Un des fondamentaux en bibliophilie: tout savoir sur la Pagination et Foliotation

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Pagination et Foliotation sont deux éléments essentiels de la bibliophilie, mais ils restent souvent peu connus des amateurs.
C’est aux bibliographes anglais (Philip Gaskell, Fredson Bowers) que l’on doit les meilleurs manuels sur la question. On trouvera ici quelques notions générales, qui conviennent pour décrire la plupart des ouvrages d’ancien régime.

PROLOGUE : LES FORMATS.

Avant de commencer, un simple rappel de ce que sont les formats des livres anciens.

In-plano : la feuille imprimée n’est pas pliée, mais reliée à « plat », parfois sur onglet.

In-folio (2o) : la feuille imprimée est pliée une fois, dans le sens de la largeur. Cette pliure divise la feuille en deux parties égales.

In-quarto (4o) : la feuille imprimée est pliée deux fois. Cette pliure divise la feuille en quatre parties égales.

In-octavo (8o) : la feuille est pliée trois fois. Cette pliure divise la feuille en huit parties égales.

In-seize : la feuille est pliée quatre fois, et divisée en seize parties égales.

Et ainsi de suite…

1. LES UNITÉS BIBLIOGRAPHIQUES

Un livre se divise en « unités bibliographiques ». Ces unités sont des éléments choisis arbitrairement par le catalogueur pour exprimer les caractéristiques matérielles du livre imprimé. Quatre unités bibliographiques sont donc utilisées généralement : la feuille, le feuillet, la page, le cahier.

La feuille : la feuille est à l’origine du livre. C’est le matériel brut, sorti des « formes » du moulin à papier. Elle présente un recto et un verso, et n’est pas encore pliée.

Le feuillet : c’est l’unité de base du volume. Un feuillet correspond au rectangle de papier que la main du lecteur tourne au fil de sa lecture. Le feuillet est constitué d’un recto et d’un verso (soit deux pages).

La page : la page correspond à l’une des deux faces du feuillet. Un livre ouvert présente deux pages en vis-à-vis (sur deux feuillets différents). Un feuillet présente deux pages « dos à dos » (recto et verso).

Le cahier : c’est l’élément clé du livre. Le cahier est un groupe de feuillets. Le plus souvent, il correspond à une feuille imprimée et pliée (en quatre, huit, seize, etc.). Un livre au format in-8o est généralement constitué de cahiers de huit feuillets (16 pages). Un in-4° est constitué de cahiers de 4 feuillets (8 pages). Il arrive cependant que plusieurs feuilles soient « encartées » (= regroupées l’une sur l’autre et pliées ensembles), notamment pour les livres au format in-folio : regrouper les feuilles par trois ou quatre (soit des cahiers de six ou huit feuillets, au lieu des deux feuillets de la feuille seule pliée) permet au relieur de travailler beaucoup plus vite (une seule couture au lieu de trois ou quatre). À de très rares exceptions (lorsqu’un feuillet seul est encarté), un cahier a toujours un nombre pair de feuillets.

2. LES NOTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

L’imprimeur qui compose son livre doit veiller à ce que les différentes pages imprimées se trouvent dans le bon ordre une fois la feuille pliée. Il doit donc les disposer sur la presse de manière à ce que le verso des feuillets corresponde à leur recto, et à ce que les feuillets se succèdent dans le bon ordre. Cette opération s’appelle l’imposition. Pour s’y retrouver, le typographe s’aide d’un certain nombre de mentions imprimées en haut ou en bas des pages, qui lui servent à identifier d’un coup d’œil la place de la page à l’intérieur du livre.

Foliotation : la foliotation est l’une des premières mention à avoir été utilisées par les typographes. J’écrivais plus haut que le feuillet était l’unité matérielle de base, et pour nous, qui sommes habitués à lire des livres « paginés », il est dur d’admettre que l’usage aux XVe et XVIe siècles pouvait être différents. Les livres de la première moitié du XVIe siècle sont pourtant généralement numérotés par feuillets (= foliotation), et non par pages. La foliotation prend généralement place en haut à droite sur le recto du feuillet concerné. Le verso ne comporte aucune numérotation. Cette foliotation peut être en chiffres arabes ou romains.

