Variations sur les Heures Hachette: fourgon de la Brinks, Dorgis de la Reine, Lancastre, Bedford et autres fantaisies… La parole est à l’expert

Amis Bibliophiles bonjour,
Régulièrement, le Blog du Bibliophile propose un message qui sort de l’habitude, par son intérêt, son style, son importance, ou même sa longueur (petites manipulations autour d’un ouvrage, disparition des cols rouges, etc.). Parfois encore un message peut présenter toutes ces caractéristiques. C’est le cas aujourd’hui, avec l’aventure épique, que notre ami Ugo a vécue autour des « Heures Hachette », et qu’il va nous conter. Cet article restera quelques jours sur le blog, pour permettre à chacun de le lire, de le relire, de le partager, de le commenter, et j’ai envie d’ajouter, de s’en délecter…
« Deux millions… 2 millions ??? 2 millions !!! D’euros ??? Ben oui, pas des drachmes. Adjugé 1680000, 2019000 frais inclus.
Saperlipopette !!! comme dirait un commissaire-priseur de mes connaissances, pas celui dont on parle, mais un autre, avec des moustaches en guidon de vélo et un fond de commerce ancré vieille France.

Attendez, attendez… je ne suis pas payé et si, à dieu ne plaise, je le suis un jour, je ne l’aurais pas volé mon pognon. Décembre 2010 que je transpire sur cette histoire, septembre 2011 que j’en fais un quasi plein temps. 14 mois à l’avoir en tête, 8 à bosser dessus. Et je vous fais cadeau de mon activité durant les mois qui ont suivi la vente, jusqu’au jour d’aujourd’hui. N’oublions pas les 10 000 € de moins au compteur. C’est ce que m’ont coûté mes spécialistes et stagiaires sans parler de la doc.
Huit mois c’est beaucoup, faut être un expert un peu laborieux de la comprenette, pour y passer autant de temps. Une raison à cela, c’est qu’il a fallu m’imprégner peu à peu de ce que je devais dire et ne pas dire, faire et ne pas faire. Mais ce n’est pas la raison principale…
Basta ! On est ici pour parler de livres entre amateurs distingués; ce n’est pas une tribune libre. Dommage, j’en aurais long comme les deux bras à vous raconter…
Dans la série j’ai-du-tout-faire-moi-même, prenez le proposal… c’est bibi. Pour les ceusses qui savent pas, un proposal en France c’est une proposition commerciale qu’on appelle de son nom anglais parce que c’est nous qui faisons comme eux et pas l’inverse; un peu comme les Condition Report réclamés impitoyablement à un expert francophone pourtant honnête homme dans ses descriptions.
Attention, un proposal chez les roast-beef, c’est grand comme un bouclier de légionnaire romain, avec des photos de votre bouquin sur les genoux de la reine, voire en cache-sexe du prince Harry. Et puisqu’il faut viser l’international, autant s’adresser aux nouveaux riches du céleste empire; aussi ne vous étonnez pas de le retrouver, en double page centrale, brandit par Lin Piao devant un bataillon de Gardes Rouges.
En fait le proposal, je l’ai torché vite fait et balancé au copie-shop du coin. A ce moment mon illustration fétiche, c’était la neuvième; je l’avais mise en couverture. La neuvième, celle de la fuite en Égypte, à cause de ce petit âne qui porte la sainte famille, avec un air tellement déterminé, qu’on dirait un taureau. Disons que ma détermination à moi, elle visait le One Million book. Quant au petit âne, l’enluminure le montre au terme de sa mission, débarquant son petit monde à Hermapolis; même que dans le décor, une idole se casse la gueule de son piédestal comme vous l’avaient prophétisé Isaïe et Jérémie. Pourtant ça n’a pas été un trajet fastoche; regardez la grande lettrine portant un dragon, Alors Jésus, descendant des genoux de Marie, se dressa devant les dragons; et ceux-ci l’adorèrent. En plus ça se passe dans des grottes, flippant non ? Il est plus sûr qu’un fourgon de la Brinks ce petit âne…

Euh… vous le connaissiez, vous, ce chapitre de l’évangile du Pseudo-Matthieu ? L’évangile de qui, au fait ? Et d’ailleurs qu’est-ce que ce pseudo-Matthieu, avec deux t, qui fait sa pelote dans un livre d’heures consacré par la sainte église de la troisième décennie du quinzième siècle ? Apocryphe, vous dites ? Ah, je veux bien parce que je n’imagine pas un père de l’église nous seriner qu’à lui tout seul, le petit Jésus il calme une bande de lascars dans le RER.
Et vous croyez que ça s’arrête là ? Même pas ! C’est quoi cette racine tordue dans la composition ? L’emblème du duc ? Là, faut chercher, pas trop loin d’ailleurs, au feuillet 256 des Heures de Bedford, avec notre bon duc en prière devant saint Georges et la racine en question dans l’enluminure et aussi dans les bordures, encadrant son blason. Absolument rien à voir; oui mais ça reste une racine. Ouais… mais des signes j’en ai déjà une pelletée dont certains, pur jus de mon enthousiaste imagination; alors arrêtons les frais.
Pourtant, ce n’était pas faute de m’épuiser les yeux; j’avais transformé le bureau en annexe du NCIS. Aux murs, scotchées sur 5 rangs de hauteur, les photos de chacune des illustrations, d’enluminures tirées d’ouvrages similaires pour les comparaisons, du lacis des coutures pour comprendre les restaurations, d’exemples de patrons de l’atelier de Bedford, de plannings divers et variés, de schémas avec pleins d’ensembles et de sous-ensembles. Alors je les connaissais par coeur ces Heures Hachette. Sirotant une Honey Ale, gentiment offerte par la Maison Blanche, je les épiais tant et plus. Le lion dans la verrière de Saint-Mathieu (un seul t), similaire à celui du blason des Luxembourg, c’est mon oeil d’aigle qui l’a découvert; le dragon dans la lettrine, pareil; la fleurette cubiste dans la bordure du ff. 262, idem; le chapeau du chasseur d’ours dans celle du 131 identique à celui de Saint Julien dans les Heures du maître de Dunois, kif-kif.

