Amis Bibliophiles Bonsoir,
Je sais peu de choses du Comte de la Bédoyère (1782-1861), si ce n’est qu’il fût l’un des plus grands bibliophiles français du 19èle siècle et qu’il dispersa sa bibliothèque en 1837. Cette vente lui fût si pénible qu’il racheta une partie de ses livres lors de la vacation. Sa « seconde » bibliothèque fût dispersée en 1862.

Et autre chose, finalement, ce qui explique que je cherche à en savoir plus sur lui, j’ai entre les mains un ouvrage qui porte son ex-libris, ainsi que les ex-libris de Robert Hoe et JB Adams, et qui vient de rejoindre ma bibliothèque. En savez-vous plus sur lui, voire sur eux? 


L’ouvrage en question est joliment relié en plein maroquin vert par l’atelier Trautz-Bauzonnet, il s’agît des Métamorphoses d’Ovide en rondeaux, chez Pierre Mortier, Amsterdam, 1697. Il est joliment agrémenté de vignettes à mi-page illustrant chaque métamorphose.
Alors, en savez-vous plus sur la Bédoyère, Doe et Adams?
H
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Enquête paléographique: le Maître des Vitae Imperatorum

Amis Bibliophiles bonjour,
« Olivier s’interrogeait récemment ici sur l’origine de son manuscrit de Beaugency… Un chartiste vous dirait immédiatement la nature et la provenance de ce texte.
Comment ça marche ?
Partant du principe qu’il y a unité d’écriture et d’ornements suivant l’époque (on n’écrit pas de la même manière au XII°, XII° et XIV°), la localisation (on ne calligraphie pas de la même manière à Paris, Mayence et Venise) et la nature du texte (on ne construit pas de la même manière un Bréviaire, un Psautier et un Évangéliaire); le paléographe est comme un marin qui cherche à déterminer sa position en fonction de la cote qui lui fait face. A partir des amers qu’il reconnaît, il lui suffit d’effectuer une triangulation à la règle de Kraft pour se situer sur la carte.
Les amers du paléographe peuvent être la forme des lettres courantes, la manière des initiales, l’utilisation des couleurs, la nature du décor, &c. Seule la comparaison avec des éléments déjà référencés permettant d’aboutir à la conclusion (encore faut-il savoir ou chercher…).
Je n’ai pas d’exemple à vous donner d’analyse sur un texte brut comme celui des 2 feuillets (Olivier, il va de soi qu’il s’agit de 2 feuillets et non d’un seul, la troisième colonne est impossible à imaginer car ou placerait-on la glose et les commentaires la concernant ? Et comme le dit Vincent quel serait le format… oblong ?), je vous livre une analyse que j’ai commandé (chacun son job) à un universitaire de mes amis, sur une très grande lettrine ornée qui sera vendue le 9 décembre dans la succession Garnier. Personnellement, je suis toujours déconcerté par l’apparente facilité de ce genre de travail comme par la quantité et la qualité des informations délivrées au passage.
Saint Ambroise de Milan « Initiale S historiée »
AUTEUR.- Maître des Vitae Imperatorum.
L’activité du Maître des Vitae Imperatorum fut reconstituée pour la première fois en 1912 par Pietro Toesca, qui donna à l’enlumineur son nom de commodité d’après les miniatures du manuscrit contenant les Vitae Imperatorum de Suétone, conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote ms. Italien 131.
