Charles Hayoit – Bibliophile et homme de goût

Amis Bibliophiles bonjour,

Le 7 novembre prochain, la maison Pierre Bergé dispersera une nouvelle partie du fond Bérès. Nul doute que cette vente, comme les précédentes, marquera les esprits, par la qualité des lots présentés et par les prix qu’ils atteindront. Les ventes de grandes bibliothèques sont des moments importants de la bibliophilie. Elles permettent d’alimenter le marché, de se faire une idée des prix qui ont cours, et elles constituent également des sources d’informations bibliographiques intéressantes pour les bibliophiles, qu’ils aient ou non les moyens d’y acheter un ouvrage.
Je vous reparlerai de Bérès, mais pour aujourd’hui, découvrons la vente de la bibliothèque littéraire de Charles Hayoit, grand bibliophile belge, qui s’est tenue entre juin 2001 et novembre 2005, en 5 vacations.
Charles Hayoit (1901-1984) appartient à cette grande lignée de bibliophiles belges. Grand industriel, prisonnier en 1940, résistant, et grand mécène, le bibliophile ne pouvait qu’avoir une bibliothèque de premier ordre.
Il fût pris par la passion des livres dès son adolescence, montrant d’abord une prédilection pour les livres illustrés français du 18ème, avant de centrer sa bibliothèque sur les éditions originales des grands auteurs français. Je vous ai déjà avoué qu’il m’arrive de partir en vacances, mêmes très lointaines, avec quelques livres anciens dans ma valise… Charles Hayoit lui, partait souvent avec quelques caisses. En effet, sa santé nécessitant des voyages réguliers en Suisse, il s’y rendait en train, pendant que son chauffeur acheminait les ouvrages dûment emballés dans la Rolls-Royce et rejoignait le bibliophile sur son lieu de villégiature où celui-ci pouvait lire tranquillement.
Sa bibliothèque se caractérisait par une exigence extrême, et il n’hésitait pas à confier des ouvrages brochés aux meilleurs relieurs de l’époque (Mercier, Huser, Maylander). Au total, il a regroupé plus de 1500 ouvrages d’exception, qu’il avait l’habitude de truffer avec des autographes… Parmi ceux-ci il possédait un exemplaire de tête de Mort à Crédit par Céline, très personnellement dédicacé, puisqu’il portait comme envoi « à Charles Hayoit », tout simplement.
Les ouvrages vedettes de la vente furent un exemplaire des Faux-Monnayeurs de Gide, relié par Paul Bonnet, et truffé d’une lettre de Gide, dans laquelle il décrit la découverte de son homosexualité, dont il se défendait (préempté par la BN, pour 340 342 euros). On notera également un somptueux exemplaire d’A la recherche du temps perdu, lui aussi relié par Bonet, avec un décor original pour chaque volume. Le total de la vente s’éleva à près de 8 millions d’euros…. La bibliothèque d’un homme de goût en somme… Cela m’inspire plusieurs réflexions :
– Ces ventes sont des moments exceptionnels, et leurs catalogues des sources d’information et de rêve précieuses. (vous pouvez trouver le catalogue en vente sur internet, voire sur ebay).
– De nombreux livres, toujours en condition parfaite, ont été adjugés autour de 300-400 euros lors de ces ventes (exemple : une EO de Maupassant, en maroquin rouge du temps, à toutes marges : 180 euros), signe qu’il n’est pas toujours hors de prix de s’acheter une part de rêve. Et comme le soulignaient Mitch et Bertrand récemment, je préférerais toujours un ouvrage de ce type à 6 ouvrages à 30 euros achetés sur ebay.
– Il n’est point nécessaire d’avoir une grande quantité de livres pour avoir une grande bibliothèque (en moyenne, Charles Hayoit aura acquis 20 livres par an, dans sa vie d’adulte).
– Y-a-t-il plus représentatif d’une personnalité qu’une bibliothèque si patiemment élaborée? Je regarde mes rayonnages en écrivant ces lignes, et la réponse est évidente.
HImages : Charles Hayoit, « quelques » Molière, et les reliures de Bonnet pour Proust.

1 Commentaire

  1. Bonsoir à tous,

    feuilleter les beaux catalogues de vente de livres anciens est sans doute l’un de mes plus grands plaisir de bibliophile.

    La vente Charles Hayoit, Bérès, Esmerian, etc… autant de nom qui résonnent à nos oreilles comme tocsin et angelus… que de livres inaccessibles au commun des mortels, mais que de merveilles réunies et si vite dispersées.

    J’ai reçu hier les deux premières parties de la vente de la Bibliothèque de Mme Théophile Belin (1936). Cette dame était la femme du célèbre libraire Théophile Belin qui officiait à Paris entre les années 1890 et 1925 environ. C’est sa femme, grande connaisseuse, qui avait repris la librairie à sa mort. Elle avait réussit à réunir des exemplaires en tous points exceptionnels (reliure, provenance, conservation, rareté des textes, etc…).

    Je n’ai actuellement que les 2 premières parties de cette importante vente qui contient déjà plus de 100 reproductions photographiques N&B de très grande qualité (reproduction des reliures). Cela suffit déjà à mon bonheur de bibliographe attentif. Je finirai bien par trouver la troisième partie seule.

    La librairie Théophile Belin avait réussi à se hisser au sommet de la librairie ancienne parisienne, au niveau des Rahir, Morgand et autres Giraud-Badin.

    Et vous, quelle vente affectionnez-vous particulièrement ?

    Amicalement, Bertrand

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