Bon d’accord, mon enthousiasme se faisait souvent talocher, mais c’est un peu comme ça, outre le temps passé à lire tout ce que je pouvais trouver sur le sujet, que j’arrivais à tenir la distance avec mon tiercos de spécialistes, tiercos au sens 3 du terme, n’imaginez pas que j’avais une phalange espagnole à manœuvrer. Et comme à moi, on ne me la fait pas, j’avais, chiffre 3 oblige, organisé ça sur un mode cellule communiste, 2 qui militent, un qui surveille; avec alternance aléatoire et myself en Politburo.
Faut dire que, comme pour le petit âne, le cheminement du Book, ç’avait pas été un vol Concorde first class. Dans le décompte des cahiers, le suivi des réclames, la répartition des attributions, tout à été à refaire plusieurs fois. Tiens, à cause de l’enluminure de Pierre de Luxembourg, on s’est retrouvé à Amiens sur les traces de Raoul d’Ailly et des Heures de Châtillon. Surtout qu’à l’étude, ça bouillonnait sévère dans les calculettes. Pensez-donc, 4 millions d’euros, juste aux débuts de l’Euro. Et vas-y que je te pose des règles de 3 sur le prix du pain. Combien coutait la baguette, en 1953, 2001 et 2012 ? Et le lingot, hein ? Que ça gênait personne que ça n’avait rien à voir, pas les mêmes ateliers, pas les mêmes artistes, deux fois plus grand, deux fois plus de miniatures, un destinataire reconnu, une histoire facilement reconstituable. La nuit et le jour quant au grand silence de mes Heures Hachette. En plus une sombre affaire de thèse indélicatement empruntée à une sommité Anglo-saxonne; aussi un donateur majoritaire qui menace de jeter l’éponge si l’état ne se sort pas les doigts des trous de nez pour trouver les fonds manquant. Bref, de quoi tartiner un Da Vinci code; ce qui peut s’avérer utile parce que votre cible n’est pas forcement la Morgan Library déjà bien pourvue en manuscrits de cette période, mais éventuellement un gagnant de l’euro-million qui lui ne cherche qu’à éviter l’impôt à une partie de son nouveau capital.
A propos de donation, pensez à mettre 10 balles dans la souscription pour les Heures de Jeanne de France, il manque 250 000 sur 1 000 000 €. Vous faites suffisamment de coups fumants sur ebay, pour ne pas aider la conservation du patrimoine.
Bon d’accord, à 1 million, vous étiez acheteur vous aussi; que voulez-vous que je vous dise ? D’accord aussi, vous les aviez trouvé pas troppo caro, les Heures de Claude de France à 2 000 000 adjugé. En plus quand vous les retrouvez sur plateau tournant dans une vitrine du grand Palais, avec un relifting de reliure dont un léger enchâssement d’or fin; qu’entre les différentes rumeurs, le prix tourne entre 7 et 10, vous vous dites qu’à ce compte peu importe le prix annoncé; le vrai prix sera celui de la transaction effective, le jour ou elle se fera. Ce qui n’empêche pas qu’il est grand temps que vous ayez 1 million à miser, vous aussi, et moi tout autant.
Quoi, le coup du plateau tournant ça vous estomaque ? Mais moi aussi, mon cher; la preuve qu’on doit être dans le même camp. Enfin plus vraiment… Vous, vous êtes restés du coté de la chose imprimée; moi, faut que je fasse de l’apnée dans la chose enluminée. Tenez, ces Heures Hachette, je ne savais pas par quel bout les prendre. D’héritage en remariage, pas un des proprios ne savait me dire d’où elles venaient. Ah si, une vague allusion à un galeriste décédé, bien connu par moi sinon de vous. Et alors ? Alors, rien. Quid, quae, quod, mystère et boule de gomme. Mais bon, à force de constater mon inefficacité en tant qu’expert, je me suis constitué quelques parades. La principale étant de faire bosser les autres. Pour commencer, je buttais sur l’ex-libris. Que faire ? 
Tout simplement poser la question ici-même:
(http://bibliophilie.blogspot.fr/2011/04/courrier-des-lecteurs-identification.html).  
A-J H ? André-Jean Hachette ! Facile, suffisait de chercher dans le Lugt. Et pourquoi notre vaillant expert, il a pas trouvé ça tout seul ? Primo parce qu’il a pour principe de se rafraichir avec le widget Éventail.2.0 de son iphone pendant que d’autres triment à sa place et secundo, c’était un ex-libris de collectionneur d’estampes, pas celui d’un bibliophile. Donc je profite des lumières de Sarah Wiborade, sainte par désignation (c’est moi qui désigne) grâce à ce blogue (c’est moi qui orthographie). Là, je pouvais imaginer retourner siester tranquille. Vendu en 1953, donc décrit en 53. Un petit copié-collé et passez muscade; ma fiche est bouclée et qui viendra me reprocher de ne pas être allé plus loin que mes glorieux ancêtres ?

Sauf que les ancêtres en question, ils ne se sont pas foulés; bonjour la fiche… une datation erronée, aucune attribution, une enluminure en moins et une page en plus. Devaient être sous quelque chose les mecs, quant ils ont manipulé le book; genre Kamenitza blonde ou Zagorka ambrée. En outre il est évident qu’ils se plantent; s’il manque 3 feuillets comment peut-on tomber sur un chiffre pair, quant au décompte ? À un moment je me suis demandé si on parlait bien du même bouquin… Mais pas de doute; dans leur beuverie, ils lui supposent une provenance royale because des couronnes relevées dans les marges et ces couronnes, elles sont bien là aux pages qu’ils indiquent. Comme argument aussi, un dais fleurdelisé recouvrant le catafalque de l’office des défunts. Oui mais voilà, les couronnes dans les bordures, ça se pratique un peu partout à l’époque. Même les bataves en sont friands alors qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est un roi. Les fleurs de lys, c’est encore plus glissant comme sujet; sauf que c’est un début de puce à l’oreille. Il y a un monarque intérimaire qui en use et en abuse, c’est Jean de Lancastre, duc de Bedford. Le Godon qui règne sur la France pendant une treizaine d’années pour le compte de son neveu, petit minot mais roi d’Angleterre, bien en peine, vu son tout jeune age, de tracer nuitamment et d’un seul jet, la carte de ses royaumes sur les draps de sa royale couche. Chez notre bon duc, les lys en drap mortuaire, commémorent le décès de Charles VI; c’est le symbole de la transmission de la couronne de France à des mains anglaises. After, finish les Capétiens, welcome aux Plantagenets; Azincourt et traité de Troyes obligent.
Bedford…. Bedford… C’est rigolo que vous me parliez du régent parce que c’est le premier mot que prononcèrent mes spécialistes passé la demi-heure d’ébahissement admiratif que leur suscita la vision des quelques photos dont je disposais enfin.
Sous le régence du Lancastre, le principal atelier d’enluminure parisien est celui du maître Bedford et ce n’est pas pour rien que le duc, faute de SLAM et d’Ebay, ces deux mamelles de la bibliophilie moderne, s’adresse à lui pour étoffer sa bibliothèque, lui donnant au passage son nom de convention. Beaucoup d’artistes ont fui Paris (d’où l’intérêt d’identifier les écoles provinciales comme celle d’Amiens) non par crainte des Anglais qui sont plutôt un facteur de stabilité, mais du fait des horreurs chroniques de la capitale. Il ne fait pas bon vivre à l’ombre de Notre-Dame sous le règne de Charles, sixième du nom. On s’étripe grave, ça se tue et s’entretue comme en 40. Ça commence avec les Maillotins, imaginez, on écrabouille les fonctionnaires de Bercy à coups de maillets plombés; on continue avec les Écorcheurs, le nom suffit, je ne vais pas vous faire un dessin, qui, remontant du midi ne s’arrêtent qu’aux portes du faubourg Saint-Martin; puis les Cabochiens et croyez-moi, ce ne sont pas des tendres; s’ensuivent Armagnacs et Bourguignons qui tour à tour colorent la Seine de leur sang. Ah oui, elle est pas top zen la vie du petit peuple parisien en ce premier tiers du quinzième au feng-shui passablement perturbé; un monarque fol-dingue, plus de papes que vous ne sauriez en compter, une fine fleur de chevalerie laminée par des croquants armés de longbows; et si pour vous changer les idées, vous emmenez madame guincher, craignez les risques d’incendie niveau bazar de la Charité. Un bal des ardents, ça te branche ma mie ?