Copié en 1431 pour le compte de Filippo Maria Visconti, duc de Milan (r. 1412-1447), l’ouvrage servit de base de comparaison aux historiens et permit d’attribuer au même artiste bon nombre de manuscrits décorés pour le duc et sa cour entre 1430 et 1450, confirmant pour le coup son rôle prééminent de miniaturiste à Milan durant ces mêmes années. Parmi les plus célèbres nous ne citerons que le Bréviaire de Marie de Savoie, seconde épouse de Filippo Maria Visconti, conservé à la Bibliothèque municipale de Chambéry (ms. 4), les enluminures de l’exceptionnelle copie de la Divine Comédie de Dante, conservée à la Bibliothèque nationale de France (BnF, ms. Italien 2017) ou encore l’antiphonaire ambrosien en deux volumes conservé à la bibliothèque capitulaire de la cathédrale San Lorenzo de Voghera (Codici nn. 1-2). Si depuis Toesca les spécialistes ont réattribué une infime partie du corpus du Maître des Vitae Imperatorum au Maître Olivétain (Maestro Olivetano), tous s’accordent néanmoins à dire que les fortes ressemblances entre les deux artistes impliquent de considérer avec précaution ces nouvelles attributions. Cette très grande proximité entre les deux personnalités étaye en outre l’hypothèse de l’existence d’un important scriptorium au service des Visconti durant le règne de Filippo Maria, où différents artistes auraient ainsi collaboré suivant un style commun.
ATTRIBUTION.- Malgré l’absence de toute indication spécifique, l’attribution de la présente initiale historiée à la main-même du Maître des Vitae Imperatorum ne fait pourtant aucun doute. Tout d’abord au niveau de la composition de l’enluminure, où divers indices indiquent que celle-ci sort effectivement directement de l’atelier du maître lombard, puis au niveau du modèle figuratif dont la qualité d’exécution, le style et la manière rattachent sa réalisation à l’artiste lui-même.
Ainsi, malgré la découpe malheureuse de l’initiale, dont le grand format, l’iconographie et l’extrême finesse de réalisation ont probablement participé à sa transformation en petit tableau de dévotion, on devine qu’à l’origine l’initiale était inscrite dans un carré aux quatre côtés incurvés dont les écoinçons étaient dorés à l’or bruni. Or, la plupart des initiales historiées attribuées au maître milanais sont de composition identique (cf. BnF, ms. Italien 131, ms. Latin 760, etc.). De plus, le fond bleu soutenu sur lequel se détache la figure de saint Ambroise, ici parsemé de fleurs blanches et rouges, est également une des habitudes caractéristiques du miniaturiste suivant un modèle qu’il conservera tout au long de sa carrière. En ce qui concerne l’initiale S elle-même, une simple comparaison avec l’initiale S du folio 29 verso du ms. Italien 131 de Paris, permet de constater, hormis la couleur, une parfaite similarité d’exécution. On y retrouve exactement les mêmes détails : un décor en collier de perles, avec sur l’extérieur du S une bande épaisse de couleur plus soutenue et à l’intérieur du S un double trait, de la même couleur, courant le long des perles. On constate également, malgré le découpage du parchemin, que les extrémités des S se terminent de la même façon que pour les initiales des Vitae Imperatorum, à savoir par l’apparition d’un motif végétal de couleur vive aux deux extrémités, agrémenté pour la pointe inférieure du S, d’un double trait concave terminant la lettre en « pointe de flèche » tout en la séparant de la naissance de la forme végétale.

Outre le style vigoureux et linéaire du maître, la comparaison de ces deux initiales historiées permet de la même façon de mettre en évidence une grande similarité des types physionomiques entre l’empereur Claude du ms. Italien 131 et saint Ambroise.
Cette proximité des figures apparaît encore plus flagrante lorsque que l’on compare la figure de saint Ambroise avec celle d’un saint évêque inscrit dans une initiale de l’antiphonaire de Voghera (Codici nn. 1-2).


Les traits des deux saints sont quasiment identiques : mêmes regards en coin, mêmes lèvres charnus, mêmes pommettes hautes et saillantes, mêmes sourcils, mêmes moustaches, même positionnement des cheveux sous la mitre.
