Gomgam ou l’Homme Prodigieux, de l’Abbé Bordelon

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Nous avons tous nos thèmes et nos auteurs favoris. En ce qui me concerne, parmi tant d’autres, j’avoue avoir une vraie faiblesse pour les ouvrages de l’Abbé Laurent Bordelon, que je rassemble progressivement. J’ai déjà écrit sur l’Histoire des Imaginations Extravagantes de Monsieur Oufle, laissez moi évoquer aujourd’hui un autre ouvrage important de cet auteur :
Gomgam ou l’Homme Prodigieux, transporté dans l’air, sur la terre et sous les eaux. Livre véritablement nouveau, dont l’Edition Originale est parue à Paris, chez Saugrain en 1711 (2 volumes in-12 de de (46)-343-(6) pp. et (8)-434 (2) pp.).

L’ouvrage est signé d’un très curieux pseudonyme « TiTETUTEFNOSY », que je ne sais expliquer, mais est bien attribué à L’abbé Laurent Bordelon (1653 – 1730), qui était évidemment un peu théologien, mais aussi et surtout polygraphe et l’un des grands utopistes français du 18ème siècle.

Les ouvrages de Bordelon sont toujours curieux, comme l’indiquent leurs titres, dont certains sont complètement tombés dans l’oubli. Vous en jugerez vous même : La Comédie sans Femme, M. de Mort en Trousse, Arlequin Molière, ou le plus célèbre Voyage forcé de Bécafort hypocondriaque… Gomgam ou l’Homme Prodigieux de déroge pas à cette règle et nous invite à suivre les aventures étranges et insolites du personnage principal, Gomgam.
Il croise ainsi un enchanteur qui voyage sur une flèche d’or et dont Gomgam hérite, des savonettes à vilains, des anti-savants, et une partie importante des aventures de Gomgam est consacrée à l’ouvrage que celui-ci veut écrire, et qui est composé de 100 volumes! Gomgam lui donne le titre du Monde Risible ou Bibilothèque comique et va jusqu’à nous décrire un par un les cent volumes, dont voici une sélection :

– L’Agenda de ceux qui n’ont rien à faire (premier « chapitre » : « faire des visites importunes chez des gens extrêmement occupés »…. plus loin « Tuer le Temps », etc.)
– Les sottises et les folies de l’Amour : faire les yeux doux. Montrer des yeux de carpe pâmée, jouer de la prunelle.
– Les admirables propriétez de l’argent comptant : (il est) persuasif, éloquent… fait paraître habile, agréable, beau, spirituel.
– Tartufiana
– Voyage dans les espaces imaginaires de ce monde
– Le tabac : « comment faisait-on autrefois quand on ne le connaissait pas? »
– L’ergo-gluc : c’est-à-dire les raisonnemens qui ne concluent rien
– La Philosophie du peut-être…

Et cela continue pendant des dizaines de pages, pour le grand amusement du lecteur.
Bordelon annonce d’ailleurs la couleur dès la préface, dans laquelle il se défend d’écrire que le manuscrit lui est arrivé de façon rocambloesque… avant de conclure qu’on le lui a apporté dans une boîte fermée, scellée et cachetée, de façon anonyme… Tout est prétexte à sourire, à prendre le lecteur à contrepied, mais dans le fond, la lecture attentive montre que rien n’est gratuit et qu’il s’agît là d’une très fine satyre des moeurs de ce début de 18ème siècle.

En ce qui me concerne, j’aime partiuclièrement le moment où Gomgam chasse le sanglier et se retrouve isolé des autres chasseurs : le sanglier éventre la monture, et pour lui échapper Gomgam actionne sa flèche d’or qui lui permet de voler… Hélas, son pied est encore à l’étrier et Gomgam traverse le ciel en tenant sa flèche, portant sous lui son cheval mort et le sanglier… (voir la gravure ci-dessous).
Enchanteur… d’autant plus qu’avouons-le, tous les livres de cette époque ne sont forcément agréables ou aisés à lire.

J’ai bien envie de vous dire « à se procurer d’urgence »… oui mais voilà, l’ouvrage est fort rare…

H

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Au sommet, les dix livres les plus chers de l’Histoire: n°1, Le Codex Leicester

Au sommet, les dix livres les plus chers de l'Histoire: n°1, Le Codex Leicester

Amis Bibliophiles bonjour,

Les commentaires suscités par mon article sur la bible de Gutenberg, et la suggestion de Leah, me conduisent à vous présenter, à partir d’aujourd’hui, les dix livres les plus chers de l’Histoire. On peut trouver son bonheur de bibliophile dans un livre sans valeur, bien sûr, et ces ouvrages appartiennent autant à l’art et à l’histoire qu’à une certaine forme de spéculation. La série s’ouvre sur le sommet de la liste, le Codex Leicester, qui n’est pas un livre imprimé mais un manuscrit de Léonard de Vinci.