Est-ce à dire que l’atelier Bedford ne doit sa renommée qu’à une absence de concurrence? Certainement pas. Le maître s’est frotté au plus grands et du coup, en est devenu un lui-même; le maître de Rohan, météorique Van Gogh de l’enluminure, le maître de Boucicaut, les frères Limbourg dont il a pris brièvement le relais dans les Très Riches Heures de Berry, Jacques Coene, Robert Campin et j’en passe, jusqu’à Jean Fouquet qui aurait fait ses premières armes dans son atelier.
Un chiffre pour l’exemple ? (je sais bien qu’il n’y a que les histoires de gros sous qui vous intéressent). 8 enluminures de la main du maître adjugées 800 000 € en 2006 par nos amis héréditaires les english (encore eux). Vous avez la cote de l’artiste, 100000 la barbouille de 10 cm de coté. Pas mal, non ?
Mais revenons-en à nos Heures Hachette. Un livre d’heures incognito, faut d’abord déterminer d’où ce qu’il est; son usage que ça s’appelle. On ne suit pas la liturgie de la même manière sur le Tibre et sur l’Arno. Vous connaissiez Brunet, je vous présente Leroquais. Il a tout dit sur tout. Par exemple si, dans le calendrier, vous trouvez saint Anonymous et le bibliophile Rhemus, il y a de fortes chances pour que vos Heures soient à l’usage des blogueurs ici présents. Le calendrier des Heures Hachette, il est Parisiensis de chez Parigot. Donc, je confirme, nous sommes en présence d’heures à l’usage de Paris.
Mais j’exagère, ce n’est pas une terra tout à fait incognita que les Heures Hachette. De fait elles ont été étudiées dans les années 70 par une pointure, Eleanor Spencer. Enfin étudiées, pas tout à fait, elle s’est contentée de reconnaitre les artistes. Mais ça me suffit, mille mercis et mille respects, madame. J’espère qu’aujourd’hui vous devisez tranquillement avec le Maître de Rohan dans cet olympe VIP que le bon Dieu réserve aux chantres de la miniature médiévale. Deux artistes donc, du moins deux artistes principaux, car faudrait pas oublier toutes les petites mains extrêmement spécialisées qui participent à ce genre de travail, scribes, vigneteurs, artistes chargés du décor des bordures, peintres des lettrines, etc. De plus, je ne peux faire l’impasse sur une troisième main, heureusement limitée à des repeints aux visages de la Vierge, qui n’entrait pas dans le propos de miss Spencer.
Tout de même, les voilà mes deux gaziers, le Maître de Dunois et le maître de la légende dorée de Munich; je prends sur moi d’ajouter, travaillant dans l’atelier du Maître de Bedford.

On a les noms, ça se dessine; le maître de Bedford, c’est Haincelin de Haguenau; le maître de Dunois, considéré longtemps comme son principal associé, c’est son propre fils Jean Haincelin; quant au maître de la légende dorée de Munich, j’aimerais bien lui coller un nom, mais là c’est plus tangent. Si j’ouvre le New York Times en date du 23 septembre 2000, rendant compte de la Biennale Parisienne, je lis ceci : … an unrecorded Book of Hours by the « Munich Master of the Golden Legend, » … a previously unnoticed Latin signature over the figure of a saint, « Dominus Conradus Toliensis fecit » (Master Conrad of Toul made it). Galvanized by the sensational find, a Swiss collector carried away the dollars 1 million prize… Ce qui en langage courant se traduit par 1) on a identifié le MLDM, il s’appelle Conrad de Toul, 2) un citoyen Helvète s’est fendu d’1 million de $ pour acquérir l’ouvrage tellement ça lui en bouchait un coin. Bingo, me direz-vous. Pas vraiment, Toul se disait en latin Tullum Luscorum. En revanche, Dôle dans le Jura peut correspondre à Tholensis. J’ajoute que des paléographes plus qu’autorisés n’y ont vu qu’un simulacre d’écriture, un peu comme sur les phylactères quand l’espace devient trop restreint pour tracer des lettres. Bon je ne sais pas ce qu’en pense le suisse délesté de son million, mais si je vous dis que le marchand ayant empoché la somme n’est pas défendeur de l’indéfendable genre bibliophil66 alias pseudonyme66, mais bien le même qui présentait les Heures de Claude de France sur un plateau tournant au Grand Palais, j’aimerais savoir ce que vous autres, bénévolents lecteurs, en pensez de votre coté ?
Mais, restons froids, une description pour vente aux enchères, ça ne sert pas à donner des leçons de latin. Alors je vais m’en tirer ainsi : le Maître de la Légende Dorée de Munich, qu’une identification récente assimile à Conrad de Toul. fermez le ban.
Et finalement, des informations il en lâche, notre livre d’heures.
Voyez ce programme éditorial que n’aurait pas renié Filipacchi; aussi finement concocté que NewLook et Mademoiselle Age Tendre.
Prenez les bordures, une conception rarissime, faites en 2 campagnes (quand vous parlez de livres d’heures, abusez du terme « campagnes » ça vous situe tout de suite comme savant); une classique pour les verticales et une autre extrêmement remarquable pour les horizontales. Là, faut mouiller son maillot… allez, on se lance ? Attention, c’est risqué, ne venez pas me dire que je ne vous aurais pas prévenu. Les bordures horizontales ont été exécutées sous la direction du maître de Dunois, peut-être avec sa participation pour certaines… Ça vous paraît négligeable comme affirmation ? Ignorants que vous êtes. Faut une ceinture noire es livres enluminés pour se risquer à avancer cela. La ceinture blanche que je suis frise le ko par ippon dès la première minute. Mais bon, je tente le coup. Et ça passe, Teddy Riner vient me demander un autographe.
Abrégeons; si cela intéresse quelqu’un, ma description est disponible sur internet; alors permettez-moi de sauter les étapes.
Pour résumer, un livre d’une qualité exceptionnelle, d’une unité remarquable, réalisé dans un délai très court par deux artistes parmi les plus en vue de leur temps, suivant les patrons et modèles en usage dans l’atelier du maître de Bedford.
Encore un petit coup de gégène et le fellagha Hachette finira bien par cracher le morceau, nous balancer son premier propriétaire. Parce qu’il est bien là mon problème. Un livre d’heures aussi classieux, ça suppose un commanditaire imposé à 75 % dès qu’il dépasse le million de revenu annuel. Sauf que des gaziers qui payent l’ISF en 1430, y’en a pas des masses. Non pas qu’ils se soient fiscalement évadés en Belqique. Mais parce que personne n’a plus un rond. Ni les Britons, ni les Fransouzin. À cause de la guerre de 116 ans, à moins que ce ne soit 138, qui est alors nonagénaire.
Au mieux de sa forme, notre régent Jean de Lancastre, duc de Bedford, il tient Paris, banlieues du neuf-trois incluses, avec une petite trentaine d’archers et de sergents d’armes. No problemo, il a remis la France, entre Rouen et Paris, au travail; Work more for gain more.
Perso, il me turlupine sévère le Lancastre. J’ai l’occasion de comparer nos Heures Hachette à un autre livre d’heures, les Heures Gaptière réalisées pas notre même binôme d’artistes; la tourbe et le marbre (je dois avoir déjà casé le jour et la nuit quelque part), les enluminures à la va-vite, les bordures d’une densité divisée par 10, vraiment pas comparable. Pourtant ces Heures Gaptières elle sont proposées à 700 000, devinez par qui ? Ben oui, par notre marchand au plateau tournant… Marché quand tu es tenu…
Du coup, je prends conscience de deux choses. D’abord qu’en visant le million je ne débloque pas trop; ensuite qu’Haincelin le jeune et Conrad du grand-est, ils ont vraiment donné le meilleur d’eux-mêmes. Et pour cela je ne vois qu’un motif, l’importance du commanditaire.
A l’appui d’un lien entre notre manuscrit et Jean de Lancastre, il y a cette dévotion affirmée pour Jean-le-Baptiste et non pas son homonyme l’évangéliste. D’accord faut gratter en profondeur, exhumer un testament du duc rédigé du vivant de sa première épouse Anne de Bourgogne; compulser les illustrations d’autre livres, à lui destinés. Les heures Bedford bien sur, mais aussi le bréviaire de Salisbury ou encore un texte laïc, les Amphorismes Yppocras (cherchez pas, ça s’écrit ainsi et pas autrement). Tout ça pour vous dire que le saint patron du régent est Jean-en-peaux-de-bêtes qui manie l’onction baptismale sur les bords du Jourdain et que visiblement on l’a collé partout ou c’était possible. Au calendrier en lettres d’or, histoire de bien montrer que c’est un saint qui ne compte pas pour du beurre; en train de baptiser le christ pour illustrer, choix assez peu usuel,  les heures de tous les saints; aux suffrages de même, par ailleurs le seul saint dont on salue aussi l’octave; prêchant dans le désert pour orner l’une des deux grandes initiales historiées à 5 lignes de hauteur; 5 lignes c’est beaucoup, le manuscrit est établi sur 16 ou 17 lignes, soit près du tiers de la page.