Pagination : La pagination apparaît un peu plus tard. En France, c’est à partir des années 1530 que l’on commence à croiser régulièrement des ouvrages « paginés », c’est-à-dire des livres dont les feuillets sont numérotés sur leur recto et leur verso. Cet usage, plus commode pour le lecteur qui dispose d’un nombre plus grand de points de repères, s’est peu à peu imposé et reste notre référence aujourd’hui.

Réclame : On voit souvent, en bas des pages composées, les premiers mots ou les premières lettres de la page suivante. C’est ce que l’on appelle la réclame. La réclame a deux utilités : d’une part, elle sert de point de repère pour le typographe, qui sait immédiatement quelle page va venir à la suite de celle qu’il est en train de disposer sur le marbre de la presse ; d’autre part, le lecteur a ainsi sous les yeux le début de la page suivante, qu’il lit à l’avance : il peut anticiper la lecture, tourner la page et reprendre le fil du texte sans perdre la dynamique qui était la sienne.

Signature : Mais pour le typographe, la plus importante de ces mentions, c’est la signature. À elle seule, la signature permet de connaître la place d’un cahier dans l’ouvrage et la place d’un feuillet à l’intérieur d’un cahier. La signature se compose généralement d’une lettre, suivie d’un chiffre (arabe ou romain). La lettre indique la place du cahier à l’intérieur du volume : en effet, les différents cahiers d’un livre sont généralement « signés » dans leur ordre de succession par des lettres, de a à z. Le relieur, auquel on présente les feuilles pliées, n’a plus qu’à remettre les cahiers dans l’ordre avant de procéder aux opérations de reliure. À l’intérieur d’un même cahier, les premiers feuillets (généralement la première moitié du cahier) sont signés par la lettre identifiant le cahier auquel ils appartiennent, mais aussi par un chiffre indiquant leur place à l’intérieur du cahier. Le feuillet signé « b5 » est donc le cinquième feuillet du cahier « b ».

Une petite méthode pratique à connaître : Face à un livre sans foliotation ni pagination, grâce aux signatures, on peut, sans avoir à compter les pages unes à unes, connaître le nombre de feuillets : il suffit de regarder la lettre signant le dernier cahier, de voir quel est le rang de cette lettre dans l’alphabet (attention : jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’alphabet latin n’a que 23 signes : pas de J, ni de V ni de W !) et de multiplier le chiffre obtenu par le nombre de feuillets des cahiers. Par exemple, un livre du XVIe siècle de format in-8o, dont le dernier cahier est signé X (21ème lettre de l’alphabet de l’époque), comprend (21 x 8 =) 168 feuillets (soit 336 pages). Cette méthode n’est pas fiable à 100% et ne remplace pas une véritable collation page à page (les cahiers n’ont pas nécessairement le même nombre de feuillets), mais elle peut tout de même aider lorsque l’on est pressé.

3. LES FORMULES DE FOLIOTATION

Une fois défini tout ce jargon, on a sans doute mieux compris comment le livre est fabriqué. Mais le bibliographe/catalogueur ne doit pas se contenter de comprendre comment est fait l’ouvrage, il doit décrire cette matérialité, et exprimer avec des formules claires la collation d’un livre. Quelques usages sont donc à respecter pour que les formules utilisées soient compréhensibles par tous.

Pour exprimer la foliotation ou la pagination d’un livre, les usages sont assez bien définis.

– La numérotation s’exprime selon une formule simple : [premier chiffre mentionné] + [tiret] + [dernier chiffre mentionné] : un livre dont la foliotation est formulée « 1-244 » sera donc composé de 244 feuillets chiffrés de 1 à 244.

– Très souvent, les feuillets liminaires (titres, dédicaces, etc.) ne sont pas chiffrés. Dans ce cas là, en règle générale, on fait figurer entre crochets le nombre de feuillets (ou de pages) non chiffrés : un livre dont la foliotation est formulée « [2] 3-244 » sera donc composé de deux feuillets non chiffrés et de 242 feuillets chiffrés de 3 à 244.