D’ailleurs, les rapprochements entre les deux vignettes ne s’arrêtent pas là. On pourrait également relever la même façon amusante d’ovaliser les nimbes des deux saints évêques pour y inclure leur mitre, les mêmes crosses, la même façon de faire les plis en boucle des manteaux, les mêmes coloris rouge et vert, la même façon de faire les ombres en utilisant des couleurs plus claires, les mêmes mains gantées, etc.La réalisation de ces deux enluminures par un seul et même artiste est évidente, permettant de facto de confirmer l’attribution du saint Ambroise au Maître des Vitae Imperatorum.
PERIODE DE REALISATION.- Années 1430. Les très grandes similarités d’exécution du présent fragment avec l’initiale S du folio 29v du manuscrit de la BnF (Ms. Italien 131) laisseraient penser à une réalisation chronologiquement très proche. Or, le manuscrit de Paris est daté avec précision en 1431. L’antiphonaire de Voghera a été quant à lui daté, d’après comparaison avec d’autres travaux du maître milanais, aux années 1430. Il est donc raisonnable de placer le fragment dans cette fourchette.
LIEU DE REALISATION.- Italie, Milan.
PRESENTATION DU CONTENU.- La présence au verso du fragment de portées de très grandes dimensions, notées en grégorien, reconnaissable à sa notation carrée, avec en dessous les paroles du chant, indique que l’enluminure fut découpée dans un antiphonaire ou un graduel. En effet, ces ouvrages liturgiques contenant les chants notés de l’office, étaient d’assez grande taille et écrits en gros caractères car utilisés par les religieux qui se groupaient autour. Etant donné son origine milanaise et la présence de saint Ambroise en bonne place dans une enluminure de grand gabarit, il paraît probable que la miniature ait été extraite d’un antiphonaire ambrosien, c’est-à-dire d’un antiphonaire qui suivait la tradition liturgique propre au diocèse de Milan, dont on attribue traditionnellement l’origine à saint Ambroise. Ce dernier est en outre également considéré comme l’inventeur des premiers hymnes latins en vers et comme le responsable de l’introduction des antiphonaires dans la liturgie latine. L’hypothèse d’un antiphonaire est renforcée par l’existence de l’antiphonaire de Voghera, dont la réalisation par le Maître des Vitae Imperatorum indique que lui et son atelier réalisaient ce type de manuscrits liturgiques.
La taille de l’écriture étant trop importante, seules quelques portions de mots du chant sont lisibles, mais ne permettent pas de situer l’hymne.
Néanmoins, compte tenu de la présence de saint Ambroise inscrit dans l’initiale S et par comparaison avec l’antiphonaire de Voghera, il est probable qu’il s’agisse de l’initiale S de « (S)ancti spiritus templum columpna fidelis doctor egregius », répons de la fête de saint Ambroise évêque (4 avril).
ICONOGRAPHIE.- Saint Ambroise de Milan. Un des quatre grands Docteurs de l’Eglise latine. Né à Trèves vers 340, il fut élu évêque de Milan en 374. Il est représenté en évêque avec la crosse et la mitre ainsi que certains attributs individuels empruntés à sa légende : une ruche, un enfant au berceau, des ossements ou, comme ici, un fouet à trois lanières. C’est armé de ce fouet qu’il aurait, selon la tradition, aidé les Milanais à mettre leurs ennemis en déroute. Le fouet serait aussi le symbole, selon une autre interprétation, de l’expulsion des Ariens d’Italie.