Les Heures Hachette, on ne peut pas dire qu’elles soient destinées à notre régent, tout simplement parce qu’elles n’y font pas référence. Ni devise, ni emblème, encore moins un portrait; même pas un de ces signes à l’usage exclusif de ceux qui savent et qui, bien souvent, parsèment ce genre d’ouvrage. Par contre, on peut avancer qu’elles sont destinées, étrennes ou remerciement à une personne de son proche entourage. L’élément le plus objectif est cette dévotion à Saint Jean-Baptiste, mais on peut aligner quelques considérations subjectives (traduisez par opinions que je partage avec moi-même). Il paraît improbable que le directeur éditorial d’un livre d’heures, qui est généralement le chapelain du commanditaire, soit autorisé à pomper des compositions exécutées pour le compte du régent; ce serait suicidaire pour l’atelier. A contrario, prenons les Heures Sobieski, probablement exécutées pour Marguerite, fille de Jean sans Peur et veuve du dauphin Louis, à l’occasion de son remariage avec Arthur, futur duc de Bretagne. Les similitudes sont frappantes avec les Heures Bedford. Si vous vous rappelez que Marguerite est la sœur ainée d’Anne, première femme de Jean de Lancastre et que leurs épousailles respectives ont lieu la même année, 1423, vous avez l’impression que tout se met en place. Produits dans le même atelier, ces deux manuscrits offrent de nombreux reflets, cependant tempérés par une hiérarchie dans le luxe. Destinées à un couple pas encore ducal, les heures Sobieski sont moins somptueuses que les Heures Bedford composées pour l’homme qui, à cette date, est le plus puissant de la chrétienté.
En fait, c’est loin d’être aussi clair et les médiévistes s’écharpent tels les Dorgis de la reine et les Terriers  du prince Andrew. Primitivement, les Heures Bedford n’auraient pas été destinées à Jean de Lancastre mais à Louis de Guyenne, justement le premier époux de Marguerite de Bourgogne. Tout ce qui concerne Lancastre aurait été rajouté en 1430, au moment ou Anne et son régent de mari les offrent à Henri VI, roi régnant d’Angleterre et postulant roi de France. Resterait à déterminer la chainon manquant; en quelle occasion Marguerite à transmis les Heures Sobieski à sa soeur Anne ?
Retenons cependant le procédé, quand Jean et Anne offrent les Heures Bedford à leur roitelet, ils font ajouter leurs portraits et emblèmes plutôt que ceux du petit Riton. Ce qui, lecteurs sceptiques et toujours avides d’un trébuchement du pseudo-expert (avec un seul t) que je suis, vous permet de mieux avaler ce que vous pensez être une couleuvre, à savoir un membre du proche entourage du duc comme destinataire des Heures Hachette.A ce propos permettez-moi, si vous eu la patience de me lire jusqu’ici, de suspendre mon récit pour m’accorder à moi-même une pensée charitable, au vu de la masse d’informations que j’ai du vendanger pour en tirer ce vin pas trop clairet que je verse dans le gobelet de votre entendement.
Reprenons; nous disions, un proche du régent… Da, gospodine… mais qui donc? La, j’ai une enluminure extrêmement rare, représentant un saint contemporain, une icône de son temps, Pierre de Luxembourg. Évêque de Metz puis cardinal d’Avignon, disparu en 1387 à l’age de18 ans; canonisé en 1527 mais dont la cité des papes fait l’un de ses saint patrons en 1432. Un saint de la plus haute actualité quant à la date de production de nos Heures Hachette. Il pourrait ne s’agir que d’un Tweet du chapelain destiné à réveiller son maître pour le cas ou il somnolerait de trop pendant la messe. Oui mais dans la verrière de l’enluminure de Saint Mathieu, on retrouve, tout juste discernable à l’oeil nu, le blason des Luxembourg…

