Bibliophilie et sciences: l’Abbé Moigno et la revue Cosmos

Amis Bibliophiles bonsoir,

La vulgarisation des sciences est une necessité. Elle peut être superficielle, pour les amateurs curieux. Elle peut être aussi destinée à la propagation des nouvelles découvertes dans le milieu scientifique. C’est le but de la revue Cosmos, sujet de ce billet.
L’Abbé François Napoléon Marie Moigno (1804-1884), jésuite, est nommé professeur de mathématiques au collège Sainte Geneviève de Paris en 1836. Il échange alors une correspondance fournie avec quelques-uns des grands scientifiques de l’époque, Cauchy, Arago, Ampère, etc. Il quitte l’ordre en 1843 pour entreprendre un tour d’Europe. Aumônier du lycée Louis-le-Grand de 1848 à 1851, il devient éditeur scientifique des journaux La Presse (1850) et Le Pays (1851). En 1852, il fonde la revue scientifique Cosmos, qui reprend certains éléments de La Lumière dirigé par B. R. de Monfort jusqu’en octobre 1851.  L’abbé Moigno se sépare de la direction du Cosmos après juin 1862 et fait paraître une nouvelle revue Les Mondes, Revue Hebdomadaire des Sciences.


« Le premier but du Cosmos est d’exposer les idées originales, neuves, grandes, utiles, qui font faire à la science un grand pas, ou la débarrassent des hypothèses vaines et des explications insuffisantes; des idées surtout qui, parce qu’elles sont émises par un auteur encore incompris, excitent à peine l’attention et attendraient en vain de longues années l’hospitalité qu’on ne peut cependant leur refuser sans injustice. »
Les brochures suivantes constituent la tête de série de la revue Cosmos. Elles possèdent leur couverture imprimée ce qui est exceptionnel.

Cosmos. Revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie.Paris, Salles du Cosmos puis Bureaux du Cosmos. 1852-1853.90 brochures in-8 ; 724 pp – 736 pp – 812 pp.
30 brochures du 2 mai 1852 au 21 novembre 1852 et 1 brochure de tables, destinées à former le premier volume de la revue.30 brochures du 28 novembre 1852 au 9 juin 1853 et 1 brochure de tables, destinées à former le deuxième volume de la revue.30 brochures (dont 7 et 9 bis) du 17 juin 1853 au 30 décembre 1853 et une brochure de tables, destinées à former le troisième volume de la revue.

On trouve dans ces revues des annonces importantes de Marc Seguin par exemple. Dans le numéro 29 du 14 novembre 1852 on trouve une lettre de Fizeau titrée Mouvement de translation de la terre autour du soleil qui avait fait l’objet d’un pli cacheté à l’Académie des Sciences le 14 juin 1852. Fizeau y propose un dispositif pour mettre en évidence le « vent d’éther », s’il existe.
Nous sommes loin de la bibliophilie de prestige. Mais quel plaisir de suivre pas à pas l’actualité scientifique d’une époque à travers une revue dans l’état où elle était reçue par les abonnés.
H

La lettre du bibliophile

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Labarraque, Maxime du Camp, un chameau, un empereur, un roi et l’eau de Javel