SUPPORT, DESCRIPTION MATERIELLE, DIMENSIONS.- Parchemin.- Fragment.- 128 x 117 mm.- écriture gothique.- 12 lignes.- Réglure.- HISTORIQUE ET MODALITES D’ENTRÉE.- (1) Réalisé probablement pour une église lombarde ou du diocèse de Milan.- (2) Collection A. Hachette Vente du 16 décembre 1953. – (3) [Collection Pierre-Auguste Garnier Vente Millon SVV du 9 décembre 2010].BIBLIOGRAPHIE.- Pietro TOESCA, La pittura e la miniature nella Lombardia dai più antichi monumenti alla metà del Quattrocento, Milan, 1912, pp. 528-532 (2ème édition, Turin, 1987, pp. 219-220).- Luisa TOGNOLI BARDIN, Arte in Lombardia tra Gotico e Rinascimento, catalogue d’exposition, Palazzo Reale, Milan, 1988, pp. 122-125.- Anna MELOGRANI, « Appunti di miniature lombarda. Ricerche sul ‘Maestro delle Vitae Imperatorum’ », in Storia dell’arte, 70, 1990, pp. 273-314.- Anna MELOGRANI, « I corali quattrocenteschi della Collegiata di S. Lorenzo a Voghera », in Storia dell’arte, 75, 1992, pp. 117-164.- Fabrizio LOLLINI, « Maestro delle Vitae Imperatorum », in Dizionario biografico dei miniatori italiani : secoli IX – XVI / A cura di Milvia BOLLATI, Milan, 2004, pp. 587-588.-
Emmanuel ClapassonDoctorant en histoire de l’art, période médiévale Université de Genève »
Magistral.Hugues
— Continuer la balade —
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A Vincent P., libraire,
Je rentre de Bretagne, et après relecture des derniers commentaires du blog, je tiens à dire que je souscris entièrement à votre intervention au sujet du commentaire de « Georges DLJ » : pour avoir écrit ce que j’ai lu, il ne peut pas être bibliophile ! Par conséquent, c’est sans intérêt … mais j’ai peut-être un ego surdimensionné.
Je rebondis un peu tard sur les ex-libris et les provenances, et voudrai surtout réagir au commentaire laissé le 28 Juillet par Georges DLJ.
Ce commentaire commence Dieu sait pourquoi par une allusion politique qui n’a rien à voir ni à faire sur un blog tel que celui-ci consacré à la bibliophile, et de plus il réduit à presque rien le rôle des libraires dans la reconstitution de l’itinéraire d’un livre au travers de ses différents propriétaires, le « mensonge national » (tout un programme…).
Oui les libraires, et depuis le 18eme siècle, s’appuient sur les ex-libris des ouvrages qui passent entre leurs mains pour dresser leur pédigrée, et n’en déplaise à Georges DLG, ceux-ci ont permis à beaucoup d’ouvrages de valeur d’âtre ainsi suivis depuis les grandes ventes de cette période.
Et quand les ventes sont anonymes, les ex-libris ésotériques à souhait, de longues et fastidieuses recherches effectuées par les libraires ont seules permis d’attribuer des filiations sûres et souvent prestigieuses.
Les ex-libris en maroquin avec le nom poussé en lettres d’or ne sont pas toujours gage de grande qualité pour les livres, et là aussi le libraire sait faire la part des choses n’en déplaise encore une fois à Georges DLG…
Et sa phrase « c’est avant tout l’expression d’un ego surdimensionné, d’une envie de montrer « urbi et orbi » que sa bibliothèque est « classée » à l’ATP dans le TOP TEN ! » est sans rapport aucun avec la réalité des grandes et prestigieuses provenances…Et la référence à l’ATP du Top Ten aurait du rester cantonné aux commentaires pseudo-journalistiques de Nelson Monfort…
En gros et pour être clair ce commentaire qui commence par de la politique et finit par une pseudo-allusion sportive matinée d’une analyse psychologique de comptoir (ex-libris = ego surdimensionné, no comment : attention Hugues la mégalomanie vous guette…) est juste digne d’être qualifié de nul et non avenu parmi les commentaires de bon sens et de bonne tenue qui sont régulièrement affichés ici.
Voilà.
Merci.
Vincent P., Libraire.
Merci Nicolas,
Un Roman de la Rose relié par Lortic… j’ai bien peur que même en mangeant des pâtes tout l’été, cela ne suffise point!
