Amis Bibliophiles bonjour, Il arrive souvent que des lecteurs du blog me proposent des livres anciens à acheter. Dans 99% du temps, il s’agît de Jean de Bonnot, de Larousse du XXe siècle. Dans 0,5% du temps, les livres sont intéressants et il m’arrive de faire quelques acquisitions ou de renvoyer les vendeurs vers d’autres bibliophiles. Les 0,5% qui restent constituent en général des anecdotes hors du commun. Ainsi le 24 décembre dernier, recevais-je l’email suivant, fort sibyllin, de la part d’un certain Giva Giva: « J ai ce livre , pouvez vous m aider comment je peux la vendre ». Sans aucune autre information ou photo jointe. La signature et le texte me laissaient entendre qu’il s’agissait d’un lecteur étranger, j’imaginais donc qu’il était en possession d’un ouvrage français et lui proposais bien volontiers de l’aider sous réserve d’avoir un peu plus d’information. Ne nous cachons pas que je me disais que si un petit miracle de Noël venait déposer un petit livre original sous mon sapin à la dernière minute, je lui ferais avec plaisir une petite place sous l’arbre, puisqu’il n’y a pas de crèche. Jusque là, j’avais encore le sourire aux lèvres. Quelques minutes après avoir demandé plus de renseignements par email, je recevais une réponse avec les trois photos suivantes. Je vous avoue que je ne connais pas du tout ce type d’ouvrages et je continuais donc à poser des questions à mon interlocuteur: « Bonjour,Pourrais-je avoir d’autres renseignements: quelle est l’origine de ce livre?Combien voudriez-vous le vendre?Cordialement,H » Instantanément je recevais la réponse suivante et une petite alerte commençait à se faire entendre dans mon cerveau: « C est un livre juif dans une boîte avec un petit mot le problème que j arrive pas à comprendre son écriture et à propos du prix j ai rencontré Des gens ils m ont donné 367000€ J espère plus que ça si ce sujet vous intéresse je suis à vôtre desposition » Je décidais d’en savoir plus puisque le vendeur n’avait répondu que vaguement à ma question sur l’origine du livre. Après deux autres emails, je recevais des photos supplémentaires et quelques précisions: « The box we find it in Syria and you know what happen in Syria now so all most things from there. The box it’s with me in Turkey exactly in Istanbul, so the paper I think it’s a certificate of the book and the box it’s amazing glass and the thickness of 1 millimeter.Best regards «
« The box we find it in Syria and you what happen Syria ». Yes I know, indeed. 🙁 Après quelques autres emails, j’annonçais au vendeur que je n’étais pas intéressé et que tout ceci ne me semblait pas très légal. J’obtenais finalement la réponse suivante: « I will tell you something about this business You know this box with me and there’s to many people under me they are 3 so I don’t know the person who give this amount so when I divided it’s become around 160.000 for meSo sir if possible you can tell me how you can pay for it I prefer to meet one person it’s better to meet all the world » Les emails se faisant plus nombreux et insistants, je proposais 1000 euros. Oui, c’est mon côté bibliophile, je négocie :). Plus sérieusement, cela me permettait de mettre fin à une conversation qui devenait pressante. Cet ouvrage, dont je ne sais toujours rien ou presque, vient donc de Syrie, d’où il a probablement été sorti illégalement, et se trouve désormais à Istanbul. Il est disponible à la vente, à un prix fixé on ne sait comment, mais cela n’est pas le plus important. A la réflexion, je me suis également posé la question de savoir ce qu’allait financer la vente de ce livre… Puis j’ai préféré ne pas y penser, mais il est certain qu’avec 160 000 euros on peut financer beaucoup de projets… De tous types. Un ami libraire me disait récemment que la bibliophilie est une fantastique machine à voyage dans le temps. Il avait raison, dans le temps et l’espace. Je pensais aussi qu’alors que je bibliophilais tranquillement dans mon bureau, des gens étaient bombardés, chassés de chez eux, comme l’a été une partie de ma famille il y a quelques décennies. Et que parmi nous, nantis entre les nantis, il se trouvait des gens pour refuser de les accueillir. C’était le jour de Noël, mais ce n’était pas un joli conte pour bibliophiles. Et moi j’avais perdu l’envie de vous en écrire un. H
La lettre du bibliophile
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Amis Bibliophiles bonsoir, Après une petite interruption, nous retrouvons notre couple de « bibliophiles » boursicoteurs. L’épisode précédent se trouve ici: http://bibliophilie.blogspot.fr/2014/12/la-bibliophilie-un-investissement-de.html Nos heureux gagnants de la loterie nationale ont étudié diverses piste d’investissement et considèrent l’ouverture d’un musée privé du livre, un musée ayant pignon sur rue avec des bibliothécaires, des experts et un pool de conseillers financiers…. – Mon aimée, J’ai une question à vous poser.
