Petit poème pour le blog : A mes livres

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Cela se passe de mots:

A MES LIVRES

J’aime les champs, les prés ; j’aime les fleurs, les arbres ;
Tout ce qui de la vie exprime un mouvement ;
Et j’aime les vieux murs, les pierres et les marbres,
Tout ce qui du passé nous laisse un monument.

Mais pour aller chercher les blés et la bruyère
Il faut un pas léger, une aile de zéphyr,
Et, comme un papillon se joue à la lumière,
Des rayons du soleil aimer à s’éblouir.

Ou bien il faut braver la poussière des routes
Pour aller admirer Delphes, le Parthénon…
Et revenir, souvent, sans apaiser ses doutes,
Car le temps sur la pierre efface plus d’un nom.

Voilà pourquoi je veux, à l’ombre de ma chambre,
Toujours à ma portée et sans aller si loin,
De petits monuments que je parfume d’ambre,
Que de soie et velours je recouvre avec soin.

Avec eux je possède et l’espace et les âges ;
Sans fatigue et sans bruit je voyage en tous lieux ;
Hôtes de mon foyer, savants, poètes, sages,
Idoles de l’esprit, après Dieu sont mes dieux.

Comment ne pas aimer un livre ?…C’est une âme ;
A l’oreille du cœur il nous parle tout bas,
Il est le seul ami qu’on permet à la femme
Et le seul que le temps ne nous enlève pas.

Comtesse de L’Ecuyer.
Janvier 1859.

Merci Jean-Paul,

H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Une reliure à la cathédrale bien mystérieuse

Une reliure à la cathédrale bien mystérieuse

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Hasard du calendrier puisque dimanche deux lecteurs du blog m’ont envoyé des articles sur des sujets proches: V qui a proposé une tribune sur les attribution abusives de reliures à des relieurs, et Gilles qui vous présente aujourd’hui une de ses reliures, et développe une thèse intéressante sur le même sujet.

« Je vous présente une de mes reliures: il s’agit d’une reliure “à la cathédrale” ornée d’une grande plaque à froid, signée de Bauzonnet. Ce type de décor d’inspiration architecturale gothique, connut une ferveur intense mais limitée dans le temps de 1825 à 1840.Cette reliure est un peu étrange pour le maître des filets que fut Bauzonnet. En effet on dit qu’il affectionna les décors de filets dorés en réaction justement à la mode de “la cathédrale”. Elle couvre l”Imitation de Jésus-Christ”, traduction de l’abbé Dassange, illustrée par Tony Johannot et Cavelier, chez Curmer à Paris en 1836, in-4. Plein veau poli lie de vin foncé, à 5 nerfs ornés d’une roulette dorée, caissons estampés à froid d’une croix et de motifs floraux, titre doré, signature en queue. Grande plaque à froid sur les plats réalisant un encadrement de filets en creux “noirci” et un double encadrement de trois filets dorés. Filets sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranchefiles doubles, tranches dorées. Notons que Bauzonnet à cette époque n’est pas encore associé à Trautz.

Voici maintenant peut-être deux autres exemplaires de cette plaque.
Le premier couvre les “Promenades dans Rome” de Stendhal chez Delaunay en 1829. Ce livre figure dans la vente du 20 octobre 2004 chez Azur enchères à Cannes. La reliure n’est pas signée. La plaque semble identique, sauf le granité au-dessus des pinacles. La roulette en encadrement et la facture de la reliure semblent un brin en dessous de la manière des grands maîtres relieurs.

Le second couvre “les Saints Evangiles,… traduits par M. l’abbé Dassance, illustrés par Tony Johannot, Cavelier, Gérard Séguin et Brevière.” Paris, Curmer, 1836.
La reliure est signée… Niedrée! Elle est reproduite dans “Relieurs et reliures décorées en France à l’époque romantique” Bibliotheca Wittockiana, Paul Culot, 1995. La plaque paraît identique mais présente des petites variations, le jour supérieur dans le pinacle central un peu plus large, les petits points dans les arcs brisés centraux supérieurs et les trois petits points dans les jours des pinacles latéraux inclinés dans l’autre sens. Niedrée s’est installé en 1836, il a travaillé auparavant en même temps que Trautz chez Kleihans à Paris, il travailla personnellement pour Curmer en 1838.
Notons pour les deux reliures signées, la même année d’édition, chez le même éditeur pour un même auteur. (On trouve également ces livres sous un autre modèle de plaque cathédrale signés tantôt de Thouvenin, tantôt de Simier ou non signés! Cf Paul Culot N° 48 et Devauchelle page 207 et catalogue Azur n°248 )

Que peut-on en conclure?
Si la plaque est la même, [et en ce cas les minimes différences observées peuvent-elles être techniquement le résultat de retouches faites sur la plaque?] se peut-il que les relieurs se soient échangé leur matériel?
Se peut-il qu’un relieur ait servi de façonnier aux autres et que chacun signe pour autant “sa” reliure?

Le graveur a-t-il tiré plusieurs plaques? Ou un même dessin a-t-il servi à plusieurs graveurs? Il faudrait disposer des mesures exactes des plaques.

Enfin, à la lumière de cet exemple, est il raisonnable d’attribuer une reliure non signée sur la foi d’un fleuron, d’une roulette ou d’une plaque retrouvés sur une reliure signée? Quelle valeur faut-il prêter aux mentions du type “attribuable à Derôme..”? Merci Gilles, H

4 Commentaires

  1. Ah, si on est nostalgique de la chlorose, de la névrose en crinoline et de la frigidité emballée dans le velours, c’est autre chose.

    Merci à Jean-Paul pour ce bon moment.

    Bonne journée

    Montag

  2. Bonsoir,
    Avez vous lu Montag « Il est le seul ami qu’on permet à la femme »?
    Comme Pierre j’ai perçu bien des soupirs et des solitudes…
    Les romantiques étaient malheureux!
    Cordialement
    Lauverjat

  3. Bonsoir,
    En effet, le style peut paraître désuet (moi, j’aime assez) mais le thème du voyageur immobile est néanmoins actuel… A cette époque, l’individu était acteur et lecteur à la fois. Aujourd’hui, il est spectateur et contemplatif avec le risque évoqué par André Suares dans « L’art du livre » de 1928, je cite :
    « Il est possible que le livre soit le dernier refuge de l’homme libre. Si l’homme tourne décidément à l’automate, s’il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran, ce termite finira par ne plus lire. Toutes sortes de machines y suppléeront : Il se laissera manier l’esprit …. / … » J’ai censuré la suite par empathie envers les libraires qui lisent le blog !
    De plus cette Contesse, je l’imagine charmante et esseulée, un peu à la façon d’une Madame de Rénal, vous ne trouvez pas ? Cordialement. Pierre

  4. Ouais…

    Elle aime les champs, les prés ; les fleurs, les arbres, les vieux murs, les pierres, les marbres et ses vieux bouquins..

    Et les gens alors, elle aime pas trop la Comtesse ?

    Cette rimailleuse second Empire, je ne la mets dans mon panthéon bibliophile, désolé !

    Montag

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