– On respecte le format de la numérotation du livre : chiffres romains en chiffres romains, chiffres arabes en chiffres arabes.

Il est important de toujours indiquer l’unité matérielle utilisée comme référence. Pour cela, on dispose de quelques abréviations :

– f. (ou ff.) pour feuillets,

– p. (ou pp.) pour pages,

– col. pour colonnes (il arrive en effet que les colonnes soient numérotées, et non les pages ou les feuillets)

– ch. pour chiffré(s).

– n. ch. pour « non chiffrés »

La formule changera selon que l’on réfléchira en feuillets ou en pages. On suit généralement l’usage du livre lui-même, selon qu’il soit paginé ou folioté. Ainsi, si l’ouvrage est composé de 244 feuillets foliotés, on formulera « 244 ff. ch. » (ff. ch. pour « feuillets chiffrés »). Si l’ouvrage est composé de 244 feuillets paginés, on formulera : « 488 pp. (ou pp. ch.) ».

Pour des ouvrages en plusieurs parties, il arrive que la numérotation reprenne au début à chaque partie de l’ouvrage. On fait alors se succéder les différentes séries de foliotation/pagination. Ainsi, la formule « [2] III-XXVI, 1-344, 1-648 » décrit un livre composé de trois parties : la première (sans doute les pièces liminaires) comprend deux feuillets non chiffrés et 24 feuillets numérotés en chiffres romains de III à XXVI ; la deuxième partie comprend 344 feuillets chiffrés, et la deuxième partie comprend 648 feuillets chiffrés.

4. LES FORMULES DE SIGNATURE

Le catalogueur doit aussi souvent indiquer la manière dont sont signés les différents cahiers et feuillets d’un livre. Cela est finalement assez simple.

En règle général, on l’a dit, une lettre de l’alphabet (ou un symbole quelconque) correspond à un cahier. Lorsque les lettres se suivent dans l’ordre alphabétique, on n’indique que la première et la dernière de la série, séparées par un tiret : la mention « a-m » indique ainsi une succession de 12 cahiers (l’alphabet complet n’a que 23 lettres, ne l’oublions pas !) signés de « a » à « m ».

On précise, en exposant, le nombre de feuillets composant chaque cahier. La formule « a-m8 » indique donc une succession de 12 cahiers de 8 feuillets (soit un total de 96 feuillets).

Mais il arrive souvent que certains cahiers n’aient pas le même nombre de feuillets que les autres. Il faut alors parfois interrompre la série des signatures. La formule « a-g8 h4 i-m8 » indique ainsi une série de 12 cahiers de 8 feuillets, à l’exception du cahier signé « h » qui n’en comprend que quatre.

Parfois, le bibliographe se trouve face à un feuillet, seul, encarté entre deux cahiers (cela m’est arrivé récemment). La formule la plus simple et la plus compréhensible consiste alors à mentionner la présence de ce feuillet par un symbole, suivi en exposant du chiffre « 1 ». On obtient alors une formule du genre « a-g8 [*]1 h-m8».

Il arrive qu’un ouvrage comporte plus de 23 cahiers (c’est même le cas pour la majorité des éditions). La série des lettres de l’alphabet ne suffit alors plus. Généralement, l’imprimeur reprend la signature des cahiers à la lettre « a », mais passe des minuscules aux majuscules, puis il multiplie les lettres. Il n’est ainsi pas rare de croiser des formules de signatures ressemblant à cela : « a-z8 A-Z8 Aa-Zz8 Aaa-Mmm8 ». Dans le cas présent, on est face à un ouvrage de 648 feuillets (3 x [23 x 8] + [12 x 8]), signés de « a » à « z », puis de « A » à « Z », puis de « Aa » à « Zz », puis de « Aaa » à « Mmm ».

