Gravures Couleurs, gravures noir et blanc

Amis Bibliophiles rebonsoir,

Petite affaire de goût, et c’est aussi un petit débat. En matière d’ouvrages anciens illustrés, préférez vous le noir et blanc, ou aimez-vous les gravures coloriées à l’époque? Pour illustrer mon propos voici des images des Voyages de Cook, à chaque fois la version noir et blanc, et la version couleur.
Et, petite question subsidiaire à laquelle je n’ai pas la réponse, savez-vous comment on peut certifier ou pas que le « coloriage » a bien eu lieu à l’époque? H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Principes généraux autour de la pagination et de la foliotation.

Un des fondamentaux en bibliophilie: tout savoir sur la Pagination et Foliotation

Amis Bibliophiles, Bonsoir,

Quelques notions essentielles sur la pagination et la foliotation qui vous permettront de décrire correctement la plupart des ouvrages d’Ancien Régime. Ces principes valent pour les manuscrits comme pour les imprimés du XVe au XVIIIe siècle, et sont la base d’une fiche descriptive de livre ancien réussie.

Les formats des livres anciens

Avant de commencer, un simple rappel de ce que sont les formats des livres anciens.

In-plano : la feuille imprimée n’est pas pliée, mais reliée à « plat », parfois sur onglet.

In-folio (2o) : la feuille imprimée est pliée une fois, dans le sens de la largeur. Cette pliure divise la feuille en deux parties égales.

In-quarto (4o) : la feuille imprimée est pliée deux fois. Cette pliure divise la feuille en quatre parties égales.

In-octavo (8o) : la feuille est pliée trois fois. Cette pliure divise la feuille en huit parties égales.

In-seize : la feuille est pliée quatre fois, et divisée en seize parties égales.

Et ainsi de suite…

Les unités bibliographiques

Un livre se divise en « unités bibliographiques ». Ces unités sont des éléments choisis arbitrairement par le catalogueur pour exprimer les caractéristiques matérielles du livre imprimé. Quatre unités bibliographiques sont donc utilisées généralement : la feuille, le feuillet, la page, le cahier.

La feuille : la feuille est à l’origine du livre. C’est le matériel brut, sorti des « formes » du moulin à papier. Elle présente un recto et un verso, et n’est pas encore pliée.

Le feuillet : c’est l’unité de base du volume. Un feuillet correspond au rectangle de papier que la main du lecteur tourne au fil de sa lecture. Le feuillet est constitué d’un recto et d’un verso (soit deux pages).

La page : la page correspond à l’une des deux faces du feuillet. Un livre ouvert présente deux pages en vis-à-vis (sur deux feuillets différents). Un feuillet présente deux pages « dos à dos » (recto et verso).

Le cahier : c’est l’élément clé du livre. Le cahier est un groupe de feuillets. Le plus souvent, il correspond à une feuille imprimée et pliée (en quatre, huit, seize, etc.). Un livre au format in-8o est généralement constitué de cahiers de huit feuillets (16 pages). Un in-4° est constitué de cahiers de 4 feuillets (8 pages). Il arrive cependant que plusieurs feuilles soient « encartées » (= regroupées l’une sur l’autre et pliées ensembles), notamment pour les livres au format in-folio : regrouper les feuilles par trois ou quatre (soit des cahiers de six ou huit feuillets, au lieu des deux feuillets de la feuille seule pliée) permet au relieur de travailler beaucoup plus vite (une seule couture au lieu de trois ou quatre). À de très rares exceptions (lorsqu’un feuillet seul est encarté), un cahier a toujours un nombre pair de feuillets.

Les notations bibliographiques

L’imprimeur qui compose son livre doit veiller à ce que les différentes pages imprimées se trouvent dans le bon ordre une fois la feuille pliée. Il doit donc les disposer sur la presse de manière à ce que le verso des feuillets corresponde à leur recto, et à ce que les feuillets se succèdent dans le bon ordre. Cette opération s’appelle l’imposition. Pour s’y retrouver, le typographe s’aide d’un certain nombre de mentions imprimées en haut ou en bas des pages, qui lui servent à identifier d’un coup d’œil la place de la page à l’intérieur du livre.

