Oeuvres de Molière, édition de 1773 avec la suite des gravures de Moreau, maroquin de Cuzin

Amis Bibliophiles bonjour,
Comme je l’évoquais il y a peu, j’ai acquis récemment cette édition des Oeuvres de Molière datée de 1773, Compagnie des Libraires, 6 volumes in-8. Elle vient rejoindre dans mes rayonnages (pure bibliomanie?) quelques autres éditions anciennes de Molière. Je suis en effet sensible au texte et aux gravures qui accompagnent le plus souvent ces éditions. J’avoue que j’accorde peu d’importance à l’édition en tant que telle, à partir du moment où elle est en bon état et diffère des éditions que je possède déjà.
Pour tout dire, j’ignorais qu’en dehors des fameuses éditions originales, il y avait d’autres éditions particulièrement recherchées. Cela démontre deux choses, d’une part que je suis encore un piètre bibliographe, mais ce n’est pas un scoop, et que la bibliographie, encore une fois est essentielle au bibliophile, et d’autre part que la chance fait partie de la bibliophilie.
Or il semble que sans le savoir j’ai acquis une édition qui bien que tardive (1773) est fort intéressante.

Reste à savoir pourquoi cette édition est recherchée, ce que malheureusement les libraires, même à 30 000 euros, ne font que suggérer. Ce que j’en comprends en me fondant sur la fiche de la libraire Thomas-Scheeler, c’est que le texte a été « établi par Bret, après une révision soigneuse des éditions originales des comédies, contenant la célèbre Vie de Molière par Voltaire. Ce dernier avait été chargé en 1734 d’écrire cette biographie par M. de Chauvin pour l’édition in-4 illustrée par Boucher. Refusée par le censeur de la librairie, il fallut attendre 1739 pour qu’elle soit éditée; elle est ici augmentée. L’illustration comporte un portrait de l’auteur d’après Mignard et les 33 célèbres figures de Moreau gravées par les meilleurs artistes de cette époque ». (en l’occurence après avoir vérifié dans mon exemplaire: Baquoy (3), De Launay (2), Duclos (4), De Ghendt (2), Helman (1), Lebas (1), Legrand (1), Le Veau (4), Masquelier (1), Née (6), Simonet (7) et Moreau lui-même (1)).
En continuant la lecture de la notice de la libraire Thomas-Scheeler… « Chaque page de titre est ornée d’un beau fleuron…. contenant bien en double les pages 66-67 et 80-81, caractéristiques des exemplaires recherchés », après une vérification rapide, c’est aussi le cas dans mon exemplaire. (et chez toi Martin? Tu ne le précises pas dans ta notice. Existe-t-il des exemplaires sans ces doublons?).
Enfin mon exemplaire renferme un ex-libris, B. Louvin, que je suis certain d’avoir déjà croisé, mais sans savoir où.
En conclusion, j’ai des informations parcellaires: cette édition semble recherchée (mais pourquoi? à cause des gravures de Moreau? – elle a été réimprimée en 1788), il semble y avoir des exemplaires avec des doublons (tous?), et je ne sais pas qui est B. Louvin (et donc impossible de « tracer » le génome de cet exemplaire). 
Enfin, je passe pour un imbécile (heureux) puisque j’ai acquis cet exemplaire sans avoir conscience de son intérêt, ce qui m’amène à m’interroger sur l’existence d’une bibliographie des oeuvres de Molière.
Merci à l’avance pour vos conseils et vos réponses.
H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