Le 11 novembre 1994, à New York, Christie’s a adjugé le Codex Leicester à Bill Gates pour 30 802 500 dollars. Le Guinness World Records le retient comme livre le plus cher jamais vendu une fois le prix corrigé de l’inflation, soit 49,4 millions de dollars de 2014, et Wikipédia le décrit comme le manuscrit le plus cher jamais vendu. Le mot « livre » est donc un raccourci : le codex est un recueil de feuilles écrites à la main, et son prix ne se compare qu’avec précaution à celui d’un imprimé.

Il se compose de 18 feuilles doubles, soit 72 pages de 21,8 × 29,5 cm, couvertes de l’écriture en miroir de Léonard. Le texte est en italien et il faut le placer devant une glace pour le lire correctement. Les pages portent de très nombreux dessins et diagrammes. Le Museo Galileo de Florence, qui lui a consacré une exposition intitulée en anglais « Water as Microscope of Nature », indique que ces feuilles ont été compilées en grande partie à Florence entre 1504 et 1508. D’autres auteurs le datent des environs de 1508-1510, et la datation exacte reste discutée.

Le codex ne forme pas un livre linéaire. C’est un recueil d’observations, à l’image de l’homme qui les a faites. Le sujet principal est le mouvement de l’eau : Léonard y décrit comment une rivière s’écoule autour des obstacles placés sur son passage et il en tire des recommandations sur la construction des ponts et sur l’érosion. Il y explique aussi pourquoi l’on trouve des fossiles de coquillages au sommet des montagnes, qui ont été selon lui des fonds marins soulevés peu à peu, bien avant que la tectonique des plaques soit admise par les scientifiques. Il y traite enfin de la luminosité de la Lune. Il l’imaginait recouverte d’eau, qui renvoie la lumière du Soleil, mais il a compris que la faible clarté de la partie sombre d’un croissant vient de la lumière du Soleil réfléchie par la Terre, un phénomène que Kepler a démontré une centaine d’années plus tard, d’après Wikipédia.

L’histoire du manuscrit est inhabituelle. La plupart des dessins et des manuscrits de Léonard ont été conservés par son élève Francesco Melzi jusqu’à la mort de celui-ci en 1570. Le Codex Leicester fait exception : le sculpteur Guglielmo della Porta le possédait dès 1537. Le peintre Giuseppe Ghezzi l’a retrouvé parmi d’autres documents ayant appartenu à della Porta et l’a vendu en 1717 à Thomas Coke, comte de Leicester, dont le manuscrit porte le nom. La version anglaise de Wikipédia donne 1719 pour cet achat, la version française 1717.

Le codex est resté dans la demeure familiale de Holkham Hall, dans le Norfolk, jusqu’en 1980. Christie’s l’a mis en vente le 12 décembre de cette année-là et le milliardaire américain Armand Hammer a remporté les enchères pour 5,1 millions de dollars, soit environ 20 millions de dollars de 2025 d’après Wikipédia. Hammer l’a rebaptisé Codex Hammer et l’a installé à Los Angeles, dans le musée qui porte son nom. En 1994, le musée a décidé de s’en séparer. Bill Gates l’a acheté pour une somme environ six fois supérieure à celle de 1980 et lui a rendu son nom d’origine.

La vie matérielle du manuscrit mérite l’attention d’un bibliophile. Les feuillets ont été numérotés au XVIe siècle, puis reliés au XVIIe siècle selon l’empilement des 18 feuilles doubles pliées par leur milieu. Cette présentation ne permettait pas de lire le codex dans l’ordre voulu par Léonard. Le manuscrit a donc été défait : chaque page est aujourd’hui montée séparément entre deux plaques de verre, ce qui redonne aux feuillets la configuration que Léonard leur avait donnée et qui était la seule à permettre l’étude.

Bill Gates expose le codex une fois par an, dans une ville différente. D’après Wikipédia, il a été montré au Sénat à Paris en 1997, au château de Chambord en 2004, à Tokyo en 2005, à la Chester Beatty Library de Dublin en 2007, à Spa en 2009, puis dans d’autres villes dont Sydney, Seattle et Florence. Après son achat, Gates a fait numériser les pages et certaines images ont servi d’économiseurs d’écran et de fonds d’écran sur le CD-ROM Microsoft Plus! pour Windows 95.