– C’est tout de même formidable, je ne t’ai jamais autant vu que depuis que nous sommes riches.
– Une question très importante…
– N’as-tu donc rien à faire, comme aérer la bibliothèque ?
– Je voudrais savoir…
– J’en ai plus qu’assez de te répéter d’ouvrir les fenêtres.
– Avec mes douze-pour-cent, je suis propriétaire de quelle partie du Marquis de Sade ?
– Du croupion. – Mais non, du manuscrit.
– C’est-à-dire ?
– Est-ce que je peux choisir ? Je prendrais bien la préface. – De quelle préface parles-tu ?
– De l’introduction aux 120 journées de Sodome. Je voudrais qu’on y place mes douze-pour-cent.
– Ni préface, ni introduction.
– Un avant-propos, un texte liminaire, un avertissement ?
– Non plus.
– Une mise en garde au lecteur ?
– Encore moins
– Une postface, alors.
– Rien de ce que tu me chantes ; ni avant, ni après.
– Mais enfin, on n’écrit pas des choses pareilles sans prévenir d’abord et s’excuser ensuite. Votre marquis… – Ton marquis. – reconnaît bien quelque part tremper sa plume dans de la fiente de rats mélangée à sa propre bave. – Pas que je sache.
– Et planquer le rouleau dans son fondement quand il n’écrit pas.
– Ce n’est pas dans l’édition de la Pléiade.
– Au pire, je me contenterai de la table des matières. – Il n’y en a pas.
– Alors je n’y vais pas.
– Tu parles de ce soir ? C’est une obligation.
– On ne doit pas être bien riches si on a des obligations.
– Tous les propriétaires du rouleau seront là.
– Mais je n’ai rien à leur dire à ces gens.
– Alors ne dis rien, je me charge du reste. – Comprenez, si je dois me vanter en société….
– Tu ne vas pas recommencer ?
– d’être l’heureux propriétaire d’un rouleau de…
– Plus un mot !
– Mais enfin, qu’avez-vous besoin de moi ?
– Et avant de te changer, tu iras chercher ta fille à l’école. – Depuis quand faut-il aller la chercher ? Je vais me faire huer.
– Pourquoi cela ?
– Vous savez bien que nos enfants m’ont interdit d’en approcher et de jamais, au grand jamais, m’aventurer à aller les chercher.
– Ils ne m’ont rien dit à moi.
– Parce que votre présence enchante la planète, mon éblouissante. Allez-y donc et admettez qu’il vaut mieux que je m’abstienne de vous accompagner ce soir ; je n’ai pas une once de votre rayonnement.
– C’est vrai que je ne te communique pas grand-chose de ce coté là
– Absolument ; à l’inverse de vases. Imaginez la vacuité du mien côtoyant la plénitude du votre et ce, sans espoir de remplissage aucun. Je risquerais de vous gâcher la soirée.
– Des vases…
– Des vases pas communicants, si vous voyez ce que je veux dire.
– Je n’y avais pas pensé.
– Et à quoi donc, ma subliminale ?
– Il est question de vases d’aisance au chapitre deux. C’est une idée.
– De quoi parlez-vous ? – De produits dérivés. – De produits dérivés ?
– Les accessoires du quotidien. Pense au nombre de mugs que la reine d’Angleterre écoule.
– Notre fortune assise sur des pots-de-chambre ?
– Tu sais bien que l’argent n’a pas d’odeur.
– Justement, je ne me sens pas d’être un riche de cette sorte là.
– Mais être riche, mon ami, ça ne se choisit pas.
