Connaissance de la reliure: les cuirs incisés de Paul-Emile Colin

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J’ai eu la chance de pouvoir admirer une magnifique exposition intitulée « À Livres Couverts » dans la non moins magnifique ville de Nancy (que j’aime à un point tel que je lui dois mon pseudonyme). Plus de cinq siècles de reliure retracés par un peu moins de 250 livres tous plus beaux les uns que les autres.
Les reliures du XVème siècle m’ont comme à chaque fois laissée béate d’admiration. Mais les reliures qui m’ont vraiment touchée, dont je suis littéralement tombée amoureuse, sont celles de Paul-Émile Colin, plus précisément ses cuirs incisés.

Paul-Émile Colin naît à Lunéville en 1867. Après des études de médecine, il exerce cette profession durant quelques années à Lagny-sur-Marne mais abandonne définitivement la médecine en 1901, pour se consacrer à la gravure sur bois. Il illustre, malgré une myopie très importante, plus d’une vingtaine de livres, au canif et au burin sur bois.

Amoureux de la nature et de la vie rurale, plus particulièrement de la campagne lorraine (je le comprends), Colin adapte les techniques de xylographie au travail de la peau, en imaginant des reliures pour les livres qui semblent l’avoir particulièrement marqué, pour ses exemplaires personnels ou ceux offerts à ses proches.

Il réalise des cuirs incisés incrustés dans le plat supérieur de reliures exécutées par de grands noms : Emile Carayon, Marie Brisson, Georges Canape, René Kieffer ou Georges Cretté.

Il suit de près la confection des reliures. Il peint même, à la gouache, les gardes de certains ouvrages. Une quinzaine de décors a pu être répertoriée.

Un peu plus tard, il rehausse de peinture dorée les plaques de veau blond teintées de camaïeux havane et marron et incrustées dans des maroquins bruns ou noirs.



Après une interruption de quelques années, il revient aux cuirs incisés, avec cette fois des inspirations italiennes (pays qu’il a plusieurs fois visité dans les années 20), des formes plus géométriques, ou dans un style Art Déco. Paul-Émile Colin décède en 1949 à Bourg-la-Reine.Le Musée de l’École de Nancy (à visiter absolument, un petit bijou) conserve plusieurs livres dont les reliures ont été décorées par Colin.
Sources :
– catalogue de l’exposition « A livres couverts », Bibliothèque Municipale de Nancy, octobre 2007, ISBN 978-2-9515634-5-2
– clichés Damien Boyer, Musée de l’École de Nancy. »

Bergamote

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Le Bibliophile et le Relieur

Le Bibliophile et le Relieur

Un bibliophile porte chez le relieur un livre sec et fort honnête, dont le nom n’a jamais fait grand bruit. Il ne veut rien d’éclatant, puis cède sur les nerfs, sur les filets, sur la dentelle et la doublure. Au retour, le volume brille comme un ministre et son propriétaire l’ouvre sans le lire.

Un Bibliophile un jour porta chez un Relieur
Un livre qu’il prisait beaucoup moins que sa fleur.
C’était certain auteur, discret, sec, fort honnête,
Dont le nom n’a jamais fait grand bruit dans les têtes.

« Je veux, dit l’Amateur, lui donner un habit
Qui sans trop de fracas le relève et l’ennoblît ;
Rien d’éclatant surtout ; je hais la violence ;
Le goût veut de l’accord bien plus que d’opulence. »

Le Relieur, courbé sur le livre apporté,
Regarda le format, le grain, la pauvreté ;
Puis dit : « Pour un tel corps, une peau bien choisie,
Un maroquin discret servirait à merveille. »

« Soit », dit l’autre. On parla des nerfs, puis des filets ;
Puis d’un léger décor qui ne s’impose jamais ;
Puis d’une dentelle ; et puis, pour la doublure,
D’un ton plus noble enfin qui répondît au cuir.

À chaque ajout nouveau l’Amateur résistait,
Puis cédait d’un air fin, comme un homme contraint ;
Et ce livre, d’abord né pour vivre en silence,
Croissait en dignité, du moins en apparence.

Le reste de la fable est sur le site : le volume qui revient de chez le relieur, l’ami lecteur qui demande le nom de l’auteur, et la morale, qui parle de l’écrin et du bijou.

On y joignit bientôt des gardes assorties,
Un étui, des témoins, des tranches embellies ;
Bref, tout ce qu’un beau zèle invente avec chaleur
Quand il sert moins un texte qu’il ne sert sa couleur.

Le volume, au retour, brillait comme un ministre ;
Tout y semblait d’un prix auguste et presque illustre.
Le dos portait l’orgueil de ses beaux compartiments ;
La doublure charmait les plus froids connaissants.

L’Amateur le reçut d’une main attendrie,
L’ouvrit, non pour le lire, et l’admira sans bruit ;
Puis dit : « Voilà l’ouvrage enfin mis à sa place.
L’habit en fait sentir la mesure et la grâce. »

Un ami survint lors, homme simple et lecteur,
Qui connaissait surtout les livres par l’auteur.
Voyant ce grand apprêt, il demanda : « Qu’est-ce ?
Quel chef-d’œuvre a reçu pareille politesse ? »

L’autre, avec ce sourire qu’inspire un beau carton,
Lui montra le bijou, l’étui, le dos, le ton ;
Puis nomma l’écrivain. L’ami, d’un air tranquille,
Dit : « Je crus voir ici quelque ouvrage difficile. »

« Cet auteur est fort bon ; mais enfin, entre nous,
On ne le traita point jadis comme un jaloux ;
Et ce luxe surprend pour une prose honnête
Qui ne fit jamais bruit au sortir de sa tête. »

Le Bibliophile alors répondit gravement :
« Monsieur, tout n’est pas dans le texte assurément.
Il est des livres nés pour une autre carrière :
Le goût les augmente où l’auteur les laisse en arrière. »

Le Relieur, qui passait, sourit à ce discours.
Il savait ce qu’ajoute un art patient aux jours :
Non qu’il fît d’un écrit une gloire durable,
Mais il prêtait au peu l’apparence du stable.

Morale

L’écrin superbe ne fait pas le bijou.

10 Commentaires

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  3. Merci pour ce bel article, Paul Emile Colin a eu l'intelligence de faire réaliser la partie technique de la reliure par de grands relieurs. Dézé a fait également de belles reliures en cuir repoussé, mais lui malheureusement il réalisait aussi les reliures et si elles sont très bien composées, la qualité des reliures laissent souvent à désirer. Celles présentées dans cette article semblent magnifiques en tous points. Une preuve de plus que l'optimum en reliure s'obtient par l'alliance des compétances et rarement par une seule personne. Cela donne envie d'aller à Nancy.

  4. Un article bibliophilique de Bergamote, c’est rare ! Cela vaudra cher plus tard …

    Paul Emile Colin a compris mieux que Pillone que pour peindre une reliure, il y avait plus de place sur les plats que sur les tranches ! 🙂 . Je viens justement d’acquérir une reliure aux plats aquarellés (par Blanche Odin), c’est assez plaisant.

    Merci pour ce papier.
    Textor

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