Voilà pour le premier de la liste. Un record de prix se mesure toujours en dollars d’une année donnée, et il vaut mieux savoir de quel dollar l’on parle avant de comparer deux ventes. Pour juger la valeur d’un livre plus ordinaire, voyez notre page sur l’estimation d’un livre ancien.

Sources : Wikipédia, Codex Leicester ; Wikipedia, Codex Leicester (anglais) ; Guinness World Records, Most expensive book (adjusted for inflation) ; Museo Galileo, exposition Water as Microscope of Nature.

H

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11 Commentaires

  1. Bonjour,
    Je ne suis pas collectionneur mais je suis tombé sur Entretiens des cheminées de Paris. Ce livre m'intéresse beaucoup mais je ne comprends pas bien s'il est destiné au théâtre ou si il est à lire comme un dialogue.
    Et pour la petite phrase de fin j'en ajouterai une précieuse, puis-je me permettre un rapprochement avec Samuel Beckett?
    Bien à vous.

  2. Que ce blog (que je consulte tous les jours)est instructif! Merci à tous et à Hugues en particulier. De Bordelon je ne possède que l’ouvrage suivant, dont voici le commentaire de mon « catalogue »

    THÉÂTRE PHILOSOPHIQUE…
    Paris, Barbien et Musier. 1692. EO.
    1 volume in-12 ; frontispice, (22), 445, (1) pp.

    Sous la forme, alors très en vogue, de dialogues, l’abbé Laurent Bordelon met en scène des échanges entre Solon et Chrysippe, Paracelse et Epicure, Agrippa et Arcesilaus, Gassendi et Eudoxus, Alcméon et Pythagore, Campanella et Anaxarque, Héraclide et Aristippe, Galilei et Pyrrhon, Copernic et Démocrite, Thales et Diodore, Théophraste et Descartes … « Il faut regarder les trente Dialogues qu’on lira ici, comme autant de scènes naturelles représentées aux champs Elisées, où le hazard fait la rencontre de ces Philosophes, et le sujet de leurs entretiens ; et où ils se disent réciproquement, sans se rien déguiser, ce qu’ils pensent les uns des autres ».
    Laurent Bordelon, était docteur en théologie à Bourges. Il travailla pour le théâtre de Paris. Le theatre convenant peu à son état, il se jetta dans la morale , il la traita comme il avoit traité la comédie: écrivant d’un style plat des choses extraordinaires. Ayant dit un jour , que ses Ouvrages étaient ses péchés mortels, un plaifant lui répliqua que le public en faisait pénitence.
    On lui appliqua ces vers de Boileau:
    Bienheureux Bordelon, dont la fertile plume
    Peut tous les mois, sans peine, enfanter un volume.
    Tes Ecrits, il est vrai, sans art et languissans,
    Semblent être formés en dépit du bon sens
    Mais ils trouvent pourtant quoiqu’on en puisse dire
    Un marchant pour les vendre et des sots pour les lire.

    Je suis très réservé quant à cette appréciation attribuée à Boileau, et comme Hugues, j’aime ce style devenu exotique à notre époque BD.

  3. Oui, dede155: « Le Diable Boiteux, nouvelle édition, augmentée d’une Journée des Parques, et des Béquilles du Diable Boiteux. Par Monsieur Le Sage. » Paris, Musier, 1786.3 vol. in-18. Frontispice avec l’inscription « F.L. Diablo Coivelo. » signé « F. duBercelle fecit » et copié d’après celui de l’édition princeps (Paris, veuve Barbin, 1707)réalisé par Magdelaine Horthemels, mère du célèbre Charles-Nicolas Cochin.Le roman de Le Sage est une libre adaptation du « Diablo cojuelo » de Luiz Vélez de Guevara. Les « Béquilles du Diable Boiteux » sont de l’abbé Bordelon.
    Le 13 vendémiaire an IV de la République, j’ai déjeuné avec Cazin dans un café de la rue du Dauphin.Nous nous éternisions un peu en discutant des éditions de l’abbé Bordelon, quand j’entendis du tumulte au dehors: Cazin, qui était devenu un peu dur d’oreille, ne s’est rendu compte un peu tard que le canon tonnait dans la petite rue, en direction du portail de l’église St-Roch : il fut touché au ventre par un éclat de mitraille.Deux de ses jeunes amis présents au café le ramenèrent chez lui. J’appris beaucoup plus tard qu’il était mort le surlendemain.Deux siècles passèrent quand j’ai voulu me recueillir sur sa tombe : le cimetière de St André-des-Arts n’existait plus…et je réalisais que j’allais avoir 258 ans…

  4. Petite précision.

    Le diable boiteux : Lesage ?

    les Béquilles du diable boiteux : BORDELON ?