– Cependant…
– D’ailleurs tout est prêt.
– Qu’est-ce qui est prêt ? – A peu prés tout sauf les vases. Ce sera pour la collection d’hiver.
– Vous êtes bouillante, vous devriez vous aliter. – M’aliter ? Alors que je viens de signer avec l’une des plus grandes stylistes parisiennes ?
– Une styliste ?
– Qui a trouvé l’idée particulièrement excitante… Les jouets du divin Marquis. Je vais nous faire prêter le rouleau pour le lancement. Il y aura un happening dans sa cave.
– Sa cave ?
– C’est son lieu de travail.
– Elle travaille dans une cave ? Mais comment avez-vous eu son adresse ?
– Par notre fille.
– C’est un complot… Et d’où la tenait-elle ?
– Des recherches pour son exposé.
– Quel exposé ? C’est moi qui lui fais ses exposés.
– Celui sur la génération des plantes.
– Et Linné l’aurait entrainé dans une cave ?
– Tu ne l’as pas trouvée particulièrement attentive quand tu parlais d’étamines et de pistil ?
– Maintenant que vous le dites
– Du coup, elle est allée chez Sephora
– Ne lui avez-vous pas dit qu’elle était trop jeune pour se maquiller ?
– Ou elle a acheté un petit canard jaune qui m’a conduit à la styliste.
– Un petit canard jaune ?!?
– Celui qui a servi à illustrer son exposé.
– Il n’y a aucun canard jaune dans Linné… chez Piton de Tournefort non plus.
– Il y a bien des grenouilles dans Mathiole.
– C’est plutôt la fin qui est intéressante, la partie sur la distillation. – Il n’y a que toi que ça intéresse ici.
– Mais enfin, ce sont les abeilles… pas les canards, ni les grenouilles.
– Le canard était plus explicite.
– Les canards n’ont pas de poches à pollen.
– Ça reste à démontrer.
– En tout cas pas sous les palmes.
– Oui mais ils ont un bec.
– Bien sur qu’ils ont bec, quand ils ont une trompe ça s’appelle un fourmilier, voyez Dioscoride.
– Un bec qui fait coin-coin… Sais-tu que ces petits canards jaunes flottent ? C’est pratique dans une baignoire. D’ailleurs il faudra le récupérer
– Dans la baignoire ?
– Non, en même temps que ta fille : Les objets confisqués… il s’agit du canard.
– Et pourquoi moi ?
– …seront récupérés par le chef de famille. Le chef de famille, c’est toi.
– C’est bien la première fois que j’entends ça.
– C’est le règlement, dixit la conseillère d’éducation.
– Elle va me parler du canard ?
– Tu lui diras que c’est une abeille….
Merci Roch, c'est intéressant tout ça. Bonne année à vous et à tous les lecteurs du Blog !
Je pensais que les coûts inhérents à la fabrication de "bons" faux étaient prohibitifs… J'avais donc raison de le penser, puisque visiblement vous avez détecté celui-ci et ses semblables dès la prise en main ou presque…
Tant mieux finalement, au moins cette "chose" qui circule n'est pas une merveille patrimoniale spoliée…
Suite à mon commentaire ci-dessus, je précise que les manuscrits qu'on m'a présentés sont tous censés être judaïques. Les faussaires doivent penser que c'est plus facilement vendable.
Les caractères de la fausseté sont : -matériellement : l'odeur de la peau. On "sent" que la bête n'est pas morte depuis longtemps. -le parchemin, la couture : incohérents. -le vieillissement est artificiel et mal fait. -les textes et les illustrations sont complètement incohérents : illustrations style XVIIIe dans un manuscrit censé avoir 2000 ans, textes récupérés par morceaux dans les Saintes Ecritures (version massorétique des premiers siècles !) et collés bout à bout.
Si j'ai du temps, je consacrerai une page de mon blog à ces faux manuscrits.