Mais j’attends cette vente avec intérêt.
En passant, mon exemplaire Doe ne vient pas de la vente aguttes, je n’y ai pas assisté, et je n’y ai rien acheté.
H
Cher Hugues, Chers amis, Un expert parisien va vendre à la rentrée un bon choix de la bibliothèque de Robert Hoe. C’est le même expert que celui de la vente Aguttes dont provient (je suppose) ton exemplaire. Il y aura de l’exceptionnel uniquement, notamment dans le domaine du gothique français. Dont surtout deux exemplaires du Roman de la Rose (dont un incunable) reliés et doublés par Lortic. Le relieur que préfère Hugues, si je ne m’abuse 🙂 Préparez vos porte monnaies! amitiés Nicolas
Cher Hugues,
Chers amis,
Un expert parisien va vendre à la rentrée un bon choix de la bibliothèque de Robert Hoe. C’est le même expert que celui de la vente Aguttes dont provient (je suppose) ton exemplaire. Il y aura de l’exceptionnel uniquement, notamment dans le domaine du gothique français. Dont surtout deux exemplaires du Roman de la Rose (dont un incunable) reliés et doublés par Lortic. Ces reliures sont exceptionnelles…
Préparez vos porte monnaies!
amitiés
Nicolas
Rongé par la jalousie et terriblement envieux d’une telle trouvaille, ce sera le post de trop pour moi.
Je ne ferai donc aucun commentaire et vais, de plus, m’abstenir de revenir sur ce blog pendant une semaine, histoire que textes et photos disparaissent.
La Bédoyère, Henri-Noël-François Huchet, comte de (1782-1861)
La Bédoyère, qui avait fait une belle carrière militaire, avait une vaste culture littéraire et artistique. Il était membre de la Société des Bibliophiles français. Ayant vendu sa bibliothèque en 1837, il en constitua aussitôt une seconde, qui fut dispersée en 1862.
Par ailleurs, il avait constitué une collection de quatre mille estampes historiques, qui fut inventoriée par Noël France (le père d’Anatole), son ancien compagnon d’armes, acquise par la Bibliothèque Nationale et ventilée entre les séries Histoire (O), Portraits (N), Caricatures (T), et Papiers-Monnaie (P.) du département des Estampes et de la photographie.
D’après FRANCE, Noël (Pseud. de François-Noël Thibault). Description historique et bibliographique de la collection de feu M. le Cte H. de La Bédoyère,… sur la Révolution française, l’Empire et la Restauration / rédigée par France. – Paris : France, 1862. – In-8°, XVI-687 p., portr.
« Cette collection se compose de :
Journaux, – Brochures historiques, – Pamphlets, – Satires et facéties, – Placards-affiches gr. in-8°, – Gravures historiques, – Portraits et Caricatures, – Assignats et autographes. Le tout publié de 1787 à 1829, mais plus particulièrement de 1789 à 1800. Elle comprend : Brochures, plus de cent mille ; Journaux, environ deux mille ; Gravures et Caricatures, plus de quatre mille ; quatre vingt cinq dossiers d’Autographes. Le tout formant plus de quinze mille cinq cents volumes ou cartons de tous formats. ». Dans la rubrique « Bibliographie », p. 237, on trouve la seule évocation des prospectus de libraires et d’éditeurs se trouvant actuellement dans le fonds du Q10, sous le n° « 1099. Prospectus de publications de livres, journaux et estampes. 150 pièces, de 1815 à 1829. 3 cart. ».
La vente a fait l’objet de différents catalogues de ventes dont :
– [Vente (livres). 1862-02-03. Paris]. Catalogue des livres rares et précieux, imprimés et manuscrits, dessins et vignettes composant la bibliothèque de feu M. le comte H. de La Bedoyère,… [Vente à Paris, Maison Silvestre, 3-24 février 1862.]. – Paris : L. Potier, 1862. – XVI-400 p. ; 24 cm.
