Bibliophilie et Sciences: les fols espoirs suscités par la découverte du radium

Amis Bibliophiles bonjour,

J’ai déja eu l’occasion de vous parler de la découverte de la radioactivité naturelle de l’uranium par Henri Becquerel, en 1896, puis de l’isolement du radium par Pierre et Marie Curie en 1898. En 1902, à partir d’une tonne de pechblende envoyée de la mine bohémienne de Joachimstahl les Curie isolent le premier décigramme de radium français. Rapidement  les premiers principes de la curiethérapie sont élaborés par l’Institut du radium, fondé à Paris par Marie Curie.  Les rayonnements émis par des aiguilles de sels de radium  sont utilisés pour soigner certaines maladies. Pierre Curie charge Jacques Danne (1882-1919), ingénieur de l’École de physique et chimie de Paris, ancien préparateur de Marie Curie, de mettre au point des méthodes industrielles de raffinement du radium. Dès 1904, une première petite usine est montée à Nogent-sur-Marne.

En 1911 une usine de traitement sera installée à Gif sur Yvette ; à pleine capacité, elle traitera 500 tonnes de pechblende par mois.
En janvier 1904, Jacques Danne et un ingénieur, Henri Farjas, créent Le Radium, revue destinée à « donner à nos lecteurs un compte rendu des articles qui seront publiés sur le radium en France et à l’étranger ; donner le résultat des expériences ; les tenir au courant des progrès accomplis dans la production et l’étude de ce corps mystérieux ». Dès le mois de février le titre est complété ; il devient : Le Radium. La radioactivité et les sciences qui s’y rattachent. 
Paris, Imprimerie Paul Dupont, Janvier et Février1904.2 brochures in-4 avec leur couverture jaune illustrée ; 16 pages chacune.            La couverture et la page de titre de la première brochure sont illustrées d’une photographie de Pierre et Marie Curie dans le laboratoire de la Rue Lhomond, spécialement réalisée pour ce  numéro qui renferme des articles inédits : sur le prix Nobel illustré du portrait photo de Henri Becquerel, sur le prix Osiris attribué à Marie Curie en 1903, le Radium à travers la Presse, une étude inédite d’Henri Becquerel sur la  Radio-Activité de la Matière  (6 pages sur 2 colonnes illustrées de 7 clichés photographiques, basée en partie sur sa conférence du 7 mars à l’ Académie Royale de Londres).

Le radium.  La radioactivité et les sciences qui s’y rattachent.Paris, Imprimerie Paul Dupont, Mars à Juin 1904.4 brochures in-4 avec leur  couverture jaune illustrée ; 16 pp –  4, 16 pp – 4, 16 pp – 4, 16 pp.
D’avril à juin la revue est complétée par 4 pages de bibliographie et de 2 feuillets jaunes de publicité.
Le forma et le titre changent à nouveau au mois de juillet ; il devient : Le Radium. La radioactivité et les radiations, les sciences qui s’y rattachent et leurs applications. Chaque fascicule mensuel comporte désormais  32 pages et la pagination devient continue. La série suivante est reliée; elle contient, outre les six numéros précédents, les numéros de juillet 1904 à décembre 1908.
Le radium. La radioactivité et les radiations, les sciences qui s’y rattachent….Paris, Masson. 1904 à 1908.5 volumes in-4 ; 1904 : (4) pp, janvier à juin en 6 cahiers de 16 pages  – juillet à décembre, 212 pp.1905 : (4), 456 pp. – 1906 : (4), 407, (1) pp. – 1907 : (4), 468 pp. – 1908 : (4), 401, (3) pp.
Le merveilleux radium soulève un engouement général. On lui prète des propriétés quasi miraculeuses. Les expériences risquées faites en laboratoire soulèvent des espoirs insensés. Des humoristes tels que Norwins dans sa série « Tout au Radium »s’emparent du sujet dès 1904 :« Hein quoi qu’est qu’ça encore! Radium? Radium? … Parait qu’ça f’ra voir les aveugles … M’en fiche! Qu’y m’ fassent des rentes alors! … »Article de la revue Le Radium de mars 1904.

« Le gros banquier – Mon cher vous savez que le radium éclaire et ne s’use aucunement … C’est vieux jeu … et les gogos depuis le temps qu’ils éclairent, sont-ils usés ? »

« – Vous avez encore un fier toupet jeune homme d’oser demander la main de ma fille … vous un sans le sou …- Un sans le sou … Eh bien et ces dix grammes de radium ?- Fallait le dire … Top là dans mes bras mon gendre »

« V’la 25 ans que j’allume dans le même quartier … Ben si on éclaire Paris au radium je retourne à St Flour … Hein! Y n’y gagnera pas des tas? C’est mon avis … »
En France, on trouve en pharmacie la crème Tho-Radia censée effacer les rides du visage. : « La science a créé Tho-Radia pour embellir les femmes. A elles d’en profiter. Reste laide qui veut ! ».  Avec la crème Activa, « on ne vieillit plus, mieux on rajeunit ! ». Certaines stations  thermales utilisent des eaux radioactives. Des sociétés proposent des  « cafetières à radium » et « fontaines à radium ». Une capsule de sels de radium est logée à l’intérieur de l’appareil, l’eau absorbe l’émanation et devient alors radioactive.
Ce n’est que progressivement que l’on se rendra compte du danger des rayonnements. Aujourd’hui le seul mot radioactivité fait peur …
Pour conclure un petit verre pour tous les lecteurs.

