mêmes fleurs, le même style de décors.
Il devait y avoir forcément deux autres livres qui formaient une ou deux autres paires et qui ont été intervertis par Méjanes, ou avant (je pense à une seule paire car Lauragais n’avait qu’un titre en maroquin mosaïqué (numéro 111 de sa vente de 1770).
L’exemplaire Méjanes de « Spaccio de la Bestia Trionfante » présente l’ex-libris Lauragais et est donc le n°111 de sa vente. Mais je ne pense pas que ce soit celui de Gaignat vendu en 1769. Sinon comment expliquer que Lauragais, ruiné, ait acheté l’exemplaire Gaignat en 1769, alors qu’il avait vendu son hôtel particulier en 1768, et qu’il allait céder sa bibliothèque en 1770?
Deuxième argument : où est passé l’autre livre de Gaignat aussi en maroquin mosaïqué (vendu avec l’autre), puisqu’un an après, il n’y en a qu’un à la vente Lauragais? Je pense plutôt que « Spaccio de la Bestia trionfante » de la première vente Girardot de Prefond (n° 166) a été acheté par Lauragais en 1757 puis relié en maroquin mosaïqué.
Et que « La Cena de le Ceneri » de la première vente de Girardot de Préfond n°168 a été acheté par Gaignat (les deux ouvrages ont été vendus séparément à la vente Girardot de Prefond en 1757). Gaignat aura ensuite fait relier uniformément cet exemplaire avec un exemplaire de « Speccio de la Bestia Trionfante » acheté par ailleurs.
Le Marquis de Mejanes s’est porté par la suite acquéreur de ces deux livres reliés avec un décor différent dans des conditions qui sont pour le moment difficile à clarifier.
Je suis en train de recouper toutes les identifications des catalogues mentionnant de telles reliures pour essayer de retracer tout ça.J’ai ma petite idée là dessus!
Si des amateurs avaient des éléments à transmettre afin de faire progresser la traçabilités de ces ouvrages prestigieux, qu’ils en soient remerciés par avance,
Bonne promenade à l’Arsenal!
Wolfi
— Continuer la balade —





















Il n'y a plus rien, plus plus rien…
Ces mots évoquent pour moi ce magnifique texte de Férré
Léo Ferré
IL N'Y A PLUS RIEN
Écoute, écoute… Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.
Immobile… L'immobilité, ça dérange le siècle.
C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti…
C'est vraiment con, les amants.
IL n'y a plus rien (…)
Ce texte est un peu long vous le trouverez en entier par ce lien
http://www.frmusique.ru/texts/f/ferre_leo/ilnyaplusrien.htm
Daniel B.
Une royale écriture + Brassens, c'est une association risquée loin de la bibliophilie =
Non certes elle n'est pas bâtie Non certes elle n'est pas bâtie
Sur du sable sa dynastie
Sur du sable sa dynastie
Il y a peu de chance que
l'on détrône le roi des…
Xavier
nous ne sommes pas le 14 juillet?
Lauverjat
Vous êtes trop habitué à l'Excellence ;-)) Ce n'est peut-être pas le marché Brassens qui a changé mais vous… Pierre
attention, Hugues : on commence par ne rien trouver, et on finit par perdre la tête.