Ce manuscrit est un FAUX. Il fait partie d'une centaine au moins de manuscrits, fabriqués depuis les années 2000 en Lybie (ou ailleurs ?). On m'en a présenté une vingtaine, de différents formats. La fausseté en est flagrante, il n'y a pas de doute à avoir. L'OCBC s'est intéressé à ce cas, voici quelques années, car un marchand de Cannes, mort depuis, avait essayé d'en vendre un à un certain GL, patron de la société A., lequel a "balancé" ce marchand (probablement de bonne foi, d'ailleurs) à la police. Roch de Coligny
Il existe de nombreuses "antiquités". Toutes ne sont pas forcément issues d'un musée, ne valent pas forcément des centaines de milliers d’euros ou n'ont pas toujours 2000 ans. Certains manuscrits éthiopiens en guèze n'ont qu'une centaine d'années et ne valent que deux ou trois cents euros. Mais ce n'est pas pour ça qu'il faut minimiser leur valeur. Il s'agit de biens culturels représentant une époque. Tout cela ne doit pas être pris à la légère. Nous ne devons pas minimiser ce qui se passe au moyen orient ou en Afrique du nord. Le pillage existe, et il faut en parler !
Si vous avez le moindre doute, vous devriez contacter l'ICOM (Conseil International des Musées en français)via illicit-traffic@icom.museum avec au moins les photos que vous avez. Si cet objet est authentique et provient d'une collection publique ou privée, ils le sauront très rapidement et pourront agir avec les autorités des pays concernés si nécessaire, sans parler du fait que l'objet sera identifié et documenté pour être repéré en cas de tentative de vente.
Je ne vous suis que partiellement, je pense en effet que le coffret existe bien et qu'il ne s'agît pas d'une escroquerie "à la photo".
En effet, sur ce type d'escroquerie à la photo, l'intérêt des escrocs serait de multiplier les petites arnaques à quelques centaines d'euros, qui auraient beaucoup plus de chances d'aboutir. Une arnaque à 160 000 euros qui ne fonctionne pas, ce n'est pas très rentable.
Du reste, le coffre n'est pas en métal, mais en verre.
Je crois malheureusement qu'il vient bien d'un musée ou d'une bibliothèque d'où il a été volé, ce qui explique que les vendeurs ont une idée vague de la valeur de ce qu'ils vendent, peut-être parce qu'à côté, justement, ils vendent aussi des statuettes ou d'autres artefacts.
Je me permets d'intervenir sur ce sujet parce que je m'y suis intéressé dans le cadre de mes cours de droit des conflits internationaux. L'actualité, comme bien souvent, s'est fait l'écho d'événements réels mais de façon totalement irréaliste. L'Express rapporte sans plus de détails et sans sourciller que l'estimation de la CIA concernant les revenus tirés du trafic d'antiquités (syriennes et irakiennes) s'élevaient à 7 milliards de dollars. Il s'agit en réalité d'une estimation communiquée par Franscesco Bandarin, alors assistant-directeur-général à la culture de l'UNESCO, estimation totalement irréaliste destinée avant tout à la communication sur un sujet grave mais certainement pas dans ces proportions. Un (court) article de Neil Brodie s'appuyant sur des faits parle pour sa part de 4 millions annuels estimés. http://washington-dc.eunic-online.eu/?q=content/thinking-policies-0#%244%20million
Il faut également voir de quoi on parle quand on aborde le sujet des "antiquités". Les statuettes et autres figurines sont très rares à dénicher, même sur des sites archéologiques riches, en particulier lorsqu'on considère les œuvres en métal. Ce qui se retrouve le plus sont les fragments de poteries et de bas-reliefs, des ustensiles (couteaux), parfois les pièces, beaucoup plus rarement des tablettes d'argile ou des fragments de mosaïques. Autant dire que les pièces monnayables auprès de collectionneurs privés sont rares, et que si la demande existe, il vaut mieux ne pas se faire attraper. Les réseaux d'échange sont extrêmement opaques et n'opèrent pas sur internet, ne fonctionnant qu'en réseaux courts avec des intervenants connus et "de confiance" (d'où la présence de certains objets remarquables jusque chez Sotheby's), et ne s'activant que pour certaines pièces très particulières dont on sait qu'elles ont une valeur réelle.