Foliotation : la foliotation est l’une des premières mention à avoir été utilisées par les typographes. J’écrivais plus haut que le feuillet était l’unité matérielle de base, et pour nous, qui sommes habitués à lire des livres « paginés », il est dur d’admettre que l’usage aux XVe et XVIe siècles pouvait être différents. Les livres de la première moitié du XVIe siècle sont pourtant généralement numérotés par feuillets (= foliotation), et non par pages. La foliotation prend généralement place en haut à droite sur le recto du feuillet concerné. Le verso ne comporte aucune numérotation. Cette foliotation peut être en chiffres arabes ou romains.

Pagination : La pagination apparaît un peu plus tard. En France, c’est à partir des années 1530 que l’on commence à croiser régulièrement des ouvrages « paginés », cest-à-dire des livres dont les feuillets sont numérotés sur leur recto et leur verso. Cet usage, plus commode pour le lecteur qui dispose d’un nombre plus grand de points de repères, s’est peu à peu imposé et reste notre référence aujourd’hui.

Réclame : On voit souvent, en bas des pages composées, les premiers mots ou les premières lettres de la page suivante. C’est ce que l’on appelle la réclame. La réclame a deux utilités : d’une part, elle sert de point de repère pour le typographe, qui sait immédiatement quelle page va venir à la suite de celle qu’il est en train de disposer sur le marbre de la presse ; d’autre part, le lecteur a ainsi sous les yeux le début de la page suivante, qu’il lit à l’avance : il peut anticiper la lecture, tourner la page et reprendre le fil du texte sans perdre la dynamique qui était la sienne.

Signature : Mais pour le typographe, la plus importante de ces mentions, c’est la signature. À elle seule, la signature permet de connaître la place d’un cahier dans l’ouvrage et la place d’un feuillet à l’intérieur d’un cahier. La signature se compose généralement d’une lettre, suivie d’un chiffre (arabe ou romain). La lettre indique la place du cahier à l’intérieur du volume : en effet, les différents cahiers d’un livre sont généralement « signés » dans leur ordre de succession par des lettres, de a à z. Le relieur, auquel on présente les feuilles pliées, n’a plus qu’à remettre les cahiers dans l’ordre avant de procéder aux opérations de reliure. À l’intérieur d’un même cahier, les premiers feuillets (généralement la première moitié du cahier) sont signés par la lettre identifiant le cahier auquel ils appartiennent, mais aussi par un chiffre indiquant leur place à l’intérieur du cahier. Le feuillet signé « b5 » est donc le cinquième feuillet du cahier « b ».

Une petite méthode pratique à connaître : Face à un livre sans foliotation ni pagination, grâce aux signatures, on peut, sans avoir à compter les pages unes à unes, connaître le nombre de feuillets : il suffit de regarder la lettre signant le dernier cahier, de voir quel est le rang de cette lettre dans l’alphabet (attention : jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’alphabet latin n’a que 23 signes : pas de J, ni de V ni de W !) et de multiplier le chiffre obtenu par le nombre de feuillets des cahiers. Par exemple, un livre du XVIe siècle de format in-8o, dont le dernier cahier est signé X (21ème lettre de l’alphabet de l’époque), comprend (21 x 8 =) 168 feuillets (soit 336 pages). Cette méthode n’est pas fiable à 100% et ne remplace pas une véritable collation page à page (les cahiers n’ont pas nécessairement le même nombre de feuillets), mais elle peut tout de même aider lorsque l’on est pressé.

Les formules de foliotation

Une fois défini tout ce jargon, on a sans doute mieux compris comment le livre est fabriqué. Mais le bibliographe/catalogueur ne doit pas se contenter de comprendre comment est fait l’ouvrage, il doit décrire cette matérialité, et exprimer avec des formules claires la collation d’un livre. Quelques usages sont donc à respecter pour que les formules utilisées soient compréhensibles par tous.

Pour exprimer la foliotation ou la pagination d’un livre, les usages sont assez bien définis.

– La numérotation s’exprime selon une formule simple : [premier chiffre mentionné] + [tiret] + [dernier chiffre mentionné] : un livre dont la foliotation est formulée « 1-244 » sera donc composé de 244 feuillets chiffrés de 1 à 244.