Alors nous y sommes; mon jeu est plutôt vide, mais j’ai tout de même quelques cartes en main, pas une quinte flush, à peine un brelan mais c’est déjà pas mal.
Je divise ma fiche en trois parties, ce qui, pour un ancien diplômé d’une grande école, formé aux rythmes binaires comme je le fus en des temps déjà anciens, est un blasphème, mais tant pis. Distribution – décoration – commentaire. Bien sur, une introduction pour dire à quel point ce livre est exaltant et l’expert performant; mais de conclusion, polope… S’il s’agit conclure, je vous laisse faire. Quant à moi je n’ai fait que tracer un vague sentier que d’autres se chargeront de suivre… ou pas.
D’abord la distribution liturgique, et là il me faut toute la rigueur fouettarde de ma paléographe. Celle-la même qui m’a mis sous le nez qu’il fallait compter 34 cahiers et non 33 comme je le pensais depuis le début. C’est une perle cette nana… On commence par le calendrier, les saints mis à l’or, ceux dont on salue la vigile ou l’octave; jusqu’à cette sainte Gemme, seule bienheureuse n’appartenant pas à l’usage parisien. Et pourquoi elle précisément ? J’ai le choix entre deux saintes de ce nom, l’une morte en 109, martyre des premiers temps; et l’autre disparue en 1429 qui par vocation, à moins que ce ne soit pour échapper à un édile harceleur genre DSK (cf. Acta Sanctorum, Société des Bollandistes, 1680-1688, t. 3, p. 182), vécut 30 ans emmurée dans une chapelle dédié à… saint Jean-Baptiste. Allez, devinez entre ces deux saintes pour laquelle je penche. Viennent ensuite les péricopes des évangiles avec Jean, Marc, Luc et Mathieu (un seul t) en morceaux choisis. Un petit détour par la passion selon Saint-Jean et on attaque les heures de la vierge, Matines, Laudes, Prime, Vêpres, Complies; manquent Tierce, Sexte et None. Suivent les heures pour chacun des jours de la semaine, de la Trinité pour le dimanche, des défunts pour le lundi, du Saint-Esprit pour le mardi, de tous les saints pour le mercredi, du Saint-Sacrement pour le jeudi, de la Croix pour le vendredi, de la Vierge pour le samedi. Puis les prières particulières dont celle de Pierre de Luxembourg,avec cette délicate antienne Deus Pater, qui creasti et illuminasti, suscipe me penitentem… Suit l’office des morts précédant les suffrages, puis les Prières à dire pendant la messe, les Quinze joies de la Vierge, Les Sept requêtes à Notre Seigneur commençant par Beau Sire Dieu regardez moi , enfin quelques oraisons et pour finir la dernière ligne du manuscrit, Que vray confez puisse morir. Amen. Il y une poésie infinie dans ces textes…
La seconde partie de ma fiche fait un sort aux illustrations. Je me base sur le travail de ma consultante en manuscrit enluminés. Elle a été formée à l’ancienne, à une époque ou le numérique n’avait pas bouleversé la diffusion de la miniature médiévale. Les œuvres étaient difficilement accessibles les clichés rares et couteux, du moins pour des bourses estudiantines. D’où ces descriptions qui nous paraissent tellement scolaires parce qu’elles incluent tout ce que nos yeux voient, le nécessaire comme le superflu. Bon, j’élague et je raccourcis parce que ce serait trop sopo. Par contre je développe ce qui me paraît décisif pour le but que je poursuis (le million, what else ?), comme ce pot de fleurettes rouge qui se promène d’une enluminure à l’autre. Sorte de private joke au sein de l’atelier, on le retrouve dans les heures Bedford et Sobieski. Plus généralement, j’ajoute ce sur quoi j’ai décidé de plancher en solo, principalement les comparaisons avec d’autre travaux issus de l’atelier Bedford, ces deux livres d’heures bien sur, mais aussi le bréviaire de Salisbury, destiné au duc, dont la scène du baptême peut avoir servi de modèle, du moins pour la structure de la composition, à son équivalent dans les Heures Hachette. 32 compositions aux bordures du calendrier dans le meilleur style Bedford. Saints et prophètes dans des médaillons ou émergeant librement d’un buisson d’acanthe, occupations du mois et signes du zodiaque dans des petit tableautins. 22 enluminures, en quasi-pleine page, dans des bordures d’encadrement non reprises au verso et deux initiales historiées de six et cinq lignes de hauteur.

Reste la troisième partie, celle sur laquelle je joue ma tête; le commentaire. Surtout ne pas déraper genre Irma La voyante. Dieu merci, je ne suis pas seul face à l’adversité, vous en l’occurrence. La conservation du patrimoine a refusé, comme il se doit, de se mêler à une opération commerciale, mais m’a délégué un de ses thésards. Lui il bosse gratos, just for the fun. J’ai besoin de sa vigilance et de son rationalisme. Je ne sais pas si il s’en rend bien compte mon médiéviste bénédictin, mais il m’aide infiniment; mille mercis à lui aussi. Il me sert à la fois de garde fou et de source d’inspiration. Sa thèse sur Le Songe de la voie d’enfer et du chemin de Paradis, oeuvre majeure du maître de Légende Dorée de Munich, c’est du travail d’universitaire réservé aux initiés. Touffu, copieux, visitant plutôt deux fois qu’une, les moindres recoins. Mais là, mon système atteint ses limites. Même si le bibliophile Jacob qui siège à la droite du père m’en prêtait les moyens, je ne peux pas m’aligner sur tant de sapience. Je ne le peux pas et je ne le dois pas. Ne pas m’improviser historien de l’art, il est là ce Rubicon que je ne saurais franchir. J’en arrive à ce point ou je me retrouve seul face à moi-même. C’est moi l’expert, donc c’est moi et personne d’autre qui porte la responsabilité de ce que ma fiche raconte. Ce commentaire c’est mon mien, moi qui m’exprime, moi qui assume.
Allez, dans la vie faut faire des choix. Mon choix je le fais en marchant sur des oeufs, en accumulant les « peut-être » et les subjonctifs, ce qui donne :Mais ce qui nous intéresse est le blason des Luxembourg, blason qu’il faut rapprocher d’un écu similaire, quasiment invisible à l’oeil nu, dans la verrière de la peinture de saint Mathieu au ff°. 9.Il peut s’agir là d’un signe réservé au destinataire de l’ouvrage et à ses proches, et il y a peut-être ici, plus qu’un signe…Les Luxembourg, lointains cousins des rois de Bohême et de Hongrie, sont d’une famille importante en son temps qui avait choisi le camp Anglais. Parmi les neveux du bienheureux Pierre, on connaît Jean de Luxembourg qui captura Jeanne d’arc et la livra pour 10000 écus, mais aussi, Louis, chancelier de France, deuxième personnage du royaume et intime du régent.Si les Heures Hachette ont pu être destinées, étrennes ou remerciement, à l’un de ces puissants, une hypothèse séduisante nous entraîne sur la piste de Jacqueline alias Jacquette de Luxembourg, seconde épouse du duc de Bedford. Jacqueline dont le saint patron pourrait être représenté par la statuette de saint Jacques que l’on retrouve sans bourdon ni coquille, mais avec le chapeau et l’aumônière caractéristiques, dans l’enluminure de Pierre de Luxembourg. 
Voilà, la messe est dite,
Restent quelques éléments qui ne sont pas dans ma fiche mais que je sors dans le petit speech que je m’offre juste avant le début des enchères. Je place le coup du wagon soviétique, celui de l’étui de la grand-mère… Rectification au procès-verbal. Veuillez ajouter « un étui de confection familiale »… Le public se chauffe, applaudit même; moi je croise les doigts.
Et ça démarre, les enchères fusent et Hop, adjugé ! 1680 fois le mur du son. Incroyable !!! Mais quand, bien malgré l’étude, j’apprends l’identité du dernier enchérisseur, je comprends mieux. Mais ceci est une autre Histoire…

Ugo Paolantonacci »

56 Commentaires

  1. Alors brain-storming général avec Mission-Objectifs-Moyens et, en haut bout de table, him-self le chapelain du cardinal-chancelier.
    Luxe, discrétion courtoisie; pas d'emblèmes, ni de devises, encore moins de portraits. On réservera cependant quelques emplacements dans 3 des 25 enluminures; aussi, on donnera la meilleure place à Jean-le-baptiste, patron du régent; mais mollo sur les roses lancastres, soyez pas lourdauds…
    Surtout pas de drôleries ! Que du light. No cochonneries, no blagues de potaches. « No guys with Goddam animal's ass. No-One ! » dixit le duc en personne.
    Reste qu'il faut de l'original, le contraire du banal, et trouver manière à charmer un oeil tout aussi jeune que féminin.
    Jehan Hainselin qui avait son idée campa deux jours chez l'oncle Jean à étudier le petit singe.

