Paris bibliophile: sur les pas des Lortic, de la rue de la Monnaie à la rue Guénégaud

Amis Bibliophiles bonjour,

Dans l’Enfer du bibliophile (Paris, Tardieu, 1860), au chapitre 9, Charles Asselineau décrit ainsi l’atelier de Pierre Marcellin Lortic: « Nous traversons le Pont-Neuf. Nous voici rue de la Monnaie. A la première maison de gauche, le démon m’entraîne et me pousse sur l’escalier. Deux étages, et nous entrons dans un salon. Ce salon, je le reconnais, c’est celui de L***, le célèbre relieur, mon ouvrier ordinaire. »

Cet atelier que décrit Charles Asselineau est le troisième atelier de Pierre Marcellin Lortic. Il s’y installe en 1860, après avoir successivement occupé un premier atelier, situé au 199 rue Saint-Honoré (1844), puis un deuxième au 10 place du Louvre (1855).

Il restera dans cet atelier de la rue de la Monnaie de 1860 à 1884, date à laquelle il se retire, laissant son atelier à ses deux fils, Paul et Marcellin, qui se séparèrent en 1891. A cette date, Marcellin transféra l’atelier du 1 rue de la Monnaie au 50 rue Saint-André-des-Arts, puis finalement au 27 rue Guénégaud.

Le bibliophile du xxiè siècle ne peut hélas retrouver l’immeuble du 1 rue de la Monnaie qui abrita l’atelier principal de Pierre Marcellin Lortic, qui fut détruit lors de la rénovation de ce quartier de la rive droite. Il peut cependant encore marcher dans les pas du héros d’Asselineau en contemplant deux photos de Charles Marville (1813-1879) qui photographia Paris dans la seconde moitié du xxi siècle. En effet, au hasard de trois photographies de Marville, datées de 1865-1866 on voit apparaître le fameux atelier de Lortic à l’étage du 1 rue de la Monnaie.

Sur la première, prise de la place des Trois Maries, on distingue sur gauche, au coin avec la rue des Prêtres Saint Germain l’Auxerrois, le no 1 de la rue de la Monnaie (renuméroté no 11 après la disparition de la places), on devine les mots RELIEUR.

Sur la deuxième, au dessus du premier étage on découvre l’enseigne « LORTIC RELIEUR LORTIC ».

Sur la troisième de Marville, prise dans l’axe de rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, on découvre l’autre façade de l’atelier, qui faisait l’angle du 1 rue de la Monnaie. C’est la même enseigne, qui se lisait donc, si l’on se plaçait à l’angle « LORTIC RELIEUR LORTIC RELIEUR LORTIC », agrémentée de 4 médaillons.

L’emplacement de l’enseigne, au dessus du rez-de-chaussée et du premier étage occupés par la Chapellerie de Paris, vient confirmer, si besoin est, les mots de Charles Asselineau « Deux étages, et nous entrons dans un salon ».

Il ne vous reste qu’à fermer les yeux et à vous imaginer grimper les marches, le coeur battant, pour aller à la rencontre du divin Gascon, au caractère si entier.

Si l’association de ses deux fils ne survivra guère, Marcellin continuera l’oeuvre de son père, d’abord au 50 rue Saint-André-des-Arts, puis finalement au 27 rue Guénégaud.

Rue Guénégaud, en 2017, le souvenir de Marcellin Lortic est encore vivace et en discutant avec les propriétaires de l’immeuble, on apprend que Marcellin avait son atelier au rez-de-chaussée, aujourd’hui occupé par une galerie d’art, et qu’il habitait avec sa famille au premier étage.  Au 29, se trouve aujourd’hui la librairie ancienne Hérodote du sympathique Jean-Louis Ceccarini, qui présente régulièrement dans sa belle vitrine des ouvrages reliés par Lortic. La boucle est bouclée.

H

 

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