Agenda du Bibliophile: Mille ans d’écriture dans l’Oise

Amis Bibliophiles bonjour,

Les Archives Départementales de l’Oise présentent jusqu’au 27 avril 2012 une exposition intitulée “1000 ans d’écriture dans l’Oise”.

Certes le bibliophile a peu d’occasions d’enrichir sa collection de pièces semblables à celles réunies à Beauvais dans un écrin soigné. 
Charte de 1255 en français Raison de plus, pour contempler ces grandes chartres médiévales sur parchemin, impeccablement calligraphiées munies de leurs sceaux de cire. Notons que la plus ancienne date de 983 et provient de l’évêché de Senlis, et que cependant la dernière acquisition des archives de l’Oise à Drouot le 25 juin 2011 concerne une donation à l’abbaye de Chaâlis sur parchemin scellé datée de 1178. Si le parchemin ou la peau de porc ne vous convainquent  pas vous vous arrêterez probablement devant ces tablettes de cires autrefois assemblées en codex et qui de  1319 et 1320 analysent la comptabilité des dix années précédentes.
Fragment de bible XIIe siècle
Cartulaire enchainé de Senlis Parmi les pièces qui attirent le plus mon attention de bibliophile le livre enchaîné de Senlis, cartulaire municipal du XIIIe siècle. Il ne faut pas manquer les coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir copie manuscrite du XVe, un étonnant terrier recouvert de peau de loup relié au XVe siècle, ou l’Épître d’Othéa de Christine de Pizan copie illustrée contemporaine de l’auteur. La pièce la plus précieuse est peut-être l’évangéliaire de Morienval (habituellement conservé à l’Hôtel de ville de Noyon) enluminé au IXe siècle et relié au siècle suivant sur ais de bois recouvert de basane et de corne et incluant des plaques d’ivoire sculptées. La pièce la plus curieuse sera un acte de vente de maison de 1526, sur un rouleau de morceaux de parchemin cousus, long de six mètres.

Reliure en peau de loup Quelques enluminures, reliures, instruments d’écriture, papiers et peaux complètent l’exposition. À vous maintenant de parler vidimus, charte, cartulaire, bulles, onciale, caroline et précaroline, cursive, etc.
Lauverjat
Un livre accompagne l’exposition sans la retracer totalement : Scripturae, Trésors médiévaux des Archives de l’Oise, 15 euros.

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À lire ensuite

L’exposition Geoffroy Tory au Musée national de la Renaissance.

L’exposition Geoffroy Tory au Musée national de la Renaissance.

Amis Bibliophiles bonjour, 

Le Musée national de la Renaissance est installé à Ecouen dans le château que fit construire le connétable Anne de Montmorency, Grand Maître de François Ier. Il était donc tout désigné pour accueillir l’exposition, toute bibliophile, organisée conjointement avec la BnF sur Geoffroy (sic) Tory. 

Disons tout de suite que cette exposition dans trois salles du rez-de-chaussée du château est une brillante réussite. On ne se moque pas du visiteur. La mise en scène, passée l’acclimatation au faible niveau de lux, est séduisante. Les cartels lisibles, les explications limpides, les pièces présentées extraordinaires. 

Pour connaître un peu le sujet, j’affirme que les commissaires de l’exposition ont bien travaillé et bien fouillé les réserves des bibliothèques publiques et privées. Presque 150 livres s’offrent à vous, et pour plus de clarté les commissaires n’ont pas hésité à exposer plusieurs exemplaires du Champ fleury pour les ouvrir à différentes pages ou présenter leurs reliures. 
Colophon du champ fleury

Sept exemplaires de ce livre de 1529 se trouvent ainsi réunis en un même lieu, ce qui n’a pas dû se produire depuis fort longtemps. L’exposition est bien conduite depuis les origines de Tory, en passant par son influence sur l’illustration (en particulier des livres d’heures), l’aventure du Champ fleury, l’imprimeur du roi pour se terminer par la reliure. Toujours, les exemples d’inspiration ou des contre exemples contemporains sont présentés simultanément. 
Parmi d’autres, voici quelques pièces remarquables: le manuscrit des verrines de Cicéron, doté des ex-libris de Robert Gaguin, Geoffroy Tory et Jean Grolier, les heures de Tory imprimées par Simon de Colines en 1525 et offertes en mariage à Robert Estienne et Perrette Bade, enrichies d’un frontispice enluminé inspiré de la marque de Josse Bade, le père, représentant des imprimeurs au travail, les heures de Tory de 1531 ornées d’une planche dépliante à double page du “triomphe de la Vierge Marie” inspiré des triomphes du songe de Poliphile, les reliures “au pot cassé”. Pour un passionné deux bonnes heures de visite sont nécessaires.
Le Sacre & Coronement de la Royne… Tory, 1531, (collection privée)Marque au pot cassé (collection privée)Enfin deux remarques infimes en forme de post-scriptum, vous aurez noté que l’exposition a fait le choix moderne d’écrire Geoffroy avec deux f, ce que ne fît jamais Tory, ensuite l’avis d’une visiteuse d’Ecouen qui avait vu les affiches dans le métro mais n’y avait pas prêté attention, Tory lui étant inconnu, elle venait seulement pour le Musée et regrettait que l’exposition n’ait pas opté pour un titre plus évocateur ou simplement pour son sous-titre.
Reliure au pot casséLe catalogue: 
À l’occasion de cette exposition la rmn-Grandpalais édite un catalogue collectif, « GEOFFROY TORY, Imprimeur de François Ier, graphiste avant la lettre.” 

Cet In-4 sous jaquette rempliée illustrée des caractères du Champ fleury, compte 158 pp. Les articles sont signés Stéphanie Deprouw, Olivier Halévy, Magali Vène et Fabienne Le Bars. Les chapitres traitent “de Bourges à Paris en passant par l’Italie”, “des livres d’heures d’un genre nouveau”, “à travers Champ fleury norme typographique et imagination visuelle”, de l“imprimeur du roy” et de “Geoffroy Tory et la reliure”. L’illustration en couleurs est abondante et le papier d’un fort grammage non glacé agréable. Comme il se doit dans un catalogue d’exposition toutes les oeuvres exposées sont décrites. Une bibliographie générale clos l’ouvrage, où on note avec un pincement au coeur une référence à la Nouvelle Revue des livres anciens.
Un ouvrage à acquérir en tous cas!
Lauverjat

4 Commentaires

  1. J'en ai parlé à ma bibliothécaire conservatrice préférée, elle me dit que depuis 15 ans on connait et utilise des étiquettes inoffensives et "réversibles"… Mais rien ne dit que celles-ci le soient… Du fossé (parfois, souvent ?) entre bibliothécaires et bibliophiles…

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