Dans le cas qui nous intéresse, on est en présence d'un ensemble qui aurait été "trouvé" en Syrie. La boite est très crasseuse, comme si elle venait de sortir de terre, mais bizarrement elle ne montre qu'assez peu de signes de corrosion (juste assez pour ne pas la défigurer tout en la rendant crédible). Quant au manuscrit lui-même, il présente de très fortes ressemblances avec des ouvrages manuscrits éthiopiens; son état est remarquable vu les conditions de conservation qui sont présentées, d'autant qu'on observe parfaitement bien que la boite n'est absolument pas étanche. Les circonstances de l'offre sont troublantes: un anonyme contacte un tout aussi anonyme via internet pour lui proposer ce qu'il présente sans sourciller comme un artefact issu du chaos syrien, avec photos à l'appui, présentant même un "certificat d'authenticité" bien entendu d'époque et illisible, le tout se trouvant en Turquie. Quant au prix demandé, il est délirant et n'a aucun rapport avec ce qui peut s'observer sur les marchés, au point qu'il sera d'ailleurs bradé sans trop de problème à 160 000€ après un méli-mélo d'embrouillamini à propos de plusieurs personnes qui permettent de diviser le prix.
Donc, on a A) un coffre terreux qui exclut le pillage d'un musée, B) un manuscrit dans un état "exceptionnel" mis en relation avec un coffre qui ne peut pas avoir servi à l'abriter, C)un manuscrit "éthiopien" trouvé dans un pays qui D)subit un chaos total qui permet de noyer les questions facilement sans avoir à fournir de détails et E) entre les mains d'un turc qui demande un prix irréaliste à F) un anonyme français contacté via internet.
Même pas besoin de faire un exposé sur l'idéologie du Califat Islamique pour comprendre que ces 6 éléments pris isolément hurlent à la tentative d'escroquerie. Alors additionnés, et replacés dans le contexte du trafic d’œuvres d'art entre la Syrie et l'Occident via la Turquie et l'Egypte, il n'y a plus vraiment place pour le doute…
Je ne suis pas totalement d'accord avec cela. Qu'il existe de nombreux faux dans le marché de l'art cela ne fait aucun doute et ce depuis des décennies. Mais les situations politiques actuelles sont telles que le marché noir de l'art est devenu monnaie courante. Ce n'est pas la première fois que l'on pointe du doigt le trafic d'antiquités. Les situations terroristes ne sont plus simplement idéologiques, c'est devenu un vrai business, une entreprise à part entière. Je vous laisse lire ces deux articles de presse :
99,99% des "antiquités" syriennes (et égyptiennes et irakiennes et grosso modo tout ce qui sort du Moyen Orient) que l'on peut trouver "disponibles sur le marché" sont des faux, très bien réalisés mais n'ayant aucune valeur. La plupart du temps, les contrefaçons sont écoulées via des revendeurs turcs ou égyptiens. Les prix sont délirants parce que ces personnes ne sont pas des pros du trafic d'antiquités et n'ont aucune idée de la valeur de ce qu'ils produisent, bien qu'ils soient de très bons artisans et soient capables de créer des "antiquités" très convaincantes pour un œil non averti (il n'est pas très difficile de vieillir du métal et du papier avec de l'acide et de la poussière…). Quant à l'objet lui-même, je peux croire que la Syrie a un passé très riche, mais je ne vois pas trop comment un manuscrit éthiopien aurait fait pour se retrouver dans les mains d'un petit revendeur turc. Donc de deux choses l'une: soit ça provient d'un musée pillé et effectivement on est dans un cas de trafic d'antiquité caractérisé (l'objet n'ayant aucune valeur commerciale puisque faisant partie d'une collection, il a forcément été référencé et identifié), soit c'est une "belle" imitation/reproduction. Je penche pour la seconde solution: un ouvrage identifié comme judaïque par l'étoile de David, pillé en Syrie par des forces rebelles aux très fortes tendances islamistes, verrait ses chances de survie tenir du miracle, tant sa destruction est un objectif idéologique et un superbe moyen de propagande. Je suis étonné qu'il n'ait pas répondu à votre offre à 1000€. Peut être qu'avec quelques jours de patience, vous auriez été recontacté pour finaliser la vente. 🙂
J'ai eu le même cas il y a quelques mois avec un manuscrit arabe enluminé, échange téléphonique, envoie de photos SMS, j'avais rencontré le vendeur dans un bar, en le faisant parlé il avait fini par me lâcher que le manuscrit était dans ses mains depuis le printemps arabe tunisien, qu'il était réglable seulement en espèce et j'avais compris qu'il n'était pas vendable sur internet ni possible de l'inscrire sur le livre de police, en gros cela devenait clairement du recel et j'avais décliné bien évidement. Dans ce bar, j'avais eu le manuscrit en main ce n'était pas une arnaque à la photo, il était bien réel et disponible en France, si j'avais réglé immédiatement je partais avec. Dans de tels cas entre civisme, lutte contre le trafic de biens culturels et délation, a t'on vraiment le choix éthique ? Un petit transfert de mail a Interpol prend deux secondes. Ne serait ce que par sécurité, car publier les photos sur le blog n'est pas très plaisant pour ces personnes qui aiment avant tout la discrétion et l'ombre. A moins que ce ne soit qu'un conte de Noël écrit de manière bien réaliste, merci pour cette publication.