Santé!!!
Bernard

La lettre du bibliophile

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Portrait d’un scientifique bibliophile, ou d’un bibliophile scientifique : Bernard.

Portrait d'un scientifique bibliophile, ou d'un bibliophile scientifique : Bernard.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Quittons un moment le capitaine James Cook pour revenir à un autre domaine de prédilection des bibliophiles, les ouvrages scientifiques. Je vous propose en effet ce soir le joli portrait d’un bibliophile qui vient presque quotidiennement sur le blog : Bernard. Je sais que vous êtes plusieurs à vous passionner pour les ouvrages scientifiques, et je ne doute pas que ce portrait vous intéressera autant que moi. On sent bien que Bernard est à la fois passionné et un vrai connaisseur.

Bonjour Bernard, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

Je suis un « ancien » professeur de physique-chimie, depuis peu à la retraite. Le cœur de ma bibliothèque est constitué actuellement de plusieurs centaines de livres de physique du XVIIème au XIXème siècle. Cette bibliothèque a été constituée pendant une quarantaine d’années.
Quelques livres de ma bibliothèque.
Planches du début du XVIIIème représentant des expériences de physique ; on reconnaît la fameuse expérience des hémisphères de Magdebourg prouvant la pression atmosphérique.

Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?

J’ai commencé très tôt, et par hasard. J’avais une quinzaine d’années, j’habitais dans un petit village de Franche-Comté et mon milieu ne me prédisposait pas du tout à la bibliophilie. J’assistais un jour à une vente aux enchères dans un village voisin, vente qui dispersait la totalité du contenu de la maison de l’ancien médecin décédé. Lors de la visite j’avais remarqué dans le grenier, une vielle malle en bois qui, nettoyée, serait du plus bel effet dans ma chambre. Cette malle contenait un tas de « vieux livres » très sales. Ce lot n’intéressait personne et je fut le seul enchérisseur. Les « vieux livres » étaient des livres de médecine et de chimie du XVIIème et XVIIIème. Ils étaient « dans leur jus », très poussiéreux et les cuirs très secs. Sans aucune idée de leur valeur je les ai lavés vigoureusement à l’eau savonneuse et graissés à la cire familiale! Ils ont pris une très belle teinte sombre qu’ils ont gardé depuis. J’en frémis encore quand j’y pense. Ils servirent de décoration pendant plusieurs années. Je n’ai lu les ouvrages de chimie que lors de mes études à Paris. Et la, le virus de la collectionnite m’a atteint. Je me mis à fréquenter assidûment les quais de la Seine, et sans complexes les librairies anciennes spécialisées en Sciences à Paris. J’achetais alors essentiellement des ouvrages de physique et de chimie des XVIIème et XVIIIème.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur?

Très rapidement, je me suis rendu compte que le nombre d’ouvrages intéressants était trop important et qu’il fallait se limiter à un thème. J’ai d’abord choisi de m’intéresser au passage du Cartésianisme au Newtonianisme en France entre 1650 et 1750. Puis j’ai recherché tout ce qui concernait les théories successives des « fluides impondérables », c’est à dire le feu, la lumière, l’électricité, la chaleur…Actuellement je cherche à compléter certaines revues scientifiques telles que le Journal des Sçavans (Edition parisienne, partie XVIIème), le Bulletin des Sciences par la Société Philomatique de Paris (Début XIXème), etc.
Je fonctionne très peu au coup de cœur. Chaque ouvrage lu me parle d’autres ouvrages antérieurs et ce sont certains de ces ouvrages que je recherche.

[IMG_0420.JPG] Jean-Baptiste de La Borde (1730-1777), jésuite, construit en 1759 un clavecin électrique, instrument avec clavier qui utilise l’électricité statique pour frapper des cloches avec de petits clapets métalliques. Cette invention marque le début d’un enthousiasme sans précédent pour toutes les formes d’innovations technologiques en rapport avec la musique.
Joachim Dalance [ou d’Alance] (1640-1707). Traitté de l’aiman.Amsterdam, Henry Wetstein. 1687.
Les figures sont dues à Adriaan Schoonebeek (1651-1705).
Voltaire. Elémens de la philosophie de newton, mis à la portée de tout le monde. Amsterdam, Jacques Desbordes et Cie. 1738.
Voltaire découvre Newton lors de son séjour en Angleterre entre 1727 et 1729. A Cirey, où il installe un laboratoire, il se consacre à la physique et y rédige cet ouvrage. Voltaire se propose de convertir les français au newtonianisme.
William Watson (1715-1787). Expériences et observations pour servir à l’explication de la nature et des propriétés de l’électricité. Paris, Sébastien Jorry. 1748.
Jean Paul Marat. Mémoires académiques ou nouvelles découvertes sur la lumière… Paris, N.T. Méquignon. 1788. Selon certaines sources, les figures ont été colorées par Marat.
Jacques Rohault. Traité de physique. Paris, Chez la Veuve de Charles Savreux. 1671.
Jacques Rohault (1620-1675), physicien, donnait à Paris des conférences sur la physique, substituant les nouveautés cartésiennes aux commentaires de la physique aristotélicienne enseignés par les universités.
Pierre Sylvain Régis. Système de philosophie contenant la logique, la métaphysique, la physique et la morale. Paris, Anisson, Posuel et Rigaud. 1690.
[Isaac Newton] – Gabrielle Émilie le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet (1706-1749). Principes mathématiques de la philosophie naturelle…Paris, Dessaint et Saillant. Lambert. 1759.
Marin Cureau de la Chambre. La lumière…Paris, Rocolet. 1657.
Pierre Bouguer.Traité d’optique sur la gradation de la lumière… Paris, Guérin et Delatour. 1760.