    En avant-vent. On rassemble la matière et les hommes. Et s'il en reste encore parmi ceux-ci, on colle les mêmes taches aux mêmes collaborateurs qui ont terminé les heures de Marguerite, fille ainée de Jean sans peur et qui appartiendront un jour à Sobieski, roi de Pologne. Pour faire plus simple, ces heures seront reprises avec régularité, comme référence et source d'inspiration. Et si cela ne suffit pas, on ira piocher dans le Bréviaire de Salisbury, commande que l'atelier termine d'honorer pour le compte du duc,
    Les copistes, on les établit à l'étage; ils doivent, en français et en latin siouplait, donner le sentiment d'une main identique à tout l'ouvrage. Les peintres de lettrines et de bouts-de-lignes  sont débauchés dans l'atelier d'en-face. Les bordures entières des grandes enluminures et les bordures verticales de tous les autres feuillets sont dévolues à un atelier d'ornement trois rues plus loin. On s'accorde sur du très richement orné, du semis de fleurettes dorées bien serré et surtout, ne pas radiner sur l'or. De toute manière, Haincelin de Haguenau, de l'or prêt à l'emploi, il en a pas des brouettes, et tout est déjà réservé.
    Et roule ma poule, plusieurs foyers du quartier se mettent à tirer leur croute des volontés nuptiales de l'occupant.
    Finalement on engage un tout jeune commis, Jean Fouquet dit-Jeannot. Ce même Fouquet qui, chargé de se renseigner sur Jacquette, profita de ce qu'il lui demandait le nom de la fleur qu'elle cueillait pour se loger comme page d'occasion. Et pour l'asseoir dans ses nouvelles fonctions, on lui conta une navrante histoire mêlant ours étripé et chiens mutilés. Histoire bonhomme rapportée par l'oncle Jean lors de sa visite; histoire qui tirait des larmes à la pressentie régente et à Jeannot subséquemment.

    Donc les feuillets de vélin tournicotent d'un plan de travail à l'autre. Tous de là même fine qualité. Les recto coté poil, les versos coté chair. On prévoit au moins deux cahiers pour le calendrier et trente-quatre pour les Heures en 8 feuillet et 16 pages sauf deux qui seront de 6 feuillets et 12 pages. Cahiers plus surement reliés les uns aux autres par leurs réclames, qu'une cordée d'alpinistes pendulant d'un adret à un ubac. Mais là, ça devient très compliqué à suivre; quelque chose comme les réglures puis les lignes, les tracés des initiales, enfin les copistes.
    Hainselin dit-le-jeune se colle aux bordures horizontales avec plusieurs peintres d'ornements. C'est lui qui va donner la French Touch aux anglaises intentions.
    Pour la réalité historique, il faut mentionner que Jehan Hainselin, fils d'Haincelin dit-le-vieux, porte un nouveau chapeau; chapeau qu'il portera encore, bien 10 ans plus tard, lorsqu'il peignit les Heures de Dunois issu-d'Orléans. Dans ces dernières, il en couvre le chef de Saint-Étienne. Dans les heures de Jacquette, il l'essaie sur un archer maladroit que fêtent de joyeux lévriers. Quant à l'ourson mignon, il se carapate rapide dans les bois. Scène que Jeannot Fouquet se fit soigneusement expliquer avant de se la repasser en boucle avec Jacquette.

  2. Donc, notre bon régent de France John of Lancaster, duke of Bedford, il perd sa femme Anne of Bourgogne le 14 novembre 1432 et pif-paf il se remarie le 22 avril 1433 avec Jacquette de Luxembourg.
    Oui c'est Jacquette alias Jacqueline, les 2 sont valables, mais c'est plutôt Jacquette que Jacqueline.
    Donc Jacquette, elle frôle même pas ses 16 printemps et il n'en est pas question une seule seconde, d'autant qu'elle vient de se trouver un prince charmant via msn. Mais voila, internet coupé, prince envolé. L'oncle Louis, qui déclare que, soit il prononce en grande pompe le mariage dans son évêché de Thérouanne; soit il le prononce illico comme adjugé et consommé, et basta; à elle de choisir et fissa…
    Et pif, Jacquette décide de se suicider.
    Et paf, le duc qui est de la classe 89, réunit les Luxembourg. L'oncle Louis, chancelier de France et cardinal de son état; l'oncle jean, celui qui avait empoché la forte somme en livrant la pucelle franco-de-port ainsi que le paternel, le Pierre qui ne dit rien mais n'en pense pas moins; mais qui ne dit mot consent, dit-il lui-même.
    Finalement on décida de faire porter par Jean un bouquet de roses lancastres à la jouvencelle, accompagné d'une longue tartine comme quoi, si, lui, The Duke, lui proposait la bague au doigt, c'était pour rien d'autre que l'équilibre de l'Europe. Qu'avec Anne il perdait la Bourgogne, mais qu'avec elle, il serrait la louche au Saint Empire; et à la suite les considérations habituelles.
    Il faut ajouter qu'à l'issue de son ambassade, l'oncle Jean offrit à sa nièce, de son propre chef et à titre de porte-Bonheur, un précieux auriculaire de Jeanne d'Arc que paterne, il préleva sur sa propre cassette.
    Dans cette réunion on convint en outre d'un mariage le 22 d'avril et d'une séance d'accordailles préliminaires le premier de ce même mois. Ce jour là, le duc régent irait visiter sa promise en lui apportant deux témoignages d'amour courtois. Preuves galantes dont on débattit longtemps, l'oncle Louis devant se charger de procurer l'un; l'oncle Jean, d'apporter l'autre. Après réflexions, on opta pour un livres d'heures et un petit singe.

    Rue Quincampoix, dans l'atelier d'Haincelin venu-de-Haguenau, ça cavale sec.
    Le fiston Jehan Hainselin, terminait avec son père un grand Jugement Dernier sur panneau, à destination du Musée des arts décoratifs. Conrad dit-de-Toul vient d'achever un calendrier au profit de l'atelier. Il comptait attaquer un Jouvenel des Ursins pour le musée de Cluny. Bah, il aura le temps de le finir.
    No-stress, no-soucis. Il y a 13 ans, les 5 enluminures à pleine page ajoutées au Livre d'heures du duc ont été faites en 6 mois. À quart de folio, elles ont été facturées au prix de 40. Cette commande va avoir la priorité de l'atelier. Tope-la pour 25 enluminures.
    Conrad se chargera du principal; aussi on fera l'impasse sur le calendrier, en prenant celui qu'il vient de terminer. Avec pas loin de 136 médaillons et l'unité qu'il assurera à l'ensemble, il ira pile-poil, comme papa dans maman. Le scribe renseignera les saints et hop, terminé.

  3. Vraiment merci pour l'effort, cher Calamar. Je connaissais ce fond qui est surtout une correspondance militaire. Pas grave, j'attendrai lundi pour me renseigner au château de Soultberg. Merci encore.
    Ugo

  4. Je vais le faire mais vous me surmenez.
    D'autant que je n'en suis plus à courir l'éléphant. Là je suis la piste d'un T-Rex dont la datation annoncée me causa une telle incrédulité que mon premier réflexe fut de contrôler à quelle date les hébreux prirent l'étoile de David comme emblème.
    La piste est plutôt froide, elle commence aux pillages d'oeuvres d'art espagnoles auxquels s'adonna l'ami Soult, maréchal de son état et visiblement homme de goût; contourne le tableau d'un grand peintre du siècle d'or espagnol, fait un crochet en suisse (ben voyons), sinue entre Picasso et Dora Maar et s'évapore en transjordanie pour réapparaitre en Cyrénaïque romaine.
    Quant à moi je me laisse pousser la barbe tout en relisant René Caillié et son Voyage à Tombouctou pour le cas ou je me retrouve à voyager incognito en territoires djihadistes.
    Voyez qu'on est pas couchés, du moins moi; d'autant que l'OCBC n’existait pas sous l'empire, qu'il n'existe donc pas de liste des biens ramenés d'Espagne par Soult et que je n'arrive pas à retrouver la description de sa succession.
    Tout ceci pour vous dire que si quelqu'un a cette succession sous la main ou manipule mieux que moi google-books, il aura droit à mes remerciements officiels pour le temps qu'il m'aura fait gagner ce week-end, si mon dinosaure passe un jour en vente.