Nous avons désormais toutes les clés pour lire et comprendre une mention de signature. Passons désormais aux travaux pratiques : combien de feuillets compte la célèbre Cosmographie de Sébastien Münster publiée chez Heinrich Petri (Bâle, 1550, in-2o), dont la formule de signature est la suivante :

[-]6 *6 [14 cartes sur bifeuillets hors-texte] a-e8 f2 g4 h-k6 l8 m2 n2 o6 p8 q4 r4 s-z8 A-B8 C6 D2 E8 F6 G4 H2 I4 K2L4 M2 N-O8 P6 Q-R2 S4 T-V2 X4 Y4 [1 planche dépliante hors-texte entre les feuillets Y2 et Y3] Z6 Aa-Bb2 Cc8Dd2 Ee-Gg8 Hh4 Ii8 Kk6 Ll2 Mm2 [1 pl. dépliante h.-t. entre Mm1 et Mm2] Nn-Oo8 Pp4 Qq2 Rr4 Ss2 Tt4 [1 pl. dépliante h.-t. entre Tt2 et Tt3] Vu6 Xx4 Yy2 Zz8 AA-BB2 CC8 DD4 EE-FF8 GG4 HH-KK8 LL4 MM-QQ8 RR4 SS-ZZ8 Aaa-Fff8 Ggg6 Hhh8.

Bon courage à ceux qui se lanceront !
Rémi.

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert: synthèse et histoire des différentes éditions XVIIIe (tirage, prix, formats, etc.)

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert: synthèse et histoire des différentes éditions XVIIIe (tirage, prix, formats, etc.)