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Cela me fait penser à l'écriture tifinagh comme le symbole sur le coffret…
Merci Roch, c'est intéressant tout ça. Bonne année à vous et à tous les lecteurs du Blog !
Je pensais que les coûts inhérents à la fabrication de "bons" faux étaient prohibitifs… J'avais donc raison de le penser, puisque visiblement vous avez détecté celui-ci et ses semblables dès la prise en main ou presque…
Tant mieux finalement, au moins cette "chose" qui circule n'est pas une merveille patrimoniale spoliée…
B.
Ah!!
Merci beaucoup Roch pour cette mise au point, qui est finalement un peu rassurante!
Hugues
Suite à mon commentaire ci-dessus, je précise que les manuscrits qu'on m'a présentés sont tous censés être judaïques. Les faussaires doivent penser que c'est plus facilement vendable.
Les caractères de la fausseté sont :
-matériellement : l'odeur de la peau. On "sent" que la bête n'est pas morte depuis longtemps.
-le parchemin, la couture : incohérents.
-le vieillissement est artificiel et mal fait.
-les textes et les illustrations sont complètement incohérents : illustrations style XVIIIe dans un manuscrit censé avoir 2000 ans, textes récupérés par morceaux dans les Saintes Ecritures (version massorétique des premiers siècles !) et collés bout à bout.
Si j'ai du temps, je consacrerai une page de mon blog à ces faux manuscrits.
RC.
Ce manuscrit est un FAUX. Il fait partie d'une centaine au moins de manuscrits, fabriqués depuis les années 2000 en Lybie (ou ailleurs ?). On m'en a présenté une vingtaine, de différents formats.
La fausseté en est flagrante, il n'y a pas de doute à avoir.
L'OCBC s'est intéressé à ce cas, voici quelques années, car un marchand de Cannes, mort depuis, avait essayé d'en vendre un à un certain GL, patron de la société A., lequel a "balancé" ce marchand (probablement de bonne foi, d'ailleurs) à la police.
Roch de Coligny
Il existe de nombreuses "antiquités". Toutes ne sont pas forcément issues d'un musée, ne valent pas forcément des centaines de milliers d’euros ou n'ont pas toujours 2000 ans. Certains manuscrits éthiopiens en guèze n'ont qu'une centaine d'années et ne valent que deux ou trois cents euros. Mais ce n'est pas pour ça qu'il faut minimiser leur valeur. Il s'agit de biens culturels représentant une époque. Tout cela ne doit pas être pris à la légère. Nous ne devons pas minimiser ce qui se passe au moyen orient ou en Afrique du nord. Le pillage existe, et il faut en parler !
Si vous avez le moindre doute, vous devriez contacter l'ICOM (Conseil International des Musées en français)via illicit-traffic@icom.museum avec au moins les photos que vous avez. Si cet objet est authentique et provient d'une collection publique ou privée, ils le sauront très rapidement et pourront agir avec les autorités des pays concernés si nécessaire, sans parler du fait que l'objet sera identifié et documenté pour être repéré en cas de tentative de vente.
Merci Tiephaine pour votre commentaire.
Je ne vous suis que partiellement, je pense en effet que le coffret existe bien et qu'il ne s'agît pas d'une escroquerie "à la photo".