Rédigé par Anatole France, d’après l’introd. – Suivi de : « Catalogues des livres, vignettes et lettres autographes… 2e partie », 192 p. et de « Catalogue des livres de la bibliothèque de M. le comte H. de La Bedoyère, table alphabétique des noms d’auteurs, traducteurs, commentateurs, dessinateurs et graveurs, des ouvrages anonymes et des pseudonymes précédée d’une notice par M. Jules Janin et suivie de la liste des prix d’adjudication », XII-55 p.
Le catalogue nous apprend que la vente des livres de Noël-François-Henri Huchet, comte de La Bédoyère, né à Paris, novembre 1782, décédé le 18 juin 1861, s’est déroulée du 3 février au 24 février 1862 en 19 vacations et du 24 novembre au 4 décembre 1862 en 10 vacations, Me Peynaud.
D’après LEDOS, Eugène-Gabriel. Histoire des catalogues des livres imprimés de la Bibliothèque nationale / par E.-G. Ledos,… Préf. par Julien Cain. – Paris : Bibliothèque nationale, 1936, p. 186 :
« Parmi les acquisitions faites sous le second Empire, deux [Payen et La Bédoyère] intéressent un peu l’histoire du Catalogue. L’une est l’importante collection formée par le Cte H. de La Bédoyère sur l’histoire de la Révolution française, acquise pour 80.000 francs. Le catalogue en a été rédigé par le libraire France, le père du fameux écrivain : Description historique et bibliographique de la collection de feu M. le Cte H. de La Bédoyère…, sur la Révolution française, l’Empire et la Restauration. Paris : France, 1862. In-8°, XVI-687 p., avec portrait. Elle comprenait la bibliothèque de Deschiens, acquise par La Bédoyère. Le catalogue, qui d’ailleurs groupe un grand nombre de pièces dans des descriptions fort sommaires, ne peut être d’une grande utilité pour les recherches, puisque les cotes de la Bibliothèque n’ont été que rarement mises en face des articles. Tout au plus peut-il attester l’entrée d’un livre à la Bibliothèque. »
Selon VALLÉE, Léon. La Bibliothèque nationale : choix de documents pour servir à l’histoire de l’établissement et de ses collections / par Léon Vallée,… – Paris : E. Terquem, 1894. – Gr. in-8°, XII- 526 p. Index. – (Rel.), p. 214-215 :
« En janvier 1864, la B.N. a acheté cette collection, y compris les doubles et les multiples, moyennant une somme de 90,000 fr., laquelle fut payée, moitié avec une augmentation accordée par les Chambres sur le budget de 1865, moitié avec les fonds provenant du legs du duc d’Orléans. ». On voit que L. Vallée rajoute 10000 F à la somme citée par Ledos.
Sources :
– France, Noël. Description historique et bibliographique de la collection de feu M. le Comte H. de la Bédoyère… sur la Révolution française, l’Empire et la Restauration. Paris : France, 1862
– Beaumont-Maillet, Laure. « Les collectionneurs au Cabinet des Estampes ». Nouvelles de l’estampe, 1993, n° 132, p. 14-15.
– Dictionnaire de biographie française. 17. 102, Homolle-Humann / sous la dir. de M. Prevost,… Roman d’Amat,… H. Tribout de Morembert,…. – Paris : Letouzey et Ané, 1989 (70-Vesoul : Impr. Bon). – Col. 1281-1528 ; 28 cm. – (Dictionnaire de biographie française ; 17, 100).
ISBN 2-7063-0155-4 (t. 17) (br.) : 218 F. Col. 1409.
Bah…! reste une belle histoire, un livre qui aura traversé deux fois l’atlantique pour finir entre de bonnes mains (en attendant les prochaines…).
Malheureusement je ne serai pas de la vente de Monsieur H. la biologie ayant eu raison de moi en même temps (ou peu s’en faut) de l’heureux propriétaire.
