Hypnerotomachia Poliphili ou la relative supériorité d’éditions postérieures sur l’édition de Alde Manucce. La « preuve par l’image »?

Amis Bibliophiles bonsoir,
Edition originale ou édition postérieure? Le débat ne semble que rarement se poser pour les bibliophiles, et pourtant les éditions postérieures peuvent parfois présenter bien plus d’intérêt que l’édition originale, pour peu que l’on se penche un peu plus sur le contenu, et qu’on dépasse le seul réflexe du collectionneur. 
Un exemple? Hypnerotomachia Poliphili (1499, Manucce), ou Hypnerotomachie, ou Discours du songe de Poliphile… (Kerver, 1546). L’édition originale, sortie des presses du Vénitien Alde Manucce en 1499 est évidemment un chef d’oeuvre, nul doute là dessus, mais on s’accorde souvent à dire que ce sont la deuxième édition en 1545 puis la première traduction en français proposée par Kerver en 1546 qui ont permis à cet ouvrage de passer à la postérité et de devenir l’un des livres les plus recherchés par les bibliophiles.
L’une des raisons, et non la moindre, est qu’en fait la traduction française permît de rendre plus intelligible la version originale en la simplifiant sans la dénaturer. On parle souvent d’une interprétation plus que d’une traduction d’ailleurs, ce qui n’empêcha pas Kerver de confier la responsabilité de traduction à Jean Martin, plus à même de rendre précisément les nombreux passages sur l’architecture.
Dans le même ordre d’idées, Kerver ne négligea pas pour autant l’illustration, et les planches souvent attribuées à Jean Goujon dans l’édition française viennent élégamment remplacer les gravures italiennes attribuées à Mantegna ou même Boticelli dans l’édition originale. Plus même, je trouve personnellement que les gravures de l’édition Kerver sont parfois plus intéressantes, plus riches, plus profondes que celles de l’édition originale: souvent les perspectives sont plus profondes et parfois, l’illustration française permet même de se représenter plus précisément ce qui n’était que suggérer dans la gravure italienne. Le cas de la gravure « Le supplice du feu et de l’eau glacée » en donne un bon exemple:Edition Alde Manucce, 1499Edition Kerver, 1546Personnellement, je trouve la gravure de Kerver, qui sera reprise dans l’édition de Guillemot (1600), beaucoup plus parlante et intéressante. 
Si on continue de considérer les gravures, l’édition de 1499 ne contient (naturellement) pas de frontispice, alors que ceux des éditions de Kerver et de Guillemot sont somptueux.


Enfin, pour la petite histoire, ou pour mémoire, souvenons que ce texte est attribué à Francesco Colonna grâce à l’accrostiche formé par les 38 initiales des 38 chapitres qui composent le livre et qui donne à lire: « POLIAM FRATER FRANCISCUS COLUMNA PERAMAVIT »; le frère Francesco Colonna aima passionnément Polia (Héroïne de l’ouvrage, NDLR).
Dans la version française, on retrouve l’accrostiche qui devient FRANCOIS COLONNE SERVITEUR FIDELE DE POLIA ».
Alors laquelle choisie me direz vous? Je vais vous faire une réponse de bibliophile: et bien les trois, Manucce, Kerver et Guillemot. L’idéal restant bien sûr de pouvoir comparer. 
H

La lettre du bibliophile

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Des ouvrages prisés des bibliophiles: les livres à système