– Très souvent, les feuillets liminaires (titres, dédicaces, etc.) ne sont pas chiffrés. Dans ce cas là, en règle générale, on fait figurer entre crochets le nombre de feuillets (ou de pages) non chiffrés : un livre dont la foliotation est formulée « [2] 3-244 » sera donc composé de deux feuillets non chiffrés et de 242 feuillets chiffrés de 3 à 244.

– On respecte le format de la numérotation du livre : chiffres romains en chiffres romains, chiffres arabes en chiffres arabes.

Il est important de toujours indiquer l’unité matérielle utilisée comme référence. Pour cela, on dispose de quelques abréviations :

f. (ou ff.) pour feuillets,

p. (ou pp.) pour pages,

col. pour colonnes (il arrive en effet que les colonnes soient numérotées, et non les pages ou les feuillets)

ch. pour chiffré(s).

n. ch. pour « non chiffrés »

La formule changera selon que l’on réfléchira en feuillets ou en pages. On suit généralement l’usage du livre lui-même, selon qu’il soit paginé ou folioté. Ainsi, si l’ouvrage est composé de 244 feuillets foliotés, on formulera « 244 ff. ch. » (ff. ch. pour « feuillets chiffrés »). Si l’ouvrage est composé de 244 feuillets paginés, on formulera : « 488 pp. (ou pp. ch.) ».

Pour des ouvrages en plusieurs parties, il arrive que la numérotation reprenne au début à chaque partie de l’ouvrage. On fait alors se succéder les différentes séries de foliotation/pagination. Ainsi, la formule « [2] III-XXVI, 1-344, 1-648 » décrit un livre composé de trois parties : la première (sans doute les pièces liminaires) comprend deux feuillets non chiffrés et 24 feuillets numérotés en chiffres romains de III à XXVI ; la deuxième partie comprend 344 feuillets chiffrés, et la deuxième partie comprend 648 feuillets chiffrés.

Les formules de signature

Le catalogueur doit aussi souvent indiquer la manière dont sont signés les différents cahiers et feuillets d’un livre. Cela est finalement assez simple.

En règle général, on l’a dit, une lettre de l’alphabet (ou un symbole quelconque) correspond à un cahier. Lorsque les lettres se suivent dans l’ordre alphabétique, on n’indique que la première et la dernière de la série, séparées par un tiret : la mention « a-m » indique ainsi une succession de 12 cahiers (l’alphabet complet n’a que 23 lettres, ne l’oublions pas !) signés de « a » à « m ».

On précise, en exposant, le nombre de feuillets composant chaque cahier. La formule « a-m8 » indique donc une succession de 12 cahiers de 8 feuillets (soit un total de 96 feuillets).

Mais il arrive souvent que certains cahiers n’aient pas le même nombre de feuillets que les autres. Il faut alors parfois interrompre la série des signatures. La formule « a-g8 h4 i-m8 » indique ainsi une série de 12 cahiers de 8 feuillets, à l’exception du cahier signé « h » qui n’en comprend que quatre.

Parfois, le bibliographe se trouve face à un feuillet, seul, encarté entre deux cahiers (cela m’est arrivé récemment). La formule la plus simple et la plus compréhensible consiste alors à mentionner la présence de ce feuillet par un symbole, suivi en exposant du chiffre « 1 ». On obtient alors une formule du genre « a-g8 [*]1 h-m8 ».

Il arrive qu’un ouvrage comporte plus de 23 cahiers (c’est même le cas pour la majorité des éditions). La série des lettres de l’alphabet ne suffit alors plus. Généralement, l’imprimeur reprend la signature des cahiers à la lettre « a », mais passe des minuscules aux majuscules, puis il multiplie les lettres. Il n’est ainsi pas rare de croiser des formules de signatures ressemblant à cela : « a-z8 A-Z8 Aa-Zz8 Aaa-Mmm8 ». Dans le cas présent, on est face à un ouvrage de 648 feuillets (3 x [23 x 8] + [12 x 8]), signés de « a » à « z », puis de « A » à « Z », puis de « Aa » à « Zz », puis de « Aaa » à « Mmm ».