  5. Au delà des questions d'argent, des jaloux, des grincheux, etc, il y a un livre exceptionnel, une véritable richesse et, oui, cher Ugo, nombreux sont celles et ceux qui espèrent lire vos réflexions et analyses mêmes si elles sont hors votre domaine de compétence. Car vous avez eu la chance de côtoyer ce trésor et la noblesse de beaucoup partager, ici avec nous, et c'est là l'important. Alors, ne nous obligez pas à vous supplier et, merci pas d'insulaire susceptibilité ! Ca c'est de la magagna 🙂

  6. Je plussoie : mon non plus je ne pensais pas vous vexer, et moi aussi je pense que le style Béru collerait bien au coté policier de l'enquête sur les étuis de grand-mères et les wagons soviétiques…

  7. Moi aussi à 2ME je "plastronne". Remarquez que ça ne m'arrive pas souvent.
    Et puis moi quand j'entends "prétérition"…

    Il faut se détendre…
    Olivier

  8. Monsieur Paolantonacci (et pas Pantalonacci)

    1. Je ne m'appelle pas Raoul. Pas davantage Lalanne (vous confondez probablement avec Francis). Je ne sais quel tourment obsidional vous atteint, de même que Mme B.C, au sujet d'un mystérieux Raoul, ou alors vous avez des ennemis parmi les libraires qui s'appellent ainsi ? Je vous promets de leur dire deux mots si je les croise, mais appelez-moi par mon nom.

    2. Vous citez le petit coup de dent que je vous envoie en post scriptum sur l'article de l'honneur. Je maintiens : les querelles des professionnels du livre me font déjà bâiller, moi comme beaucoup. Quand en plus ils dégainent l'honneur, ça devient carrément burlesque. Voilà ce que je rappelle tout simplement sur un blog lu par des gens qui ne campent pas tous à Drouot le jeudi. Mais par souci d'équité, et pour rendre justice à mon premier billet désormais disparu dans les limbes d'internet, vous auriez pu avoir la grâce de dire que je vous remerciais aussi, pour l'article. Avec la prétérition de circonstance, bien sûr, mais tout de même.

    3. Ce n'est pas le fond de ce que vous racontez qui m'a (un peu, n'exagérons rien) indisposé. C'est la posture et le style. On peut trouver passionnant ce que vous racontez (comme c'est mon cas), mais regretter (je ne suis pas le seul, relisez bien) ce côté un peu plastronnant. Bien. Personne ne vous en tient rigueur, et si maintenant si vous me dites que mon premier post vous a vexé alors, comme je suis dans le fond un type gentil, pas grincheux, pas teigneux, très simplement, bien gentiment et en bon voisin, je le regrette sincèrement et je vous présente, ici, avec témoins… mes excuses. (applaudissements dans la salle).

    4. Vous m'avez alléché avec la suite de ces aventures (qu'avec un art de la prétérition hors pair, vous aussi, vous annoncez sans annoncer) Si vous ne me tenez pas trop grief de nos passes d'arme à fleurets mouchés, ne prenez pas la mouche et offrez-les, por favor, au noble aréopage de lecteurs de ce blog. Ils vous en remercieront… et moi aussi avec, cette fois-ci, la réserve et l'indulgence qui siéent à la lecture de votre plume bouillonnante.

    Ce sera mon dernier message sur le sujet (trêve d'enfantillages : vous comme moi avons du travail) et je vous salue donc

    bien cordialement,

    J. Lallane

  9. Histoire passionnante et instructive. En tous cas merci pour les très belles photographies, de bien meilleure qualité que celles du catalogue Pdf de la vente (qui seul demeure sur le site Millon) et désormais précieuses si on ne revoit pas ce livre de sitôt.

    Lauverjat

  10. Madame B.C

    Je redis ce que j'avais déjà rédigé dans un post précédent, supprimé alors qu'il n'outrageait ce me semble ni la morale ni les bonnes moeurs (mais il est vrai qu'on est un peu sensible sur le sujet, en ce moment).

    L'article dont nous parlons ne me paraît pas à la pointe de l'élégance, ni dans sa posture, ni dans son style (qui semble vous ravir, vous, et je m'en réjouis pour vous). Je me contente de le signaler et c'est mon droit de lecteur que de manifester cette réserve. On peut aussi, chacun son tour, s'en tenir à la brosse à reluire, si vous préférez. Mais ça "n'emmène pas bien loin" non plus, pour reprendre vos termes.

    Le léger agacement qui m'a saisi à la (longue) lecture de cet article est probablement la cause du ton légèrement polémique de mon précédent message comme de sa suppression. J'y rappelais pourtant à l'auteur le rôle non négligeable, certainement, joué dans l'affaire par ses distinguées collaborateurs et références, qu'il traite ici avec un peu de désinvolture. Est-ce déjà trop dit ?

    Quant à vous, je suis sensible à ce que je perçois comme une sorte de suspicion tous azimuts : rassurez-vous donc, je ne suis ni confrère, ni concurrent, ni ennemi. Je ne fraye pas dans ce monde et ne fréquente même plus beaucoup les salles des ventes. Je n'ai donc pas à être "démasqué" ni à "filer ventre à terre", malgré le fait qu'à votre tour, fort élégamment, vous m'envoyiez des noms d'oiseaux à la figure. Je ne vous suivrai pas sur ce terrain, mais vous salue au contraire

    cordialement,

    J. Lallane.

  11. Personnellement j'adore les gens qui critiquent sans jamais rien apporter. Ceux qui en font un sport sur le net, ceux qui se sentent pousser des ailes derrière leur écran, et qui distillent leçons et conseils en passant. On pourraient les appeler des réacteurs, sauf qu'un réacteur ça vous emmène quelque part. Là en lisant certains commentaires, on a vraiment l'impression de faire du sur place. Quel est le but derrière tout ça? Casser du libraire, de l'expert, casser du confrère bien anonymement?

    Ugo nous a livré un message qui sort de l'ordinaire, qui est personnel, qui a le défaut d'avoir du style (ah oui, c'est mieux quand c'est terne et chiant, et surtout bien propre, c'est certain), et qui nous apprend des choses. Ugo est humain, il n'est pas payé, il le mentionne, c'est moche, alors que vous, bien sûr, travaillez à l'oeil et surtout publiez vos écrits en prenant le risque de vous exposer.

    Ah les donneurs de leçon à deux balles, sortis des profondeurs anonymes du net, et qui face aux gens dont ils commentent les messages diraient sans doute "j'adore ce que vous faites". C'est beau!

    Donc, merci à Ugo et merci aux blogs. Son style ne vous plaît pas au point que vous preniez le temps de rédiger un commentaire (avant de filer ventre à terre pour certains quand ils sont démasqués), mais pourquoi ne passez vous pas à autre chose? C'est toujours plus simple de critiquer.

    Stephanie B. C

  12. Comme le dit un anonyme qui ne signe pas ( 5° commentaire) il est bizarre que Millon ne mentionne pas cette vente le N° 147 a disparu aussi bien de son catalogue que de sa liste de résultats. Ugo peut-il nous donner une explication.
    Patrick C.