Amis Bibliophiles bonjour,
L’Encyclopédie.
Les bibliophiles croisent régulièrement cette oeuvre majeure de la littérature française, dans ses diverses éditions. Je vous propose de découvrir l’envers du décor de ce monument, ou plutôt les coulisses de la publication de l’Encyclopédie, non pas en étudiant les travaux menés par Diderot et ses autres rédacteurs, mais en se penchant sur l’histoire des différentes éditions du XVIIIe siècle, et quelques uns de leurs secrets.L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert: synthèse et histoire des différentes éditions XVIIIe (tirage, prix, formats, etc.)Denis Diderot On estime que la première édition de l’Encyclopédie, tirée à 4225 exemplaires rapporta un bénéfice brut d’environ 2 500 000 livres, une somme astronomique pour l’époque. Le gouvernement ayant refusé d’en autoriser la vente libre, la plupart des exemplaires furent écoulés hors de France. Ce fût également le cas pour la deuxième édition in-folio, produite à Genève sous l’égide de Charles Joseph Panckoucke et de ses partenaires: en juin 1775, selon Georges B. Watts (Charles Jospeh Panckoucke, « l’Atlas de la librairie française », Studies on Voltaire and the 18th Century, 68 – 1969), les partenaires avaient écoulé 3330 exemplaires en Europe. On estime alors qu’à cette date, soit 3 ans après la fin de la publication de l’édition originale et après la publication de la deuxième édition, en 1776, environ 3000 exemplaires étaient situés en France.
L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert: synthèse et histoire des différentes éditions XVIIIe (tirage, prix, formats, etc.) (2)
Le succès était immense, et il fît naître de nombreuses vocations:
Panckoucke d’abord, cet Atlas de la librairie comme le surnomme Watts, qui identifia rapidement le potentiel économique de l’Encyclopédie, et racheta en 1768 aux éditeurs de l’édition originale, les planches et les droits d’auteurs pour ses rééditions. Contraint par la réglementation sévère mise en place par le gouvernement, Panckoucke fît imprimer la deuxième édition à Genève. Avec l’avènement de Louis XVI et l’assouplissement des lois, Panckoucke espérait bien faire fructifier ses droits, mais c’était sans compter sans un libraire lyonnais, Duplain, qui joua les trouble-fêtes.
En effet, Duplain, qui avait fondé sa réussite sur la contrefaçon des textes philosophiques si prisés à l’époque lança une souscription pour une édition in-quarto, intégrant les 5 volumes de suppléments (soit 39 volumes in-quarto), et proposée à un prix significativement réduit. Pour s’éviter les foudres du puissant Panckoucke, il attribua l’édition à Pellet, basé à Genève, qui ne joua que le rôle de prête-nom (contre la somme de 3000 livres) et confia l’impression elle-même à plusieurs imprimeurs genevoises. Le succès de la souscription fût spectaculaire et plutôt que de se confronter à Duplain, le puissant Panckoucke signa avec lui le « traité de Dijon »: Panckoucke fournissait la moitié du capital et les trois volumes de planches, Duplain était chargé de mener à bien le projet. 
L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert: synthèse et histoire des différentes éditions XVIIIe (tirage, prix, formats, etc.) (3)Charles Joseph PanckouckeFort de ses relations, Panckoucke facilitait également l’importation des balles depuis la Suisse, avec un succès tel que les imprimeurs suisses profitèrent de l’aubaine pour y cacher d’autres livres interdits. 
Les commandes affluèrent, les clients français qui souvent n’avaient pu acquérir les éditions in-folio se ruèrent sur cette édition, Panckoucke lui même reconnut « Le succès de cette édition in-quarto dépasse toute croyance ». Aux 4000 exemplaires prévus dans la souscription s’ajoutèrent 2000 exemplaires d’une seconde édition, puis encore 2000. Un total extraordinaire quand on connaît le nombre de volumes, et que l’on sait qu’un ouvrage « normal » était à l’époque tiré entre 1000 et 2000 exemplaires.
Les presses tournaient à plein régime pour imprimer ces 300 000 ouvrages. Le projet fît vivre l’imprimerie lyonnaise pendant quelques années, on y imprimait presque plus que cela. A Lyon encore on avait du mal à ce fournir en papier pour les autres livres, et même pour l’Encyclopédie elle-même et on envoyait des agents acheter du papier dans d’autres régions. Les fondeurs de caractères n’arrivaient qu’à grand peine à suivre le rythme.
Selon les comptes de la Société Typographique, ce projet rapporta un bénéfice brut de 1.3 millions de livres. Comme souvent pour les autres ouvrages de l’époque, le succès attira les contrefacteurs et l’on vît naître des contrefaçons ou des tentative à Genève ou Avignon, puis à Lyon. Duplain et Panckoucke s’employèrent à tuer ces projets dans l’oeuf, quitte à rémunérer les concurrents potentiels contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
Une autre initiative, plus sérieuse, vit le jour à Lausanne, avec un projet d’édition in-8. Encore une fois, Panckoucke manipula les concurrents à son profit.
Pour résumer, selon Robert Darnton, l’ouvrage de Diderot « connût quatre principales métamorphoses »:
1. La 1ère édition (1751 – 1772):- Format in-folio- 17 volumes de texte, 11 volumes de planches, 5 volumes de Supplément, deux volumes de Table Analytique- Tirage: 4225 exemplaires (entre 25 et 50% seulement vendus en France)- Prix de souscription: 980 livres- Prix quelques années après: entre 1200 et 1500 livres
2. La réimpression genevoise (1771 – 1776):- Format in-folio- 17 volumes de texte, 11 volumes de planches, 5 volumes de Supplément, deux volumes de Table Analytique- Tirage: 1250 exemplaires- Prix de souscription: 794 livres- Prix quelques années après: seulement 240 livres (en raison de la concurrence des in-quarto)
3. Les éditions in-quarto (1779 – 1781):- Elles correspondent aux trois souscriptions de Duplain, parues aux adresses de Pellet et de la Société Typographique de Neuchâtel- Format in-quarto- 36 volumes de texte, 3 volumes de planches- Tirage: 8011 exemplaires- Prix de souscription: 384 livres (épuisés au prix de souscription) – les libraires pouvant y souscrire pour 294 livres et en recevant 13 à la douzaine
4. Les deux édition in-octavo (1779 – 1782):- En réalité une seule édition augmentée, publiée à Lausanne et Berne.- Format in-octavo- Tirage: 6000 exemplaires- Prix de souscription: 225 livres
5. L’édition de Lucques, 1758-1776, 17 vol. de texte (1758-1771), 11 vol. planches (1765-1776).
6. L’édition de Livourne: 1769-1778, 17 vol. de texte (1769-1775), 11 vol. de planches (1771-1778) auxquels s’ajoutent en 1778-1779 les 5 vol. des Suppléments repris sur Pancoucke (4 vol. de texte et 1 vol. de planches).