Où achetez vous vos livres.? Internet, salons, libraires?

J’ai acheté beaucoup chez les libraires et je remercie la plupart d’entre eux d’avoir permis à un amateur débutant de parcourir régulièrement les rayonnages de leurs librairies ; j’ai pu constater que les plus grandes maisons étaient souvent les plus accueillantes. Je fréquente les salons mais y achète peu maintenant. Internet, et plus particulièrement ebay, me permettent d’acquérir de petits ouvrages ou de compléter quelquefois certaines séries. A partir d’un certain prix il faut que je touche et feuillette les livres.

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Je ne rêve plus ! Est-ce le coté scientifique de mes recherches ? Les livres scientifiques ont pour la grande majorité été écrits pour être lus et utilisés pour la recherche ou l’enseignement. Ils sont rarement dotés de superbes reliures et leur utilisation intensive les a souvent abîmés. Les planches déplantes par exemple ont beaucoup souffert. Ce que je recherche, c’est l’exemplaire en meilleur état que le mien. Si je ne devais garder qu’un ouvrage, il devrait contenir le maximum de choses ; je crois que les dictionnaires de Physique, de Chimie et de Mathématiques de l’Encyclopédie Méthodique me suffiraient car ils donnent l’état détaillé des ces sciences au début du XIXéme. Ces dictionnaires ont paru entre 1786 et 1824. Il est très rare de rencontrer une série complète. Ils faisaient l’objet de souscription et la plupart des souscripteurs ont disparu à la révolution.

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Une anecdote? A une époque où je m’intéressais particulièrement à Ampère, j’étais « polarisé » par un de ses ouvrages Recueil d’observations électro-dynamiques contenant divers mémoires, notices, extraits de lettres ou d’ouvrages périodiques sur les sciences…
Paris, Crochard. 1822 [1823]. Ce recueil est formé par la réunion de tirages à part des premiers articles relatifs à l’électrodynamique parus, soit dans les Annales de Chimie et de Physique, soit dans la Bibliothèque Universelle de Genève. Au premier jour d’un salon qui avait lieu à la Mutualité, certains libraires terminaient encore leur installation. J’étais dans un stand, devant le rayon «Sciences », une main pose devant moi un livre dont l’étiquette indiquait simplement Ampère. Le livre est resté deux secondes en place puis est passé entre mes mains. Vous avez deviné, il s’agissait du livre tant recherché. Cette fois là, j’ai très peu discuté.
Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?

Je lis le blog pratiquement tous les jours. La variété des thèmes abordés, le sérieux des textes, et l’humour quelquefois des commentaires rendent ce blog incontournable pour les amateurs de livres anciens. Entre les amateurs de belles reliures, de belles gravures, de grands textes, les obsédés de sciences, de montagne, d’histoire… le courant passe. Que Hugues continue de faire vivre ce blog et que chacun sans complexe y apporte sa pierre. La rubrique identification ou recherche de livres a de l’avenir. Peut-être faudrait-il penser à un moyen pour mettre en contact les bibliophiles ayant des centres d’intérêt communs ?

Oui, bonne idée, n’oubliez pas que si vous souhaitez entrer en contact direct les uns avec les autres, vous pouvez passer par moi, je vous transmettrai vos coordonnées mutuelles.

H

9 Commentaires

  1. Des sources radioactives sont utilisées tous les jours en médecine humaine que ce soit comme traceur ou comme source de rayonnement pour la destruction de tumeurs.
    Le principe de précaution (notion totalement irrationnelle par ailleurs) n'est effectivement absolument pas applicable en médecine.

  2. Pour les soins médicaux, les radioéléments artificiels à période de vie courte remplacent petit à petit le radium jusqu'à l'interdiction totale de son utilisation en France dans les années 1970.

  3. La curiethérapie est encore utilisée avec succès dans le traitement de tumeurs cutanées du chat avec des fils d'iridium (pas de radium, quand même !). Je suppose qu'elle n'est plus utilisée en médecine humaine en raison du principe de précaution ?

    Y a t-il un seul médicament qui n'ait pas d'effets secondaires néfastes ?

    Belle trouvaille, Bernard. Pierre

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