  13. Un semblant de désinvolture dans la présentation du billet mais beaucoup de travail en amont pour nous montrer qu'être expert, c'est un métier qui dépasse de beaucoup, par ses multiples facettes (commerciales, etc…), la bibliophilie. Bravo ! Pierre

  14. Dites donc, apparemment je vous ai touché….!!! Pourtant ce n'était pas insultant, beaucoup font cela.

    Je n'ai pas le plaisir de vous connaitre et je m’étonnai simplement que le même expert puisse, d'un coté, vendre a la pièce sur eBay les manettes achetées a Drouot (on m'a dit que dans ces 80 dessins vous aviez même dispersé en petits lots les ensembles de la même main), et de l' autre présenter des livres d'heures à 2 M€.

    Voyez-y plutôt un compliment dans l'autre sens : vous, vous n'en êtes plus aux manettes !

    Le principal est que vous n'ayez pas découpé les images de ces heure Hachette pour les vendre a la pièce, ce qui est tout a votre honneur !

  15. En fait c'est mal présenté dans ce que vous citez, Hubert. Plutôt que « Passé à la vente Giraud-Badin (Collection André Hachette », il aurait mieux valu dire :
    Passé à la vente J.-A. Hachette, étude Boscher, expert librairie Giraud-Badin.

    Quant aux erreurs les voici :

    "…Manuscrit enluminé sur vélin, 1° ères années du 15° Siècle sans doute vers 1410…"
    C'est 20 ans trop tôt.

    "…266 ff…"
    C'est 265

    "…22 grandes miniatures et 1 petite…"
    C'est 2 petites

    J'ajoute que cette fiche fait un peu de la restriction mentale :
    "…Manque 3 ff. dans le cours de l'ouvrage…".
    Il me parait plus honnête de dire «  Manque 3 ff. dans le cours de l'ouvrage, correspondant aux enluminures de Tierce, Sexte et None ».
    3 feuillets manquants c'est pas trop grave; 3 enluminures, ça le devient.

    Bah… le flambeau de la librairie Giraud-Badin est désormais porté bien haut par le très respectable D.C. dont vous pouvez retrouver le sérieux dans les catalogues qu'il rédige pour une maison de vente spécialisée. Il est bien certain qu'il n'aurait pas laissé passer ça.

  16. ?!? Hubert, vous n'avez donc pas compris que c'est de cette vente dont je vous parle quand je cite mes glorieux ancêtres de 1953 ? D'ailleurs terminez de lire leur fiche, vous retrouverez les erreurs que je mentionne (mais c'est peut-être l'article de la Gazette que vous citez, alors vous ne devez l'avoir).
    Par contre, si cela vous intéresse, suivez le lien que vous donne Léo. Vous trouverez mon expertise reproduite in-extenso dont cette provenance. En fait c'est la version internet du catalogue de 67 pages, tiré à part, consacré aux seules Heures Hachette. Il est d'ailleurs à votre disposition si cela peut vous faire plaisir.

  17. Sauf erreur de ma part, dans la longue litanie de notre ami Ugo, je n'ai pas lu ceci que j'ai lu ailleurs :

    "Passé à la vente Giraud-Badin (Collection André Hachette : Manuscrits du XIIe au XVIe siècle ; miniatures ; imprimes des XVe et XVIe siecles ; riches reliures armoriées, p. 14, n° 20, pl. VI) du 16 décembre 1953, Drouot, adjugé 2.000.000 AF. 22 grandes peintures avec encadrements."

    On va bien finir par savoir d'où il est sorti et où il est rentré !

    Signé
    Hubert de la Nouille

  18. Belle expertise Ugo ;-)) Je me sens bien mieux après avoir vu la vidéo ;-))

    Merci en tout cas pour votre article qui aurait pu paraître en feuilleton 😉

    Léo

  19. Excellent! "zizipanpanmania" qui se termine ici par un panpan sur les fesses.
    J'aime beaucoup! Merci Ugo pour l'article.
    Le pervers polymorphe
    (bibliophile, bibliomane les mauvais jours, bibliopégimane par faiblesse).

  20. "Bravo docteur Beru, ça ne s'invente pas…"

    moi, j'aime.

    Ugo Paolantonacci prouve que l'on peut vendre des livres plus que sérieux et précieux, avec la plus grande rigueur et sans se prendre au sérieux…Ne subsisterait il pas une petite pointe de jalousie ? derrière les commentaires acerbes qui veulent lui mettre les pendules à l'heure.
    Je dis bravo pour le style, et merci de nous faire profiter de cette extraordinaire aventure.

    alors "Champagne pour tous le monde au bal des rombières"

    Daniel B.

  21. On finira bien par savoir sur quels rivages bibliophiliques il a échoué ce livre !

    3 possibilités :

    – dans une bibliothèque (institution publique ou privée)

    – chez un collectionneur privé

    – chez un libraire

    Dans le premier et le dernier cas on le saura assez vite, dans le second cas, vue la crise ambiante et croissante, il ne serait pas étonnant qu'il finisse par ressortir d'un coffre de chez HSBC d'ici 5 à 10 ans (voire avant).

    On verra…

    Biblio-commercialement vôtre (à 2 millions c'est comme ça qu'on dit non ?)
    Signé Hubert de la Nouille

  22. Quel grand ecart pour le même expert ! Du cassage impitoyable des ensembles cohérents de dessins érotiques de la collection Leohnardt à la presentation d'un livre d'heures a 2 M€…

    Peu commun.

  23. 11 commentaires, dont un chagrin…
    On se demande bien ce pourquoi ce qualificatif si direct d'ailleurs, puisque tout le monde sait bien qu'Ugo n'est pas un de ces madrés bibliothécaires au style discret.
    Personnellement, je me suis beaucoup amusée et j'ai appris plusieurs choses, du proposal au petit monde, bien différent, des livres d'heures et des manuscrits. Et je n'ai pas du tout trouvé cela indigeste, pour peu que l'on lise avec attention, mais le sujet est si vaste.
    Merci beaucoup Ugo pour ces longues lignes. Continuez, la singularité est une qualité.
    Stéphanie BC

  24. Brillant. Ugo, je vous tire mon chapeau. On sent bien que derrière le style léger, cette belle histoire vous a occupé longuement et qu'elle laissera une trace importante dans votre vie d'expert, de libraire et surtout d'amoureux des livres.
    Ce qui m'intéresserait, c'est de savoir quelles ont été vos émotions au moment où le lot a été adjugé: excitation, nostalgie, soulagement?

    Jacques L.

  25. Un making-of façon Béru…Bon faudrait trouver un titre digne de Dard… Bérurier se fait le Luxembourg à la Hachette?
    Si c'était pas à Alexandre-Antoine que je m'adressais je poserais deux questions qui me turlupinent:1) il prend combien l'expert (en général sur une vente)?; 2) c'est pas un peu décevant cette adjudication au final, j'veux dire ça valait (peut-être) mieux, non?

    En tous les cas, en cette rentrée littéraire, une jacquette à 2 millions d'euros ça vous mettrait tout St-Germain en pâmoison.
    Olivier

  26. Bravo! Et quel plaisir de vous lire!

    Mais il y a une erreur : Pierre de Luxembourg est béatifié et non canonisé! Soit, tout le monde s'en fiche, et ça ne change rien, mais quel plaisir à vous reprendre 😉

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