Pour mémoire: Le salaire annuel d’un ouvrier qualifié était à l’époque d’environ 600 – 700 livres. Un abonnement à un cabinet de lecture coûtait environ 3 livres par mois.Un exemplaire de la première édition valait environ l’équivalent de 2450 pains de 4 livresL’Encyclopédie in-quarto représentait environ 1 an et demi de nourriture de base d’une famille… ou 6 semaines de revenu d’un bourgeois provincial, magistrat par exemple.
On le voit, plus le format et le prix diminuaient, ainsi que la qualité de l’impression et du papier, plus le texte devenait abordable pour des classes plus « populaires ».
L’Encyclopédie fût, on le voit, un projet gigantesque, un succès commercial extraordinaire qui attira les convoitises, mais qui draina également toutes les ressources d’un pan entier de l’industrie de l’édition et de l’imprimerie françaises et de leurs industries périphériques.
H
Ces notes sont inspirées de l’excellent ouvrage de Robert Darnton, Bohème littéraire et Révolution (tel gallimard), dont je conseille absolument la lecture si vous souhaitez en savoir plus sur l’édition au XVIIIe siècle. Cet ouvrage est absolument passionnant.
L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert: synthèse et histoire des différentes éditions XVIIIe (tirage, prix, formats, etc.) (4)

Foire aux questions sur l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Combien de volumes compte l’Encyclopédie originale ?

L’édition originale in-folio (1751-1772) compte 17 volumes de texte et 11 volumes de planches, soit 28 volumes en tout. Quatre volumes de suppléments (1776-1777) et deux volumes de tables (1780) furent ajoutés ensuite, portant le total à 35 volumes.

Quelle est la différence entre une édition in-folio et in-quarto de l’Encyclopédie ?

L’édition in-folio originale (Paris, Briasson, Le Breton, David, Durand, 1751-1772) est la plus prestigieuse. Plusieurs contrefaçons in-quarto et in-octavo furent imprimées en province (Genève, Neuchâtel, Lausanne) à partir de 1777, plus accessibles mais moins recherchées des bibliophiles.

Combien vaut une Encyclopédie complète aujourd’hui ?

Un set complet de l’édition originale in-folio (35 volumes), en bonnes reliures d’époque, peut se négocier entre 30 000 € et 80 000 €, selon l’état, la provenance et la qualité des reliures. Les exemplaires incomplets ou en reliures restaurées sont nettement moins chers.

Comment reconnaître une Encyclopédie authentique ?

Vérifiez la page de titre (mention « à Paris » chez les éditeurs cités, dates 1751 à 1772), le format in-folio, la qualité de l’impression, et la cohérence des reliures. La consultation d’un libraire spécialisé est indispensable avant tout achat important.

Pour aller plus loin

2 Commentaires

  1. C' est identique pour l'in12 il y a deux versions la plus courante par demi feuille Les cahiers Signature A page 1, B page 13, C page 25, ou moins courant par feuilles A page 1 , B page 25 , C page 49 etc. Pour l'in 18 par feuille la signature est identique à l'in 12 par demi feuille. Soit A pages 1 B pages 13 C pages 25…
    Parfois l'imprimeur coupe la feuille pas en son centre ce qui donne des formats composés, là cela se complique vraiment et peu varié d'un livre à l'autre mais peu fréquent dans le livre ancien.

    Daniel B.

  2. c'est bien, mais il manque ce qu'on ne trouve généralement pas facilement : les cas qui ne rentrent pas dans les cases, et ne sont pourtant pas rare. La description de l'in-douze, ou de l'in-18, par exemple..

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