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Amis Bibliophiles bonjour, A l’origine, un livre à système ou livre animé, est un livre comportant des mécanismes qui mettent en mouvement certains éléments pour en modifier la position ou pour découvrir des parties cachées. Par la suite, on désigne ainsi les livres pour enfants qui se développent en relief lors de l’ouverture des pages ou qui composent de petites scènes, animées par des volets à soulever, des rabats, des tirettes, des roues que l’on tourne. Les éditions du XVIe siècle de la Cosmographiade Petrus Apianus sont certainement les tous premiers livres à système et sans doute les plus connus, on y voit les représentations de phénomènes astronomiques comme les éclipses, comportant des disques mobiles : les fragiles volvelles, souvent victimes des atteintes du temps.    La Sphaera de Sacrobosco est un autre exemple fort semblable. Certains traités d’anatomie de la même époque comportent des planches dont certains éléments peuvent être soulevés pour laisser voir les organes intérieurs. On trouve également des ouvrages sur les exploitations minières comme La Richesse Minérale de Héron de Villefosse.   Ces ouvrages anciens posent les bases du livre à système : disques, languettes, pages découpées. Fin XIXe – début XXe sont apparues des encyclopédies didactiques, dans le domaine des sciences et techniques, abondamment enrichies de maquettes en carton mince comme dans l’Atlas de l’ Encyclopédie de Mécanique et Électricité de Henri Desarces.  On pourrait aussi mentionner certains Livres de médecine où l’on voit des écorchés anatomiques, certains (comme le Livre d’Or de la Santé de Magnus von Platen) ayant été munis d’un fermoir à clé dans le but de les soustraire à l’avidité de connaissance des adolescents en quête d’illustrations instructives …  Dans un tout autre domaine, on trouve un ouvrage, curieux et peu courant : La Confession coupée ou la méthode facile pour se préparer aux confessions  par  le R. P. Christophe Leuterbrewer, franciscain belge, paru pour la première fois en 1677. L’ouvrage est recherché pour sa singularité, chaque page est découpée en languettes contenant chacune l’énoncé d’un péché : lors de l’examen de conscience, le pénitent sort les languettes qui le concernent afin de ne rien omettre au moment de la confession.   LES LIVRES À USAGE RÉCRÉATIF C’est au cours du XIXe siècle que l’on voit apparaître des livres et des illustrés comportant des personnages à découper et à placer dans un décor ou des figurines de poupées accompagnées de leurs vêtements.   Par la suite viennent les livres à système proprement dits, dont les figures sont animées par des mouvements de tirettes ou de disques, d’autres où un relief se manifeste lors de l’ouverture des pages. C’est  l’époque des lanternes magiques aux plaques dessinées et coloriées – certaines animées et appelées chromatropes – des Phénakisticope, zootrope, mutoscope et Praxinoscope, préfigurant le cinéma. Ces divers appareils font eux-mêmes les délices des collectionneurs de Pré-Cinéma.
  La production de ces ouvrages ludiques se poursuivra jusqu’à nos jours avec des hauts et des bas. Au début des années 60, on assistera à la naissance du Pop-Up moderne : des éditeurs américains  proposent des livres très élaborés et vivement colorés dont la complexité révèle une inventivité toujours plus poussée. Les éditeurs puisent dans les récits traditionnels (comme les Contes de Perrault) ou s’inspirent des productions cinématographiques (Cendrillon, Mickey …) tout en conservant une part de création spécifique.  

  Malgré l’invasion massive des jeux électroniques, le domaine du livre animé reste aujourd’hui bien vivant. Comme c’est le cas pour tous les jouets, il est aussi bien plébiscité par les adultes que par les enfants. Les superbes réalisations, généralement fort fragiles, sont d’ailleurs souvent soustraites aux petites mains destructrices : les collectionneurs, comme pour les BD, deviennent de plus en plus exigeants et pointilleux, l’idéal pour eux étant le livre conservé sous la cellophane d’origine et jamais ouvert ! Ne rencontre-t-on pas les mêmes excès (sans intention péjorative) chez les bibliophiles qui conservent non coupés des livres du XIXe ou antérieurs, quand il s’en trouve.
 Aujourd’hui, cette vitalité du livre à système se concrétise par des expositions un peu partout dans le monde. Gageons que les futurs bibliophiles, qui seront à mille lieues des langues mortes et de la littérature humaniste, feront leurs délices de ces productions éphémères et délicates. C’est déjà le cas pour les bandes dessinées, avec les excès que l’on sait. René

4 Commentaires

  1. Reste le cas des éditions postérieures, mais illustrées, qui peuvent alors être plus recherchées que les éditions originales non illustrées. Phénomène qui concerne tout de même quelques livres.

    Pour le songe de Poliphile je ne saurais trancher. Le dépouillement des gravures de l'édition Alde Manucce donne à celui qui les regarde l'envie d'y rajouter des détails issus de son propre imaginaire, de les "remplir". Elles sont moins passives, c'est une force -et pour moi une qualité- que ne possèdent pas les gravures de Goujon, plus riches, donc plus explicites.

    Le mieux est, de très loin, de posséder toutes les éditions 🙂

  2. les éditions originales sont souvent inférieures (littérairement) à d'autres éditions postérieures, complétées et/ou corrigées, et qui pourtant sont moins recherchées… l'édition à privilégier serait alors "la dernière édition révisée par l'auteur, juste avant sa mort", ou mieux "l'auteur est mort en corrigeant les épreuves". C'est un peu morbide…

  3. Bien sûr, les gravures des éditions françaises sont belles aussi, mais l'édition de 1499 est mythique et c'est ma préférée … J'ai un exemplaire de la première édition française donnée par Kerver en 1546 (défectueuse hélas …) et j'y ai remarqué une particularité que je n'ai jamais vue mentionnée nulle part. Nul doute qu'un(e) savante(e) internaute m'éclairera : Outre les gravures et la typographie, cette première édition française se distingue par de belles initiales en arabesques. Sur mon exemplaire ainsi que ceux qui sont consultables en ligne, plusieurs de ces initiales sont à fond criblé (le "F" du f. 21 verso par exemple) et altèrent l'harmonie de l'ouvrage. Un carton a alors été systématiquement collé par dessus reprenant une initiale en arabesques et rétablissant la cohérence stylistique de l'ouvrage. Ces cartons semblent assez systématiques et ont donc été apposés directement chez l'imprimeur. Cette particularité a t'elle déjà été remarquée et est-elle connue sur d'autres ouvrages ?

    Philippem

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