En effet, sur ce type d'escroquerie à la photo, l'intérêt des escrocs serait de multiplier les petites arnaques à quelques centaines d'euros, qui auraient beaucoup plus de chances d'aboutir. Une arnaque à 160 000 euros qui ne fonctionne pas, ce n'est pas très rentable.
Du reste, le coffre n'est pas en métal, mais en verre.
Je crois malheureusement qu'il vient bien d'un musée ou d'une bibliothèque d'où il a été volé, ce qui explique que les vendeurs ont une idée vague de la valeur de ce qu'ils vendent, peut-être parce qu'à côté, justement, ils vendent aussi des statuettes ou d'autres artefacts.
Hugues
Je me permets d'intervenir sur ce sujet parce que je m'y suis intéressé dans le cadre de mes cours de droit des conflits internationaux. L'actualité, comme bien souvent, s'est fait l'écho d'événements réels mais de façon totalement irréaliste.
L'Express rapporte sans plus de détails et sans sourciller que l'estimation de la CIA concernant les revenus tirés du trafic d'antiquités (syriennes et irakiennes) s'élevaient à 7 milliards de dollars. Il s'agit en réalité d'une estimation communiquée par Franscesco Bandarin, alors assistant-directeur-général à la culture de l'UNESCO, estimation totalement irréaliste destinée avant tout à la communication sur un sujet grave mais certainement pas dans ces proportions.
Un (court) article de Neil Brodie s'appuyant sur des faits parle pour sa part de 4 millions annuels estimés.
http://washington-dc.eunic-online.eu/?q=content/thinking-policies-0#%244%20million
Il faut également voir de quoi on parle quand on aborde le sujet des "antiquités". Les statuettes et autres figurines sont très rares à dénicher, même sur des sites archéologiques riches, en particulier lorsqu'on considère les œuvres en métal. Ce qui se retrouve le plus sont les fragments de poteries et de bas-reliefs, des ustensiles (couteaux), parfois les pièces, beaucoup plus rarement des tablettes d'argile ou des fragments de mosaïques. Autant dire que les pièces monnayables auprès de collectionneurs privés sont rares, et que si la demande existe, il vaut mieux ne pas se faire attraper. Les réseaux d'échange sont extrêmement opaques et n'opèrent pas sur internet, ne fonctionnant qu'en réseaux courts avec des intervenants connus et "de confiance" (d'où la présence de certains objets remarquables jusque chez Sotheby's), et ne s'activant que pour certaines pièces très particulières dont on sait qu'elles ont une valeur réelle.
Dans le cas qui nous intéresse, on est en présence d'un ensemble qui aurait été "trouvé" en Syrie. La boite est très crasseuse, comme si elle venait de sortir de terre, mais bizarrement elle ne montre qu'assez peu de signes de corrosion (juste assez pour ne pas la défigurer tout en la rendant crédible). Quant au manuscrit lui-même, il présente de très fortes ressemblances avec des ouvrages manuscrits éthiopiens; son état est remarquable vu les conditions de conservation qui sont présentées, d'autant qu'on observe parfaitement bien que la boite n'est absolument pas étanche.
Les circonstances de l'offre sont troublantes: un anonyme contacte un tout aussi anonyme via internet pour lui proposer ce qu'il présente sans sourciller comme un artefact issu du chaos syrien, avec photos à l'appui, présentant même un "certificat d'authenticité" bien entendu d'époque et illisible, le tout se trouvant en Turquie. Quant au prix demandé, il est délirant et n'a aucun rapport avec ce qui peut s'observer sur les marchés, au point qu'il sera d'ailleurs bradé sans trop de problème à 160 000€ après un méli-mélo d'embrouillamini à propos de plusieurs personnes qui permettent de diviser le prix.
Donc, on a A) un coffre terreux qui exclut le pillage d'un musée, B) un manuscrit dans un état "exceptionnel" mis en relation avec un coffre qui ne peut pas avoir servi à l'abriter, C)un manuscrit "éthiopien" trouvé dans un pays qui D)subit un chaos total qui permet de noyer les questions facilement sans avoir à fournir de détails et E) entre les mains d'un turc qui demande un prix irréaliste à F) un anonyme français contacté via internet.