Nous avons désormais toutes les clés pour lire et comprendre une mention de signature. Passons désormais aux travaux pratiques : combien de feuillets compte la célèbre Cosmographie de Sébastien Münster publiée chez Heinrich Petri (Bâle, 1550, in-2o), dont la formule de signature est la suivante :

[-]6 *6 [14 cartes sur bifeuillets hors-texte] a-e8 f2 g4 h-k6 l8 m2 n2 o6 p8 q4 r4 s-z8 A-B8 C6 D2 E8 F6 G4 H2 I4 K2 L4 M2 N-O8 P6 Q-R2 S4 T-V2 X4 Y4 [1 planche dépliante hors-texte entre les feuillets Y2 et Y3] Z6 Aa-Bb2 Cc8 Dd2 Ee-Gg8 Hh4 Ii8 Kk6 Ll2 Mm2 [1 pl. dépliante h.-t. entre Mm1 et Mm2] Nn-Oo8 Pp4 Qq2 Rr4 Ss2 Tt4 [1 pl. dépliante h.-t. entre Tt2 et Tt3] Vu6 Xx4 Yy2 Zz8 AA-BB2 CC8 DD4 EE-FF8 GG4 HH-KK8 LL4 MM-QQ8 RR4 SS-ZZ8 Aaa-Fff8 Ggg6 Hhh8.

Bon courage à ceux qui se lanceront !

Foire aux questions

Quelle différence entre pagination et foliotation ?

La pagination numérote chaque page (recto et verso ont des numéros distincts). La foliotation numérote chaque feuillet, donc chaque numéro correspond à deux pages (recto et verso, notées r° et v°). La foliotation est typique des incunables et du XVIe siècle, la pagination s’impose progressivement à partir du XVIIe siècle.

Comment lit-on une formule de collation ?

Une collation décrit les cahiers d’un livre : par exemple A-Z⁸, Aa-Mm⁸ indique des cahiers de 8 feuillets, signés A à Z puis Aa à Mm. Le chiffre en exposant est le nombre de feuillets par cahier. Cette formule permet de vérifier qu’un exemplaire est complet.

Pourquoi certains livres anciens commencent-ils à la page 1 alors qu’il y a des feuillets non chiffrés avant ?

Parce que les feuillets liminaires (page de titre, dédicace, préface, table) ne sont historiquement pas comptés. La pagination commence avec le texte principal, ce qui peut surprendre le lecteur moderne.

Que veut dire « in-folio » ou « in-octavo » ?

Ce sont des indications de format, basées sur le nombre de fois où la feuille d’imprimerie a été pliée. Un in-folio = 1 pliure (2 feuillets, 4 pages) ; un in-quarto = 2 pliures ; un in-octavo = 3 pliures (8 feuillets, 16 pages).

Pour aller plus loin

H

Sur eBay en ce moment

Les livres imprimés jusqu’au XVIIe siècle actuellement en vente.

Voir les annonces →

13 Commentaires

  1. Oui pourquoi pas? Nous faisons tous ici la distinction entre le graveur et le dessinateur (qui parfois se confondent et je pense colaboraient étroitement).Nous savons que Goya , Rembrandt ou Doré etaient peintres mais la peinture est la peinture et la gravure est la gravure.C’est un avis personnel, mais une version colorisée du Faucon Maltais ne m’attire pas outre mesure.

  2. Doré en couleurs ?…Pourquoi pas ? « Je suis né peintre » disait-il. Doré n’était pas graveur : il dessinait directement sur le bois, au lavis ou à la gouache, au lieu du trait, et ce sont ses nombreux graveurs (Pannemaker, Pisan,..)qui interprêtaient en « gravure de teinte » (utilisation généralisée des hachures pour traduire les nuances de ton).

    Jean-Paul

  3. A en juger par les scans, les gravures en couleur sont plus « jolie », mais celles en noir et blanc sont plus détaillés, la gravure est avant tout un art du « trait » et tire sa force de la capacité du graveur a creer des nuances de gris par le trait. Une gravure colorié est une réussite quand elle conçu pour cela dés son origine (c’est le cas pour certains grands ouvrages de botanique ou de zoologie autant que pour les illustrations au pochoir « moderne ») , mais j’ai du mal à imaginer des gravures de rembrandt, goya ou Gustave Doré en couleur.