Labarraque, Maxime du Camp, un chameau, un empereur, un roi et l'eau de Javel

Amis Bibliophiles bonjour,
Chameau, dromadaire, chameau, dromadaire… La question s’était posée sur le blog suite à l’article de Bernard sur Charles Perrault, mais elle avait également suscité la curiosité de René qui voudrait vous présenter un tout petit opuscule, mince par la taille mais d’une importance capitale par son contenu.Le 15 septembre 1915, La Chronique Médicale publiait cette lettre inédite de Maxime Du Camp, qui se piquait de quelques notions médicales.
« Louis 18 était si gâté et dégageait une telle infection que nul n’osait approcher du cadavre ; on fit venir Labarraque, pharmacien célèbre de ce temps, membre du conseil de salubrité, etc., et inventeur du fameux chlorure désinfectant qui porte son nom. Il trempa un drap dans le susdit chlorure, et le tendant devant lui comme une sorte d’écran, il marcha jusqu’au cadavre et le couvrit tout entier. Pendant près d’une heure, il l’aspergea de chlorure; puis, requis par le grand maitre des cérémonies de procéder à l’embaumement, et voyant le grand maitre s’éloigner, il lui fit observer que sa charge le forçait à recevoir les entrailles du roi sur un plat d’or ou d’argent (?). Le grand maitre n’y consentit pas et l’autopsie fut plus que rapide.
J’ignore le nom du grand maitre. Voilà, cher ami, ce que ma mémoire me rappelle et encore je n’affirme pas pour le dernier fait relatif aux entrailles de ne pas faire confusion, car voilà que j’ai souvenir d’avoir lu quelque chose d’approchant touchant la mort de Louis 15. Vous pourrez facilement vérifier le fait et voir si je fais erreur.
Quant au chlorure et à Labarraque, j’affirme : c’est ce dernier qui m’a conté l’anecdote.
Max. »
L’article de la Chronique était intitulé : Vieux-Neuf médical. La liqueur de Labarraque.Voilà qu’il se relève d’un discrédit, d’ailleurs injustifié, ce vieux médicament de nos pères, qui rend actuellement tant de services dans le traitement des blessures, Il n’est, à vrai dire, de meilleur désinfectant des plaies et l’on ne s’explique guère pourquoi on a été si longtemps à l’oublier.
L’inventeur de la recette n’était pas le premier venu : Antoine Germain Labarraque était un chimiste de renom, pharmacien de l’Empereur, puis de Louis XVIII avant de procéder, comme nous l’avons lu, à la désinfection de son cadavre.
Né en 1777, arraché à ses études par la guerre, il s’engage a 18 ans dans les armées de la République où il fut distingué en raison de ses connaissances chimiques. Les pharmaciens militaires étant rares et les autorités militaires n’étant pas trop regardantes, le sergent Labarraque fut nommé pharmacien, puis pharmacien en chef de l’hôpital espagnol de Barra. Il avait vingt ans.
Licencié après une longue maladie, il suivit à Montpellier les cours de Chaptal et à Paris ceux de Vauquelin. Il fut reçu officiellement pharmacien en 1805 et sur les conseils de Cadet de Cassicourt étudia le chlore et ses applications.
Ses recherches conduisirent Labarraque à employer le « chlorure d’oxyde de soude et de chaux », obtenu par l’action du chlorure de chaux sur le carbonate de soude, pour traiter dans les boyauderies les intestins animaux, matériaux éminemment sujets à la pourriture. L’un des produits de la réaction faisait cesser toute putréfaction.
Les expériences du pharmacien firent sensation. On le sollicita pour le nettoyage des écuries de l’armée, on brûlait jusqu’alors tout le matériel contaminé. On appliqua ses chlorures à l’assainissement des Halles, des abattoirs, des hôpitaux, des amphithéâtres. On en fit usage dans les étables et les égouts.
Il publia donc, en 1825, le petit ouvrage intitulé De l’Emploi des Chlorures d’Oxide de Sodium et de Chaux. Plaquette de 48 pages, imprimée à Paris par Madame Huzard. Petit ouvrage fort rare et dont la couverture est presque toujours absente.
Le présent exemplaire comporte un envoi au Dr Récamier.
Durant l’épidémie de choléra de 1832, de nombreux Parisiens durent leur salut à l’usage de ce premier et précieux désinfectant. L’année suivante ce fut encore Labarraque qui participa à l’exhumation des combattants de Juillet, ensevelis à la hâte sous les plates-bandes du Louvre.
Le chlorure d’oxyde de sodium fut livré en flacons avec le mode d’emploi :  » Soit pour panser les plaies de mauvaise nature, soit comme moyen d’assainissement des lieux insalubres… « 
Labarraque mourut, riche et décoré en 1850, des suites d’une attaque d’apoplexie. Cette précieuse « liqueur », qui n’est autre qu’une solution d’hypochlorite de sodium, fut d’abord tout naturellement connue sous le nom « Eau de Labarraque » puis sous celui d’ « Eau de Javel ».
En effet, avant Labarraque, un autre chimiste français célèbre, Claude Berthollet avait étudié les propriétés oxydantes du chlore et des hypochlorites pour un tout autre usage, celui du blanchîment des toiles textiles. Sa manufacture de produits chimiques se trouvait à Paris dans le quartier de Javel.
Si le pauvre Claude Perrault, hélas trop tôt disparu, avait connu l’Eau de Labarraque quand il a procédé à la dissection de son chamadaire septique, il eut conservé la santé, pour la plus grande gloire de la Science.
Merci René,H

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