Même pas besoin de faire un exposé sur l'idéologie du Califat Islamique pour comprendre que ces 6 éléments pris isolément hurlent à la tentative d'escroquerie. Alors additionnés, et replacés dans le contexte du trafic d’œuvres d'art entre la Syrie et l'Occident via la Turquie et l'Egypte, il n'y a plus vraiment place pour le doute…
Je ne suis pas totalement d'accord avec cela. Qu'il existe de nombreux faux dans le marché de l'art cela ne fait aucun doute et ce depuis des décennies. Mais les situations politiques actuelles sont telles que le marché noir de l'art est devenu monnaie courante. Ce n'est pas la première fois que l'on pointe du doigt le trafic d'antiquités. Les situations terroristes ne sont plus simplement idéologiques, c'est devenu un vrai business, une entreprise à part entière. Je vous laisse lire ces deux articles de presse :
http://www.lexpress.fr/culture/art/trafic-d-antiquites-l-ombre-de-daech-sur-le-marche-de-l-art_1709720.html
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/19/esclavage-rancons-petrole-pillage-comment-se-finance-l-etat-islamique_4812961_4355770.html
99,99% des "antiquités" syriennes (et égyptiennes et irakiennes et grosso modo tout ce qui sort du Moyen Orient) que l'on peut trouver "disponibles sur le marché" sont des faux, très bien réalisés mais n'ayant aucune valeur. La plupart du temps, les contrefaçons sont écoulées via des revendeurs turcs ou égyptiens.
Les prix sont délirants parce que ces personnes ne sont pas des pros du trafic d'antiquités et n'ont aucune idée de la valeur de ce qu'ils produisent, bien qu'ils soient de très bons artisans et soient capables de créer des "antiquités" très convaincantes pour un œil non averti (il n'est pas très difficile de vieillir du métal et du papier avec de l'acide et de la poussière…).
Quant à l'objet lui-même, je peux croire que la Syrie a un passé très riche, mais je ne vois pas trop comment un manuscrit éthiopien aurait fait pour se retrouver dans les mains d'un petit revendeur turc. Donc de deux choses l'une: soit ça provient d'un musée pillé et effectivement on est dans un cas de trafic d'antiquité caractérisé (l'objet n'ayant aucune valeur commerciale puisque faisant partie d'une collection, il a forcément été référencé et identifié), soit c'est une "belle" imitation/reproduction.
Je penche pour la seconde solution: un ouvrage identifié comme judaïque par l'étoile de David, pillé en Syrie par des forces rebelles aux très fortes tendances islamistes, verrait ses chances de survie tenir du miracle, tant sa destruction est un objectif idéologique et un superbe moyen de propagande.
Je suis étonné qu'il n'ait pas répondu à votre offre à 1000€. Peut être qu'avec quelques jours de patience, vous auriez été recontacté pour finaliser la vente. 🙂
J'ai eu le même cas il y a quelques mois avec un manuscrit arabe enluminé, échange téléphonique, envoie de photos SMS, j'avais rencontré le vendeur dans un bar, en le faisant parlé il avait fini par me lâcher que le manuscrit était dans ses mains depuis le printemps arabe tunisien, qu'il était réglable seulement en espèce et j'avais compris qu'il n'était pas vendable sur internet ni possible de l'inscrire sur le livre de police, en gros cela devenait clairement du recel et j'avais décliné bien évidement. Dans ce bar, j'avais eu le manuscrit en main ce n'était pas une arnaque à la photo, il était bien réel et disponible en France, si j'avais réglé immédiatement je partais avec. Dans de tels cas entre civisme, lutte contre le trafic de biens culturels et délation, a t'on vraiment le choix éthique ? Un petit transfert de mail a Interpol prend deux secondes. Ne serait ce que par sécurité, car publier les photos sur le blog n'est pas très plaisant pour ces personnes qui aiment avant tout la discrétion et l'ombre. A moins que ce ne soit qu'un conte de Noël écrit de manière bien réaliste, merci pour cette publication.
Cela fait peur… Un mélange de sentiments entre tristesse et consternation…
Mais merci pour le partage!
David