    Je n’ai hélas que les Diversitez curieuses,pour servir de recréation à l’esprit. (6 Tomes je pense qu’il en faut 9 )
    Hugues ne laisse rien trainer, enfin je me venge avec les Sylphes 😉

  5. Rien d’étonnant à cela, vraiment. Pour ma part, j’ai bien rencontré la Marquise de Sévigné en penchant au dessus d’une caisse de livres à 1 franc… en 1992 ou 1993 si je me souviens bien. Un amour de jeunesse en somme…

    Amitiés, Bertrand

  6. Hallucinant! Je vous disais que pour être aussi connaisseur, Jean-Paul nous mentait sur son âge : « je l’ai rencontré chez Cazin »!!!… Ce devrait être au baptême de Cazin, puisqu’il est né en 1724 et que Bordelon est mort en 1730… mais Jean-Paul y était!!!
    Alors Jean-Paul, vous avez bu un café ensemble, Cazin, Bordelon que tu rencontrâs chez Cazin et toi… Raconte nous!
    H

  7. Un point commun, Hugues: j’adore l’abbé Bordelon, fin critique de son temps…malheureusement rare et cher. Je l’ai rencontré chez Cazin, dont un de ses collègues, Musier, a édité « Les béquilles du Diable boiteux » en 1786.Par contre, je n’ai jamais trouvé la traduction de son pseudonyme, dans aucun Dictionnaire (Barbier, Quérard, Mane, …)

  8. Ah Hugues ! Comme tu sais te faire tentateur pour qui revient de chez ses collègues dijonnais et n’a guère pu se mettre sous la dent que deux titres, bien anodins, mais pour lesquels j’espère que la grâce tombée du ciel (suite à mes nombreuses injonctions déistes de ces derniers temps) me fera trouver en eux, deux petites perles fines sinon rares…

    Parlons Gomgam alors…

    Voici les exemplaires disponibles :

    [BORDELON (Laurent)]. Gomgam, ou l’Homme Prodigieux, transporté dans l’air, sur la terre, et sous les eaux. Livre véritablement nouveau. Titetutefnost.
    A Paris, Chez la Veuve Guillaume Saugrain, 1711.
    2 vol. in-12 de (46)-343-(6) pp. et (8)-434 (2) pp. , maroquin rouge, dos á cinq nerfs orné, triple filet d’encadrement doré sur les plats, tranches dorées (reliure de l’époque).

    2. 000 €

    Edition originale.

    Ouvrage satirique dû á la prolifique plume de l’abbé Bordelon (1653-1730). On trouve dans le tome I, chapitre III, le projet d’un livre en cent volumes : Le Monde Risible, ou Bibliothèque Comique.

    Bel exemplaire enrichi de 18 figures gravées en plus des 6 figures gravées par Crespy. Petit accident á une coiffe. Barbier II, 548 ; Soboul, 39. (disponible dans une librairie parisienne renommée).

    et pis c’est tout ! Je n’en trouve pas d’autres. Le luxe de la reliure s’alliant à la rareté de l’ouvrage il est vrai qu’on ne peut pas dire que l’affaire soit bon marché. Mais bon ! il en va ainsi des livres rares, mais je ne doute point une seconde qu’avec l’arrivée massive promise des livres de nos pères (pairs ?) ce livre se retrouve bien vite à vil prix dans sur les bancs de Drouot. Non ?

    Bonne soirée à tous,

    PS : Pour information, il y actuellement sur Ebay deux ouvrages de l’abbé Bordelon. Les voici :

    Monsieur Oufle (1754) :

    http://cgi.ebay.fr/OCCULTE-RARISSIME-Abbe-Bordelon-Monsieur-OUFLE-1754_W0QQitemZ230219169908QQihZ013QQcategoryZ34188QQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem

    L’astrologie judiciaire (1710) :

    http://cgi.ebay.fr/1710-Astrologie-Judiciaire-Sciences-Occultes_W0QQitemZ140177591839QQihZ004QQcategoryZ47384QQrdZ1QQssPageNameZWD1VQQtrksidZp1638.m118.l1247QQcmdZViewItem

    Amitiés, Bertrand

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