  4. Merci pour cette référence sur H.-J. Martin, « Le Livre et l’Historien » , études offertes en l’honneur de H-J Martin, édité en 1997 chez Droz, je vais essayer de le trouver.

    Amitiés, Bertrand

  5. Pour revenir au sujet : l’emploi de la couleur dans l’illustration des livres était la règle au Moyen Age. Après la naissance du livre imprimé, l’illustration gravée sur bois fut tirée en noir, parfois en rouge, très rarement en camaïeu.Le XVIIe pratiqua surtout la taille-douce en noir. A la fin du XVIIIe quelques livres furent illustrés de planches en taille-douce imprimées en couleurs.
    Dès les origines, les gravures sur bois et même celles sur métal furent coloriées, à main levée ou au pochoir, mais pas systématiquement, un peu à la demande, selon la clientèle de l’imprimeur-libraire ou du libraire.
    Quant à la réponse à la question de préférer le noir à la couleur, ou inversement : ce n’est qu’une question de goût personnel !…et on peut aimer les deux !!

    Jean-Paul

  6. Trop tard pour moi dans la nuit, vous avez évoqué Henri-Jean Martin, que j’ai eu le bonheur de connaître. Je vous conseille de lire (pas d’une traite, Bertrand : 817 pages !) « Le Livre et l’Historien » , études offertes en l’honneur de H-J Martin, édité en 1997 chez Droz : tous les aspects de l’Histoire du Livre s’y trouvent.

    Jean-Paul

  7. Pour continuer le hors-sujet, hugues ne pourra qu’être d’accord avec un humble et minuscule hommage appuyé au grand « homme du livre » qu’était Henri-Jean Martin (1924-2007).

    Même si je n’ai pas eu la chance de la connaître personnellement, je l’ai considéré ces 15 dernières années comme mon père spirituel en « histoire du livre ».

    Les ouvrages qu’ils nous laissent, écrits seul ou en collaboration avec d’autres (Roger Chartier notamment), sont de véritables mines d’or pour l’amateur bibliologue.

    Pour clore cette parenthèse je vous dirais bien intimement que j’ai passé les 5 dernières soirées, dans un divan, dans un chalet, bien entouré de neige et de froid, avec entre les mains : « Le livre français sous l’ancien régime » par H.-J. Martin, Promodis, 1987. Lu d’une traite mais dans le désordre… Martin y traite de Guillaume Desprez et de l’édition des Provinciales notamment (passionnant), des imprimeurs et libraires du XVIIè et XVIIIè s. Des problèmes économiques du livre dans ces siècles, de la lecture, des tirages, etc. Lecture plus que conseillée à quiconque s’intéresse au monde de l’édition dans les siècles passés. Un exemplaire à 39 euros sur abebooks. Le seul trouvé.

    Amitiés nocturnes, Bertrand

  8. Hors sujet: Bertrand évoque Henri-Jean Martin, décédé l’année dernière. J’ai trouvé hier chez mon libraire un ouvrage posthume de H.-J. Martin, auquel il travaillait avant de nous quitter, ouvrage qui vient de paraitre chez Albin MIchel sous le titre « Aux sources de la civilisation européenne ». On commence avec le bigbang et, si on parle beaucoup de communication, on ne fait pas spécialement d’histoire du livre. Je ne l’ai pas encore lu, il est sur ma table de chevet ce soir. Mais intéressant, de voir les vues d’un histoirien du livre sur l’histoire en « longue durée »! Fin du hors sujet, je prie Hugues et ses lecteurs de bien vouloir m’excuser.

  9. Pour savoir quelques prix pour les exemplaires « en noir » et les exemplaires « coloriés » il est intéressant de se reporter aux premiers volumes de la Bibliographie de la France des années 1812 à 1820 et quelques, les exemplaires sont parfois mentionnés avec le détail des tirages, par exemple : papier ordinaire 5 francs ; papier vélin 10 francs, gravures coloriées 50 francs.