Superbe exemplaire!!
Olivier
Merci Jean-Paul, c’est intéressant de voir qu’on peut suivre l’ouvrage à la trace : La Bédoyère (1782-1861), Hoe (1839-1909) puis ), puis Adam (1863-1940).
L’ouvrage a été reli après 1851 puisque les reliures Trautz-Bauzonnet ne sont signées « Trautz-Bauzonet » qu’à partir de cette date, avant elles étaient signées « Bauzonnet-Trautz ».
Reste à savoir quand La Bédoyère l’a acquis entre 1851 et 1861.
Est-ce Hoe qui l’a ensuite directement acheté à la vente La Bédoyère de 1862 et lui a fait traverser l’Atlantique?
Il serait alors passé des mains de Hoe à celles de Adam lors de la vente Hoe de 1912…
Pour finir entre mes mains.
H
Catalogue La Bédoyère (1862) : n° 778 (« Très bel exemplaire »).
Dire que les provenances sont des « inventions de libraires » c’est un peu le « travailler plus pour gagner plus » de notre tout petit Président.
Ca sent le mensonge national, l’hypocrisie surfaite, c’est l’oeuf qui fait la poule, bref, c’est vite oublier, que le bibliophile « VIP » qui se fait son ex libris or sur maroquin rouge ou largement poussé en or au plein centre des plats, c’est avant tout l’expression d’un ego surdimentionné, d’une envie de montrer « urbi et orbi » que sa bibliothèque est « classée » à l’ATP dans le TOP TEN !
En un mot, c’est donner trop d’importance au libraire et inverser les rôles que de lui donner une quelqu’onque responsabilité dans un tel étalement de luxe et de panache.
Ce qui ne veut pas dire que le libraire, au final, en dernière ligne droite, ne se donne le droit de se servir d’un tel pedigree pour augmenter son pécule.
Georges DLJ.
Grâce aux liens de Xavier, j’ai bien retrouvé l’ouvrage dans la vente Hoe de 1911-1912, voici la notice :
2473. OVID. Metamorphoses d’Ovide en Rondeaux [par Isaac Benserade]. Frontispiece [repeated], and 225 vignettes by Chr. van Hagan. 2 vols. in 1, small 8vo, dark green
levant morocco gilt, wide gilt side borders, gilt edges, by
Trautz-Banzonnet. Amsterdam: Pierre Mortier, 1697
H
Philippe, Vincent,
Merci pour vos commentaires… En fait je n’ai pas grand mérite, puisque si je connaissais la Bédoyère, Hoe et Adam m’étaient, je le confesse, totalement inconnus. Honte sur moi!!!
De fait, j’ai plutôt acheté l’ouvrage pour son état, son illustration, sa reliure et La Bédoyère, bref, pour ce sympathique ensemble.
Et je vous rassure, ainsi que mon banquier, il entre dans la catégorie « chopin » et a été acheté à un prix très compétitif!
La grande question qui se pose désormais est : peut-on ajouter son propre ex-libris à une si auguste liste sans friser le ridicule? Vous me direz que le ridicule ne tue pas, et vous avez raison… reste que de toutes façons je n’ai pas (encore) d’ex-libris…
Sur le sens de la provenance, qui serait une invention des libraires, c’est vrai que cela permet de valoriser un livre un peu plus, mais c’est vrai aussi qu’en tant que bibliophile, ne soyons pas hypocrites, ça fait quand même quelque chose de fort de caresser un ouvrage qu’un illustre prédecesseur a tenu dans ses mains. Ici, ce n’est « que » La Bédoyère, Hoe et Adam, mais avouez ce peut aussi être Montaigne, Rousseau, etc.
La bibliophilie, nous le savons, est histoire de frissons et d’émotions, non?