La Reliure Française depuis l’invention de l’imprimerie, par MM. Marius Michel

La Reliure Française depuis l'invention de l'imprimerie, par MM. Marius Michel

Amis Bibliophiles bonsoir,
Je partage aujourd’hui vous une acquisition récente: La Reliure Française depuis l’invention de l’imprimerie et jusqu’à la fin du XVIIIème siècle par MM. Marius Michel, Relieurs-doreurs. A Paris, chez Damascène Morgand et Charles Fatout, 1880.Ce bel ouvrage in-4 (qui inclue 22 belles gravures), de la main du maître et de son fils (ou l’inverse, sourire) se lît avec délice et retrace l’histoire de la reliure française depuis les débuts de l’imprimerie jusqu’à la fin du 18ème siècle.
Comme souvent dans les ouvrages de Marius Michel, le style est très agréable et les prises de positions des auteurs sont toujours claires et tranchées (ainsi Trautz-Bauzonnet est-il élevé au rang de meilleur relieur du 19ème, quand Capé est renvoyé à ses chères études pour avoir commis des reliures trop fragiles, « presque mortes avant d’avoir vécu »… et quand Derome est qualifié d’assassin pour sa propension à rogner les marges).Les auteurs nous entraînent sur les traces des premiers moines relieurs, puis des Le Gascon, Eve et autres Padeloup, tout en multipliant les digressions autour de la relation entre bibliophile et relieur, et en évoquant ainsi la personnalité des grands bibliophiles de l’histoire, de Grolier à Pichon, en passant par Thou.Je viens d’en terminer la lecture, et j’ai sélectionné pour vous quelques passages intéressants:
– Une règle qu’énoncent les Marius Michel dès le début de l’ouvrage et dont vous savez l’importance: « le livre vient d’être collationné, il est reconnu complet. Les lavages, encollages, restaurations, retouches ont été faits par une main expérimentée et discrète. Le voici dans l’atelier du Relieur (que les auteurs écrivent avec une majuscule) ».
– Ils rappellent également leur collègues (et les bibliophiles) à l’ordre en énonçant une autre vérité évidente: la reliure n’est là que pour servir le livre, rejetant ainsi tous les relieurs qui « serrent » trop le texte et empêchent le livre de s’ouvrir.– Les bibliophiles sont parfois également égratignés, non seulement pour leur bibliopégimanie mais aussi pour leur « rage de faire relier »: si la comtesse de la Verrue et Pompadour sont épargnées, la du Barry est vivement critiquée (« qui savait à peine lire ») pour sa bibliothèque reliée par Redon, elle a participé à une mode de la reliure au 18ème siècle qui selon les Marius Michel conduira rapidement au déclin de la reliure française.
Les auteurs évoquent ces grands ateliers de dorure qui furent créés pour répondre à cette mode, et « où se firent dans la suite par milliers les almanachs royaux, pour lesquels Dubuisson et les dessinateurs du temps inventèrent quelques plaques charmantes ».– Ces plaques, les auteurs les critiquent également en partie, rappelant « une règle qui doit primer toutes les autres: l’appropriation (de la dorure) au sujet du livre », évoquant avec humour cette fois les erreurs et les fautes de goût de certains, qui vont jusqu’à « faire dorer la grenade entr’ouvrete, image des lèvres roses…. sur un recueil d’oraisons funèbres ».
L’ouvrage se conclue par une présentation des principaux relieurs de l’époque et les Marius Michel expliquent qu’ils ont limité leur étude à la fin du 18ème siècle pour ne pas blâmer certains de leurs confrères… Ce qu’ils feront pourtant peu de temps après.
H
PS.: pour mémoire, le portrait de Marius Michel que j’avais commis sur le blog:http://bibliophilie.blogspot.com/2008/12/portrait-dun-immense-relieur-marius.html

15 Commentaires

  1. Ah regardez sur addall et vialibri… C'est vrai que c'est tentant…
    Figurez vous que je possède aussi un exemplaire de 1773 avec les double paginations, acquis il y a 1 an chez une petite brocanteuse de quartier qui "rentre" souvent des livres intéressants (mais je ne saurai vous précisez son adresse…)
    Pourrions nous comparer nos exemplaires à l'occasion?

  2. Mon compatriote, le plus grand de tous les bibliographes écrit en 1834 :
    "De toutes les éditions des Oeuvres de Molière, avec les notes de Bret, celle-ci est la plus belle et la plus recherchée … les pages 66 et 67, 80 et 81 du tome Ier (Supplément à la Vie de Molière) doivent être doubles ; mais elles manquent dans plusieurs exemplaires."

  3. Chapitre 3(ème année) : Où l'on sent que le bibliophile reprend du poil de la bête 😉
    Très bel achat.
    Ebay m'épuise pour ma part : trop de livres à scroller (utilise-t-on encore ce terme?), trop de temps à vérifier la valeur d'exemplaires qu'on ne peut même pas feuilleter. Mes rares achats consistent à réappareiller des collections dépareillées (erreurs de jeunesse…).
    Si quelqu'un à les 2 tomes qui manquent à mon traité des signes de Costadau…;-)

    Olivier

  4. Je donnerai plus de détails plus tard mais je confirme: l'exemplaire contient les 33 gravures de Moreau, le portrait et la suite des 30 gravures commandées par Renouard.

    Merci Martin, une nouvelle fois maître es bibliographie.

    Bon, j'imagine que cela en fait un exemaplaire fort intéressant!

    Hugues

  5. Après avoir regardé les photos sur ebay, je dois remarquer que deux planches (au moins) n'appartiennent pas à cette édition de 1773. Un exemplaire incomplet donc, "complété" par des gravures de la suite commandée par Renouard vers 1813.
    Désolé.

  6. Sans les pages "doubles" le tome premier serait tout simplement incomplet. Bien sûr que mon exemplaire est complet.

    Aucune idée s'il existe une bibliographie moderne. Cette édition se trouve dans la Bibliographie molièresque de Paul Lacroix sous le n° 347 et dans le Catalogue des ouvrages de Molière conservés au département des imprimés etc. n° 49-53.
    D'après Cohen elle est "plus remarquable par sa beauté que par sa bonté" ou bien (4ème édition) "plus remarquable par la beauté de ses illustrations que par la correction du texte".

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