    Les volumes de la bibliographie de la France sont partiellement disponibles sur Gallica ici :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34348270x/date

    un volume en particulier (1814), ici :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k866539

    La lecture est un peu aride pour qui ne se passionne pas pour le sujet, mais on y apprend vite des tas d’informations sur l’édition au début du XIXè s. De plus, dans ses premières années, par obligation légale (qui ne sera plus respectée les années suivantes), le tirage de nombreux ouvrages est donné « en clair », exemple pour 1814 toujours : Anne de Bretagne, Roman historique, etc… 2 vol. in-12, tiré à 75O exemplaires. Prix 6 francs. Henri-Jean Martin s’est beaucoup servi de cette source pour ses études sur les chiffres de tirage des ouvrages au début du XIXè siècle.

    Amitiés, Bertrand

  10. Cher Bertrand,
    Je me pose la même question que vous depuis longtemps.
    J’ai un exemple récent : un exemplaire que j’ai eu entre les mains du premier Voyage en Afrique de Levaillant, en 2 tomes in-8, édition de l’an 6, avec 20 planches en noirs, doublées de 20 planches en couleurs -superbes- (soit 40 planches) (le tout dans une reliure en maroquin).
    je ne savais pas qu’il y avait eu des versions « luxes » avec planches en couleurs de ce classique. Je me suis même demandé si c’était une version spéciale commandée à l’époque par un amateur…
    J’ai interrogé à ce sujet un spécialiste de l’iconographie des voyages en Afrique des 17è et 18è ; il n’en connaissait pas l’existence…
    Pourtant à force de parcourir des catalogues de libraire, il semble bien que plusieurs voyages 18è aient connu un traitement de faveur pour quelques exemplaires seulement… Sans que cela soit toujours répertorié…

    Pour répondre à la question de Hugues :

    Pour les livres d’heures imprimés au début du 16è, et pour beaucoup de livres du 16è je préfère le noir… la couleur casse un peu le relief à mon goût en ces temps là…
    Par contre je penche pour la couleur en ce qui concerne les voyages 18è et les romantiques… enfin, si le coloriage est bon.
    Cependant, attention ! Notre œil « moderne » est plus sensible que jamais à la couleur… Et on se laisse plus facilement tenter par elle. Je l’ai regretté plusieurs fois déjà sur des ouvrages 18è/19è où j’ai payé trop cher des couleurs approximatives, mais séduisantes…

    Bien à vous tous,
    Nicolas

  11. Pour savoir si les couleurs sont d’époque ou postérieures, une seule solution: l’analyse chimique…
    La Chronique de Nuremberg était proposée à la vente en deux versions: une dont les gravures étaient en noir et blanc, et une autre aux couleurs faites à la main, beaucoup plus cher et avec un délai de livraison bien plus important.
    Personnellement, j’aime beaucoup les gravures en noir et blanc. Mais les couleurs ne me dérangent pas non plus!

  12. La question que je me pose de mon côté est la suivante :

    Concernant les éditions anciennes du XVIè au XIXè siècle, existe-t-il systématiquement pour chaque ouvrage illustré un ou plusieurs exemplaires avec les gravures coloriées ?

    Par exemple je sais que les Français peints par eux-mêmes édités chez Curmer dans les années 1840 ont été proposés avec les centaines d’illustrations en version noire et aussi quelques exemplaires en version coloriée et gommée.

    Idem pour l’histoire naturelle de Chenu des années 1850.

    Qu’en est-il des illustrés des siècles antérieurs ?

    J’ai en mains un exemplaire d’une traduction en vers français de l’Eneide de Virgile de 1664 magnifiquement illustrée de 12 gravures sur cuivre sur double-page, signées Abraham Bosse. Un véritable chef d’oeuvre de la gravure XVIIè. Existe-t-il des exemplaires coloriés de cet ouvrage ? Sont-ils l’oeuvre d’amateurs isolés ? sont-ils prévus par l’imprimeur dès l’origine (10 ex ? 100 ex ?).

    A vrai dire je n’en sais rien. Avis à ceux qui savent.

    Amitiés, Bertrand

  13. Personnellement, j’ai tendance à préférer les gravures réhausser de couleurs, à condition que le coloriage soit bien fait… J’ai déjà eu dans les mains un illustré du XVIe s. qu’un propriétaire du XIXe avait colorié à la pastel d’une main malhabile… Une horreur!

    Donc bon, tout dépend.
    Sur ton Cook, je préfère la couleur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.