H
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Bonjour Hugues,
Les provenances des livres sont importantes depuis très longtemp, il suffit de parcourir les catalogues de ventes de nos maîtres ; mais sans ABSOLUMENT rien renier à vos SUPERBES ouvrages, j’ai toujours un peu l’impression que les provenances sont quand même une invention des libraires ?
Bravo pour votre blog
Philippe T.
Wow, quelles provenances!
Par manque de temps je ne peux que conseiller de googler R-B-Adam ou Robert Borthwick Adam. Félicitations.
Robert Hoe (New York, 1839-1909), troisième du nom, fut le plus grand des bibliophiles des USA. Il succéda en 1886 à son oncle, à la tête d’une fabrique de presses à imprimer. Sa bibliothèque de plus de 20 000 titres fut vendue à New York en 1911-1912. Il fut l’éditeur de THe Print Collector de Joseph Maberly, et surtout membre fondateur et premier président du Grolier Club en 1884.
Merci beaucoup à tous les deux.
Pour ce qui est de l’amitiés entre Benserade et Mme de Ludre, je comprends mieux : en effet l’auteur signale la présence d’un acrostiche à la fin des métamorphoses, qui signifie « Mme de Ludre », et dont je ne m’expliquais pas la présence.
Hugues
Magnifique ouvrage ! Bel achat !
Pour la petite histoire c’est à Isaac de Benserade que l’on doit ces métamorphoses d’Ovide mises en rondeaux.
Si la suite de très belles vignettes dues au talent de François Chauveau et Sébastiern Le Clerc a été bien accueillie, pour la petite histoire, l’entreprise éditoriale de cet ouvrage a été une véritable catastrophe économique.
Publiée pour la première fois au format grand in-4 à l’imprimerie royale en 1676 par ordre du Roi Louis XIV. Cette traduction en rondeaux fut donc commandée par Louis XIV, qui en fit les frais, à Benserade, car ce dernier était un vieil ami de sa nouvelle maîtresse, madame de Ludre : cet ouvrage éclaire donc un épisode de l’histoire galante du Roi qui commençait à se détacher de madame de Montespan.
Un exemplaire de l’EO et premier tirage in-4 en maroquin rouge au chiffre non identifié (restaurations à la reliure et tâches à l’intérieur) fut adjugé 3.000 euros sur une estimation de 800/1.000 euros (28 avril 2007 chez Alde).
Amitiés bibliophiliques, Bertrand (en vacances sétoises… enfin presques…)
pour Robert Hoe ; voir ce dictionnaire "The twentieth century biographical dictionary of notable Americans", à la page HOE
le lien suivant pointe sur la page : http://www.sureproxy.com/nph-index.cgi/011110A/http/books.google.com/books=3fid=3di1IDAAAAYAAJ&pg=3dPT316&dq=3drobert+hoe&lr=3d&as_brr=3d1&hl=3dfr
disponible aussi 4 catalogues (que l'on peut télécharger) de sa vente : Catalogue of the library of Robert Hoe of New York : illuminated manuscripts, incunabula, historical bindings, early English literature, rare Americana, French illustrated books, eighteenth century English authors, autographs, manuscripts, etc. … : to be sold by auction beginning … April 24, 1911[-November 18, 1912] by the Anderson Auction Company … New York (1911-1912)
vol.1 : http://www.archive.org/details/libroberthoe01andeuoft
vol.2 : http://www.archive.org/details/libroberthoe02andeuoft
vol.3 : http://www.archive.org/details/libroberthoe03andeuoft
vol.4 : http://www.archive.org/details/libroberthoe04andeuoft
Le Livre d'Octave Uzanne, 9éme année/1888 et parle aussi à la page 216,
la page est ici : http://www.sureproxy.com/nph-index.cgi/011110A/http/books.google.com/books=3fid=3d7E0DAAAAYAAJ&pg=3dPA216&dq=3drobert+hoe&lr=3d&as_brr=3d1&hl=3dfr
Amitiés
Xavier